Éric Zemmour est sans doute un journaliste et essayiste
détestable. Immonde, diront certains. Cela fait des années, qu’il nage dans la
controverse par des déclarations hostiles aux Noirs, aux Arabes et aux
Musulmans. En 2011, il a été condamné par la justice pour incitation à la
discrimination raciale. Plus récemment, en juin 2014, le Conseil supérieur de
l’audiovisuel (CSA, France) a « mis fermement en garde » la chaine RTL après
une chronique de Zemmour jugée de nature à encourager des « comportements
discriminatoires vis-à-vis des populations expressément désignées, et de
pouvoir inciter à la haine ou à la violence à l’encontre de celles-ci ».
À peu de choses près, son discours est calqué sur celui
du Front National. Parfois, il va même plus loin que le parti de Marine Le Pen
et n’hésite pas à le vanter.
Son livre « le suicide français », paru début octobre,
est un Best-seller. Outre ses thèmes de prédilection, il y fait un pas de plus
pour se rapprocher davantage des positions classiques de l’extrême droite dans
son appréciation du régime de Vichy. Il défend la thèse selon laquelle le régime
de Vichy aurait conclu « un pacte » avec l’Allemagne nazie préconisant de
sacrifier les juifs étrangers afin de sauver les juifs français. Selon Zemmour,
cet accord a permis de sauver les juifs français à 95%.
Indéniablement, Zemmour se positionne comme
l’intellectuel du Front National et doit se projeter dans le rôle du « Buisson
» de Marine Le Pen. Sinon de viser bien plus. Après tout, Zemmour bénéficie
d’une popularité que Patrick Buisson n’a jamais eue, lui qui reste un illustre
inconnu, en dehors des cercles médiatiques.
Le dernier scandale signé Zemmour est lié à une
entrevue qu’il a accordée au quotidien italien Corriere della Sera, le 30
octobre dernier et qui est passée inaperçue. Du moins, jusqu’à ce que
l’hebdomadaire franco-turc Zaman France traduise et publie l’entretien en lui
collant le titre « Zemmour ne dit pas non à une déportation des musulmans de
France ». Jean-Luc Mélenchon a aussi relayé l’information sur son blog. C’est
le terme déportation qui a évidemment enflammé les réseaux sociaux et les
médias.
Le fait est que Zemmour a réagi à une question du
journaliste Stefan Montefiori qui lui demandait s’il suggérait de déporter 5
millions de musulmans français ? Zemmour a répondu qu’il savait que c’était
irréaliste mais que l’histoire était surprenante, en citant notamment l’exemple
du départ des Pieds-noirs d’Algérie pour retourner en France.
Zemmour prédit même un chaos, en France, en raison du «
refus des musulmans de s’assimiler et de vivre à la française ». Vivre à la
Française signifiant, selon lui, « donner à ses enfants des prénoms français,
être monogame, s’habiller à la française, manger à la française, du fromage par
exemple. S’assoir au café, faire la cour aux filles. Aimer l’Histoire de France
et se sentir dépositaire de cette histoire et vouloir la continuer ».
Certes, on retrouve, dans ces réponses, les préjugés
habituels que colporte Zemmour à propos des populations de confession et de
culture musulmanes et comme à chaque fois il faut les condamner avec la plus
grande force. Cependant, ce qu’il dit sur le chaos projeté pour la France et le
risque – selon lui irréaliste mais à ne pas écarter – d’une déportation des
musulmans est loin d’être une ineptie.
Il faut avoir la tête bien enfoncée dans le sable pour
ne pas craindre des conséquences terribles à la grave montée de l’islamophobie
en France et partout en Occident. Le chaos dont parle Zemmour est
malheureusement envisageable. C’est un peu la barbarie crainte par Rosa
Luxembourg, il y a 100 ans, dans sa célèbre formule « Socialisme ou Barbarie ».
On sait que l’Allemagne et le monde ont connu cette barbarie vingt-ans après.
Aujourd’hui, plusieurs des économies européennes sont
en crise, provoquant un chômage massif. Les politiques d’austérité mises en
œuvre ont des impacts tragiques sur les conditions de vie des classes
populaires et il n’y a pas de signe d’une sortie de cette crise, à l’horizon.
L’Europe et l’Occident ne produisent plus grand-chose. L’industrie
manufacturière occidentale est quasiment morte. Les États-Unis ne sont plus la
première économie mondiale et sont désormais devancés par la Chine. Le Canada
ne doit sa prospérité – du reste relative – ni à l’industrie manufacturière ni
à l’industrie automobile mais surtout aux ressources naturelles dont il regorge
et que les Européens n’ont pas.
Dans un tel contexte, désigner des boucs-émissaires
permet aux classes dominantes de décharger la colère populaire sur les
minorités les plus vulnérables. Le musulman a le profil idéal d’autant qu’en le
désignant comme bouc-émissaire les classes dominantes et leurs représentants se
défendent d’être racistes en prétendant vouloir simplement « freiner
l’expansion de l’intégrisme religieux ».
Et même là où ça va plutôt bien sur le plan économique,
les discours islamophobes se durcissent comme en Allemagne où les meetings du
mouvement Pegida – pourtant né il y a à peine deux mois – réunissent des
milliers de militants d’extrême droite et sont, selon les sondages, soutenues
par près de la moitié de la population. Les décapitations de ressortissants de
pays occidentaux orchestrées par DAESH et les actes commis, en Occident, au nom
de l’islam contribuent à cultiver le mythe de l’islamisation du monde et aura
inévitablement comme impact de faire monter la pression sur les communautés
musulmanes qui sont de plus en plus harcelées et sommées de se justifier après
chaque attentat attribué à des islamistes.
Le chaos dont parle Zemmour est possible mais il n’est
pas inéluctable. Les peuples occidentaux doivent se rendre à l’évidence que le
capitalisme européen n’est plus capable d’assurer la prospérité qu’il a pu
réaliser après la guerre mondiale, avec les trente glorieuses. Ils ont par
contre la possibilité de refuser le chaos et de construire une alternative à un
système moribond. Une alternative plus juste, plus fraternelle et plus humaine
que le système qui n’arrête plus de dresser les peuples les uns contre les
autres.
Rabah
Moulla
Source :
PRESSE-TOI A GAUCHE