Le coup d'État raté
en Turquie aurait pu prendre une tournure pire. Il aurait pu réussir. Une
dictature militaire est l'une des pires formes de gouvernement connues. Mais
une dictature élue n'est pas beaucoup moins mauvaise et il y a maintenant un danger évident que la Turquie vacille dans cette direction.
L' arrestation de 6 000 personnes, et la
mise à pied de 2 700 juges, sont de très mauvais signaux émanant d'un
régime qui a déjà fait de son mieux pour intimider la société civile par le
harcèlement et la persécution de journalistes. Une purge des forces armées est
inévitable dans le sillage d'un coup d'État militaire raté, mais ce ne sont pas
les juges qui se sont rebellés contre le gouvernement élu. L'attaque contre le
système judiciaire est particulièrement préoccupante quand on sait le mépris
d'Erdoğan pour les droits de l'homme et la primauté du droit.
Pourtant, cet homme
erratique et ambitieux se trouve dans une position de grande puissance, ou au
moins dans celle où il peut faire beaucoup de mal. Bien qu'il y ait un énorme
fossé entre l'islamisme du parti AKP d'Erdoğan et celui de l'État islamique,
son soutien tacite a été extrêmement important pour renforcer les pires
éléments des forces de l'opposition syrienne. Dans le même temps, la Turquie
est un membre vital de l'OTAN, avec les forces armées plus importantes que celles de tout autre
pays de l'alliance à part les USA. Le
fait que des éléments de l'armée de
terre et de l'air se sont affrontés est un autre élément très préoccupant. La
détermination du gouvernement Erdoğan à mettre toute la faute pour le coup sur
un réseau islamique rival dirigé par Fethullah Gülen, un prédicateur actuellement
en exil en Pennsylvanie, a mis les relations turco-US à rude épreuve. Peu
d'observateurs extérieurs estiment que les conspirateurs n'étaient pas pour une
grande part des laïcards de la vieille
école dans la tradition des forces armées turques. Le secrétaire d'État US John
Kerry, a tout à fait raison de dire que les demandes d'extradition de M. Gülen
doivent être étayées par le genre de preuves tangibles, vérifiables dans les
tribunaux, que le gouvernement turc a pour le moment été totalement incapable
de fournir.
Une des ironies du
coup d'État et de son échec est que M. Erdoğan a peut-être dû sa survie aux
réseaux sociaux décentralisés qu'il tente depuis des années de plier à la
volonté de son gouvernement. Les comploteurs, apparemment bien préparés pour un
coup d'État du 20ème siècle, tout comme les généraux sont généralement prêts à
gagner la dernière guerre, avaient saisi la station de télévision d'État, mais
négligé de sécuriser l'Internet. En utilisant les stations de télévision
privées et le pouvoir des médias sociaux, M. Erdoğan a su rallier ses partisans
et les faire descendre dans la rue.
Ce n'est là qu'un
exemple de la façon dont les institutions d'une société civile, fonctionnant
dans le cadre de la loi, ont sauvé un homme qui semble si souvent les menacer.
Les personnes qui se sont répandues dans les rues pour mettre en déroute les
forces putschistes n'étaient pas toutes là pour défendre M. Erdoğan. Beaucoup
étaient là pour défendre la démocratie elle-même. Le taux de participation des
manifestants était élevé, même dans des villes comme Izmir, où le parti AKP est
faible. Tous les partis politiques, même le HDP à majorité kurde, se sont
ralliés derrière la démocratie sans aucune hésitation. C'était une cause plus
grande que le président. La question pour l'avenir est de savoir s'il comprend
cela. La suite exigera de la modération du gouvernement victorieux, le respect
des droits humains et une réaffirmation de la primauté du droit. Ce qui n'a pas
été le fort du règne de M. Erdoğan jusqu'à présent, mais la Turquie en a
rarement eu plus besoin.
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The Guardian
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Traduit
par Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو
جيوديشي
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