mercredi 21 septembre 2011

La danse au coeur des identités africaines : Une pratique à la fois culturelle et sociale

D’ouest en Est, chaque peuple d’Afrique a ses rites et ses rythmes : la danse est au centre des sociétés africaines où elle joue un rôle essentiel, expression de l’histoire des hommes et affirmation de leur identité. Un patrimoine vivant inestimable !
Comprendre la signification des masques et des danses de chaque peuple africain, c’est entrer dans un dédale historique et mythique inépuisable. Le voyageur pose trop souvent un regard extérieur, purement esthétique, sur des figures dont le sens lui échappe. Il faut du temps, de la patience, une intimité durable, pour véritablement entrer dans la danse et saisir ses enjeux sociaux et humains...
Quelques exemples seulement peuvent en donner une première idée, comme a tenté de le faire avec rigueur et justesse le grand livre du photographe Michel Huet et de l’universitaire Claude Savary, "Danses d’Afrique", publié aux éditions du Chêne, ou comme a su le rendre le photographe Sébastien Cailleux lors de ses longs séjours dans les Royaumes de l’Ouest et du Nord du Cameroun.
Les masques Dogon, dans la région du Mali où se trouvent les falaises de Bandiagara, sont parmi les plus spectaculaires d’Afrique : le fameux masque Sirige, haut de plusieurs mètres, figure un résumé de l’histoire de l’humanité, descendue sur terre grâce à l’arche, et la succession des générations.

Leur usage lors des cérémonies d’initiation et lors des rites funéraires a été précisément décrits et expliqués dans les travaux de l’ethnologue Marcel Griaule, et largement illustré lors de la grande exposition Dogon du Musée du Quai Branly en 2011... Les grands masques Kanaga en croix pattées sont une manière de figurer, non seulement le renard pâle, mais aussi la place de l’homme dans l’univers, entre voûte céleste et croûte terrestre...

Les masques Kurumba du Burkina Faso sont souvent identifiés à des masques d’animaux... Mais leur décoration polychrome sert aussi, à la manière des blasons, à identifier les clans et les familles, et à honorer ainsi les chefs ou les défunts. Ainsi des masques antilopes ou phacochères, ou encore oiseaux...

Les masques Simbo, chez les Dan ou Yacouba de Côte d’Ivoire, figurent les serpents et la manière dont leur venin était vaincu par certaines plantes : c’est ainsi qu’ils ne prennent sens que lorsqu’ils sont portés lors de danses spectaculaires exécutées par des jeunes filles particulièrement souples que les danseurs font tournoyer à la manière des serpents. Il s’agit à la fois d’une prouesse chorégraphique et d’une manière d’exorciser le danger mortel que représentent ces animaux.

De même les danses des Diola de Casamance s’effectuent lors des luttes des jeunes gens, à la fois rite et sport très populaire, où les villages confrontent leurs équipes afin de démontrer leur force, leur courage, et donc la bonne organisation et la prospérité de leurs groupes sociaux... Il faudrait d’ailleurs également évoquer la fonction de ce sport, la lutte traditionnelle, dans les sociétés sénégalaise, mais aussi togolaise et burkinabé.
Et comment négliger la fonction sociale des danses et des masques dans la société Bamileke des régions de Bandjoun et Baleng, dont les chefferies jouent toujours, dans le Cameroun d’aujourd’hui, un rôle politique et administratif majeur ?

Les masques sont encore aujourd’hui l’apanage de certaines fonctions sociales, comme la police ou la justice, et leur port est aussi important et significatif que celui des perruques grises des juges anglais... qui par certains côtés sont aussi effrayantes !
AFRIC.COM

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