dimanche 16 octobre 2011

La famine en Afrique de l’Est : Une bonne occasion de faire des affaires et de méconnaître (volontairement ?) ses causes

le 15 septembre 2011
« La famine : une bonne occasion de faire des affaires - la terre est-elle en vente au supermarché mondial des ressources?»
Une voix qui crie dans le désert
Quelles sont ces voix qu’on ne cesse d’entendre ces derniers temps ? Une voix qui crie dans le désert ? Nullement. Ce sont les médias qui nous interpellent. Elles se font du souci : une famine en Afrique de l’Est ! Selon diverses organisations internationales cette famine menace 11,5 millions d’êtres humains. Les nouvelles se succèdent à toute allure : la Somalie, l’Éthiopie, le Kenya, sécheresse, guerres, cortèges de réfugiés... Les organisations humanitaires sont en ébullition. La bonne volonté de manque pas, seuls les moyens font défaut. Le riche Occident parvient de moins en moins à les fournir, car lui-même s’appauvrit. Rien qu’aux USA 46,2 millions de gens vivent sous le seuil de pauvreté. Et l’Europe ne va pas mieux : la Grèce est en faillite, la Hongrie également, le tour de l’Espagne, du Portugal et de l’Italie arrive, peut-être suivis par la France. L’Allemagne s’en tire encore bien, c’est vrai, et la petite Autriche semble être miraculeusement préservée. Mais là aussi on voit poindre les premiers signes de stagnation et de récession.
Allons-nous connaître ici aussi le sort de l’Afrique ? Et si nous en arrivons là, ce sera la fin du monde ? Le célèbre calendrier maya la prévoit dès l’an prochain. Ou peut-être un peu plus tard ? Tout dépend des humains eux-mêmes, car la société est mal en point. Mais que faire ?
On recherche fiévreusement la bonne solution. Même ici, en Autriche. Doit-on en conclure que l’espoir est tout de même permis ? Si l’on se base sur une conférence-discussion qui s’est déroulée le 15 septembre à Vienne, la réponse pourrait être « oui ». L’organisateur n’était autre que le très renommé Institut Renner du Parti social-démocrate et elle portait le titre : « La famine : une bonne occasion de faire des affaires- la terre est-elle en vente au supermarché mondial des  ressources?» Si l’institution qui forme les cadres du plus important parti autrichien - de surcroît au pouvoir en ce moment - invite à un dialogue sur un sujet ainsi formulé, ce n’est sûrement pas un hasard. On aurait pu croire que le SPÖ prenait un tournant idéologique. Et il semblait bien que l’on renonçât à l’indulgence accoutumée envers les piliers du patronat (vulgairement dénommé bourgeoisie) et que ce parti, impliqué dans la quasi-totalité des scandales survenus au cours de la Deuxième République autrichienne, dont même les étudiants ont crié « Qui vous a trahis ? les socio-démocrates ! » s’était remis sur les rails que lui avait indiqués son fondateur, Viktor Adler. Bien sûr il ne s’agit plus aujourd’hui des ouvriers de « Wienerberger », une entreprise fabriquant des briques et imposant à ses employés des conditions proches de l’esclavage, chez qui ce jeune médecin s’était introduit incognito pour pouvoir décrire ce qu’elle leur faisait subir. Cette fois il s’agit de mettre un terme à la croissance de la famine qui menace le monde entier.
Un aussi noble propos pouvait faire espérer à juste titre qu’au moins les huiles du SPÖ (sans parler des autres) relèveraient de leur présence le poids de cette conférence. Hélas ! il n’en fut rien. Le très sélect Institut Renner ne lui offrit pas même ses propres locaux ; il la relégua dans un modeste hôtel excentré. Et là, ce ne fut ni le directeur ni son représentant qui accueillit les participants, mais un collaborateur (Mag. Sebastian Schulbach) chargé de jouer les animateurs. C’était bien suffisant pour un public peu fourni et de modeste condition. Il n’y avait là, du reste, que quelques dizaines de personnes. Bien suffisant pour une ambiance intime - mais elle aussi fit défaut. Les journalistes ne s’y pressaient pas. Dans la salle, il y avait seulement une caméra, et l’on annonça que le 22 septembre la conférence ferait l’objet d’une demi-heure d’émission, ce qui fut fait, effectivement.

Une vision effrayante

L’ambiance dans la salle ne se prêtait de toute évidence pas à prendre à bras-le corps un tel problème. La communication n’était visiblement pas la principale qualité des intervenants qui abordèrent la question: Brigitte Reisinger de FIAN-Autriche, Roman Herre, de FIAN-Allemagne, Jennifer Franco, du Transnational Institute d’Amsterdam et Nyikaw Ochalla de l’organisation éthiopienne AnuakSurvival. Au lieu de présenter une image vivante, de sensibiliser les auditeurs au drame de l’accaparement des terres et de renforcer par leurs propres initiatives le désir d’agir pour contrer cette tendance, les intervenants offrirent une sèche présentation des faits, comme les officiels ont coutume de le faire. Leur voix portait peu, leur débit nerveux et parfois bafouillant accentuait encore cette impression. On avait presque le sentiment que les gens sur le podium prenaient bien garde à ne pas dépasser certaines limites.
De fait, un coup d’œil sur les brochures terriblement scolaires de l’organisation FIAN (= Food First Information and Action Network) donnait à penser que les intervenants s’étaient limités à résumer leurs informations ????? de manière concise, mais malheureusement assez maladroite. Entre autres parce que leur titre ne différait guère de celui d’un projet de FIAN -Autriche relatif à l’accaparement des terres. Ce projet, qui en 2010 avait été approuvé et avait reçu une dotation de 30 000 € et le soutien de la Coopération autrichienne internationale pour le développement devait abriter les activités suivantes: recherche, élaboration de trois profils de pays, leur distribution , briefings et réunions de travail avec des journalistes et des décideurs politiques, relatifs aux résultats et évolutions, présentation de ces profils au cours de la quatrième édition des journées cinématographiques «Faim, pouvoir et profits» à l’automne 2011. Il s’agit donc d’une étude scientifique et de la présentation de ses résultats. Pas moins, mais pas davantage.
La science, c’est s’en tenir aux faits (?) et les chiffres parlent d’eux-mêmes. Et ils sont si effrayants qu’ils provoquent chez tous ceux qui en prennent connaissance une légitime indignation. Roman Herre, de FIAN-Allemagne, rappela que l’accaparement des terres est devenu un problème mondial et qu’à ce jour 80 millions d’hectares ont été aliénés de par le monde, avec la collaboration des gouvernements. Nyikaw Ochalla, de l’organisation Anuak Survival, un ex-collaborateur du Ministère éthiopien des Affaires étrangères, nous dit que dans la seule région fertile de Gambella, en Éthiopie, où vivent 300000 personnes, 256 000 ha ont déjà été affermés. Au Gambella, on trouve des investisseurs originaires de 36 pays et les deux tiers de la terre appartiennent désormais à des firmes indiennes, saoudiennes ou autres. En affermant de telles surfaces à des trusts étrangers, on chasse la population locale de ses terres ancestrales. Et donc, conclut Ochalla, la famine n’est pas une conséquence de la sécheresse, mais elle est fabriquée de toutes pièces. Jennifer Franco, du Transnational Institute d’Amsterdam, fit remarquer qu’il ne s’agit pas seulement d’accaparer les terres, mais aussi l’eau - une nouvelle forme de colonialisme. Mais la communauté internationale ne fait rien pour l’empêcher, ajouta-t-elle. Brigitte Reisinger, de FIAN-Autriche, a montré du doigt la Banque mondiale qui, après avoir soutenu la dérégulation des lois foncières et sur les investissements, s’efforce maintenant de réglementer l’accaparement des terres. De toute façon les réglementations n’empêchent pas la spéculation, a fait remarquer Jennifer Franco. Mais si les réglementations ne servent à rien, comment stopper l’accaparement des terres, s’est alors demandé Roman Herre. Sa réponse : la société civile. Elle doit se faire mieux entendre sur ce sujet. Il a rappelé qu’à l’occasion du Forum social mondial de Dakar, auquel le FIAN a participé en février 2011, 500 organisations ont signé un appel à cesser le vol des terres. Selon lui, cette action a d’une part ouvert la porte à un dialogue avec les gouvernements et d’autre part renforcé la conscience de la nécessité de résister. D’après lui cette résistance a réussi à faire échouer des projets d’accaparement des terres dans plusieurs pays et permis à la population locale de retourner dans ses champs.

Un pas dans la bonne direction ?

Mais que faire de plus pour bannir l’accaparement des sols ? Selon Roman Herre, accorder plus de poids aux droits humains dans la jurisprudence internationale. Le FIAN exige de donner au Comité pour l’alimentation mondiale l’ONU la haute main sur les marchés agricoles mondiaux, parce que ce comité dispose de procédés démocratiques permettant aux pays du Sud de dire leur mot au sujet de ce qu’on fait de leurs propres terres.
Pour Roman Herre c’est un pas dans la bonne direction. Autrement dit, une solution dans le cadre du système (néolibéral) actuel. Il est également frappant que des firmes agro-alimentaires indiennes ou saoudiennes qui pratiquent l’accaparement des terres ont été citées nommément, alors que les firmes européennes ou états-uniennes ne le sont qu’en bloc. On a évoqué les plantes à effet de serre, mais pas les plantes OGM. On n’a pas non plus demandé de traduire les firmes devant un tribunal pour avoir causé des famines en accaparant les terres, et leurs dirigeants encore bien moins. Pour ne rien dire d’un appel à se mobiliser contre le système qui favorise de tels crimes sociaux. Ce serait déjà une incitation à la révolution.
Et les intervenants à la conférence sur les « bonnes affaires avec la famine » ne voulaient de toute évidence pas aller jusque-là. Mettre en question l’ordre mondial et le remplacer par un autre aurait été une infraction à l’éthique scientifique, ou plutôt à la scolastique. Dès l’Université on vous enseigne qu’un travail scientifique sérieux doit s’en tenir aux chiffres et aux faits. La science est neutre, et les scientifiques doivent l’être aussi s’ils ne veulent pas devenir partiaux. Ce que la politique fera de leurs résultats ne les concerne pas.
Mais en s’en tenant strictement au principe de neutralité de la science, évite-t-on de se laisser happer par la politique ? Cela dépend des sponsors. Ce sont eux qui financent et donc qui dictent les règles du jeu. La première de toutes c’est : on ne mord pas la main qui vous nourrit. Mais qui sponsorise la FIAN et le Transnational Institute? Pour le découvrir, il faut faire quelques recherches.
Ceux qui tirent les ficelles

Le FIAN publie au moins dans les dernières pages de son rapport annuel une liste de sponsors qu’elle remercie de leur soutien. Outre quelques fondations d’Église on trouve la douteuse Fondation Ford, qui certes finance des initiatives philanthropiques et même nombre de médias alternatifs états-uniens, mais qui est aussi en lien avec les Services secrets états-uniens (CIA) ainsi que le Conseil aux relations extérieures (CFR). On trouve aussi, sur la liste du FIAN, la fondation allemande Heinrich Böll, verte bien sûr, mais qui fait beaucoup d’efforts pour ancrer le modèle démocratique néolibéral occidental dans le reste du monde. C’était du reste un vœu de celui dont elle porte le nom, qui a travaillé pour plusieurs sous-marins de la CIA, ainsi que l’a dévoilé la chaîne franco-allemande ARTE le 29 novembre 2006 dans un documentaire.
 Le Transnational Institute a aussi des sponsors d’une autre espèce: la Commission européenne, l’ONG Oxfam Novib, aux Pays-Bas, le Ministère néerlandais des Affaires étrangères, l’Open Society Institute suisse et surtout la Fondation Samuel Rubin, intéressante, car son fondateur, Samuel Rubin, était un bolchevik russe. Bien qu’il se soit ensuite enrichi en reprenant les Parfums Fabergé, il est resté fidèle à ses premières convictions. C’est pourquoi les USA l’ont considéré comme un agent soviétique, qui travaillait contre les intérêts états-uniens par le biais du célèbre Institute for Policy Studies (IPS). Et de fait l’IPS, par qui transite le soutien de Rubin au Transnational Institute d’Amsterdam, a demandé la création d’un correctif «aux marchés et à l’individualisme sans bornes », critique la mondialisation et a même condamné l’intervention de l’OTAN en ex-Yougoslavie. Mais la liste des sponsors de l’IPS compte aussi la Fondation Ford, le Fonds Rockefeller Brothers, la Fondation Tides et l’Open Society du magnat George Soros. L’ex-directrice de la New World Foundation, Hillary Clinton, a sponsorisé l’IPS dans les années 80 et son mari, Bill Clinton a pris pour conseillers durant son mandat deux membres éminents de l’IPS : Derek Shearer aux questions économiques et Anthony Lake à la Sûreté nationale.
Le FIAN et le Transnational Institute sont-ils une chasse gardée des USA et plus spécialement du Parti démocrate? Avec la meilleure volonté du monde, difficile de penser autre chose. Le Parti démocrate est à nouveau au pouvoir et derrière le Président actuel, Obama, c’est le puissant clan Clinton et ses sponsors, plus puissants encore, qui sont aux commandes. Et ils sont en train de remodeler le monde en fonction de leurs intérêts économiques et politiques et dans ce dessein de séduire les masses avec des slogans « sociaux ». Tout changer pour que rien ne change.

La responsabilité sociale des scientifiques

Peut-être que le FIAN et le Transnational Institute sont liés à ce concept. Cela ne diminue en rien la valeur documentaire de leur travail. Cette belle réalisation constituera une mine d’or pour les scientifiques, surtout s’ils veulent décrire les dysfonctionnements de notre époque. La vision effrayante qui s’en dégagera pourrait montrer clairement aux gens que le problème de la famine, de la pauvreté et de l’inégalité sociale ne peut en aucun cas être résolu dans le cadre de l’ordre social qui les a engendrées. Pour cela, il faut faire exploser cet ordre afin de pouvoir édifier sur ses ruines un système plus juste et plus humain. C’est justement aux scientifiques de le dire ; du fait de leurs connaissances et de leurs recherches, il leur en incombe une responsabilité morale. Neutralité scientifique ne signifie nullement indifférence à la société. Malheureusement les intervenants à la « conférence sur les bonnes affaires que permet la famine » ne sont pas allés si loin - ou n’ont pas osé le faire. On ne mord pas la main qui nourrit les instituts scientifiques et/ou leurs projets. À leur insu -ou pas- c’est leurs sponsors qu’ils servent, et non la science, et ceux-ci ne poursuivent pas des buts exclusivement philanthropiques. Et voilà pourquoi cette manifestation s’est achevée comme la messe dominicale «Allez en paix ».... jusqu’au buffet près de l’entrée, et jusqu’à la prochaine fois.
Vladislav Marjanović
Traduit par  Michèle Mialane

Source: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=5978
Date de parution de l'article original: 13/10/2011
URL de cette page:
http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=5994

Les ravages de la LRU - Pourquoi les universités françaises font-elles si pâle figure dans les classements internationaux?

samedi 15 octobre 2011

Comment distinguer une invasion de l’OTAN d’un mouvement social - Certains médias présentent l’invasion de l’OTAN et des Etats-Unis contre la Libye comme un mouvement social.

LE «PRINTEMPS OCCIDENTAL» : Les «indignés» relèvent la tête

«Une grande misère parmi les hommes, c'est qu'ils savent si bien ce qui leur est dû et qu'ils sentent si peu ce qu'ils doivent aux autres».
Saint François de Sales

Le ras-le-bol mondialisé est une réalité. Si les médias aux ordres ont soigneusement étouffé les révoltes des sans-voix mais pas sans droits dans les pays occidentaux, nous voulons à travers cette contribution amplifier, malgré l'étouffement, cette rumeur qui enfle pour un ordre plus juste. C'est d'ailleurs un juste échange de bons procédés. Pendant près de neuf mois, les médias aux ordres se sont occupés des Arabes - poussant la sollicitude à donner un nom à des jacqueries savamment entretenues, le vocable de printemps arabe- avec l'affection d'une Alma mater, en entretenant çà et là le feu de la discorde allant jusqu'à créer des informations imaginaires. Nous allons pour notre part, par respect pour celles et ceux qui galèrent dans les pays occidentaux leur souhaiter un printemps pour les révoltes légitimes qu'ils mènent.

On se souvient que Stephane Hessel, humaniste résistant, ambassadeur, rédacteur de la Déclaration des Droits de l'homme, s'était indigné et l'avait fait savoir dans un petit fascicule: «Indignez-vous!» Tiré à des dizaines de milliers d'exemplaires, il a fait mouche car devant l'anomie du monde, les motifs d'indignation ne manquent pas. Avec le philosophe Edgar Morin, il vient de «récidiver» dans un petit ouvrage. Stéphane Hessel et Edgar Morin marient leur ardeur juvénile et leurs réflexions dans un manifeste, Le chemin de l'espérance, qui préconise insurrection des consciences et exigence citoyenne, socles selon eux d'une «politique du bien-vivre».

« L'ouvrage écrit à deux, est un manifeste d'indignation de «dénoncer le cours pervers d'une politique aveugle qui conduit au désastre, d'énoncer une voie politique de salut public et d'annoncer une nouvelle espérance», soulignent ces deux symboles de la Résistance et amis de longue date. «Nous ne proposons pas de pacte aux partis existants», insistent-ils. «Nous souhaitons contribuer à la formation d'un puissant mouvement citoyen, d'une insurrection des consciences qui puisse engendrer une politique à la hauteur de ces exigences». Ils appellent à dépasser les clivages idéologiques pour trouver des solutions. Ils définissent ainsi quatre sources pour «alimenter la gauche: la source libertaire, la source socialiste, qui se concentre sur l'amélioration de la société; la source communiste, qui se concentre sur la fraternité communautaire. Ajoutons-y la source écologique, qui nous restitue notre lien et notre interdépendance avec la nature et plus profondément notre Terre-mère, et qui reconnaît en notre Soleil la source de toutes les énergies vivantes.»(1)

Ces combats pour la survie
On pensait naïvement dans les pays du Sud que les citoyens du Sud avaient le « monopole de la détresse ». En fait, il n'en n'est rien. La détresse, en un mot, la mal-vie, est mondialisée. A contrario, justement dans les pays du Sud, il y a des super-citoyens qui n'ont rien à envier aux citoyens des pays riches très riches, voire très riches. Je dis souvent à mes élèves ingénieurs que la consommation algérienne est faible (1000 kWh/hab /an) mais dans certaines villes, voire dans certains quartiers, la consommation est dix fois plus importante, elle n'a rien à envier à celle des pays européens. La mal-vie est telle en Occident, que de plus en plus, les citoyens protestent contre cette mondialisation-laminoir qui fait par exemple cadeau aux banques qui sont renflouées avec l'argent des contribuables en mutualisant les pertes, privatisent leurs profits au profit d'une oligarchie de sangsues qui pensent être éternels intouchables, voire prendre avec eux leurs fortunes le jour du grand départ...

A ce sujet, le professeur Jules Dufour écrit: «Un examen attentif de l'ensemble des activités planétaires, en 2011, nous fait saisir assez rapidement que l'ordre mondial imposé par les forces impérialistes dicte de plus en plus la conduite des affaires mondiales et a dépassé les limites du tolérable pour être maintenant qualifié comme celui correspondant à un système injuste et infâme généralisé. En effet, les conséquences économiques et sociales de la crise financière qui affecte l'économie des États-Nations partout dans le monde se caractérise par une diminution marquée des avoirs collectifs, un affaiblissement des institutions nationales et une gouvernance de plus en plus orientée et dominée par les plus puissants. Le pouvoir des peuples s'effrite jour après jour et le droit et la justice sont remplacés peu à peu par la répression économique, la violence armée et l'imposition de la loi des plus forts. La gestion de la crise économique et financière en Europe en est la plus parfaite illustration avec l'application du processus d'une soumission totale aux impératifs du «Marché».(2)

La réponse aux attaques des grands pouvoirs financiers contre les peuples prend forme peu à peu dans tous les pays gravement affectés en Amérique du Nord et dans la plupart des pays de l'Union européenne. Les peuples se lèvent sous tous les azimuts. Le déploiement de manifestations publiques organisées dans la mouvance du mouvement des «Indignados» dans les rues des grandes agglomérations urbaines comme Lisbonne, Rome, Madrid et Athènes prend de l'ampleur et pourrait ouvrir la voie à un soulèvement massif des populations appauvries, déshéritées et de plus en plus vulnérables de l'ensemble de la planète, sans oublier les émeutes de la faim. Devant cette ruée vers la justice, la réplique des forces impériales ne s'est pas fait attendre en appliquant une répression sanglante avec des arrestations arbitraires, des violences féroces contre les manifestants, notamment à Athènes, et l'emprisonnement de milliers de citoyens innocents. Il faut sans cesse avoir à la mémoire les dommages considérables infligés depuis des siècles à l'humanité par les protagonistes qui édifient et font prospérer les empires. (...) L'unanimité recherchée par l'Occident dans l'édification d'un monde unipolaire stable et soumis sera de plus en plus difficile à obtenir. Le bloc Russie-Chine semble se manifester de façon plus nette et on observe une fermeté de plus en plus affirmée de plusieurs pays contre l'imposture institutionnalisée de l'hégémonie d'un capitalisme mondialisé, système qui veut contrôler l'agenda des activités économiques et politiques de tous. (...) Selon Gray, le bloc Russie-Chine pourrait d'ici quelques années se poser comme puissance alternative à l'hégémonie américaine.»(2)

A juste titre, Jules Dufour fait un constat d'échec concernant les organisations internationales: «Les organismes onusiens et les organisations non gouvernementales sont souvent placés dans un contexte qui ne leur permet pas d'exercer une action déterminante pour le développement d'un monde juste et solidaire. (...) La marche et le siège des «indignés» dans les villes européennes sont, pour nous, une indication que les peuples de la Grèce, du Portugal, de l'Espagne et de l'Italie commencent à comprendre que leur avenir et l'avenir de leurs enfants sont sérieusement compromis et menacés.»(2)

Les indignés de par le monde
On dit que dans plus de soixante dix pays, les « citoyens d’en bas » s’indignent et le font savoir . Ainsi les citoyens de Russie, confrontés eux aussi à la "rapacité" et à la "corruption" des élites, sont concernés par la mobilisation du 15 octobre, estime un expert en économie. Selon lui, leur "passivité" est un mythe. "Occupy Wall Street est un mouvement de résistance de gens de diverses couleurs, sexes et convictions politiques, sans meneurs. La seule chose que nous avons tous en commun, c'est d'être ces 99% qui se refusent à tolérer plus longtemps la rapacité et la corruption des 1% restant. Nous employons la tactique révolutionnaire du printemps arabe pour atteindre nos objectifs et prônons la non-violence afin d'assurer une sécurité maximum de tous les participants". Voilà ce que veulent et ce qui distingue les manifestants new-yorkais (3)

« (…) Il s'agit poursuit, Alexeï Mikhaïlov d'un mouvement de protestation contre l'aide publique accordée aux grandes entreprises et aux banques, avec de l'argent prélevé sur le budget de l'Etat ou émis par le biais d'obligations qui vont engendrer de l'inflation. Ces gens sentent bien que quelque chose ne tourne pas rond. Les banquiers touchent à nouveau d'énormes bonus, tandis que le citoyen ordinaire ne se sort toujours pas de ses problèmes d'emploi, de salaire, de remboursements de crédits avec leurs taux d'intérêts qui grimpent. Ils veulent que le personnel politique et les banquiers entendent cette idée simple : "Ça ne peut plus durer". Quant à indiquer des solutions, ce n'est pas le problème du mouvement. Il se contente de faire du bruit et d'exprimer des revendications ».(3)

En France, le député socialiste propose une solution: Arnaud Montebourg propose une mise sous tutelle des banques: au centre de son projet: la démondialisation. «La mondialisation c'est la mise en concurrence, la démondialisation c'est le contraire», simplifiait le candidat lors de l'un de ses derniers meetings avant le premier tour. Cette prise de conscience planétaire touche l'Europe dans son ensemble et les Etats-Unis. Ainsi, les militants "anti-Wall Street" entament leur 4e semaine d'occupation d'une place au coeur du quartier financier de New York au moment où ce mouvement de protestation hétéroclite s'enracine également dans d'autres villes américaines. Selon le site "Occupons ensemble", qui se présente comme un site "informel" recensant aux Etats-Unis les actions similaires à celle lancée à New York, des occupations avaient lieu dans quelque 68 villes du pays samedi, dont Washington, Los Angeles, Chicago, Miami ou Dallas. Après trois semaines de protestation à New York, les manifestants ont étonné les sceptiques et réussi à attirer l'attention du président américain Barack Obama et de ses opposants républicains grâce à leur sens de l'organisation, leur persévérance et leur capacité à étendre le mouvement. Branchés sur les nouveaux réseaux sociaux sur Internet, ils se sont avérés capables de lever des milliers de dollars pour approvisionner leur campement et d'éviter d'importants débordements lors de leurs manifestations régulières.(4)

La nature du «printemps» occidental?
On dit que l’indignation occidentale a commencé à Seattle en 1999, elle a été catalysée par la débâcle financière de 2008 qui a laminé les espérances de millions d’européens notamment les restrictions « les douze travaux d’Hercule » imposés à chaque grec(que) en vain, le ras le bol des Espagnols dès le 15 avril qui ont pris exemple sur la place Tahrir en Egypte.

Avec perspicacité, une contribution sur le forum des démocrates met en exergue le « printemps occidental ». L'éclatement de la bulle immobilière américaine en 2008 impose aux Etats européens d'adopter des plans de rigueur et ce, qu'ils appartiennent ou non à l'Union européenne, ou non à la zone euro. Preuve que la Grèce n'est pas le seul mauvais élève. Chacun constate également que la «théorie des dominos», rejetée au 1er trimestre 2010, crainte au second, est aujourd'hui fondée tant pour les Etats que pour les banques. Ainsi, la théorie de l'interdépendance des Etats nous confirme que tout pays confronté à une crise financière impose à ses partenaires économiques les répercussions de ses propres difficultés.

« Oui, nous vivons dans un monde globalisé où nos économies dépendent les unes des autres. La première limite de cette proposition réside dans le fait que toute politique d'allongement des cycles d'austérité (pour les rendre moins violents) signifierait que le Politique accepte, officiellement, de sacrifier une génération. Mais n'est-ce-pas ce que constatent de nombreux jeunes à travers l'Europe avec l'expression des «Indignés». Et plus largement, n'est-ce-pas ce que constatent l'ensemble des générations confrontées à la crise... l'échec de la mondialisation. La deuxième limite réside dans le fait que l'économie ne peut, seule, répondre à la crise morale imposée par ceux qui placent l'argent et non l'Homme au centre de leurs préoccupations. (...) En 2011, chacun peut se demander quelle sera la nature de notre «printemps» occidental? »(5)

Il en est de même de l’indignation en Italie: «Vous voulez des esclaves, vous aurez des rebelles», tel est le slogan des manifestants. Le succès des manifestations contre le plan d'austérité du gouvernement Berlusconi, le 6 septembre, révèle une volonté populaire de changement, estime le quotidien d'inspiration communiste. On apprend que la Grèce faisait face à une nouvelle vague de mouvements sociaux alors que le gouvernement venait d'achever les discussions avec la troïka (UE-BCE-FMI). Avec une dette de 350 milliards d'euros, la Grèce est virtuellement en cessation de paiement même si on lui réduit une partie de la dette avec des agios à 20%. Pour Russia today la Grèce est «l'agneau sacrificiel» de la zone euro.

Jules Dufour conclut sur le rôle négatif des médias au service des lobbys qui font dans la diversion: «Les médias ont, quant à eux, cherché à minimiser ce phénomène en le considérant comme étant la manifestation d'une certaine frustration ou d'un mécontentement. Il nous semble évident qu'il s'agit de la première phase d'une révolte ou d'une insurrection appréhendée qui pourrait se produire dans un avenir rapproché si les tendances lourdes de la dégradation ou de la détérioration de l'économie mondiale continuent de se développer.»(2)

Le rôle diabolique des médias contre les faibles
Il est curieux de constater que les « médias mean stram » si promptes à juger à dénoncer les pays où l’information n’est pas libre – croisades par exemple de reporters sans frontières- font preuve d’un silence assourdissant s’agissant de rapporter simplement les faits concernant les dérives des pouvoirs occidentaux en terme de liberté de la presse , obéissant ce faisant aux injonctions sans appel des pouvoirs. Nous l’avons vu avec les repressions des émeutes au Royaume Uni, émeutes qui décrivaient un ras le bol, nous l’avons vu Espagne berceau de l’indignation du « printemps occidental »,nous le voyons toujours comme un fait divers réduit àsa plus simple expression aux Etats-Unis, à telle enseigne que les médias « organiques » minimisent la portée symbolique de ce ras le bol planétaire faisant mine de ne pas comprendre les raisons de ces soulèvements. Nous lisons : «Les médias ne comprennent rien à "Occupons Wall Street." Les journalistes portent un regard rempli de mépris sur les "indignés" américains qui manifestent à New York. Preuve qu'ils ne comprennent rien à l'époque, estime un théoricien des médias. Depuis le début [le 17 septembre] du mouvement anticapitaliste d'occupation de Liberty Plaza, à proximité de Wall Street, les journalistes de télévision semblent déterminés à présenter la réalité comme le fait d'une génération de «cinglés paresseux et incapables de tenir un discours cohérent». Des propos aussi condescendants que réducteurs. (...) Certains journalistes se croient néanmoins obligés de faire remarquer que ces gamins dénoncent en effet les grands groupes américains tout en tweetant depuis leur iPhone. Quand on déplore les excès des entreprises, on serait censé couper tout lien avec les biens que produisent les grands groupes - quel raisonnement simpliste! (...)»(6)

Pour Ahmed Halfaoui, pointant lui aussi, le rôle négatif des médias, le printemps pousse partout même si les médias n'en rendent pas compte. Ecoutons-le: «Des Arabes et assimilés, dans ce conglomérat politico-idéologique en perdition, on n'invoque plus cette année que ce «printemps» comme nécessité quasi biologique. (...)D'ailleurs, il y a des «printemps» qui poussent sous le givre, du Pacifique à l'Oural, et dont on parle le moins possible. Ceux-là, ils sont indésirables. (...) Il n'a pas beaucoup de chance de s'accomplir, mais il a le mérite de désigner l'amont du glacier. Wall Street, ce quartier d'où partent toutes les influences qui déterminent la famine ici, le chômage à côté ou la faillite là-bas. Ce qui n'a pas manqué c'est que «Occupy Wall Street» se transforme en «Occupy Together» en s'étendant à des dizaines de villes des Etats-Unis, dont les banques sont devenues des centres de convergence. Malheureusement, les tabassages et les arrestations ne trouvent personne pour les dénoncer comme il se doit, comme on a pris l'habitude de voir. Les maîtres du monde ne tolèrent pas que chez eux on fasse comme chez les «Arabes». On ne joue pas avec ça. Les insurgés de Grande-Bretagne l'ont su à leur détriment, ceux de Grèce l'apprennent tous les jours et les travailleurs forcés de Hongrie n'y pensent même pas (...)»(7)

Le Monde nous apprend que « Les "Indignés" de la planète manifestent samedi 15 octobre. De la City de Londresà Wall Street en passant par la Puerta del Sol de Madrid, des milliers de personnes vont exprimer leur mécontentement et demander de nouveau la "démocratie réelle" dans plus de 700 villes. Aujourd'hui, les revendications des "Indignés" sont les mêmes à l'échelle de la planète. Tous exigent une société "éthique", "plus démocratique" et où les préoccupations des sans grade seraient mieux prises en compte par les différents pouvoirs. De nationales, les revendications des "Indignés" sont devenues globales. Retour sur un mouvement qui ne cesse de prendre de l'ampleur. (…) A l'image du printemps arabe, le mouvement des "Indignés" se structure surInternet. On ne compte plus les sites recensant la moindre action. Mais, rançon de son esprit démocratique, égalitaire et international, les "Indignés" peinent à faire émerger un leader, véritable caisse de résonnance de leurs revendications ». (8)

En définitive, comment ne pas donner crédit à un rapport secret «le rapport Lugano», conçu par des experts américains. Dans cette apocalypse annoncée et qui selon le juste mot de Susan George, les experts sont les légionnaires de la mondialisation, il est recommandé aux grands de ce monde, de favoriser dans les pays vulnérables l'émiettement identitaire et la fragmentation, de telle façon «à ce que les intéressés passent plus de temps à se demander ce qu'ils sont que de se mettre au travail». (9)

Le retour de manivelle est brutal, le mal touche en profondeur les couches vulnérables des pays occidentaux qui vivent à leur façon «leurs printemps» . Il est a espérer que l’immense coordination- protestation qui aura lieu ce samedi pourra enfin, faire entendre aux grands de ce monde, que les peuples n’en peuvent plus et qu’un autre monde, où l’homme retrouve sa dignité ,est possible. Il y va de la survie de l’humanité.
Professeur Chems Eddine Chitour
Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Les peuples faibles et les "événements d'Octobre" dans l'histoire

Dans l'histoire des peuples certains mois ont des significations particulières. On se souvient certainement de la révolution d'Octobre (selon le calendrier orthodoxe) qui permit à la Russie de mettre fin aux dynasties tsaristes et donner lieu au communisme qui, lui-même, devait s'écrouler quelque 74 ans plus tard à la même période. La Révolution russe est un événement fondateur et décisif du «court XXe siècle» ouvert par l'éclatement du conflit européen en 1914 et clos en 1991 par la disparition de l'Urss, selon l'historien Eric Hobsbawm qui écrit: «La Révolution d'Octobre fut universellement reconnue comme un événement qui ébranlait le monde.»(1)

Objet de sympathies et d'immenses espoirs pour les uns (la «grande lueur à l'Est» de Jules Romains, le «charme universel d'Octobre» décrit par François Furet), objet de sévères critiques, voire de peurs et de haines viscérales pour les autres, la Révolution d'Octobre reste un des faits les plus étudiés et les plus passionnément discutés de l'histoire contemporaine.(2)

S'agissant de l'Algérie, le mois d'octobre fut deux fois le mois de la douleur, d'abord en 1961 ensuite en octobre 1988. Dans les deux cas, le peuple et notamment sa jeunesse descendent dans la rue pour protester contre des conditions de vie et pour la liberté. Ainsi, les évènements du 17 Octobre 1961 à Paris désignent la répression sanglante ayant frappé une manifestation organisée par la Fédération de France du F.L.N. en faveur de l'indépendance de l'Algérie, à Paris. Des dizaines à des centaines d'Algériens, selon les sources, sont morts lors de la confrontation avec les forces de l'ordre alors dirigées par le préfet de police Maurice Papon. Les manifestants internés dans des centres de détention pendant quatre jours y auraient subi des violences. Il y eut plus de 200 morts et de blessés.

Bien plus tard, en Algérie, le 5 Octobre 1988 fut le prélude véritable de ce que la doxa occidentale redécouvre en 2011 sous le vocable de printemps arabe. Une révolte contre le népotisme, les passe-droits, le manque de liberté, l'absence d'alternance au pouvoir, le chômage. Certains journaux, faisant dans l'auto- dénigrement que décrit si bien Albert Memmi, voient dans cette révolte de la jeunesse une manipulation des services de sécurité. Il n'empêche que pendant près de deux ans, nous avons vu un printemps de la liberté que beaucoup de pays arabes nous enviaient à l'époque, la presse actuelle qui «déblatère sans cap fédérateur pour le pays, au-delà des hommes, doit son existence à la mort de ces jeunes. Cette récupération ingrate ne fait pas preuve d'humilité, au contraire on minimise pour être dans le vent de la doxa occidentale qui veut que « l'Histoire commence à Sumer » (Sidi Bouaziz)

Un autre peuple qui paya cher sa liberté est le peuple tchèque «Il y a tout juste 40 ans, le 31 octobre 1967, la police tchèque réprimait brutalement une manifestation d'étudiants de la cité universitaire de Prague-Strahov. Cet événement fut le prélude de la période de détente politique et de réformes démocratiques qu'a connues, en 1968, la Tchécoslovaquie, période dite du «Printemps de Prague». Au commencement était l'obscurité. Les coupures fréquentes d'électricité à la cité universitaire de Prague-Strahov, furent à l'origine des protestations des étudiants. Lorsque, le 31 octobre 1967 au soir, la cité fut à nouveau plongée dans l'obscurité, les étudiants sortirent dans la rue et prirent la direction du Château de Prague. Bougies à la main et scandant: «Il nous faut de la lumière, nous voulons plus de lumière», un slogan bien ambigu aux oreilles du régime d'alors. L'intervention contre les étudiants n'est pas restée sans suite. Pour la première fois, la presse informa ouvertement ses lecteurs de la brutalité policière. En effet, suite à cela, Strahov Antonin Novotny fut démis de ses fonctions en janvier 1968. La nomination d'Alexandre Dubcek au poste de chef du comité central du PCT ouvrit la voie aux réformes. L'année 1968 vît s'instaurer les libertés d'expression, de création artistique ou encore de la vie culturelle. La censure fut abolie.(3) Cela ne fut pas du goût du pouvoir soviétique frère qui mit de l'ordre en limogeant Dubcek.

Le calvaire afghan
Pour la période récente, il nous a paru intéressant de rapporter comment un peuple, en l'occurrence le peuple afghan, fut envahi le 7 octobre 2001. «En 2010, écrit Michel Chossudovsky, Obama, prix Nobel de la paix 2010, annonçait l'intensification du conflit en Afghanistan avec l'envoi de 30.000 soldats supplémentaires, nous rappelle que cette guerre, conséquence la plus visible et pourtant la plus méconnue des attentats du 11 Septembre, est illégale et criminelle aux yeux du Droit international. Dans une contribution rédigée le 21 décembre 2009, Michel Chossudovsky écrivait: «Pourquoi les Américains et l'Otan ont-ils envoyé des soldats en Afghanistan? Comment justifie-t-on la guerre menée dans ce pays de 28 millions d'habitants? Qu'est-ce qui justifie l'escalade militaire d'Obama? Les médias et le gouvernement des États-Unis continuent à l'unisson de se référer au 11 Septembre et au rôle du réseau Al Qaîda emmené par le «cerveau du terrorisme» Oussama ben Laden [et désormais par ses lieutenants - Ndlr]. Le bombardement et l'invasion de l'Afghanistan sont décrits comme une «campagne» contre les terroristes islamistes plutôt que comme une guerre. Pourtant, à la date d'aujourd'hui, il n'existe aucune preuve qu'Al Qaîda soit derrière les attaques du 11 Septembre. Il n'y en a pas non plus concernant une quelconque complicité de l'Afghanistan en tant qu'État-nation dans les attaques du 11 Septembre. Dans les semaines qui suivirent les attaques, le gouvernement afghan offrit à deux reprises de livrer Ben Laden si la justice des États-Unis présentait d'abord les preuves de son implication. Washington a refusé ces offres».(4)

«Aujourd'hui, Oussama Ben Laden, le chef d'Al-Qaîda, est désigné dans les documents militaires et les déclarations officielles comme le «cerveau» qui a planifié les attaques du 11 Septembre. Le 10 septembre 2001, d'après CBS News Report, Oussama ben Laden avait été admis dans un hôpital militaire pakistanais à Rawalpindi (CBS Evening News with Dan Rather; CBS, 28 janvier 2002. (...) Convalescent dans son lit d'hôpital à Rawalpindi le 11 septembre, comment Oussama aurait-il pu coordonner les attaques? L'argument légal avancé par Washington et par l'Otan pour envahir l'Afghanistan fut que les attaques du 11 Septembre constituaient une «attaque armée» lancée par surprise «depuis l'étranger» par une puissance anonyme étrangère, et qu'en conséquence, «les lois de la guerre» s'appliquaient, permettant à la Nation attaquée de répliquer en vertu du droit à «la légitime défense». (...) Sur le terrain, on avait balayé le «si» de l'article 5, bien avant le 11 Septembre. Tout l'arsenal de l'Otan était déjà sur le chemin de la guerre. Dit en termes militaires, les États-Unis et l'Otan étaient déjà à un stade avancé de préparation. (..) En invoquant l'article 5, les membres de l'Otan ont manifesté leur solidarité envers les États-Unis et condamné, de la manière la plus vigoureuse, les attaques terroristes perpétrées contre ce pays le 11 Septembre. (...) Le secrétaire général de l'Otan Lord Robertson a négligemment résumé le contenu du rapport Taylor dans une déclaration à la presse:«(...)Les faits sont clairs et accablants. Les informations données désignent sans erreur possible Al-Qaîda comme étant à l'origine des attaques du 11 Septembre. (...) Deux jours plus tard, le 4 octobre, les Alliés de l'Otan s'accordent sur huit mesures encadrant leur soutien aux États-Unis, qui sont l'équivalent d'une déclaration de guerre. (...)La guerre conduite par les États-Unis contre l'Afghanistan, utilisant le 11 Septembre comme un prétexte et une justification, est illégale et criminelle.(4)

La guerre d'Octobre 1973
Une guerre d'octobre qui marqua durablement les rapports d'asymétrie des armées arabes et israéliennes est la guerre israélo-arabe de 1973 qui opposa, du 6 octobre au 24 octobre 1973, Israël à une coalition menée par l'Égypte et la Syrie. On dit que dans la nuit du 25 septembre, le roi Hussein prit secrètement l'avion pour prévenir le Premier ministre israélien Golda Meir à Tel Aviv de l'imminence d'une attaque syrienne (...) L'armée égyptienne dirigée par le général parachutiste Saâd Eddine Chazli surprit par son aisance à créer une brèche dans les défenses israéliennes et par sa capacité à traverser le canal malgré les forts Bar-Lev. Le 9 octobre, Golda Meir lance un appel «Sauvez Israël» et les États-Unis répondent à cet appel en envoyant des armes à Israël.

Avant que la guerre ne s'arrête, une division israélienne était arrivée à 101 kilomètres de la capitale égyptienne Le Caire. (...) Du 11 au 14 octobre, la poussée israélienne les amena à 40 km des banlieues de Damas qui étaient à la portée de l'artillerie. L'Algérie fut la deuxième puissance militaire sur le front égyptien. (...) Les pilotes algériens étaient, cette fois, plus préparés et plus aguerris grâce à la guerre d'usure. Elle fut la seule force aérienne arabe à ne pas avoir perdu d'appareils au combat. Seul un MiG-17 fut touché par un Phantom israélien. Le pilote algérien réussit à faire écraser le MiG près de sa base d'attache tout en s'éjectant et en évitant de se faire capturer. Surtout, cette situation offrit aux États-Unis une opportunité stratégique: obtenir de l'Égypte qu'elle sorte définitivement de l'influence soviétique en échange de la Troisième Armée qui était encerclée sans ravitaillement par les troupes israéliennes (...) (5) Les discussions de paix «des petits pas» de Kissinger devaient amener l'Egypte à une reddition en rase campagne...

Les guerres subies par la Libye
Un autre pays qui a subi deux guerres à un siècle d'intervalle est la Libye. On y retrouve toujours les mêmes motifs. Manlio Dinucci écrit: «Le 5 octobre 1911, après deux jours de bombardement naval, le premier contingent italien débarqua à Tripoli, commençant l'occupation coloniale de la Libye qui, poursuivie et renforcée par le fascisme, allait durer trente ans. Est-ce une page historique définitivement tournée? N'y a-t-il donc aucune analogie entre la première guerre de Libye et l'actuelle? Certes, en un siècle beaucoup de choses ont changé. Mais les mécanismes de la guerre sont restés en substance les mêmes. Au début du XXe siècle l'Italie, demeurée après la défaite d'Adua (1896) puissance coloniale de second plan avec les possessions d'Erythrée et de Somalie, relança sa politique expansionniste: l'objectif était la conquête de la Libye, qui faisait partie de l'Empire ottoman en train de s'effriter. (...) Aujourd'hui, pour les élites économiques et financières européennes et étasuniennes, la Libye est encore plus importante. Dans le «gros tas de sable» se trouvent les plus grandes réserves pétrolières d'Afrique, précieuses pour leur haute qualité et leur bas coût d'extraction, et de grosses réserves de gaz naturel; et il y a l'immense réserve d'eau de la nappe nubienne, en perspective plus précieuse que le pétrole. Il y a un siècle, la guerre pour l'occupation de la Libye fut préparée et accompagnée par une propagande martelée, conduite par quasiment tous les plus grands quotidiens, surtout ceux catholiques liés au Banco di Roma. (...) La motivation conductrice était que l'Italie, nation civilisée, devait libérer la Libye de la barbare domination turque, (...). » (6)

« La guerre de 1911 fut longuement préparée, en infiltrant des agents secrets en Libye avec une double mission: recueillir des informations militaires et recruter des chefs arabes disponibles pour collaborer. L'attaque décidée, l'Italie utilisa son écrasante suprématie militaire: plus de 20 cuirassés et autres navires de guerre bombardèrent Tripoli sans subir aucun dommage, puisque leurs canons avaient une portée beaucoup plus grande que celle des vieux canons de défense de la ville. (...) On retrouve de significatives analogies dans la guerre actuelle. Celle-ci aussi a commencé par l'infiltration d'agents secrets et le recrutement de chefs arabes disponibles à collaborer. (...) Reste cependant à voir quelle sera la réaction du peuple libyen à ce qui se profile comme une nouvelle occupation d'allures néocoloniales.(6)

Que peut-on en conclure?
Les dirigeants occidentaux actuels, acculés dans leur pays par des problèmes économiques financiers et ayant épuisé tous les subterfuges (droits de l'homme...blanc, droit et devoir d'ingérence) pour s'emparer des ressources qui leur manquent (eau énergie, matière première) découvrent graduellement leur vrai-nouveau et ancien visage comme leurs prédécesseurs-, «celui de l'ordre nouveau, basé sur la force brutale». Répondant à une interview d'Afrique Asie à la suite de la parution de leur livre «Sarkozy sous BHL», A la question: «Après le renversement de Saddam Hussein, de Laurent Gbagbo et du colonel Kadhafi, ne sommes-nous pas en définitive en train d'assister à un retour accéléré du colonialisme?» Roland Dumas répond: «Tout à fait. Nous assistons à un retour, non seulement accéléré mais amplifié, démultiplié du colonialisme avec des moyens énormes. (...) Au moment où tout le monde s'agite autour de la crise, n'est-il pas raisonnable de poser la question du coût de guerres inutiles et monstrueuses?»

« Pour Jacques Vergès, c'est évident que la politique de M. Sarkozy marque un retour du colonialisme à un moment où la France et l'Occident en général n'en ont plus les moyens. Il peut renverser les gouvernements mais ne peut assurer l'ordre ensuite. A une autre question: «Pensez-vous que l'Algérie soit sur la liste des «pays à casser»?» Roland Dumas répond: «Pourquoi pas. Le contentieux entre la France et l'Algérie est durable. Quand vous imaginez que les Français n'ont pas encore souscrit à la proposition de négociations avec l'Algérie sur un contrat d'amitié, parce que trop de blessures sont encore saignantes...Tout est à craindre pour l'Algérie, mais ce sera pour M. Sarkozy un autre «morceau»... » (7) Nous voilà avertis!

Professeur Chems Eddine Chitour
Ecole Polytechnique enp-edu.d

Lettre de Nicolas Sacco à son fils -18 Août 1927- Cette lettre touche par son humanité et sa vision étonnamment positive de la réalité, quatre jours avant de disparaître...

Nicola Sacco (22 avril 1891 – 23 août 1927), anarchiste italo-américain.

Nicola Sacco (né Fernando Sacco ) - Né le 22 avril 1891 à Torremaggiore dans la province de Foggia, dans les Pouilles - mort le 23 août 1927 à Charlestown, Massachusetts, Etats-Unis, était un militant anarchiste italo - américain, accusé d'homicide dans les années 1920 aux États-Unis. Nicola Sacco en compagnie de son prétendu complice Bartolomeo Vanzetti pour un braquage mortel, au cours duquel deux convoyeurs de fonds laissèrent la vie: ce fut le début de l' Affaire Sacco et Vanzetti. Tous les deux arrivèrent aux États-Unis à Ellis Island. Nicola Sacco parti de Naples sur le navire Principe de Piemonte pour arriver le 2 mai 1913 à Ellis Island à New York. Il survit à ce voyage. Mais accusé à tort de la mort des deux convoyeurs, il fut condamné à mort et exécuté le 23 août 1927 par la chaise électrique.
 Il existe beaucoup de doute sur leur culpabilité. Les critiques du jugement ont accusé le ministère civil et le juge d'avoir utilisé le sentiment anti-italien, anti-immigrant et anti-anarchiste pour influencer le verdict du jury.
Joan Baez s'engagea pour défendre leur mémoire et écrivit, avec Ennio Morricone, la chanson Here's To You, qui fut reprise en français par Georges Moustaki sous le titre La Ballade de Sacco et Vanzetti. Le 23 août 1977, exactement 50 ans après, le gouverneur du Massachusetts “Michael Dukakis” absoud les deux hommes, et déclare que « tous les déshonneurs devaient être enlevé de leurs noms pour toujours »

Lettre de Nicolas Sacco à son fils
" Charlestown, 18 Août 1927,

Cette lettre de Sacco touche par son humanité et sa vision étonnamment positive de la réalité, quatre jours avant de disparaître...

Mon fils, mon compagnon,
Je veux t'écrire avant que nous partions
A la Maison de la mort car le 22, après minuit,
Vers la chaise électrique on nous poussera...
Pourtant, me voici empli d'amour
Et c½ur ouvert, aujourd'hui comme hier.
Si j'ai cessé la grève de la faim, l'autre jour,
C'est parce que la vie s'en allait de moi...
Hier, par cette grève, je parlais fort...
Je proteste encore au nom de la vie, contre la mort.
Trop de larmes inutiles ont coulé,
Comme celle de ta mère,
Pour rien, pendant sept ans; alors ne pleure pas,
Sois fort et tu pourras la réconforter...
Et si tu voulais lui faire oublier
Sa solitude sans colère,
Emmène-là marcher, longtemps,
Dans la campagne...
Et à l'ombre des bois fais-là reposer...
Écoutez la musique du ruisseau qui murmure
Et la paix tranquille de la Nature...
Dans ta course vers le bonheur,
Arrête-toi, mon fils, cherche l'horizon :
Aide les faibles, les victimes et les persécutés,
Car toujours ils seront tes meilleurs amis.
Comme ton père et Bartolo, ils luttent
Et tombent pour tous et pour la liberté...
Au combat de la vie, tu trouveras l'amour
Et tu seras aimé : c'est ton droit aussi...

Faites comprendre au monde
Que rien n'est terminé :
On ne peut tuer nos corps,
Mais jamais nos idées.

C'est tout le Massachusetts
Qui portera dans l'avenir la honte de ce temps.
Qu'une école remplace enfin cette maison,
Que des rires d'enfants effacent les prisons.
N'oublie pas de m'aimer un peu
Comme je t'aime, oh petit homme ;
J'espère que ta mère t'aidera à comprendre
Ces mots que je te donne... Adieu mon garçon.
Je t'envoie le salut de Bartolo.
Ton père et ton camarade,
Nicola Sacco "


Vanzetti (à gauche) et Sacco (à droite).
Affaire Sacco et Vanzetti Vanzetti, condamné avec Sacco à l’électrocution, répond le 9 avril 1927 au juge Thayer :
« Si cette chose n’était pas arrivée, j’aurais passé toute ma vie à parler au coin des rues à des hommes méprisants. J’aurais pu mourir inconnu, ignoré : un raté. Ceci est notre carrière et notre triomphe. Jamais, dans toute notre vie, nous n’aurions pu espérer faire pour la tolérance, pour la justice, pour la compréhension mutuelle des hommes, ce que nous faisons aujourd’hui par hasard. Nos paroles, nos vies, nos souffrances ne sont rien. Mais qu’on nous prenne nos vies, vies d’un bon cordonnier et d’un pauvre vendeur de poissons, c’est cela qui est tout ! Ce dernier moment est le nôtre. Cette agonie est notre triomphe. »
Biographie :
Âgé de 17 ans, Nicola Sacco décide d'émmigrer aux États-Unis et part de Naples sur le navire Principe de Piemonte pour arriver le 2 mai 1913 à Ellis Island à New York.
Il se fait embaucher dans une fabrique de chaussure à Stoughton dans le Massachusetts. Puis il se marie et fonde une famille. Il adhère aux idées anarchistes après sa rencontre avec un immigré compatriote, Bartolomeo Vanzetti.
Il obtient la nationalité américaine. Mais, au moment où les États-Unis entrèrent en guerre aux côtés des alliés durant le Premier conflit mondial, il fuit avec Vanzetti au Mexique, afin de se soustraire à l'obligation de s'inscrire en vue de la future mobilisation des troupes.
Nicola Sacco est arrêté le 5 mai 1920, en compagnie de son prétendu complice Bartolomeo Vanzetti pour deux braquages dans le Massachusetts : le premier à Bridgewater, le 24 décembre 1919, puis un second à South Braintree, le 15 avril 1920, au cours duquel deux convoyeurs de fonds, Frederic Parmenter et Alessandro Berardelli, laissèrent la vie, les 15 000 $ correspondant à la paye des ouvriers d'une fabrique de chaussures avaient été volés.
Ce fut le début de l'Affaire Sacco et Vanzetti.
À la suite de son procès, il fut condamné à mort et exécuté le 23 août 1927 par la chaise électrique, en compagnie de Vanzetti, à la Prison de Charlestown dans la banlieue de Boston, par le célèbre bourreau Robert G. Elliott[1].

vendredi 14 octobre 2011

La Vague colonialiste se brisera en Syrie

Les élites occidentales colonialistes se comportent comme si elles avaient repris l’initiative après l’occupation de la Libye et le lancement d’une contre-attaque avec la collaboration d’Israël, de la Turquie et des pays arabes tournant dans leur orbite, contre la Syrie et la Résistance libanaise.
Les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne agissent avec arrogance, alors qu’ils vivent une crise financière sans précédent. Ils s’investissent en Tunisie et en Égypte dans l’espoir de cueillir les fruits des révolutions populaires, alors que rien n’indique qu’ils engrangeront les dividendes souhaités. Le concept des guerres préventives a prouvé son échec et il sera suivi, très prochainement, par celui des guerres humanitaires, sorti à la hâte des tiroirs et dépoussiéré.
En Libye, les forces du Conseil national de transition et ses alliés de l’Otan n’arrivent toujours pas à prendre le contrôle effectif de l’ensemble du pays ; et en Syrie, Washington et ses alliés sont dans une impasse. Ils n’arrivent à arracher aucune concession à Bachar el-Assad sur les dossiers régionaux et ne parviennent pas, non plus, à déstabiliser de manière significative le pouvoir syrien, uni dans toutes ses institutions derrière son président. De plus, l’option de l’intervention militaire contre la Syrie est une menace que les Occidentaux gardent sur le tapis sans être en mesure de la concrétiser. Il n’y a pas à comparer entre les brigades de Mouammar Kadhafi, qui résistent encore au CNT et à l’Otan, et l’armée syrienne, beaucoup plus nombreuse, mieux équipée et certainement plus motivée à défendre la souveraineté de la Syrie et l’intégrité de son territoire.
Pourtant, les pressions exercées sur la Syrie sont immenses. Des pays comme l’Arabie saoudite et le Qatar financent les groupes extrémistes et leur assurent une généreuse couverture médiatique, tandis que la Turquie s’est chargée du soutien politique et diplomatique. Pendant ce temps, les armes affluent, surtout du Liban, pour tenter de déstabiliser le pouvoir syrien.
Les élites occidentales ne jubileront pas longtemps. Lorsque la Syrie écrasera les groupes terroristes qu’elle a déjà connus dans les années 80, et qu’elle aura fini de nettoyer les derniers foyers de l’insurrection armée, elle ressortira renforcée de cette amère expérience qui aura couté au pays des centaines de vies humaines et des centaines de millions de dollars de pertes et de dégâts. Elle pourra alors passer à la contre-attaque pour briser une fois pour toute cette nouvelle vague colonialiste dont l’objectif principal est d’assurer un filet protecteur à Israël après le retrait des troupes états-uniennes d’Irak, à la fin de l’année.
De nouveaux rapports de force seront alors consacrés et ils ne seront certainement pas en faveur de l’Occident et de ses séides locaux et régionaux. Bien au contraire, c’est l’axe de la résistance, dans toutes ses composantes, qui se verra renforcé. C’est alors que les vrais changements commenceront. Et cette fois, la vague emportera tous ceux qui auront collaboré ou misé sur une recolonisation du Machrek arabe.

La tendance au Liban

L’État dans l’État de Samir Geagea
Un homme d’affaires libanais, Jacques Obeid, a révélé, lors d’une conférence de presse, les détails de son enlèvement par des partisans de l’ancien seigneur de guerre Samir Geagea, portant des uniformes de la police libanaise et détachés à la protection de sa résidence à Maarab, au cœur du Mont-Liban. Cette affaire montre que M. Geagea, qui accuse le Hezbollah d’avoir une « armée parallèle », utilise les institutions sécuritaires étatiques pour exécuter des missions partisanes. Les informations dévoilées par M. Obeid sont d’une gravité extrême, car elles prouvent que Geagea et d’autres chefs du 14-Mars pro-US, noyautent les institutions officielles qu’ils utilisent comme bon leur semble.
Tout le monde sait que lors des gouvernements successifs de Fouad Siniora et Saad Hariri, M. Geagea avait fait intégrer au sein des Forces de sécurité intérieure (Gendarmerie) quelque 2 000 de ses partisans lors de campagnes de recrutement taillées sur mesure.
Ce rapt ne doit pas rester impuni. Les services étatiques compétents doivent diligenter une enquête et prendre les sanctions qui s’imposent contre ces policiers-miliciens et contre M. Geagea en personne, qui ne dispose d’aucune immunité n’étant ni député, ni ministre.
Le rapt de Jacques Obeid, proche du Parti syrien national social (PSNS, un parti laïque libanais connu pour son hostilité à Israël) a coïncidé avec un autre incident survenu dans la ville syrienne de Hama. Hassan Wehbé, ancien cadre du PSNS reconverti dans le commerce, a été attaqué par des extrémistes islamistes partisans du cheikh wahhabiste-salafiste Adnane Arhour. La chaine de télévision libanaise, MTV, proche des Forces libanaises (FL) de Geagea, a été la première à annoncer la nouvelle de cette agression. Y a-t-il un lien entre ces deux incidents ? Cela ne démontre-t-il pas l’existence d’une coordination entre les FL de Geagea et les extrémistes syriens ?
Pendant ce temps au Liban, le patriarche maronite Béchara Raï poursuit ses tournées pastorales dans toutes les régions, avant de se rendre aux États-Unis à la rencontre des communautés libanaises dans ce pays. Après la Békaa, Kesrouan et le Metn, il a passé trois jours au Liban-Sud et il compte se rendre prochainement dans le Akkar et à Tripoli au Nord. À chacune de ses étapes, le patriarche Raï a répété ses appels à l’unité et au dialogue, ainsi que son souci de préserver la présence chrétienne dans la région. À chacune de ses initiatives, il apparaît de plus en plus clairement que le patriarche maronite est porteur d’une grande mission celle d’appliquer les recommandations du synode des Églises d’Orient, organisé par le Vatican à l’automne dernier et qui conseillait aux chrétiens de la région de rester sur place et de se rapprocher de leur environnement musulman pour rester ensemble solidaires face aux plans d’effritement de la région. Au Sud, comme en France, le patriarche Raï tient le même discours rassembleur. Ni les critiques directes et voilées des instances internationales, ni les tentatives de pression en menaçant d’annuler sa visite aux États-Unis, ni encore les discours de certaines personnalités chrétiennes du 14-Mars n’y changeront rien. Mgr Raï a pris parti pour une vision globale de la situation des chrétiens et nul ne le poussera à ne voir que les intérêts particuliers d’un camp précis.
Au Liban-Sud, le patriarche maronite a salué les résistants tombés sur ce sol ainsi que la ténacité et la détermination des habitants qui n’ont jamais voulu quitter leurs villages, en dépit des menaces israéliennes.

Discours et déclarations

Najib Mikati, Premier ministre du Liban
Extraits d’un entretien accordé à Al-Hayat le 29 septembre
« Je n’ai reçu aucune mise en garde de la part de Clinton. Nous n’en avons pas besoin d’ailleurs, car personne ne réalise l’intérêt du Liban plus que nous, et l’intérêt du Liban c’est d’être avec la légalité internationale et la décision internationale. Mon gouvernement continuera sa mission tant que Dieu le voudra. Je suis le président du Conseil des ministres de tout le Liban, tout le territoire libanais et toutes les institutions libanaises (…) Le protocole de coopération avec le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) est en vigueur et le Liban respecte la résolution onusienne le concernant. Si nous avons quelque chose à amender et si l’amendement se fait, nous respecterons la résolution. Le financement du TSL et les résolutions internationales sont dans l’intérêt du Liban. Je mise sur le patriotisme de toutes les parties au sein du gouvernement. Il n’y a aucun lien, ni de près ni de loin entre ma famille et Rami Makhlouf. Il n’y a pas de relation commerciale, légale ou illégale, avec les responsables syriens. Les Américains savent bien qu’il n’y a rien de cela. Les banques libanaises veillent à ne prendre aucune mesure contraire aux résolutions internationales. Dans les deux cas, à savoir soutenir le régime syrien ou soutenir l’opposition, nous ne pouvons rien faire. Nous ferions mieux de nous occuper de nos affaires internes. Tout faux pas en Syrie se répercuterait sur le Liban, je le crains. »
Ahmad Fatfat, député du bloc de Saad Hariri
« En toute franchise, nous avons des reproches à faire au patriarche maronite Béchara Raï. Nous l’avons invité à effectuer une visite dans les régions sunnites de Denniyé, mais il s’est abstenu de le faire. Il a été convié à un déjeuner à la résidence des Hariri à Majdelyoun lors de sa visite à Saïda, mais il n’a pas répondu (…) Nous craignons que les prises de positions de Mikati devant la communauté internationale ne constituent pour lui qu’un prélude pour déclarer après coup son incapacité à assurer le financement du TSL. »
Nabih Berry, président du Parlement libanais
« Le Liban, qui reste engagé dans la formule armée-peuple-résistance, est de plus en plus fort face à l’ennemi israélien. Israël continue à occuper une partie de nos terres, et nous assurons que la Résistance continuera à constituer une force de dissuasion contre les intentions israéliennes. Le monde a changé et les Libanais se battront pour leurs droits. Israël n’a pas réussi à neutraliser l’Égypte et les Égyptiens ont prouvé que leur révolte n’est pas uniquement liée à la politique intérieure mais également à la politique extérieure. Pourquoi les médias arabes cherchent-ils à augmenter les tensions en Syrie au lieu de mettre en relief les agressions israéliennes ? Cela ne veut pas dire que je suis contre les réformes en Syrie, mais cela doit être le résultat d’un accord interne et non pas par des interventions étrangères. Pourquoi les sanctions et les pressions sur l’Iran se poursuivent-elles alors que personne ne demande de compte à Israël qui possède des armes nucléaires ? Il existe aujourd’hui 144 colonies israéliennes en Cisjordanie et plus d’un demi-million de colons et la judaïsation de Jérusalem est un objectif central de la politique israélienne. L’unité en Palestine est l’arme la plus puissante face à l’occupation. »
Le Grand Ayatollah Ali Khamenei, Guide de la révolution iranienne
« Tout plan qui prévoirait deux États ne serait qu’une acceptation d’un gouvernement sioniste sur la terre de la Palestine. Il va de soi que le peuple palestinien, comme il l’a fait à Gaza, pourra installer un gouvernement sur toute parcelle de la terre de Palestine libérée. Mais l’objectif final est de libérer toute la Palestine, de la Méditerranée à la mer Morte. Nous ne proposons ni une guerre classique des pays islamiques contre Israël, ni de jeter à la mer les juifs émigrés, ni l’arbitrage des Nations unies et d’autres instances internationales, mais un référendum des Palestinien de souche, quelle que soit leur religion, mais excluant les juifs d’immigration récente. »

Revue de Presse

As Safir (Quotidien libanais proche de la nouvelle majorité, 29 septembre 2011)
L’appel des évêques maronites est dans les pas du Patriarche Béchara Raï. Leur appel cette année est différent des précédents manifestes. Il porte les empreintes de Mgr Raï, et est en parfaite harmonie avec la stratégie du patriarche face aux défis actuels. Rien n’indique donc une reculade par rapport aux prises de position de Mgr Raï à Paris. Preuve que le discours nouveau et audacieux du patriarche, concernant la Syrie, le Hezbollah et son refus du morcellement de la région en entités confessionnelles, exprime en réalité l’orientation de l’Église maronite. Des sources proches de Mgr Raï assurent que le patriarche et les évêques s’expriment d’une seule et même voix.
As Safir (29 septembre 2011)
Nabil Haïtham
La campagne contre la Syrie est-elle passée de la logique de la chute du régime à celle du harcèlement de ce régime à coups de pressions politiques et de sanctions économiques ? Le président Bachar el-Assad déclare devant ses visiteurs : « Nous sommes passés de la défense à l’attaque. La Syrie poursuit le processus de réformes et fera preuve de plus d’ouverture tout en promouvant le dialogue intérieur. Il ne faut pas craindre pour les chrétiens en Syrie. » Le chef de l’État syrien s’oppose à l’établissement d’une alliance des minorités. Pas de différence entre kurdes, alaouites, sunnites, chiites ou chrétiens. Il réaffirme son attachement à la présence des chrétiens dans la région. Il adresse par ailleurs un message à la Turquie d’Erdogan : non à l’ottomanisation.
An Nahar (Quotidien libanais proche du 14-Mars, édition du 30 septembre 2011)
Rajeh Khoury
Le fait qu’il ait fallu aux évêques maronites quatre heures pour s’entendre sur un communiqué reflète les divergences importantes entre eux, notamment autour des déclarations du Patriarche Béchara Raï en France. Le communiqué adopté après de longues délibérations appelle à l’unité des chrétiens, surtout « en ces circonstances difficiles où notre existence, notre rôle et notre message sont menacés, d’abord comme Libanais, ensuite comme chrétiens ». Le communiqué ne précise pas quelles sont ces circonstances et en quoi elles diffèrent d’autres circonstances qui menaçaient les chrétiens d’Orient et les maronites tout au long de leur histoire. Cependant, si les évêques entendent par là le printemps arabe, cela reflèterait une vision complètement erronée, car ce qui menace les chrétiens, c’est la psychologie du repli minoritaire qui pourrait les tenter au lieu de jouer un rôle pionnier dans leur nation.
An Nahar (30 septembre 2011)
Rosanna Bou Mounsef
Le président du Conseil des ministres, Najib Mikati, bénéficie d’une tolérance inhabituelle de la part des forces du 8-Mars. C’est à la fois rare et remarquable : les prises de position de Mikati, selon lesquelles il est dans l’intérêt des Libanais de se tenir aux côtés de la légalité internationale, n’ont entraîné aucune réaction négative de la part du Hezbollah et du 8-Mars. C’est d’autant plus étonnant que les rencontres entre les anciens Premiers ministres et des responsables états-uniens ou occidentaux donnaient invariablement lieu à des accusations de suivisme par rapport aux États-Unis et à l’Occident. Selon des sources politiques, c’est parce que l’Occident a placé le gouvernement libanais sous une étroite surveillance que les responsables libanais concernés rappellent et soulignent le respect par le Liban de ses engagements internationaux. Selon les mêmes sources, les responsables craignent les éventuelles répercussions sur le secteur bancaire libanais et sur la situation dans le pays d’une manière générale si jamais le Liban ne remplissait pas ses engagements.
An Nahar (27 septembre 2011)
Ghassan Hajjar
Aucune personne sensée ne niera l’existence de craintes chez les chrétiens d’Égypte, de Syrie, d’Irak et du Liban, et d’inquiétude chez les alaouites de Syrie, qui ont peur pour leur sort en cas de chute du régime. Les Kurdes se sentent-ils en sécurité en Syrie et en Turquie ? Quelqu’un sait-il ce qui, autre que les craintes pour l’avenir des druzes, pousserait le député Walid Joumblatt à multiplier les voltes-faces ? Qu’en est-il du conflit sunnito-chiite au Bahreïn, en Arabie saoudite, au Koweït et ailleurs ? Il s’agit de craintes véritables qui ne sauraient être dissipées par les accusations réciproques, les surenchères ou l’intimidation. Ce qu’il faudrait plutôt, ce sont des initiatives audacieuses, des réunions et des dialogues, voire des sommets politiques et spirituels au sein de la Ligue arabe ainsi que dans chacun des pays concernés, pour accompagner le printemps arabe par des actes et non par de simples paroles.
Al-Akhbar (Quotidien proche de la nouvelle majorité, 30 septembre 2011)
Il n’y a pas de place pour la liberté au sein du mouvement du 14-Mars. Il y a deux jours, l’ancien député de Tripoli, Moustapha Allouche, s’est exprimé franchement à propos de l’absence de libertés en Arabie saoudite. Sa mise à mort politique est devenue une demande pressante pour plusieurs de ses anciens collègues car l’Arabie saoudite est une ligne rouge qu’il est interdit de franchir. M. Allouche attend désormais une décision mettant fin à son parcours au sein du Courant du futur. Il a reçu deux appels téléphoniques, l’un de Saad Hariri et l’autre d’Ahmad Hariri, lui demandant de revenir sur ses propos. Mais il n’a pas voulu faire marche arrière. Des appels ont été lancés pour le démettre de ses fonctions ou le pousser à démissionner.
Al-Akhbar (29 septembre 2011)
Nicolas Nassif
Le Conseil des évêques maronite a rejoint les choix du patriarche Béchara Raï. Ce conseil porte un regard complètement différent sur le Hezbollah et la Syrie, par rapport à l’époque du mandat de Sfeir, car la période et la conjoncture sont très différentes. Le Conseil des évêques maronites invite cette année les Libanais à reprendre le chemin de la table de dialogue, espace approprié où ils peuvent exprimer leurs appréhensions et leurs doutes et renouveler leur confiance les uns envers les autres. Le Conseil rappelle que l’Église maronite « a porté dès sa naissance le flambeau de la liberté, de la dignité de l’homme et de ses droits, et s’est battue pour préserver le précieux dépôt de la foi et de la liberté ». « Aujourd’hui, nous sommes dans la nécessité la plus urgente de revenir à cette conduite historique, en ces circonstances difficiles où notre existence, notre rôle et notre message sont menacés, d’abord comme Libanais, ensuite comme chrétien », ajoute le communiqué.
Al-Akhbar (28 septembre 2011)
Thaer Ghandour
Les activistes arabes et européens mettent la pression sur les pays européens pour qu’ils coupent les ponts avec les compagnies qui aident l’occupant israélien. Ils y parviennent en Europe mais essuient un échec dans les pays arabes. La compagnie Alstom, qui a installé la ligne de métro à Jérusalem-Est, en est la meilleure preuve. Boycottée par des pays européens, les pays arabes lui ont ouvert toutes grandes les portes de l’investissement dans les secteurs de l’électricité et du transport.
Les émirats et royaumes du Golfe ne se sont pas réconciliés avec Israël, mais cela ne les empêche pas de normaliser les relations avec lui.
Le projet métro vise à relier Jérusalem-Est au côté Ouest de la ville et aux colonies établies à Jérusalem et alentour. Un projet mis en œuvre par le gouvernement israélien alors qu’il va à l’encontre des conventions internationales. D’autant plus qu’il accélère le processus de judaïsation de Jérusalem : un crime de guerre selon la IVème convention de Genève et le droit humanitaire international. La société française Alstom est considérée comme un partenaire stratégique de l’occupant israélien dans la mise en œuvre du projet. La participation d’Alstom à un tel projet est en complète contradiction avec les droits de l’homme palestinien, ce qui a déclenché plusieurs campagnes palestiniennes, arabes et internationales pour mettre la pression sur l’administration de la compagnie afin qu’elle ne participe plus à l’exécution du projet.
Al-Moustaqbal (Quotidien libanais appartenant à la famille Hariri, édition du 30 septembre 2011)
Souraya Chahine
Selon des sources diplomatiques françaises, la victoire du Parti socialiste français aux élections sénatoriales n’aura aucune répercussion sur la politique étrangère de la France, vis-à-vis du Liban en particulier. Cette politique, ajoute ces sources, ne sera nullement affectée, elle fait l’unanimité en France. Les principes à la base de la politique française à l’égard du Liban resteront inchangés.
L’Orient-Le Jour (Quotidien libanais francophone, proche du 14-Mars, édition du 30 septembre 2011)
L’agence nationale syrienne, Sana, indique que les « milieux concernés ont saisi au poste frontalier de Jdeidet Yabous, à la frontière libano-syrienne, de grandes quantités d’armes et de munitions destinées à la Syrie. « Dans une voiture chargée de fruits, portant une plaque d’immatriculation irakienne, les autorités compétentes ont saisi 125 fusils de type Pump Action et 30 000 balles de pistolets de différents calibres », précise l’agence.
L’Orient-Le Jour (28 septembre 2011)
À l’initiative du patriarcat maronite, un sommet interreligieux islamo-chrétien s’est tenu à Dar el-Fatwa auquel toutes les familles confessionnelles libanaises ont participé, et au cours duquel les présents ont réfléchi sur la meilleure manière de se réapproprier leur pacte national et de donner de la crédibilité au modèle libanais.
Voici, résumé, l’essentiel du communiqué final des assises de Dar el-Fatwa :
- La présence des chrétiens en Orient est une présence historique et authentique, et leur rôle ans leurs différentes patries, est fondamental et nécessaire.
- Le vivre ensemble est la base de la stabilité du Liban, patrie définitive pour tous ses fils. Les bases de l’entente nationale ont été posées par le document d’entente nationale de Taëf, dans le respect du principe de la parité.
- Respect de la dignité de l’homme, de ses libertés fondamentales, et notamment des libertés individuelles : liberté religieuse, liberté d’expression, respect de la diversité, de la citoyenneté et de la Charte des droits de l’homme.
- Le Liban fait partie du monde arabe, de son identité, de sa culture et de son avenir.
- Il faut protéger les mouvements d’émancipation qui se produisent dans le monde arabe de toute dérive qui le dénaturerait ou serait de nature à susciter les inquiétudes. Il faut rester attaché à la nature civile de l’État basée sur la citoyenneté, sachant par ailleurs que toutes les ingérences extérieures dans les affaires internes des pays de la région doivent être bannies, dans le refus également de tous genres d’oppressions, de violence et de tyrannies.
- Le Liban est le pays du message, du vivre ensemble, du respect des libertés. Pour faire face à la discorde, seul le langage du dialogue tranquille et de la communication directe et franche est de mise. Les divergences doivent être réglées loin des discours accusateurs propagés par les médias.
- Rejet de l’implantation au Liban des Palestiniens et réaffirmation du droit au retour.
En conclusion, les interlocuteurs présents se sont engagés à poursuivre leurs concertations de manière régulière. Ils exhortent leurs frères arabes à toujours s’en tenir aux règles morales authentiques et aux valeurs religieuses chrétiennes et musulmanes, à défendre leur vivre ensemble en ce tournant critique de leur histoire et de celle du monde contemporain.
L’Orient-Le Jour (27 septembre 2011)
La troisième journée, clôturant la visite du patriarche maronite Mgr Béchara Raï au Liban-Sud, a été marquée par un aparté entre le patriarche, le président de la République Michel Sleiman et le président de la Chambre Nabih Berry, dans la demeure de ce dernier. Les députés Fouad Siniora et Bahia Hariri qui y étaient conviés en leur qualité de députés de Saïda n’ont pas fait acte de présence, sans raison déclarée.
L’aparté qui a précédé le déjeuner a porté sur la tournée du patriarche au Sud et sur les développements internes. « Devant les affaires nationales imminentes, nous ne pouvons pas nous résigner à l’état des choses, mais nous nous devons de dire la vérité telle quelle », a affirmé M. Berry. Il s’est attardé notamment sur la nécessité de paver la voie à « un dialogue ouvert et inconditionnel, direct et franc, aboutissant à un accord sur une stratégie nationale de défense, ainsi que des solutions drastiques à notre crise économique et sociale ». S’agissant des événements en Syrie, M. Berry a estimé « nécessaire de cesser tout propos ou armement, ou toute provocation », avant de prévenir du complot occidental, dans la lignée des accords secrets de Sykes-Picot en 1916, qui « ne vise pas la Syrie seulement, mais plusieurs pays de la région, y compris le Liban. C’est pourquoi nous appelons les proches et les moins proches à ne pas craindre la Résistance (du Hezbollah), mais à craindre pour cette Résistance ». M. Berry n’a pas manqué de rappeler en outre « la fidélité du Liban pour ses engagements internationaux liés à la résolution 1701 », avant d’appeler la communauté internationale à « contraindre Israël à se retirer de Chebaa, de Kfarchouba et du Ghajar ». Il a assuré enfin que « nous arrêterons toute tentative d’imposer (au pays) un projet de naturalisation et nous insistons sur le droit au retour des Palestiniens ».
De son côté, le patriarche Raï a estimé que l’exemple du Liban-Sud aura démontré que « les Libanais sont prêts pour le dialogue ». Pour le patriarche, sa tournée lui a permis de « témoigner de l’authentique coexistence dans toutes les villes et tous les villages que j’ai visités. Les habitants du Liban-Sud ont ouvert une nouvelle page au nom de la charité et de la communion (ce slogan désormais cher à Bkerké). »
Yediot Aharonot (Quotidien israélien, 29 septembre 2011)
Trois membres du parti Hezbollah seraient arrivés à Cuba pour y établir une cellule terroriste. L’opération baptisée « L’affaire caribéenne » serait dirigée par Talal Hamia, spécialiste des opérations secrètes, et bénéficierait d’un budget de 1,5 million de dollars.
La présence du Hezbollah en Amérique du Sud se serait renforcée ces dernières années, notamment depuis l’arrivée au pouvoir au Venezuela de Hugo Chavez, anti-US et allié de l’Iran. Une enquête menée par Telemundo, la seconde chaîne de télévision en langue espagnole des États-Unis, et NBC News a mis en évidence les détails d’un vaste réseau de contrebande dirigé par le Hezbollah en Amérique du Sud, dans la région dite des Trois-Frontières, entre le Paraguay, le Brésil et l’Argentine.
Edward Luttwak, un expert antiterroriste pour le Pentagon’s National Security Study Group, décrit cette zone des Trois-Frontières comme la base la plus importante pour le Hezbollah hors du Liban lui-même, le repère « d’une communauté de fanatiques dangereux qui envoient leur argent pour soutenir financièrement le Hezbollah. »