Depuis le 28 octobre, des manifestations de
masse ont lieu dans plusieurs villes du Maroc. Moins d’un mois après la farce
électorale largement boycottée, le peuple redescend dans la rue contre la hagra
(le mépris).
L’élément déclencheur a été un simple « fait divers » :
un vendeur de poisson, Mouhsine Fikri, âgé de 31 ans, a vu son gagne pain
confisqué par la police, en dehors de toute procédure légale. Cherchant à les
récupérer dans la benne à ordures, il a été broyé sur l’ordre, semble-t-il, des
mêmes agents de la police.
Comme en Tunisie en 2010 pour Mohamed Bou’azizi, cet
événement, largement diffusé sur Internet, est apparu comme le symbole d’un
système qui broie les pauvres à tous les niveaux, ainsi que du sentiment
d’impunité qui règne dans le royaume.
Les manifestations largement spontanées se répandent
comme une tâche d’huile dans le Rif ainsi que dans tous le Maroc. Les
initiatives du pouvoir (visite du ministre de l’Intérieur à la famille du
défunt, commission d’enquête, report de la visite de Mohamed VI en Éthiopie,…)
ne calment pas la colère. La population du Rif, où les événements se sont
déroulés, garde la mémoire des jeunes assassinés lors de la mobilisation du Mouvement
20 Février dans la même ville, pour qui aucune justice n’a été rendue, cinq ans
après.
Depuis quelque jour, les scandales sur la monarchie
font la une de la presse (sauf au Maroc). WikiLeaks révèle, via l’affaire des
emails d’Hillary Clinton, que le roi Mohamed VI a fait un don de 12 millions de
dollars à la Fondation Clinton. Que le roi Mohamed VI offre son aide financière
pour les frais de justice et conseille même des avocats au chanteur Saad
Lamjarred, décoré par lui, et arrêté pour "viol aggravé" à Paris
vendredi 28 octobre, tandis que le peuple soufre de la misère, du chômage, de
la corruption et du mépris des élites. Le peuple marocain dit stop à la Hogra,
aux mépris, la l’injustice sociale et aux discriminations.
Ces mobilisations interviennent après des élections
législatives qui ont eu lieu le 7 octobre 2016. Elles ont été remportées par le
Parti de la justice et du développement (PJD, islamo-conservateur monarchiste)
qui a obtenu 125 députés, contre 102 à son principal rival, le Parti Authenticité
et Modernité (PAM, social libéral monarchistes), sur un total de 395 sièges.
Le roi Mohamed VI vient de nommer Abdelilah Benkirane
du PJD comme chef de gouvernement pour un second mandat. Ces élections se sont
tenues sous la houlette d’un pouvoir qui a façonné une constitution lui
décernant la totalité des pouvoirs. Elles ont pour rôle de conférer une
légitimité politique à cette monarchie de droit divin.
Les partis politiques en lice sont tous des partis
monarchistes qui s’attellent à gérer la politique du régime. Le mode de scrutin
est un scrutin proportionnel à plus fort reste avec un mécanisme de découpage
qui accentue le morcellement de la scène politique. La loi organique relative
aux partis politiques en vigueur garantie la sacralité de la monarchie.
La Gauche marocaine était divisé pour ces élections :
la Voie Démocratique appelait au boycott des élections, contrairement à la
Fédération de la gauche démocratique (FGD gauche qui réclame une monarchie
constitutionnelle à l’espagnole) a obtenu 2 sièges. La FDG, alliance de trois
partis de gauche dite radicale : le Parti socialiste unifié (PSU), le Parti de
l’avant-garde démocratique et socialiste (PADS) et le Congrès national Ittihadi
ainsi que le mouvement de la société civile Clarté Ambition et Courage (CAC),
n’a pas su convaincre les Marocains.
Auteure d’une très bonne campagne électorale, la
porte-parole Nabila Mounib a pâti des déchirements de la gauche radicale. La
Gauche Verte (parti issue du PSU et des Verts marocains) obtient 1 siège. Nous
ne considérons pas les communistes marocains dans la gauche radicale, car le
PPS (qui obtient 12 sièges contre 16 auparavant) s’est allié au
islamo-conservateur du PJD, ce qui a affaibli la gauche et pousse une bonne
partie du peuple de gauche à bouder le scrutin.
Le taux d’abstention élevé (55 %) reflète le rejet
d’une grande partie de la population pour cette mascarade démocratique. Ces
élections sont intervenues dans un recul de la dynamique de masse initiée par
le Mouvement du 20 février qui réclamait la justice sociale, la liberté et la
dignité. Par des concessions, le pouvoir a réussi à reprendre l’initiative et
contenir la colère populaire dans un cadre de paix sociale relative avec cette
constitution. Malgré des luttes sociales qui ne cessent de grandir, elles sont
éparpillées et souffrent d’un manque de centralisation pour constituer un
rapport de forces.
A une semaine de l’ouverture de la COP 22, qui se
déroule du 7 au 18 novembre 2026 à Marrakech, commence le jour ou le Maroc fête
la célébration annuelle du Sahara Occidental. L’image d’un régime stable, vole
en éclat et montre son vrai visage. Celui du colonialisme, du mépris, des
affairistes et du capitalisme. En effet le 28 juin dernier, un bateau en
provenance d’Italie, se dirigeait vers le port de Jorf Lasfar. À son bord près
de 2500 tonnes de déchets à destination d’une cimenterie à Casablanca pour être
incinérée. Pourquoi en plein débat public sur les déchets plastiques, à
quelques mois de la COP22, a-t-on laissé faire, comme si de rien n’était, l’importation
d’Europe de déchets qui nuisent à l’environnement et à la santé au Maroc ?
Encore et toujours ce même mépris que dénonce le peuple marocain.
Par Ali Ben
Lafakir
Source : PRESSE-TOI A GAUCHE
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