samedi 26 novembre 2016

Une lettre de Gaza aux natifs de Standing Rock



Chers Indiens d’Amérique,



Bien que nous soyons de couleurs, religions, cultures et contrées différentes, j’ai découvert, avec les protestations de Standing Rock, que nous avions beaucoup plus de choses en commun que de différences. Quand je lis votre histoire, je puis nous y voir reflétés, mon peuple et moi. Je sens au fond de mon cœur que votre combat est le mien et que je ne suis pas seule dans la lutte contre l’injustice.
Mes ancêtres n’étaient pas les seuls qui vivaient en Palestine. Juifs, chrétiens et Arabes vivaient tous les uns aux côtés des autres, dans mon pays. Mais mes ancêtres – y compris mes grands-parents et mes arrière-grands-parents – étaient le peuple indigène, tout comme vous. Et ils ont subi le même sort que votre peuple. La politique américaine d’occupation et de déportation via des marches forcées comme la Piste des Larmes, avec le transfert progressif de tant des vôtres dans des réserves surpeuplées et appauvries, me heurte profondément parce qu’elle ressemble étonnamment à l’épuration ethnique de mes ancêtres par l’occupation militaire israélienne lors de ce que nous appelons « al-Nakba » (la catastrophe). Nous savons ce que vous savez : que notre terre est sacrée.
En 1948, mes ancêtres — en même temps que près d’un million d’autres Palestiniens — ont été forcés par la peur ou par la force (dans certains cas à la pointe du fusil) de quitter leurs terres. Plus de 10 000 autres ont été massacrés. Des centaines de nos villages et villes ont été complètement détruits dans un plan systématique d’effacement de nos identités — exactement de la même façon que vous avez été harcelés sans arrêt.
La Palestine, de nos jours, ne représente plus que 22 pour 100 de notre terre natale d’origine. Comme vous, une partie de mon peuple (1,5 million, estime-t-on) doit vivre dans des « camps » (notre mot pour « réserves ») dégradants, où les conditions de vie sont « comparables à celles du tiers-monde ». À l’instar de vos réserves, ces camps se caractérisent par des taux élevés de chômage, de pauvreté et de suicide.
Bien d’autres Palestiniens (environ 6 millions) — dont, aujourd’hui, les descendants des habitants d’origine — sont disséminés un peu partout dans le monde, de la même façon que les vôtres le sont un peu partout aux États-Unis. Aujourd’hui, non seulement l’occupation militaire a accaparé notre terre pour en faire « l’État d’Israël », mais elle continue à mener une politique d’expulsion en détruisant des maisons palestiniennes dans le minuscule bout de terre que nous avons encore, en implantant des colonies illégales et en entravant notre liberté de mouvement au moyen d’un réseau de « check-points sécuritaires ». 
Comme vous, nous ne contrôlons pas nos ressources naturelles. De même que vous n’avez pas été consultés à propos du Dakota Access Pipeline qui, s’il est installé, traversera vos terres et contaminera vos ressources en eau, nous ne sommes en aucun cas consultés par Israël, qui veut exploiter nos approvisionnements en gaz dans notre port à son propre profit et qui monopolise les réserves d’eau de la Cisjordanie au profit des espaces verts de ses propres résidents — en laissant les Palestiniens mourir de soif et de sécheresse. À Gaza, où je vis, les conditions dans lesquelles nous devons vivre font que 10 pour 100 à peine de notre approvisionnement en eau est de l’eau potable. Nous aussi, nous savons que « l’eau, c’est la vie ».
Quand j’étais jeune, j’ai vu comment les médias véhiculaient des images négatives à votre sujet, particulièrement dans les films hollywoodiens – vous dépeignant comme des gens non civilisés, sauvages, racistes et abusant de drogues. De la même façon, les gens de mon peuple sont décrits comme terroristes, « rétrogrades », misogynes et antisémites. Et personne, en plus, ne dira qu’en fait, les blancs sont exactement pareils.
Comme la vôtre, notre résistance a été stigmatisée comme des actes de terrorisme et de violence et non comme un combat pour la survie et la dignité. Cela n’a rien de surprenant, puisque telle est la politique de tout oppresseur cherchant à criminaliser autrui afin de justifier ses propres actes. Telle est la manière dont l’oppresseur crée sa propre version de la réalité afin de rationaliser son comportement et de manipuler les masses. Et tel est le plan de l’oppresseur afin que les peuples colonisés se sentent faibles et isolés. Mais vous êtes en train de prouver qu’il n’y arrivera pas et je voudrais que vous sachiez que mon peuple est avec vous.
Voir vos femmes, vos aînés et vos jeunes se dresser tous ensemble pour protester contre le pipeline et contre votre exclusion du processus décisionnel, voilà qui est très inspirant ! Cela nous donne la force de poursuivre notre propre combat.
En tant que Palestinienne de Gaza, j’ai grandi dans le sentiment d’être de plus en plus détachée du reste du monde à mesure qu’Israël durcit son blocus depuis une décennie. Je suis sûre que vous êtes nombreux à éprouver la même chose. Mais nous ne sommes pas isolés. Nous sommes des « âmes sœurs » de la façon qui compte vraiment.
Israa Suliman
Traduit par Pour la Palestine
Source : TLAXCALA

vendredi 18 novembre 2016

Un monstre est en train de naître, sous nos yeux. On n'avait pas vu celà depuis Ceaucescu et Hitler.



Et personne ne bouge.

Erdogan est malin : l'Union Européenne l'a arrosé de millions d'euros pour filter les jihadistes, donc si l'Europe moufte, Erdogan lui envoie tous les terroristes du Moyen-Orient. Cela étant dit, il protège les membres d'ISIS et leur fournit des passeports turcs à la pelle ! Comment les commissaires de Bruxelles ont-ils pu être aussi naïf (j'avais "débiles" sur le bout de la langue, mais je ne cède pas à l'insulte facile) ?
Cette fois, ce ne sont pas 1 ou 2 dizaines de milliers de réfugiés qui vont se presser aux portes de l'Union Européenne, mais des centaines de milliers pour le moins, fuyant le diable, fuyant l'islamisme, fuyant la dictature. Et que pourra-t-on y faire ? Merkel a déjà à moitié perdu les prochaines élections en ouvrant les portes de l'Allemagne aux pauvres syriens, que fera-t-elle de 200.000 à 300.000 turcs ?
Quant aux américains, eux aussi sont malins. Sans la CIA, Erdogan n'aurait jamais pu accéder au pouvoir. Et de toute façon, les USA ont trop de bases stratégiques en Turquie pour la ramener. Une fois de plus, un conflit entre la Turquie et l'Europe, (peut-être via Chypre ?) ferait vendre des armes et plein d'autres choses aux américains, bien à l'abri de l'autre côté de l'océan atlantique.
Entre les blocs islamistes et le bloc chrétien, la Turquie est le pays du choc des cultures, voire des civilisations. A quoi doit-on s'attendre ? A une guerre civile réprimée dans le sang, comme en Syrie ? A un Liban bis, en beaucoup, beaucoup plus grand ? Quels sont les rapports entre Erdogan et le Hezbollah ?
Avec Trump, les risques d'une guerre ouverte contre la Russie se sont nettement atténués. Mais si on ne réagit pas très vite à ce qui se passe en Turquie, c'est une toute autre guerre à laquelle nous risquons de devoir faire face.

samedi 12 novembre 2016

Trump, une victoire de la démocratie sur les médias de masse.



K.O technique

Avant d’être la victoire du candidat républicain populiste sur la candidate démocrate du système, l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis est la victoire d’un peuple sur l’oligarchie médiatique qui prétendait le cornaquer. Jamais les médias « mainstream » n’avaient pris une telle claque. Un véritable krach qui fera date au même titre que le krach de 1929 dans l'histoire économique, bien qu’il soit encore peu commenté. Et pour cause, les commentateurs en sont les premières victimes.
Peut-être parce qu’ils s’étaient pris eux même à croire à leurs mensonges et à leurs faux sondages, ne l’ont-ils pas vu venir. Le matin de la victoire du républicain, pas un article cohérent en faisant état sur les versions en ligne des grands journaux. Un black out médiatique généralisé. Le prestigieux New York Times en perdait sa une, et refusait, en rupture avec les principes déontologiques de base du journalisme, de reporter l’évènement. D’un bout à l’autre de l’hémisphère ouest, les médias d’habitude rangés en ordre de bataille comme un seul homme, cherchaient leur chemin, comme un nid de fourmis sur lequel aurait marché le gorille.

A-t-on échappé de justesse à une confrontation nucléaire ?

Bien sûr, tous les bien pensant, et parmi eux, les artistes sponsorisés d’Hollywood ont déploré cette victoire, affichant sur les réseaux sociaux des images de la statue de liberté les mains sur les yeux en signe de catastrophe. Ils reprochent au peuple américain, qu’ils méprisent, sa crédulité et son ignorance. Mais qui sait si le peuple, en barrant la route à Hillary-la-corrompue, comme l’a surnommé son rival victorieux, ne s’est pas mis en travers d’une guerre nucléaire ?
La véhémence des propos tenus par Hillary Clinton pendant les débats présidentiels au sujet des Russes et des Chinois annonçait des années bien plus dangereuses que les propos de Trump sur les femmes ou les mexicains, ceux-ci fussent-ils peu glorieux. Pourtant, les médias ne semblaient pas lui faire grief de ce ton va-t-en-guerre, et faisaient campagne unanime pour elle, de sorte qu’elle est apparue comme une candidate suspendue par des fils à la main invisible d’un deus ex machina.

Des médias va-t-en guerre détenus par des groupes d’armement

Portons nos regard trois ans en arrière et, force est de constater que les médias de l’ouest n’ont eu de cesse de militer en faveur d’un antagonisme avec la Russie et la Chine, et maintenu une tension dramatique constante sur le peuple avec des sujets à tendance islamophobes, anti chinois et anti-russes, sans cesse réactualisés. Ce qui n’est pas étonnant quand on sait à qui appartiennent lesdits médias. En France, Le figaro, appartient à Dassault, marchand d’arme, le Journal du Dimanche, à Lagardère, marchand d’armes, et libération, à Rothschild, Israélien. Pour ne citer que ceux là. Il y a donc un conflit d’intérêts manifeste, de même qu’il a un conflit d’intérêts lorsque la secrétaire d’état Clinton récolte des fonds très importants pour sa fondation pendant son mandat. En raison même de ce conflit d’intérêts, il est logique que ces médias n’effectuent pas leur devoir d’information en toute indépendance, mais travaillent à l’accomplissement des objectifs des groupes auxquels ils appartiennent.

On connaît maintenant l’économie de la guerre au moyen orient.

Les grands conglomérats militaro-industrialo-mediatico-pharmaceutiques promeuvent des guerres à l’étranger, si possible loin de leurs frontières. Plus il y a de guerres, plus ils vendent d’armes. Plus ils vendent d’armes, plus il y a de guerre, et plus ils vendent de journaux ; la guerre détruit, donc il faudra reconstruire, et cela tombe bien, en plus d’une chaîne de télévision, ou d’un journal, la holding possède un groupe de bâtiments et travaux publics ; dans les pays ainsi détruits (exemple Irak) ils installent ensuite au pouvoir une coalition qui leur est soumise, hommes avec lesquels il est aisé de signer des contrats avantageux d’exploitation des hydrocarbures et autres richesses naturelles ; comme le pays a été mis à feu et à sang, les populations émigrent massivement ; via leurs journaux positionnés à gauche, ces même groupes plaident en faveur des solidarités entre peuples en montrant des photographies d’enfants de migrants morts sur les plages de la méditerranée. En France, pour ces groupes, l’immigration provoquée par ces guerres est d’abord la garanti d’un afflux de main d’œuvre pas chère et beaucoup plus docile que le français moyen syndicalisé. Par la même occasion ces guerres permettent aux laboratoires pharmaceutiques et aux groupes industriels de vendre des millions de tonnes de médicaments et de matériel médical. Par la force de ces opérations en Irak, en Syrie et en Libye, alors que l’on fait croire aux peuples qu’il s’agit de libérer des peuples et d’abattre des dictateurs sanguinaires, ces groupes s’enrichissent considérablement avec d’autres intentions. Ils ont également accompli une fonction politique. D’abord sur la scène internationale, ils ont rendu service à des alliés, clients, associés ou actionnaires de la région qui souhaitaient se débarrasser de leurs ennemis jurés. Nous nommons l’axe Arabie Saoudite, Quatar, Israël, à titre d’exemple, qui ont pu se débarrasser ainsi de leurs ennemis en Irak, en Syrie et en Libye. Sur le plan de la politique intérieure, la droite comme la gauche ont également vu leur politique influencée par ces conflits. La droite, grâce aux attentats et à la menace terroriste qui résulte directement des interventions en Irak, en Libye et en Syrie, a pu voter des lois privatives de liberté et sécuritaires – il faut de plus en plus de lois à mesure qu’il y a de plus en plus de riches et de plus en plus de pauvre. Lois qui ont été plébiscitées par les classes pauvres du peuple comme l’ont montré les sondages. Le peuple ne voyant pas la manipulation dont il est l’objet, terrorisé qu’il est, entre de lui même dans le piège vers lequelle il est conduit. La gauche quant à elle, trouve dans ces guerres contre le terrorisme un sujet opportun pour parler d’autre chose que de la misère sociale qui gagne les classes sociales pauvres exploitées qu’elle à abandonné. Elle profite également de ce divertissement et de l’état d’urgence sur le terrorisme pour passer en toute discrétion des lois contre le travailleur, sans que les médias de gauche occupés à parler de la guerre et des réfugiés, ne consacre leurs une au sujet. A titre d’exemple, sous François Hollande, les délais pour poursuivre son employeur aux prud’hommes est passé de 5 ans à 3 ans, et la loi Macron, qui est ironiquement appelé « loi pour l’égalité des chances », a retiré la possibilité au justiciable de se défendre lui même en cas d’appel de la décision rendu par le tribunal de prud’hommes.
Ainsi ces même médias qui reprochaient à Trump ses propos sur les mexicains ou sur les femmes, et tous les bien pensant avec eux, la bourgeoisie de gauche et de droite qui forme et arrête ses opinions en regardant le journal de 20H sur TF1, en lisant libé ou le Figaro, ne se sont ils pas formalisés qu’Hillary Clinton ait voté la guerre en Irak. Peu importe que cette guerre ai eu pour conséquence direct la mort de cinq cent mille civils, femme et enfants compris.
Un observateur neutre y verrait une forme de négationnisme de crime contre l’humanité. D’un point de vue moral, une faute sans commune mesure avec les propos tenus par trump pendant sa campagne électorale. Mais peu importe. Les bourgeois sont habitués à vivre dans la contradiction et les médias aussi.
L’Irak ? La Libye ? La Syrie ? Pas capable d’émouvoir notre français moyen…Ou du moins plus capable depuis les attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan grâces auxquels un « Je suis Charlie » unanime a pu remplacer un « nous sommes tous palestiniens » qui avait peine à prendre il est vrai, les tenants socialistes du « touche pas à mon pote » se muant avec une rapidité déconcertante en prosélytes du « mon pote est un terroriste ».
Tout cela mériterait réflexion, questionnements et enquêtes. Mais les médias sont repartis en rang de bataille. La colonne de fourmis c’est remise en route vers ses buts destructeurs et querelleurs, armée de toute sa mauvaise foi : pourquoi les sondages se sont trompés ? Hillary a t’-elle été victime d’un vote machiste ? Ce qu’a dit trump sur la France (et pas du bien)… Et si Michelle Obama se présentait ? Ne cédons pas au sirène du populisme… etc.
Finalement, cela est clair. Au travers des sujets qu’ils abordent et de la manière dont ils en parlent, les médias de l’occident n’ont pas pour préoccupation bienfaisante le bonheur des peuples et encore moins leurs désirs, mais l’obsession de tromper, de diviser, et de divertir. Les journalistes appartiennent au peuple me direz vous. Oui, c’est vrai. Mais ils sont dans la situation d’adeptes d’une secte. Victimes et bourreaux pour la plupart, payés pour faire leur boulot dans des sociétés vivant dans la peur, le chômage et l’auto flagellation.

La France prisonnière des idéologies ?

La possibilité d’une victoire du vote populaire sur le diktat médiatique semble peu probable en France. Premièrement, il n’y a pas de candidat d’envergure capable de rassembler le peuple. Deuxièmement, s’il se présentait, il ne serait pas élu. Donald Trump a pu être élu parce que le peuple américain n’est pas contaminé par les idéologies. Le peuple américain est pragmatique et met la liberté au dessus de l’égalité. C’est ainsi que Donald Trump a pu réunir les classes populaires et les classes supérieures conservatrices. En France, jamais le peuple ne pourrait voter pour un milliardaire. Une partie du peuple votera toujours socialiste ou communiste, par réflexe conditionné. Le changement est ainsi rendu impossible. Ceci, pour le plus grand bonheur de nos petits politiciens de droite et de gauche qui prospèrent sur la misère sociale, l’appauvrissement des classes moyennes travailleuses, et l’ignorance de la petite bourgeoisie, dont ils se partagent la gestion depuis 30 ans.

Source : AGORAVOX

vendredi 11 novembre 2016

Liberté pour Julian Assange ! Le cas Assange est une atteinte inacceptable au droit de communication.

WikiLeaks : le défi de préserver la liberté d’information et de           
communication dans un monde sous surveillance permanente.



Cela fait plus de quatre ans, depuis le 19 juin 2012, que Julian Assange, cyberactiviste australien, champion de la lutte pour une information libre, est privé de liberté, réfugié dans les locaux de l’ambassade d’Equateur à Londres. Ce petit pays latino-américain a eu le courage d’accorder l’asile diplomatique au fondateur de WikiLeaks persécuté et harcelé par les autorités des Etats-Unis et de deux de leurs alliés (Royaume-Uni, Suède).
La justice suédoise exigeait que Julian Assange aille témoigner personnellement à Stockholm. On sait qu’une plainte (une seule ; la seconde accusation est devenue caduque avec le temps) y a été déposée contre lui pour viol. Cependant, il est important de préciser qu’aucune charge judiciaire ne pèse contre Assange. La justice suédoise souhaite seulement procéder à un « interrogatoire d’investigation ». Il ne s’agit donc pas d’une inculpation après présentation de charges. La Suède a d’ailleurs admis devant la Cour suprême du Royaume-Uni que Julian Assange avait quitté ce pays scandinave avec l’autorisation du ministère public. Récemment d’ailleurs, Quito a annoncé avoir signé un accord avec Stockholm pour permettre effectivement à la justice suédoise d’entendre Julian Assange dans les locaux de l’ambassade d’Equateur à Londres.
Le fondateur de WikiLeaks refusait en effet de se rendre en Suède, à moins que la justice de ce pays lui garantisse qu’il ne serait pas extradé vers les Etats-Unis, où il risquait d’être traduit devant un tribunal qui pourrait, selon ses avocats, l’accuser « d’espionnage » et, en vertu d’une loi de 1917, le condamner à la peine capitale.
En réalité, le seul crime de Julian Assange est d’avoir fondé WikiLeaks. Cela a suscité partout des débats passionnés pour déterminer si cette plateforme faisait avancer la liberté de la presse, si elle était bonne ou mauvaise pour la démocratie, s’il fallait la censurer ou pas. Ce qui est certain c’est que le rôle joué par WikiLeaks dans la diffusion d’un demi-million de rapports secrets relatifs aux abus commis par des militaires en Afghanistan et en Irak, et des quelque 250 000 rapports envoyés par les ambassades des Etats-Unis au Département d’Etat constitue « un fait qui fera date dans l’histoire du journalisme ».
WikiLeaks a été créée en 2006 par un groupe d’internautes anonymes, dont Julian Assange était le porte-parole, qui s’est donné pour mission de recevoir et de diffuser les filtrations d’informations (leaks) en garantissant l’anonymat des sources.
Rappelons les trois raisons qui, selon Julian Assange, sont à l’origine de la création de cette plateforme. « La première, c’est la mort de la société civile à l’échelle mondiale. La circulation rapide des flux financiers que les transferts électroniques de fonds rendent bien plus rapides que la sanction politique ou morale ont détruit la société civile partout dans le monde. […] Un nombre important de gens sait que la société civile est donc morte, qu’elle n’existe vraiment plus, et ils en profitent pour accumuler richesse et pouvoir. La deuxième raison […], c’est l’existence d’un énorme Etat sécuritaire occulte, qui se développe partout dans le monde, principalement aux Etats-Unis […]. La troisième, c’est que les médias internationaux sont un désastre […], l’environnement des médias internationaux est si mauvais et déformateur que nous serions en bien meilleure situation s’il n’existait aucun média. Aucun. »
Assange a une vision radicalement critique du journalisme. Dans un entretien, il a même affirmé que, « considérant l’état d’impuissance du journalisme, je me sentirais offensé si l’on m’appelait journaliste. […] L’abus le plus flagrant a eu lieu pendant la guerre [d’Irak et d’Afghanistan] racontée par les journalistes. Des journalistes qui ont participé à la création de conflits par leur manque de questionnement, leur manque d’intégrité et leur attitude lâche face à la communication gouvernementale. »
La philosophie de WikiLeaks s’appui sur un principe fondamental : les secrets existent pour être dévoilés. Toute information occulte a vocation à être révélée et mise à la disposition des citoyens. Les démocraties ne doivent rien cacher et les dirigeants politiques non plus. Si l’action publique de ces derniers n’était pas incompatible avec leur conduite publique ou privée, les démocraties ne devraient nullement craindre la diffusion « d’informations filtrées ». Mais pourquoi les journalistes, en démocratie, devraient se taire quand un responsable politique affirme une chose en public et dit ou fait le contraire en privé ?
WikiLeaks offre aux internautes la possibilité de diffuser des enregistrements, des vidéos ou des textes confidentiels, en vérifiant son authenticité mais sans chercher à savoir comment ils ont été obtenus. WikiLeaks vit grâce aux donations des internautes et des fondations, et n’accepte aucune aide publique. De nombreuses instances internationales ont reconnu l’utilité de son travail. En 2008, WikiLeaks a reçu l’« Index on Censorship Award » attribué par l’hebdomadaire britannique The Economist, et en 2009, Amnesty International lui a octroyé le prix du meilleur « nouveau média » pour avoir publié, en novembre 2008, un document censuré relatif à un cas de malversation des fonds effectué par l’entourage de l’ancien président du Kenya, Daniel Arap Moi.
Depuis sa création, WikiLeaks a été en permanence un festin de secrets, une véritable usine à scoops. Il a diffusé plus de révélations que l’ensemble des journaux les plus prestigieux depuis des décennies… Parmi les grands scandales révélés on peut souligner : les documents dénonçant les techniques utilisées par la banque suisse Julius Baer pour faciliter l’évasion fiscale ; le manuel de procédure pénale de l’armée américaine à Guantanamo ; la liste des noms, les professions et les coordonnées des membres du Parti National Britannique (BNP, d’extrême droite) où l’on trouvait des membres de la police ; la liste détaillée des courriers électroniques échangés avec l’extérieur par les victimes des attentats du World Trade Center le 11 septembre 2001 ; les documents prouvant le caractère frauduleux du dépôt de bilan de la banque islandaise The New Kaupthing ; les protocoles secrets de l’Eglise de Scientologie ; l’historique des courriers personnels envoyés par Sarah Palin, candidate républicaine à la vice-présidence des Etats-Unis, a John Mc Cain, depuis son ordinateur professionnel pendant la campagne électorale (ce qui est interdit par la législation américaine) ; les rapports secrets du procès de l’assassin Marc Dutroux, y compris le listing avec les numéros de téléphone, les numéros de comptes bancaires et les adresses de toutes les personnes impliquées dans cette fameuse affaire de pédophilie ; sans oublier les récents emails polémiques d’Hillary Clinton.
Comme Edward Snowden et Chelsea Manning, Julian Assange fait partie d’un nouveau groupe de dissidents politiques qui se battent pour une nouvelle forme d’émancipation et qui sont persécutés et harcelés non pas par des régimes autoritaires mais par des Etats qui prétendent être des « démocraties exemplaires »…
En février dernier, le Groupe de travail sur les détentions arbitraires des Nations unies, qui dépend du Comité des droits de l’Homme, a déclaré que Julian Assange était en état de « détention arbitraire » en raison de l’attitude du Royaume-Uni et de la Suède. Des experts internationaux ont également signalé que les autorités britanniques et suédoises devraient « mettre fin à sa détention » et « respecter son droit à obtenir une juste compensation ». D’après ce jury international, Julian Assange a été soumis à différentes formes de privation de liberté : « détention initiale à la prison de Wandsworth de Londres », régime d’isolement, « suivi de détention domiciliaire et ensuite de confinement à l’ambassade de l’Equateur ». Même si cette décision du Groupe d’experts internationaux des Nations unies n’est pas contraignante, elle suppose une grande victoire morale pour Julian Assange. Elle lui donne raison dans sa longue lutte contre les décisions arbitraires des autorités suédoises et britanniques.
Sur ce point, le président équatorien Rafael Correa a déclaré que son gouvernement accorde asile et protection au fondateur de WikiLeaks parce qu’« Assange n’a aucune garantie de respect de ses droits humains et de ses droits en matière de justice ». Le ministre équatorien des affaires étrangères, Guillaume Long, a déclaré pour sa part que l’Equateur « reste légitimement préoccupé par les droits humains d’Assange » et que Quito considère qu’il existe une sorte de « persécution politique » contre lui qui justifie que l’Equateur lui accorde l’asile.
Pour réclamer la liberté de Julian Assange, ses amis à travers le monde ont organisé, entre le 19 et le 24 juin dernier, dans diverses capitales (Athènes, Belgrade, Berlin, Bruxelles, Buenos Aires, Madrid, Milan, Montevideo, Naples, New York, Quito, Paris, Sarajevo) une série de réunions et conférences auxquelles ont participé d’importantes personnalités (Noam Chomsky, Edgar Morin, Slavo Zizek, Arundhati Roy, Ken Loach, Yanis Varoufakis, Baltasar Garzón, Amy Goodman, Ignacio Escolar, Emir Sader, Eva Golinger, Evgeny Morozov, etc.).
A Quito (Equateur), le Symposium était organisé par le Centre international d’études supérieures pour l’Amérique latine (Ciespal) et Julian Assange y a fait lui même une intervention en visioconférence. Le professeur Francisco Sierra, directeur du Ciespal, a déclaré : « Nous pensons que le problème de Julian Assange est en réalité celui de la liberté d’information. Si la liberté d‘informer, de se déplacer et de se réunir n’existe pas, il n’y a pas de droits humains. Pourtant, le premier droit est celui de communiquer. Le cas Assange est une atteinte inacceptable au droit de communication. »
Les participants ont lancé un vaste mouvement d’opinion à l’échelle mondiale pour proposer la candidature de Julian Assange au Prix Nobel de la Paix.
Tous ces événements solidaires se sont fixés deux objectifs. En premier lieu : revendiquer les droits que l’on refuse à Julian Assange, tels que la présomption d’innocence et la liberté de mouvement. Et en second lieu : rappeler ce que représente WikiLeaks : le défi de préserver la liberté d’information et de communication dans un monde sous surveillance permanente.
Par Ignacio Ramonet  
Source : Mémoires des luttes