samedi 15 octobre 2011

Les peuples faibles et les "événements d'Octobre" dans l'histoire

Dans l'histoire des peuples certains mois ont des significations particulières. On se souvient certainement de la révolution d'Octobre (selon le calendrier orthodoxe) qui permit à la Russie de mettre fin aux dynasties tsaristes et donner lieu au communisme qui, lui-même, devait s'écrouler quelque 74 ans plus tard à la même période. La Révolution russe est un événement fondateur et décisif du «court XXe siècle» ouvert par l'éclatement du conflit européen en 1914 et clos en 1991 par la disparition de l'Urss, selon l'historien Eric Hobsbawm qui écrit: «La Révolution d'Octobre fut universellement reconnue comme un événement qui ébranlait le monde.»(1)

Objet de sympathies et d'immenses espoirs pour les uns (la «grande lueur à l'Est» de Jules Romains, le «charme universel d'Octobre» décrit par François Furet), objet de sévères critiques, voire de peurs et de haines viscérales pour les autres, la Révolution d'Octobre reste un des faits les plus étudiés et les plus passionnément discutés de l'histoire contemporaine.(2)

S'agissant de l'Algérie, le mois d'octobre fut deux fois le mois de la douleur, d'abord en 1961 ensuite en octobre 1988. Dans les deux cas, le peuple et notamment sa jeunesse descendent dans la rue pour protester contre des conditions de vie et pour la liberté. Ainsi, les évènements du 17 Octobre 1961 à Paris désignent la répression sanglante ayant frappé une manifestation organisée par la Fédération de France du F.L.N. en faveur de l'indépendance de l'Algérie, à Paris. Des dizaines à des centaines d'Algériens, selon les sources, sont morts lors de la confrontation avec les forces de l'ordre alors dirigées par le préfet de police Maurice Papon. Les manifestants internés dans des centres de détention pendant quatre jours y auraient subi des violences. Il y eut plus de 200 morts et de blessés.

Bien plus tard, en Algérie, le 5 Octobre 1988 fut le prélude véritable de ce que la doxa occidentale redécouvre en 2011 sous le vocable de printemps arabe. Une révolte contre le népotisme, les passe-droits, le manque de liberté, l'absence d'alternance au pouvoir, le chômage. Certains journaux, faisant dans l'auto- dénigrement que décrit si bien Albert Memmi, voient dans cette révolte de la jeunesse une manipulation des services de sécurité. Il n'empêche que pendant près de deux ans, nous avons vu un printemps de la liberté que beaucoup de pays arabes nous enviaient à l'époque, la presse actuelle qui «déblatère sans cap fédérateur pour le pays, au-delà des hommes, doit son existence à la mort de ces jeunes. Cette récupération ingrate ne fait pas preuve d'humilité, au contraire on minimise pour être dans le vent de la doxa occidentale qui veut que « l'Histoire commence à Sumer » (Sidi Bouaziz)

Un autre peuple qui paya cher sa liberté est le peuple tchèque «Il y a tout juste 40 ans, le 31 octobre 1967, la police tchèque réprimait brutalement une manifestation d'étudiants de la cité universitaire de Prague-Strahov. Cet événement fut le prélude de la période de détente politique et de réformes démocratiques qu'a connues, en 1968, la Tchécoslovaquie, période dite du «Printemps de Prague». Au commencement était l'obscurité. Les coupures fréquentes d'électricité à la cité universitaire de Prague-Strahov, furent à l'origine des protestations des étudiants. Lorsque, le 31 octobre 1967 au soir, la cité fut à nouveau plongée dans l'obscurité, les étudiants sortirent dans la rue et prirent la direction du Château de Prague. Bougies à la main et scandant: «Il nous faut de la lumière, nous voulons plus de lumière», un slogan bien ambigu aux oreilles du régime d'alors. L'intervention contre les étudiants n'est pas restée sans suite. Pour la première fois, la presse informa ouvertement ses lecteurs de la brutalité policière. En effet, suite à cela, Strahov Antonin Novotny fut démis de ses fonctions en janvier 1968. La nomination d'Alexandre Dubcek au poste de chef du comité central du PCT ouvrit la voie aux réformes. L'année 1968 vît s'instaurer les libertés d'expression, de création artistique ou encore de la vie culturelle. La censure fut abolie.(3) Cela ne fut pas du goût du pouvoir soviétique frère qui mit de l'ordre en limogeant Dubcek.

Le calvaire afghan
Pour la période récente, il nous a paru intéressant de rapporter comment un peuple, en l'occurrence le peuple afghan, fut envahi le 7 octobre 2001. «En 2010, écrit Michel Chossudovsky, Obama, prix Nobel de la paix 2010, annonçait l'intensification du conflit en Afghanistan avec l'envoi de 30.000 soldats supplémentaires, nous rappelle que cette guerre, conséquence la plus visible et pourtant la plus méconnue des attentats du 11 Septembre, est illégale et criminelle aux yeux du Droit international. Dans une contribution rédigée le 21 décembre 2009, Michel Chossudovsky écrivait: «Pourquoi les Américains et l'Otan ont-ils envoyé des soldats en Afghanistan? Comment justifie-t-on la guerre menée dans ce pays de 28 millions d'habitants? Qu'est-ce qui justifie l'escalade militaire d'Obama? Les médias et le gouvernement des États-Unis continuent à l'unisson de se référer au 11 Septembre et au rôle du réseau Al Qaîda emmené par le «cerveau du terrorisme» Oussama ben Laden [et désormais par ses lieutenants - Ndlr]. Le bombardement et l'invasion de l'Afghanistan sont décrits comme une «campagne» contre les terroristes islamistes plutôt que comme une guerre. Pourtant, à la date d'aujourd'hui, il n'existe aucune preuve qu'Al Qaîda soit derrière les attaques du 11 Septembre. Il n'y en a pas non plus concernant une quelconque complicité de l'Afghanistan en tant qu'État-nation dans les attaques du 11 Septembre. Dans les semaines qui suivirent les attaques, le gouvernement afghan offrit à deux reprises de livrer Ben Laden si la justice des États-Unis présentait d'abord les preuves de son implication. Washington a refusé ces offres».(4)

«Aujourd'hui, Oussama Ben Laden, le chef d'Al-Qaîda, est désigné dans les documents militaires et les déclarations officielles comme le «cerveau» qui a planifié les attaques du 11 Septembre. Le 10 septembre 2001, d'après CBS News Report, Oussama ben Laden avait été admis dans un hôpital militaire pakistanais à Rawalpindi (CBS Evening News with Dan Rather; CBS, 28 janvier 2002. (...) Convalescent dans son lit d'hôpital à Rawalpindi le 11 septembre, comment Oussama aurait-il pu coordonner les attaques? L'argument légal avancé par Washington et par l'Otan pour envahir l'Afghanistan fut que les attaques du 11 Septembre constituaient une «attaque armée» lancée par surprise «depuis l'étranger» par une puissance anonyme étrangère, et qu'en conséquence, «les lois de la guerre» s'appliquaient, permettant à la Nation attaquée de répliquer en vertu du droit à «la légitime défense». (...) Sur le terrain, on avait balayé le «si» de l'article 5, bien avant le 11 Septembre. Tout l'arsenal de l'Otan était déjà sur le chemin de la guerre. Dit en termes militaires, les États-Unis et l'Otan étaient déjà à un stade avancé de préparation. (..) En invoquant l'article 5, les membres de l'Otan ont manifesté leur solidarité envers les États-Unis et condamné, de la manière la plus vigoureuse, les attaques terroristes perpétrées contre ce pays le 11 Septembre. (...) Le secrétaire général de l'Otan Lord Robertson a négligemment résumé le contenu du rapport Taylor dans une déclaration à la presse:«(...)Les faits sont clairs et accablants. Les informations données désignent sans erreur possible Al-Qaîda comme étant à l'origine des attaques du 11 Septembre. (...) Deux jours plus tard, le 4 octobre, les Alliés de l'Otan s'accordent sur huit mesures encadrant leur soutien aux États-Unis, qui sont l'équivalent d'une déclaration de guerre. (...)La guerre conduite par les États-Unis contre l'Afghanistan, utilisant le 11 Septembre comme un prétexte et une justification, est illégale et criminelle.(4)

La guerre d'Octobre 1973
Une guerre d'octobre qui marqua durablement les rapports d'asymétrie des armées arabes et israéliennes est la guerre israélo-arabe de 1973 qui opposa, du 6 octobre au 24 octobre 1973, Israël à une coalition menée par l'Égypte et la Syrie. On dit que dans la nuit du 25 septembre, le roi Hussein prit secrètement l'avion pour prévenir le Premier ministre israélien Golda Meir à Tel Aviv de l'imminence d'une attaque syrienne (...) L'armée égyptienne dirigée par le général parachutiste Saâd Eddine Chazli surprit par son aisance à créer une brèche dans les défenses israéliennes et par sa capacité à traverser le canal malgré les forts Bar-Lev. Le 9 octobre, Golda Meir lance un appel «Sauvez Israël» et les États-Unis répondent à cet appel en envoyant des armes à Israël.

Avant que la guerre ne s'arrête, une division israélienne était arrivée à 101 kilomètres de la capitale égyptienne Le Caire. (...) Du 11 au 14 octobre, la poussée israélienne les amena à 40 km des banlieues de Damas qui étaient à la portée de l'artillerie. L'Algérie fut la deuxième puissance militaire sur le front égyptien. (...) Les pilotes algériens étaient, cette fois, plus préparés et plus aguerris grâce à la guerre d'usure. Elle fut la seule force aérienne arabe à ne pas avoir perdu d'appareils au combat. Seul un MiG-17 fut touché par un Phantom israélien. Le pilote algérien réussit à faire écraser le MiG près de sa base d'attache tout en s'éjectant et en évitant de se faire capturer. Surtout, cette situation offrit aux États-Unis une opportunité stratégique: obtenir de l'Égypte qu'elle sorte définitivement de l'influence soviétique en échange de la Troisième Armée qui était encerclée sans ravitaillement par les troupes israéliennes (...) (5) Les discussions de paix «des petits pas» de Kissinger devaient amener l'Egypte à une reddition en rase campagne...

Les guerres subies par la Libye
Un autre pays qui a subi deux guerres à un siècle d'intervalle est la Libye. On y retrouve toujours les mêmes motifs. Manlio Dinucci écrit: «Le 5 octobre 1911, après deux jours de bombardement naval, le premier contingent italien débarqua à Tripoli, commençant l'occupation coloniale de la Libye qui, poursuivie et renforcée par le fascisme, allait durer trente ans. Est-ce une page historique définitivement tournée? N'y a-t-il donc aucune analogie entre la première guerre de Libye et l'actuelle? Certes, en un siècle beaucoup de choses ont changé. Mais les mécanismes de la guerre sont restés en substance les mêmes. Au début du XXe siècle l'Italie, demeurée après la défaite d'Adua (1896) puissance coloniale de second plan avec les possessions d'Erythrée et de Somalie, relança sa politique expansionniste: l'objectif était la conquête de la Libye, qui faisait partie de l'Empire ottoman en train de s'effriter. (...) Aujourd'hui, pour les élites économiques et financières européennes et étasuniennes, la Libye est encore plus importante. Dans le «gros tas de sable» se trouvent les plus grandes réserves pétrolières d'Afrique, précieuses pour leur haute qualité et leur bas coût d'extraction, et de grosses réserves de gaz naturel; et il y a l'immense réserve d'eau de la nappe nubienne, en perspective plus précieuse que le pétrole. Il y a un siècle, la guerre pour l'occupation de la Libye fut préparée et accompagnée par une propagande martelée, conduite par quasiment tous les plus grands quotidiens, surtout ceux catholiques liés au Banco di Roma. (...) La motivation conductrice était que l'Italie, nation civilisée, devait libérer la Libye de la barbare domination turque, (...). » (6)

« La guerre de 1911 fut longuement préparée, en infiltrant des agents secrets en Libye avec une double mission: recueillir des informations militaires et recruter des chefs arabes disponibles pour collaborer. L'attaque décidée, l'Italie utilisa son écrasante suprématie militaire: plus de 20 cuirassés et autres navires de guerre bombardèrent Tripoli sans subir aucun dommage, puisque leurs canons avaient une portée beaucoup plus grande que celle des vieux canons de défense de la ville. (...) On retrouve de significatives analogies dans la guerre actuelle. Celle-ci aussi a commencé par l'infiltration d'agents secrets et le recrutement de chefs arabes disponibles à collaborer. (...) Reste cependant à voir quelle sera la réaction du peuple libyen à ce qui se profile comme une nouvelle occupation d'allures néocoloniales.(6)

Que peut-on en conclure?
Les dirigeants occidentaux actuels, acculés dans leur pays par des problèmes économiques financiers et ayant épuisé tous les subterfuges (droits de l'homme...blanc, droit et devoir d'ingérence) pour s'emparer des ressources qui leur manquent (eau énergie, matière première) découvrent graduellement leur vrai-nouveau et ancien visage comme leurs prédécesseurs-, «celui de l'ordre nouveau, basé sur la force brutale». Répondant à une interview d'Afrique Asie à la suite de la parution de leur livre «Sarkozy sous BHL», A la question: «Après le renversement de Saddam Hussein, de Laurent Gbagbo et du colonel Kadhafi, ne sommes-nous pas en définitive en train d'assister à un retour accéléré du colonialisme?» Roland Dumas répond: «Tout à fait. Nous assistons à un retour, non seulement accéléré mais amplifié, démultiplié du colonialisme avec des moyens énormes. (...) Au moment où tout le monde s'agite autour de la crise, n'est-il pas raisonnable de poser la question du coût de guerres inutiles et monstrueuses?»

« Pour Jacques Vergès, c'est évident que la politique de M. Sarkozy marque un retour du colonialisme à un moment où la France et l'Occident en général n'en ont plus les moyens. Il peut renverser les gouvernements mais ne peut assurer l'ordre ensuite. A une autre question: «Pensez-vous que l'Algérie soit sur la liste des «pays à casser»?» Roland Dumas répond: «Pourquoi pas. Le contentieux entre la France et l'Algérie est durable. Quand vous imaginez que les Français n'ont pas encore souscrit à la proposition de négociations avec l'Algérie sur un contrat d'amitié, parce que trop de blessures sont encore saignantes...Tout est à craindre pour l'Algérie, mais ce sera pour M. Sarkozy un autre «morceau»... » (7) Nous voilà avertis!

Professeur Chems Eddine Chitour
Ecole Polytechnique enp-edu.d

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