La déchéance de nationalité sème le trouble
au PS
LE SCAN POLITIQUE - En plus de diviser la majorité, la
mesure, inscrite dans le projet de révision de la Constitution présenté
mercredi, provoque des départs au sein du parti. Un document a été envoyé aux
parlementaires PS pour les convaincre du bien-fondé du dispositif, défendu à
l’origine par le FN. Publicité
Beaucoup se bouchent le nez, certains au point de
quitter le parti. La décision de François Hollande d’étendre la déchéance de
nationalité aux terroristes binationaux nés en France provoque des remous au
sein de la majorité, et plus largement au sein du Parti socialiste. De nombreux
ténors, à l’image de Martine Aubry ou d’Arnaud Montebourg, ont fait part de
leur ferme opposition à cette mesure, défendue par le Front national et une
partie de la droite. « Tout responsable de gauche et tout responsable
républicain doit s’opposer à la déchéance de nationalité », a affirmé au Figaro
Pascal Cherki, député PS frondeur. Bernard Roman, député proche de François
Hollande, a résumé la situation dans L’Obs : « Près de 80% des députés
socialistes sont contre, ainsi que tous les commissaires aux lois PS ». Pour
rappel, le gouvernement a besoin du feu vert du Parlement puis un vote à la
majorité des 3/5ème des députés et sénateurs pour faire adopter le projet de
loi de réforme de la Constitution.
Le groupe PS à l’Assemblée nationale a donc décidé
d’envoyer par mail un argmentaire à l’ensemble des parlementaires socialistes,
jeudi. Ce document de trois pages, que Le Lab s’est procuré, défend en six
points la déchéance de nationalité, et est censé convaincre les élus
réfractaires. Il est rappelé que la mesure existe déjà, qu’elle s’inscrit «
dans un contexte très particulier », qu’elle comporte des « effets concrets »,
à savoir la possibilité de la mise en place d’un éloignement, et qu’elle est «
bien comprise par l’opinion publique ». L’argumentaire, non signé, déplore que
la déchéance de nationalité ne puisse s’appliquer plus largement à tous les
Français. « Il faudrait pouvoir déchoir tout auteur d’un crime terroriste de la
nationalité française, qu’il soit bi-national ou non », est-il écrit. Dans le
même temps, de nombreux élus locaux, à l’instar de Vincent Tison et Mohamed
Moulay, conseillers municipaux de Joué-lès-Tours, ont demandé aux parlementaires
de rejeter le texte lors de son examen, en février. Malaise et défections au PS
À Solférino, les responsables préfèrent le silence. Le
premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, n’a pas encore
officiellement réagi. Selon son entourage, il se serait opposé « jusqu’au bout
» à l’exécutif sur cette mesure. En décembre, le premier secrétaire du Parti
socialiste estimait que la déchéance de nationalité n’était « pas une idée de
gauche ». Le débat en interne promet de faire des étincelles.
Certains n’ont pas attendu la déclaration officielle de
l’état-major du parti. Ainsi Jean-Marie Darmian, membre du PS depuis 40 ans et
vice-président du département de la Gironde a annoncé jeudi sur son blog qu’il
se mettait en congé du PS, afin de « pouvoir se regarder dans la glace ». Dans
un long billet, il menace de quitter officiellement son parti si la mesure
était effectivement adoptée. « Petit-fils et fils d’immigrés je ne supporte pas
que l’on mette en cause un tant soit peu le droit du sol sans lequel ma famille
m’aurait jamais pu construire ce que je suis devenu, sans lequel je ne serais
jamais…socialiste », écrit-il.
Autre signe symptomatique du malaise ambiant :
plusieurs militants PS de la Loire vont quitter le PS, comme le rapporte France
Bleu Saint-Etienne Loire. Abdel Cherif, secrétaire général du MJS de la Loire,
se dit « déçu » et même « dégoûté » du Parti socialiste dont il a annoncé sur
Facebook qu’il claquait la porte.
Comment un gouvernement dit de gauche #PS peut réformer
dans le sens de la droite et de l’extrême droite ? Aujourd’hui...
Il s’est également fendu d’un tweet éloquent sur son
départ, se disant « libéré, délivré ».

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