samedi 7 mai 2011

Un vent nouveau souffle sur le monde arabe

06 mai 2011
Amman – Au cours de ces cinq dernières années, les Américains et leurs alliés nous ont souvent parlé d’un nouveau Moyen-Orient, tel qu’ils le percevaient. Ce qui se passe en ce moment dans le monde arabe est bien nouveau mais ce nouveau souffle émane des Arabes. Ce changement positif a commencé en Tunisie pour s’étendre ailleurs. Jusqu’où cela ira ? Nous ne le savons pas encore.
Bien que ce nouveau souffle dans le monde arabe ne soit pas encore bien défini, et que le Bahreïn, la Libye, la Syrie et le Yémen soient encore en proie à de terribles violences, un changement est en cours. On le voit au niveau de l’économie, de la politique et de la réaction des gouvernements face aux demandes de leurs citoyens ; la voie s’ouvre pour une vraie démocratie dans les pays arabes où les révoltes ont abouti.
C’est l’idée de se sacrifier pour les autres qui est à l’origine de ce vent nouveau. Tout a commencé quand Mohamed Bouazizi , simple citoyen tunisien, s’est immolé par le feu. Son acte est devenu alors le symbole de la révolution et continue d’être le cri de ralliement de milliers d’autres citoyens arabes, qui manifestent dans les rues, jour après jour, pour réclamer le changement. Ces manifestants sont tout à fait conscients des dangers qu’ils courent mais prennent tout de même le risque de se faire arrêter ou de se faire tirer dessus. Ils savent qu’en se sacrifiant, ils feront gagner à d’autres la dignité et la liberté.
La notion de respect, c’est ce qui ressort principalement de ce nouvel état d’esprit arabe. Les manifestants égyptiens de la Place Tahrir ont nettoyé les lieux derrière eux pour montrer qu’ils respectaient leur environnement. Cette idée de respect s’étend ensuite aux autres ; l’illustration évidente en est la barrière humaine formée par les Egyptiens chrétiens pour protéger les manifestants musulmans contre tous ceux qui s’attaquaient à eux. Il faut rappeler qu’avant la révolution, des musulmans avaient fait preuve de la même solidarité, en défendant une église chrétienne et ses occupants contre d’éventuelles attaques.
En Libye et au Yémen, les chefs tribaux ont abandonné leurs armes par respect pour la nature pacifique des manifestations auxquelles ils participent. Traditionnellement, ces hommes portent toujours une arme - un pistolet ou un petit sabre - en symbole de leur virilité. Mais à l’occasion des rassemblements de ces derniers jours, ils ont laissé leur arme de côté en signe de paix et de respect pour les autres manifestants.
Ce qui frappe le plus dans le changement en cours dans le monde arabe, ce sont les efforts que les gouvernements déploient particulièrement dans le domaine de la loi et de la constitution.
L’Egypte s’est dotée d’une constitution temporaire qui contient 62 articles, dont huit proviennent de la constitution de 1971, ceux-ci ont été amendés suite au référendum du 19 mars. Un article prévoit la réduction du mandat présidentiel de six à quatre ans. En Tunisie, les gens éliront une assemblée le 24 juillet prochain en vue d’une réforme constitutionnelle. Le souverain marocain Mohammed VI a quant à lui, déclaré qu’il renoncerait à son droit de désigner le premier ministre ; celui-ci sera désormais nommé par le parlement.
Les changements économiques et sociaux reflètent aussi la transformation qui est en train de se produire dans le monde arabe. Pour éviter les manifestations, les autorités de certains pays ont décidé d’améliorer les conditions de vie de leurs citoyens.
En Arabie saoudite, tous les fonctionnaires ont vu leur salaire augmenter et le salaire minimum a été fixé à 800 dollars US par mois, la notion de salaire minimum n’existant pas jusque-là. À l’instar d’autres pays qui ont fait des efforts de ce genre, l’Arabie saoudite essaie de maintenir le statu quo au moyen de ce type de changements. Même si ce sont là des initiatives positives, il faudrait passer à des mesures plus significatives permettant une vraie évolution vers un système politique démocratique.
Enfin, ce nouveau souffle a montré que la société arabe dans son ensemble croie en sa jeune génération et en son aptitude à diriger la révolution et reconnaît ses mérites. Cette reconnaissance des jeunes vient après de longues années de marginalisation, durant lesquelles on pensait que ces derniers ne s’intéressaient qu’à leurs petits problèmes - leurs histoires de cœur et l’Internet. En réalité, les pays qui ont été au cœur de ces révolutions s’y réfèrent en employant l’expression : « révolutions de la jeunesse ».Un vent nouveau souffle sur le monde arabe et c’est un vent de démocratie.
Mahmoud Amin Hishmeh

Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews)

AL DJAZEERA,LA FIN D'UN REVE !

Depuis son ouverture au milieu des années 90, la chaîne qatarie « Al Jazzera » a constitué un événement dans les médias arabes, noyés de discours officiels lénifiants et insipides. Si, au début, nul ne parvenait à la situer politiquement, car sa carte de visite consistait à dire qu’elle a carte blanche sur tous les sujets, sauf concernant la situation au Qatar, la chaîne a vite gagné ses galons à partir de la guerre américaine en Afghanistan puis de l’invasion américaine en Irak en 2003, où elle essayait une version des faits plus proche de la réalité islamique et arabe que les autres médias arabes et occidentaux.

Pour Nous Arabes, « Al Jazeera » est devenue une référence pendant la guerre israélienne de 2006 et pendant l’attaque contre Gaza en 2009. Mais au fur et à mesure que les positions se radicalisaient dans la région et que le plan israélo-américain se précisait, la chaîne si prisée a commencé à perdre son aura d’espace d’expression objective et professionnelle.
Tout a commencé en fait avec le déclenchement de la révolution populaire en Egypte et sa façon de mettre en avant certains des insurgés au détriment des autres, ainsi que son insistance à transformer le cheikh Kardaoui en véritable inspirateur de la révolution, alors qu’il s’y est rallié en retard et qu’il n’a cessé de tenir un langage confessionnel, loin des idéaux des insurgés. Les téléspectateurs fidèles de la chaîne, soucieux d’une information crédible et objective ont commencé à avoir des doutes, vite confirmés par la couverture de la chaîne des événements de Bahrein.
Alors qu’en Egypte et en Tunisie, « Al Jazeera » faisait une couverture « non stop », là il n’y avait plus moyen de savoir ce qui se passait véritablement, la chaîne faisant une couverture assez maigre de la situation à Bahrein, et ouvrant surtout sa tribune aux proches du pouvoir et à la thèse officielle.
Pourquoi les insurgés de Bahrein, qui constituent certainement l’opposition arabe la plus pacifiste n’avaient-ils pas droit à la neutralité, si ce n’est à l’appui, d’« Al Jazeera » ? En quoi étaient-ils moins intéressants, et leurs revendications moins justifiées que celles des autres insurgés arabes ? Les journalistes qui nous avaient habitués à une liberté de ton à l’égard des dirigeants, sont soudain devenus obséquieux avec les représentants du pouvoir à Bahrein et agressifs avec les rares représentants de l’opposition de Bahrein, qui, rapidement, n’ont plus eu voix au chapitre.
D’ailleurs, depuis quelques semaines, les événements de Bahrein, la destruction des mosquées, l’invasion des hôpitaux, les arrestations des opposants et des notables d’une confession déterminée n’intéressent pas « Al Jazeera », qui préfère consacrer son temps à appuyer l’opposition en Syrie et à inciter la population contre le régime là bas,(...).
Cheikh Kardaoui y a été de son discours incitant à la discorde confessionnelle, largement diffusé pare la chaîne, alors que les présentateurs des nouvelles passent leur temps à pousser les opposants à descendre dans la rue et à ne pas céder au régime.
Des films, soi-disant, de la répression sont diffusés en boucle et des informations basées sur « les témoignages de témoins oculaires » sont sans cesse évoqués. Or, les témoins oculaires n’ont aucune valeur en langage journalistique. « Al Jazeera » qui a fondé un institut pour apprendre le journalisme d‘investigation aux médias arabes le sait mieux que les autres, elle qui se veut un maître en matière d’exigence de crédibilité et de sérieux. Mais voilà, lorsqu’il s’agit de Bahrein ou de Syrie, la chaîne oublie son professionnalisme et son souci de vérité. En réalité, les masques sont aujourd’hui tombés : « Al Jazeera » ne défend que ce qui arrange ses « parrains » et finalement le plan américain. Le but est pour elle d’attirer le maximum de téléspectateurs, d’asseoir sa crédibilité et de commencer ensuite à influer sur les esprits arabes perturbés par cet emballement de l’Histoire.
Désormais, peu importe aux journalistes les morts qui tombent de façon atroce à Bahrein, les islamistes qui tuent les forces de l’ordre en Syrie et qui complotent contre un régime qui a su résister à toutes les pressions occidentales, la grandeur « d’Al Jazeera » est tombée aux portes de Bahrein et de Syrie. Le grand rêve d’un média arabe libre et défendant les aspirations réelles des peuples, au lieu de reproduire les thèses occidentales, est tombé aux portes de la Syrie et de Bahrein, en attendant que son manque d’objectivité se confirme dans d’autres pays. La méthode était pourtant subtile : gagner les esprits arabes épris de liberté et de dignité en couvrant les agressions israéliennes contre le Liban et la Palestine, avant de profiter de la brèche des aspirations arabes pour défendre discrètement les plans américains de déstabilisation de la région. Heureusement, ces manœuvres ne passent plus. Tant pis pour ce rêve-là. D’autres médias reprendront le flambeau et la résistance aura le mot de la fin.
Soraya Helou
source : Moqawama

LA SITUATION EN SYRIE,LA MANIPULATION DE L'OPINION EST A L'OEUVRE !

Quand un conflit se profile, la manipulation de l'opinion est à l'œuvre. De Syrie, nous recevons des témoignages mettant en doute la version que les médias imposent depuis plusieurs semaines. Voici des extraits de celui de Agnès-Mariam de la Croix. Elle travaille en Syrie à la réhabilitation d'un lieu de culte chrétien. Avec les membres du monastère, elle participe au réseau local et régional de la communauté.

Un nouveau-né très médiatisé
Les manifestations qui ont commencé en Egypte pour atteindre le Yémen, le Bahreïn, la Jordanie, la Libye et la Syrie sont acclamées et favorisées dans les médias mondiaux comme des mouvements légitimes et spontanés. Quoi de plus louable et digne de sympathie que des foules qui réclament la liberté, la démocratie et le changement constructif au sein de leurs pays respectifs dont les monarchies vétustes sont toutes tyranniques et corrompus ?
On nous annonce avec fracas qu’un enfant vient de naître des cendres de l’arabisme moribond : il s'appelle Révolution. Le nouveau-né a été déclaré enfant légitime de la communauté internationale alignée. Pour asseoir sa légitimité, il a eu pour témoins les cousins princiers du Golfe, Qatari en tête. Attendrie par sa naissance, la communauté internationale s’engage à le protéger contre tout mal, même au prix d’une ingérence qui sera, toujours dans son cas, strictement humanitaire. (...) Autour de son berceau une nouvelle arabophonie voit le jour en un phénomène médiatique nouveau.
Ce qui nous pose problème n’est pas le phénomène des manifestations contre les régimes de notre région mais le timing, et l’accompagnement tendancieux qui est réservé à ces dernières de la part des chaînes satellitaires, en coordination parfaite avec certains gouvernements.

Al Jazzirah, huée par les forces de la coalition en Iraq mais transformée aujourd’hui en porte-parole international des valeurs du nouveau Moyen-Orient.
Al Arabiyah, qui s’exprime au nom de la liberté à partir du fief de la plus grande théocratie arabe en Arabie Saoudite.
Al Hurra, née des cendres du régime de Saddam Hussein par insufflation de Washington. CNN, le vétéran de la guerre du Golfe, la très royale BBC News, France 24, à peine adoubée, dans leurs versions internationale et arabe. (...)

Notre expérience en Syrie
Tant que l’information ne nous concernait pas, nous ingurgitions passivement les nouvelles savamment orchestrées des autres pays en souffrance. Mais, lorsque il s’est agi des évènements en Syrie, nous avons commencé à nous rendre compte que ces chaînes n’informent pas. Elles cherchent à infléchir le cours des évènements par des moyens virtuels perfectionnés. Ce faisant, elles représentent un totalitarisme d’un type nouveau qui manipule l’opinion publique.

Il nous a été aisé de découvrir que les données médiatiques sont soumises à un subtil filtrage qui fausse leur sens. On les traite d’une manière sélective pour aboutir à une image donnée de la situation et, ce qui est pire, l’orienter insidieusement dans un sens voulu.
Par exemple : une nouvelle « source » de renseignements pour ces chaines est qu’elles quémandent les messages MMS. Ces messages téléphoniques sont souvent l’unique source d’information visuelle ou sonore pour retransmettre ce qui se passe. Nos jeunes ont été sollicités, par des SMS ou par des mails, à envoyer ces documents aux chaînes avec, en contrepartie, une rémunération financière promise.
Ainsi, tout et n’importe quoi est offert sur ce marché dérisoire de l’information. Un de nos contre-maîtres m’a montré un vidéo-clip local réalisé par des jeunes syriens pour illustrer une chanson arabe. On y voit une bande de jeunes habillés de noir circulant armés dans des voitures décapotables. A notre grande stupéfaction, cette même vidéo a été montrée sur la chaîne Al Jazeera comme étant la preuve de l’arrogance des services secrets syriens !
Comme cela a été attesté sur l’excellent Blog Syria Comment de Joshuah Landis, on arrive à transmettre le contraire de ce qu’attestent les personnes interviewées. Le Colonel Uday Ahmad témoigne qu’il roulait avec son beau-frère le colonel Yasir Qash’ur sur l’autoroute près de Banyas, le 10 avril dernier, lorsque des tirs les ont pris en chassé-croisé et ont tué sur le coup Qash’ur et huit autres soldats. A qui voulait l’entendre, le Colonel Uday a affirmé qu’ils n’avaient pas été tués par l’armée, mais dans un guet-apens d’inconnus. On lui a fait dire le contraire.

De même, sur ce blog, on fait état du journal anglais The Guardian qui assure que des soldats syriens avaient été fusillés parce qu’ils refusaient de tirer sur la foule et se réfère à une vidéo sur YouTube où, en réalité, l’intervieweur harcèle un soldat blessé pour lui arracher l’aveu qu’il avait refusé de tirer sur les gens. Question : quand vous n’avez pas tiré que s’est-il passé ? Le soldat ne comprend pas la question parce qu’il venait de dire qu’il n’avait pas reçu des ordres pour tirer sur les gens, aussi répond-t-il : « Rien, les tirs ont commencé de toutes les directions ». L’intervieweur répète sa question d’une autre manière en demandant : « Pourquoi tiriez-vous sur nous, des musulmans ? ». Le soldat lui répond : « Je suis aussi un musulman ». Alors l’intervieweur lui demande : « Pourquoi alors alliez-vous tirer sur nous ? », et le soldat de répondre : « Nous n’avons pas tiré sur les gens, on nous a tiré dessus depuis le pont ».Non seulement ces soldats sont les cibles de mercenaires, mais les médias s’évertuent à en faire des bourreaux !

Des ingérences étrangères dans les évènements

Quel zèle haineux a soudainement envahi les rédactions des médias pour qu’ils puissent à ce point mentir dans l’agencement de l’image et du son ? En campagne au nom de la liberté, les voici qui commencent par nous imposer un totalitarisme de l’opinion qui surpasse en efficacité celle des pires régimes d’antan. Il est décrété que les peuples arabes doivent se révolter et changer de régime à l’aveuglette et à n’importe quel prix. Il est clair qu’on cherche à créer un vide sécuritaire et à affoler l’habitant. Parallèlement les médias soufflent sur le feu pour l’amener au paroxysme. Ces agissements sont loin de la déontologie journalistique, ils sont manipulateurs, ils devraient être stigmatisés.
Alix Van Burren, reporter vétéran de
La Repubblica, est à Damas et il a envoyé un rapport sur le rôle possible d’agitateurs à la solde de Khaddam à Banyas. Dimanche, deux personnes de l’entourage de l’ex-vice président ont été arrêtées. Des membres d'associations des droits de l’homme ont confirmé qu’ils étaient en train de semer le trouble en distribuant de l’argent et des armes. Haytham al Maleh, de l’opposition, a été le plus explicite à montrer du doigt l’interférence des gens de Khaddam qui « joue avec le sang des innocents » dans et autour de Banyas. Il a aussi mentionné les chiens galeux, loyaux de Rifa’t al Assad, oncle mafieux et déchu de Bashar El Assad. Ces gens, d’après la Repubblica, sont actifs sur la côte entre Tartous et Lattaquieh.
Depuis l’assassinat de Rafic Hariri au Liban, son fils Saad qui accuse la Syrie d’avoir commandité le meurtre cherche à affaiblir le régime, voire à l’éradiquer par tous les moyens. La semaine passée nous avons lu dans Wikileaks que ce même Saad Hariri avait demandé aux USA de mettre fin au régime de Assad stipulant que Khaddam et les Frères Musulmans, aidés de Hikmat Al Shebahi, pourraient remplir le vide occasionné. Depuis quelques années, nous savons que des armes passent par les montagnes qui nous entourent, limitrophes avec le Liban, difficilement contrôlables. Pas plus tard qu’hier un tracteur a été intercepté contenant des armes,
(...) 

Un dialogue serein entre les diverses composantes de la Syrie
Jamais une ingérence étrangère ne pourra remplacer le dialogue dans une famille, une région ou une nation.

Un changement réalisé par la force coûtera cher laissant présager le pire des scénarios à l’avenir. C’est l’inconnu et l’horreur du vide, même si les médias et leurs distingués invités semblent confiants dans l’avenir et pressent vers la déstabilisation du régime. Sous cette angle les protestations violentes nuisent à la cause de la vraie réforme.
Notre désir est que l’on cesse de mettre de l’huile sur le feu et nous opposer aux formes dévoyées de toute ingérence tendancieuse qui ne peut qu’être intéressée, et ce faisant aveugle et insensible au bien de la patrie.

AGNES-MARIAM DE LA CROIX
Investig'Action