mercredi 21 septembre 2011

L’art de la guerre : L’incendie est hors de contrôle (Il Manifesto)

Libye : Le pétrole et le chaos

Mercredi 21 septembre 2011
 

Crise libyenne - Septembre finit dans dix jours et avec lui devrait s’éteindre la résolution 1973. A moins que le Cnt n’en demande  la reconduction. Pour les besoins de la cause,  elle est une  autorité  reconnue par les Nations-Unies.  Avec  un empressement  qui donne désormais le gravissime précédent que toute rébellion, même cache sexe d’intérêts marchands, pour peu qu’elle soit  parrainée à Paris, Londres ou Washington peut-être adoubée par la Maison de verre.

Et pas la Palestine, une nation délogée de sa terre, prisonnière  chez elle,  seule avec sa longue douleur, les larmes de ses veuves et ses enfants privés d’aires de jeu. Mais de la terre brimée des apôtres on reparlera. Revenant à la Libye, il faudra s’y résoudre : le système Kadhafi est bel et bien fini. Sa force, c’était l’Etat, les richesses du peuple gérées dans l’opacité et puis  la captivité de toute une nation. Contre mauvaise fortune faire bon gré relève désormais d’une realpolitik qui s’imposera à tous, y compris les voisins de la Libye.

Et si au bout, s’annonce la  démocratie même arrachée à la canonnière, tant mieux. Mais revenant à la Libye, il nous faudra bien  méditer les limites de la communication  anesthésiante des forces de l’Otan qui savent  les divergences béantes parmi  des  vainqueurs trop tôt déclarés. Car même composer un petit gouvernement  de service après vente juste pour reconduire l’Otan est devenu la croix et la bannière.  Oui, revenant à la Libye, il nous faudra bien méditer, devant le carnage de Beni Walid et de Syrte,  les limites de l’enthousiasme contre les avantages du métier, les insurgés étant en passe de devenir la triste chair à canon d’une guerre par procuration. Enfin sur la Libye, il nous faudra envisager même le scénario cauchemar : l’Otan n’ayant plus rien à bombarder mais trop préoccupé par son opinion publique pour envoyer des troupes aguerries au sol et en face un pouvoir vaincu mais pas éradiqué, avec suffisamment de capacité de nuisance pour faire du Sahel le havre de nouveaux shebabs. Le pétrole était l’objectif, le chaos se profile comme le résultat.

Adam Thiam  
Afrique en Ligne  
Sur Cri du Peuple 1871 : http://www.mleray.info/article-libye-le-petrole-et-le-chaos--84758047.html

Europe : pas de pitié pour les pauvres,blocage de l'aide alimentaire.

Mercredi 21 septembre 2011
 
l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la République tchèque, le Danemark, et la Suède n'ont que faire de la misère.

Les pays de l'Union européenne ont échoué mardi à Bruxelles à trouver un accord pour maintenir en l'état un programme d'aide alimentaire aux pauvres tirée des fonds agricoles, renvoyant toute décision à plus tard alors que les ONG tirent la sonnette d'alarme.


"Nous n'avons pas encore enregistré de compromis, ce sera peut-être le cas plus tard", a déclaré le ministre polonais de l'Agriculture Marek Sawicki, dont le pays préside l'UE, en marge d'une réunion avec ses homologues européens.


"Six Etats membres (sur les 27 de l'UE) sont clairement opposés" à la poursuite en l'état du programme en 2012 et 2013, a-t-il indiqué, en regrettant leur "manque de volonté politique". Il a ajouté vouloir "proposer rapidement" un compromis en vue d'une décision ultérieure.

Six pays opposés au programme

Le commissaire européen à l'Agriculture, le Roumain Dacian Ciolos, a tapé du poing sur la table. Si la situation n'évolue pas "il sera très difficile d'expliquer pourquoi un programme qui a 25 ans d'histoire sera bloqué pour deux ans juste parce que certains Etats membres ne souhaitent pas assumer leur responsabilité politique et se cachent derrière toutes sortes d'arguments juridiques qui n'ont pas lieu d'être", a-t-il dit. Si aucun accord n'est trouvé, le programme devrait passer de 480 millions d'euros annuels à 113,5 millions d'euros en 2012.


Selon un diplomate européen, l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la République tchèque, le Danemark, et la Suède s'opposent au maintien en l'état du budget annuel du Programme européen d'aide aux plus démunis (PEAD) - financé par la Politique agricole commune (PAC) - à la suite d'un arrêt de la Cour européenne de justice en avril.


"Nous n'avons rien contre l'aide aux nécessiteux, mais cela relève de la politique sociale, qui est du ressort des Etats membres" a commenté un diplomate d'un de ces Etats.

Du lobbying pour convaincre les sceptiques

Ce programme, créé en 1987 sous l'impulsion du président de la Commission européenne de l'époque, Jacques Delors, à la suite de l'appel du fondateur des "Restos du Coeur", l'humoriste français Coluche, permet de distribuer, via 240 organisations caritatives, une aide tirée des stocks européens de la PAC à plus de 13 millions de personnes. Dix-neuf des 27 Etats de l'UE en profitent, en tête desquels l'Italie, la Pologne et la France.


Mais ces deux dernières années, le niveau des stocks était si bas que l'UE a dû le compenser par d'importants achats de nourriture à destination des banques alimentaires.A la suite d'une plainte de l'Allemagne, la Cour européenne de justice de Luxembourg a, en avril, estimé que ces achats étaient incompatibles avec la PAC, obligeant la Commission à ramener l'enveloppe pour les années à venir au niveau des stocks existants, soit 113,5 millions d'euros.


Une perspective qui a provoqué un tollé. La Commission européenne a finalement trouvé un moyen de contourner les objections de la Cour, mais se heurte désormais à la minorité de blocage des pays sceptiques. Ces derniers jours, plusieurs Etats favorables au maintien du programme à son niveau actuel se sont livrés à un lobbying intense auprès de ceux-ci. Ils espèrent en convaincre au moins un, et ainsi faire voler en éclats la minorité de blocage, ont expliqué des diplomates.
 


Les banques alimentaires alarmées

Quatre organisations caritatives ont averti lundi à Paris que la baisse des fonds européens consacrés aux plus démunis risquait de provoquer un "tsunami alimentaire" dans des pays de l'Union européenne.


Les Restos du Coeur, le Secours populaire, la Croix-Rouge et la Fédération française des banques alimentaires (FFBA) ont appelé les ministres à "prendre leurs responsabilités" pour trouver une solution rapidement et éviter "une crise humanitaire" dès 2012.


"Nous sommes face à une situation inédite (...) Alors qu'il n'y a jamais eu autant de demande, il n'y a jamais eu autant de menace sur notre action", a expliqué Olivier Berthe, président des Restos du Coeur.


Avec 80% de fonds européens en moins, "les associations risquent de distribuer 130 millions de repas en moins en 2012", a souligné Didier Piard, responsable de l'action sociale à la Croix-Rouge.

Source Libération
 

La danse au coeur des identités africaines : Une pratique à la fois culturelle et sociale

D’ouest en Est, chaque peuple d’Afrique a ses rites et ses rythmes : la danse est au centre des sociétés africaines où elle joue un rôle essentiel, expression de l’histoire des hommes et affirmation de leur identité. Un patrimoine vivant inestimable !
Comprendre la signification des masques et des danses de chaque peuple africain, c’est entrer dans un dédale historique et mythique inépuisable. Le voyageur pose trop souvent un regard extérieur, purement esthétique, sur des figures dont le sens lui échappe. Il faut du temps, de la patience, une intimité durable, pour véritablement entrer dans la danse et saisir ses enjeux sociaux et humains...
Quelques exemples seulement peuvent en donner une première idée, comme a tenté de le faire avec rigueur et justesse le grand livre du photographe Michel Huet et de l’universitaire Claude Savary, "Danses d’Afrique", publié aux éditions du Chêne, ou comme a su le rendre le photographe Sébastien Cailleux lors de ses longs séjours dans les Royaumes de l’Ouest et du Nord du Cameroun.
Les masques Dogon, dans la région du Mali où se trouvent les falaises de Bandiagara, sont parmi les plus spectaculaires d’Afrique : le fameux masque Sirige, haut de plusieurs mètres, figure un résumé de l’histoire de l’humanité, descendue sur terre grâce à l’arche, et la succession des générations.

Leur usage lors des cérémonies d’initiation et lors des rites funéraires a été précisément décrits et expliqués dans les travaux de l’ethnologue Marcel Griaule, et largement illustré lors de la grande exposition Dogon du Musée du Quai Branly en 2011... Les grands masques Kanaga en croix pattées sont une manière de figurer, non seulement le renard pâle, mais aussi la place de l’homme dans l’univers, entre voûte céleste et croûte terrestre...

Les masques Kurumba du Burkina Faso sont souvent identifiés à des masques d’animaux... Mais leur décoration polychrome sert aussi, à la manière des blasons, à identifier les clans et les familles, et à honorer ainsi les chefs ou les défunts. Ainsi des masques antilopes ou phacochères, ou encore oiseaux...

Les masques Simbo, chez les Dan ou Yacouba de Côte d’Ivoire, figurent les serpents et la manière dont leur venin était vaincu par certaines plantes : c’est ainsi qu’ils ne prennent sens que lorsqu’ils sont portés lors de danses spectaculaires exécutées par des jeunes filles particulièrement souples que les danseurs font tournoyer à la manière des serpents. Il s’agit à la fois d’une prouesse chorégraphique et d’une manière d’exorciser le danger mortel que représentent ces animaux.

De même les danses des Diola de Casamance s’effectuent lors des luttes des jeunes gens, à la fois rite et sport très populaire, où les villages confrontent leurs équipes afin de démontrer leur force, leur courage, et donc la bonne organisation et la prospérité de leurs groupes sociaux... Il faudrait d’ailleurs également évoquer la fonction de ce sport, la lutte traditionnelle, dans les sociétés sénégalaise, mais aussi togolaise et burkinabé.
Et comment négliger la fonction sociale des danses et des masques dans la société Bamileke des régions de Bandjoun et Baleng, dont les chefferies jouent toujours, dans le Cameroun d’aujourd’hui, un rôle politique et administratif majeur ?

Les masques sont encore aujourd’hui l’apanage de certaines fonctions sociales, comme la police ou la justice, et leur port est aussi important et significatif que celui des perruques grises des juges anglais... qui par certains côtés sont aussi effrayantes !
AFRIC.COM

mardi 20 septembre 2011

La méthode "Libyenne",une grande menace pour l'Amérique latine

Mardi 20 septembre 2011
On essaie, avec la formule déployée par l’OTAN dans l’agression contre la Libye, de façonner un nouveau modèle applicable à d’autres pays -avec quelques variantes.

D’après les déclarations de Ben Rhodes, vice-chef du Conseil de sécurité nationale des États-Unis [1], lors d’une entrevue avec Foreign Affairs [2], la « méthode » utilisée par l’administration d’Obama dans le pays nord-africain est « plus efficace » que le grand déploiement de troupes appliqué par Bush en Irak et en Afghanistan. Il conviendrait de rajouter : … et poursuivi par l’actuel locataire de la Maison-Blanche, et encore augmenté dans le deuxième pays -mais ne nous laissons pas distraire. La question fondamentale concerne à présent la grave menace de répétition de ce schéma fallacieux et retors envers d’autres pays qui représentent, par leurs ressources, un intérêt stratégique pour Washington et ses alliés, ou qui revendiquent une autonomie politique inacceptable -comme certains pays d’Amérique latine et des Caraïbes.
Rhodes -un nom, à propos, de pure souche coloniale- note: « Le fait est que la marche des Libyens dans Tripoli non seulement fournit une base de légitimité mais aussi un contraste comparé à une situation où un gouvernement étranger est l’occupant. » Selon lui, Obama a mis l’accent, dès le début de l’intervention en Libye, sur deux principes.

D’abord, il était beaucoup « plus légitime et efficace » pour le « changement de régime » que celui-ci soit recherché par un mouvement « autochtone » -et non par les États-Unis.

Deuxièmement, [il fallait] mettre l’accent sur un « partage de la charge » et recevoir une contribution internationale « significative » au lieu d’assumer le gros de l’effort. L’aveu d’une partie dispense de la preuve. Si bien que la zone d’exclusion aérienne pour « protéger la population » –réclamée avec insistance par Obama, Sarkozy et Cameron afin d’obtenir l’approbation de la Résolution 1973 du Conseil de Sécurité de l’ONU– était un grossier mensonge, puisque le véritable objectif -avoue Rhodes- était le changement de régime. Bien sûr, il fallait beaucoup de naïveté pour croire au prétexte de la « protection de la population », mais la Russie et la Chine, avec une perspective stratégique discutable, ont opté pour l’abstention. Sans parler des porte-parole rénumérés, il n’a pas manqué d’intellectuels ni d’analystes naïfs pour porter de l’eau au moulin de l’agression en minimisant, par des prêches dans le désert, le principe de non-intervention.


Une fois la résolution arrachée à l’exclusif et sélect club qui contrôle l’ONU, l’OTAN l’a mise en pièces à force de tuer des civils et de détruire, par des bombardements non autorisés, une grande partie de l’infrastructure de la Libye -toujours dans le but de raser les lieux par où devait passer la bande de Bengazi. Il est clair également qu’ils pensent à la « reconstruction » par des compagnies de pays de l’Alliance atlantique elle-même, mais qu’ils ne reconstruisent rien -tout en gagnant beaucoup d’argent. Non contente avec cela, l’OTAN a enfreint de manière grossière une interdiction expresse de la résolution, en entraînant et armant les rebelles et en rentrant en guerre avec des moyens militaires terrestres des États-Unis, de la France, de l’Angleterre, des monarchies jordanienne et contre-révolutionnaires du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) [3]. En résumé, la prétendue intention de protéger la population libyenne s’est convertie en une intervention militaire étrangère d’une ampleur considérable envers cette même population. Cela bien sûr présenté, moyennant stratagèmes et montages médiatiques détestables, comme une idyllique prouesse des idéalistes « rebelles » libyens. Pour comble, les forces qui ont occupé Tripoli ne sont pas formées par l’anarchique et aventurière troupe de Bengasi, mais par des combattants aguerris libyens d’Al Quaeda appuyés par des tribus berbères des montagnes de Nafusa et entraînés par des forces spéciales usaméricaines.

On nous rabâche les oreilles avec la ressemblance entre Kadafi et Chávez, d’aucuns nous invitant ouvertement à appliquer, par exemple à Cuba, la solution « libyenne » qu’ils lient, de manière saugrenue, avec un 15-M. En réalité, il s’agit de répéter, principalement –mais pas uniquement– contre les pays de l’Alternative Bolivarienne pour les Amériques (ALBA) le scénario de la « rébellion réprimée par le dictateur » et de l’opération aérienne destinée à protéger la population. Comme un tel scénario ne va pas se produire dans des pays où le peuple est protagoniste du pouvoir, la viabilité de l’intervention dépend du montage d’une réalité virtuelle, profitant du contrôle médiatique monopolistique de Washington. Il est transcendantal pour l’indépendance et la paix de notre Amérique et du monde de le dénoncer, de le mettre à nu dès à présent et de se préparer à y faire face sur tous les terrains.

 
Ángel Guerra Cabrera
traduction Thierry Pignolet  
Cuba debate  
Sur Cri du Peuple 1871 : http://www.mleray.info/article-methode-libyenne-menacel-amerique-latine-84634575.html

lundi 19 septembre 2011

Libye : Quelles sont les raisons d’un carnage qui ramène un pays quarante  ans en arrière ?

On sait aujourd’hui ce qu’on devait comprendre dès le début de l’affaire libyenne  : les bombardements des « manifestants pacifiques » par Kadhafi, et les milliers de victimes qui ont « justifié » l’intervention militaire occidentale étaient une macabre invention, lancée par la télévision du Qatar (Al Djazira). Les témoignages des expatriés européens, l’observation satellitaire russe, et les rapports d’Amnesty et de la mission dirigée par le préfet Bonnet, ancien directeur de la DST, ne laissent aucun doute  : le bombardement des civils par Kadhafi n’a jamais eu lieu. Le régime avait les moyens militaires pour le faire. Il a choisi de ne pas les utiliser. L’Otan, le Qatar et les rebelles, eux, bombardent depuis des mois des villes pacifiques en massacrant des civils coupables de ne pas partager leur avis. Un détail encore. Au moment de la « sanglante répression », le ministre de la Justice (patron des procureurs) et le ministre de l’Intérieur (patron de la police) étaient Jalil et Younès, qui deviendront ensuite, respectivement, le chef politique et le chef militaire (assassiné depuis) des « insurgés »  : les chefs de la répression à la tête des réprimés  ? Une résolution a été arrachée au Conseil de sécurité des Nations unies par des allégations mensongères, et elle a été dévoyée pour réaliser ce qu’elle était fictivement censée empêcher  : le bombardement de civils innocents.
On sait aujourd’hui que l’histoire des mercenaires noirs utilisés par Kadhafi était une sanglante invention. Elle a été le prétexte d’un crime contre l’humanité commis contre les femmes et les hommes de couleur vivant en Libye, violées et massacrés systématiquement par les « libérateurs ».
On sait aujourd’hui que les « rebelles » (le CNT) ne seront pas en mesure de gouverner la Libye, dont l’organisation tribale n’est pas près de plier. On sait que les seules forces « révolutionnaires » à avoir pris des positions grâce aux bombardements de l’Otan sont les islamistes affiliés à al-Qaida, sanguinaires armés par les Occidentaux, acharnés à replonger, en notre nom, des millions de femmes libyennes dans l’obscurité de laquelle elles étaient péniblement sorties sous l’administration intertribale coordonnée par Kadhafi.
On sait aujourd’hui que chez nous, dans « l’Europe des droits de l’homme », la pluralité des médias ne garantit pas le pluralisme de l’information. On sait que notre « démocratie » peut créer en quelques semaines un monolithe totalitaire conduisant en trois étapes au massacre d’un peuple pacifique  : diabolisation du régime, invention d’une menace, habillage humanitaire des bombes.
On sait aujourd’hui que l’entreprise libyenne est un échec qui pèsera lourdement sur notre avenir commun. Elle est l’échec de notre « modèle démocratique », qui se révèle belligène et totalitaire. La France, avec ses alliés, a détruit l’ensemble des infrastructures civiles du pays le plus développé d’Afrique (selon l’indice de développement humain de l’ONU), en le ramenant en quelques mois quarante années en arrière. Mais cette puissance s’arrête au massacre et à la destruction. Elle s’accompagne de l’incapacité d’obtenir quoi que ce soit d’autre en Libye  : elle est impuissance politique et vide moral. Dans un pays dont on a diabolisé le régime, en ignorant délibérément l’originalité de la structure intertribale, on voit le résultat  : la tête est coupée, le gouvernement libyen est chassé de Tripoli… et pourtant le CNT ne contrôle à peu près rien en Libye, et ne peut même pas s’installer dans « sa » capitale. Pourquoi continue-t-on à massacrer les Libyens, à bombarder quotidiennement les villes, si « le dictateur est en fuite » et « le peuple avec les insurgés »  ? Contre qui combat l’Otan, si ce n’est contre les tribus libyennes, c’est-à-dire contre les populations civiles, coupables de ne pas vouloir se plier à ses bombes humanitaires  ? Il n’y a pas d’objectif, et donc aucune chance de « gagner » cette guerre  !
On se perd en conjectures sur les « vraies » raisons de la guerre (puisque, on le sait aujourd’hui, les raisons humanitaires alléguées étaient fictives). On a découvert que la France s’était vu promettre 35% du pétrole pour soutenir ce coup d’État meurtrier. On a constaté que Sarkozy reprenait la méthode Bush  : provoquer une guerre et profiter du monolithe médiatique en faveur de la guerre (on est tous d’accord pour intervenir  ; on est tous derrière le chef de guerre  ; on votera tous pour lui). On vient d’apprendre également que c’était une opération d’asservissement et de prédation néocoloniaux planifiée et organisée bien en amont. Et alors  ? Pourquoi cherche-t-on encore les « raisons » des guerres  ? Quel apaisement espère-t-on de cette rationalisation  ?
On sait pourtant comment s’organise la guerre auprès de l’« opinion », auprès de nous. La guerre est toujours la déshumanisation de l’ennemi  : le sang des Libyens ne vaut rien pour nous. Je ne prétends évidemment pas qu’il fallait défendre le régime dans l’« opinion publique », mais simplement ne pas transformer l’analyse critique en une propagande monstrueuse. La guerre est possible car les enfants, les femmes, les vieillards et les adultes qui meurent ne sont pas des nôtres, car ils sont arabes, africains (et, pour la plupart, réputés « du côté » d’un régime dont les soutiens cesseraient ipso facto d’appartenir au genre humain). Sans cruauté et racisme, il n’y a pas de guerre. Il est donc urgent de crier que nous n’en sommes pas, que nous ne voulons pas ce sang sur nos mains.
jeudi 15 septembre 2011, par Carlo Santulli, Professeur à l’Université Paris-II (Panthéon-Assas) 
Frantz Fanon International

Défendre sa terre et la nature

Dimanche 18 septembre 2011
.....L’Algérie, mon pays, dont l’indépendance a été arrachée par la guerre, est sortie victorieuse de nombreuses confrontations et défis lancés à son endroit, particulièrement à la suite de la nationalisation des hydrocarbures le 24 février 1971. Mon pays avait alors subit un embargo en signe de représailles à sa décision souveraine portant sur la nationalisation de ses hydrocarbures....

« Mais qu’ont-ils ces gens là à s’intéresser au sable », m’avait dit un griot au Mali.
Dès qu’on touche aux intérêts de l’impérialisme ou du colonialisme, dès que les états pauvres ou les petits états montrent des velléités  à demander  des droits de regards concernant leur devenir, dès que se manifeste une volonté pour que cela change, il se met en branle toute une panoplie de rétorsion pour juguler la contestation contre l’abus et l’injustice.
C’est ce qui s’était passé au Pérou où les péruviens des forets amazoniens se battent pour que soient sauvegardés leur identité, leurs forêts et leur honneur.
C’est ce qui se passe également en Libye aujourd’hui, où le sable a englouti les forêts d’époques lointaines, ce sable qui semble intéresser les conquérants onusiens et otanesques, plus pour s’y enfoncer et pomper dans les profondeurs pétrolières que de se bronzer sur les plages de Syrte ou de Tripoli. Les Libyens, comme les amazoniens devront eux aussi se battre pour que soient sauvegardés leur identité, leur sable, leur pétrole et leur honneur.
L’Algérie, mon pays, dont l’indépendance a été arrachée par la guerre, est sortie victorieuse de nombreuses confrontations et défis lancés à son endroit, particulièrement à la suite de la nationalisation des hydrocarbures le 24 février 1971. Mon pays avait alors subit un embargo en signe de représailles à sa décision souveraine portant sur la nationalisation de ses hydrocarbures. Cela avait ouvert une brèche dans le camp impérialiste et avait permis aux pays africains et sud américains d’entreprendre également les revendications pour la défense des peuples à disposer de leurs propres richesses.
En Iran du temps de Mossadegh en 1953, au Chili hier, en Irak et en Libye aujourd’hui, au Venezuela, dans les pays du Sahel (prochaine zone de confrontation pour les richesses minières) les forces occultes n’ont  de cesse pour fomenter des troubles afin de donner l’occasion aux puissances étrangères d’intervenir. Et quand les conquérants armés de feu et de haine débarquent dans ces pays sans défense,  après la comptabilité des morts, des veuves et des orphelins, c’est la désolation sur des territoires convoités devenus cimetières. On a assisté par le passé à la disparition de civilisations et de peuplades : les bochimans, les Kikuyus en Afrique, les incas au Pérou. Aujourd’hui, c’est en Irak, en Afghanistan - quoiqu’on dise, parce que les afghans ne sont pas tous des talibans - en Somalie et au Soudan, c’est dans ces pays convoités que disparaissent des tribus et des civilisations construites patiemment depuis des millénaires, vivant en paix jusqu’à l’arrivée du Diable : le dollar ou l’euro.
La Libye va bientôt servir de laboratoire pour tester les nouvelles formes de conquêtes plus sophistiquées. Et l’Algérie ne sera pas épargnée, puisque déjà s’insinuent dans les réseaux du web des rumeurs inquiétantes.
C’est ainsi que s’infiltrent déjà dans l’Amazonie péruvienne, des sociétés pétrolières voraces, la Perenco, la Pétrolifera et autres Petrobas, pétrissant d’arrogantes conquêtes tels des piranhas échappés aux lois de la pesanteur, allant mordillant dans la chair des indiens, ce qui restent de leurs biens, la forêt et les rivières. Assisterons-nous, par la réaction des indiens massacrés le 8 juin 2009 à l’éclosion d’un mouvement qui rappelle celui  du Sentier Lumineux de 1980, que les pays occidentaux avaient alors diabolisé. Les Indiens manifestent depuis deux mois contre une série de lois qui ouvrent leurs forêts communautaires aux compagnies pétrolières. L’Amazonie a été divisée en concessions et la récente découverte de plusieurs gisements importants menacent de détruire la plus grande partie des forêts vierges où vivent les Indiens. Des projets similaires ont déjà eu un effet dévastateur en Equateur et ont entraîné une pollution chronique et de graves conséquences sanitaires sur les Indiens, c’est ce que dénonce Survival.
C’est ce qui se passera en Libye : l’application du plan de partage par les multinationales, plan concocté depuis longtemps par les cabinets spécialisés.
Comme les palestiniens, les Indiens péruviens sont contraints de prendre des mesures désespérées pour tenter de sauver les terres spoliées. Comme les palestiniens, les Libyens devront eux aussi se mobiliser pour protéger leur pays et défendre leur honneur.
Le seul moyen de défense contre cette pratique nouvelle des conquêtes par l’argent et la compromission c’est l’éveil des consciences des ‘damnés de la terre’ selon le mot de Fanon. Et tout d’abord, il faut que les peuples rejettent cette idée de mondialisation sous-tendue par l’argent et la technologie pour s’ouvrir aux autres par la culture. Ils doivent s’accrocher à leur culture comme le font les péruviens qui veulent sauver leurs forêts et leurs manières de vivre. Les Libyens, les algériens, tous les africains devront s’accrocher aux lègues de leurs ancêtres pour protéger leur pays et leur culture. Ils devront sauvegarder les acquis obtenus par leur travail depuis des millénaires, afin de ne pas subir ce qu’ont subit, les palestiniens, les irakiens et les Libyens. La résistance devra s’organiser autour des gens connus pour leur attention au genre humain et à la paix,  rallier les intellectuels honnêtes et désintéressés et aux leaders plébiscités par leur peuple ; les leaders qu’ils connaissent et avec qui ils vivent avec eux et non pas ceux téléguidés d’occident par des réseaux occultes.
C’est ce que font les palestiniens qui ont su,  en maintenant l’esprit de leur idéal et les valeurs de leur peuple par la voix de leurs poètes, Mahmoud Darwich, Hanna Abou Hanna, Samir El Qacim, poursuivre un combat qui dure depuis 1948 face à  l’armée la plus puissante du monde, celle d’Israël.
Le 28 mars 2009, à l’occasion de la célébration en Algérie  de l’année de la culture arabe, dont El Qods a été désignée capitale, notre ministre de la Culture, Madame Khalida Toumi a rendu hommage à tous les poètes palestiniens, aux femmes et aux hommes de ce pays,  qui ont pu sauvegarder leur personnalité, sauver également l’honneur des pays arabes qui perdurent dans la mollesse. La ministre avait alors déclaré, en parlant des états-majors israéliens qui avaient refusé l’organisation de cette manifestation dans la ville sainte : « Ils ont voulu faire taire la voix culturelle de la Palestine. Ils ont commis un autre crime. Ils ont prouvé au monde entier, par leur esprit colonial, leur peur de la culture. Ils ne veulent pas reconnaître qu’El Qods est une réalité arabe…Nous ne céderons pas. Plus de compromission. Pas de normalisation. La résistance doit continuer ». Sur l’exemple des palestiniens, la résistance devra également se poursuivre partout où le libéralisme sauvage tentera de s’imposer afin que les droits des gens humbles soient respectés.
L’histoire l’enseigne. Dès lors que la patrie ou une communauté se trouvent en péril, menacées dans leur existence ou leur devenir, elles ne trouvent pas seulement des soldats pour combattre l’envahisseur ou des populations qui  se rebellent contre l’injustice. Des artistes, des poètes se rallient et chantent pour perpétuer et sauvegarder les vertus du peuple et du sol. Ce qu’avaient fait Neruda, Darwich et Kateb Yacine.
Ces peuples, ces communautés qui défendent leurs doits doivent-ils tendre la main aux multinationales qui cherchent à gagner les sympathie par des promesses fallacieuses et des ruses qui ne trompent personne ? Doivent-ils accorder leur confiance à des gouvernements inféodés aux banques et qui reviennent sur les promesses déjà faites à leur peuple ? Ces multinationales, ces gouvernements feront semblant d’agir dans notre intérêt et  souhaitent notre progrès. Ils nous peindront leurs erreurs sous les traits de la vérité pour nous abuser plus sûrement. Ils substitueront des points de vue qui les arrangent à nos idées clairement exposées de sorte que nous finirons à les adapter et nous en servir jusqu’à ce que nous devenions entre leurs mains un instrument dont ils peuvent user efficacement, ensuite le calme revenu, ils nous dépouillent de nos propres droits, nous humilient et consolident leurs positions en veillant à leurs intérêts. En Palestine, en Irak comme au Pérou et en Libye, quelque soit la dimension des conflits, l’homme étant un, les intérêts des uns ne sont pas nécessairement ceux des autres. Surtout quand les intérêts sentent le pétrole, l’uranium ou sont régis par l’argent.

La véritable histoire de ces dernières décennies, celle qui s’écrira et que nos enfants retiendront, c’est celle de la conquête de petits pays sans défense par l’ordre impérialiste et néocolonial. Malgré une médiatisation manipulée, orientée et abrutissante pour cacher la vérité, nos enfants comprendront car la réalité finit toujours par s’imposer.

Abderrahmane Zakad, urbaniste, écrivain.