dimanche 18 août 2013

Défenseur de la cause algérienne, Me Jacques Vergès est décédé à Paris....Adieu Mansour !

Adieu Mansour !
« Entre les Algériens et moi, ce fut le coup de foudre. » Et quel coup de foudre ! Ces propos de l’avocat algéro-français Jacques Vergès retentiront à tout jamais pour sceller la rencontre d’un peuple avec un humaniste, un homme épris de justice sociale et militant anticolonialiste jusqu’à la moelle.
Cette rencontre en avril 1957 marquera à tout jamais l’homme, mais aussi le personnage. En débarquant à Alger, en pleine guerre de libération contre le joug colonial français, ce jeune avocat de 32 ans, qui n’a que 18 mois d’expérience au barreau de Paris, cependant fort d’un engagement au sein de la résistance gaulliste contre le régime de Vichy et d’un passage au Parti communiste français depuis 1945, va révolutionner le métier.
Avec sa stratégie de « défense de rupture », Jacques Vergès va rendre chaque procès auquel il participe en une tribune pour plaider la cause algérienne. Il pousse jusqu’au bout les contradictions des plaidoiries des tenants du colonialisme au point de démontrer l’absurdité de leur cause et la justesse de la lutte pour l’indépendance de l’Algérie. Ainsi, l’accusé se fait accusateur, considère que le juge n’a pas de compétence ou que le tribunal n’a pas de légitimité avant de prendre l’opinion à témoin. Me Vergès défendra d’ailleurs une grande moudjahida accusée d’avoir commis un « attentat terroriste » au Milk Bar, Djamila Bouhired. Même si cette Moudjahida écopera de la peine capitale, avant d’être graciée par la suite, le procès de Bouhired deviendra celui du système colonial français grâce à la stratégie de Vergès.
Engagé définitivement aux côtés des Algériens, Jacques Vergès, « Mansour » de son nom de militant, épousera sa cliente avec qui il aura deux enfants, Meriem et Liess Vergès. Son affection pour Bouhired se traduira également par un livre Pour Djamila Bouhired, qu’il publiera aux éditions de Minuit en 1957. Ce double engagement, politique et affectif, n’est pas étranger au personnage.
Son origine le prédisposer à épouser les causes justes. En effet, fils de Raymond Vergès, consul de France au Siam (actuelle Thaïlande) et d’une institutrice vietnamienne, Jacques naîtra dans cette région de l’Extrême-Orient, en 1925. Sa physionomie atypique, métissée, lui donnait une dimension surréaliste. Son sens de la mise en scène, son goût de l’excentricité rajoutaient à l’aura d’un personnage naturellement charismatique. Aux lunettes rondes teintées, s’ajoutait le cigare cubain. Et avec la robe d’avocat, le décor est planté. L’homme est dans son milieu naturel. Ne manquent que les causes à plaider.
Et ce ne sont justement pas les affaires qui manquent. Le firmament de la carrière de Jacques Vergès coïncidera avec des dates clés des relations internationales. L’épisode algérien de « l’avocat du diable » sera crucial. Directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères à Alger, Vergès va fonder le magazine tiers-mondiste Révolution Africaine. Ses penchants maoïstes lui vaudront une disgrâce de deux ans dans l’Algérie de Ben Bella. Une Algérie qu’il retrouvera en 1965 pour exercer au barreau d’Alger jusqu’en 1970.
Cette date est importante dans la vie et la carrière du personnage. De 1970 à 1978, Vergès quitte Alger pour Paris, pour disparaître, en réalité, dans la nature pendant huit ans, abandonnant famille et amis, y compris son métier. Ce secret, Mansour l’emportera avec lui, refusant de donner des indications de cet épisode digne des films d’espionnage. Etait-il chez son ami Pol-Pot, chef et gourou des Khmers rouges au Cambodge ? Du côté de l’Union soviétique ou en mission commandée pour les services de la Chine maoïste au Vietnam ?
Cultivant l’art du mystère, le « Salaud lumineux » dira avec une pointe d’ironie qu’il avait passé des « vacances très à l’Est de la France », « avec des amis qui sont encore vivants, dont certains ont des responsabilités importantes ». « Les évènements, ajoutera-t-il, que nous avons vécus ensemble sont connus. C’est notre rôle qui ne l’est pas ; non pas réellement le mien, qui fut modeste, mais le leur. Il ne m’appartient pas d’en parler ». Provocateur, mystérieux, le ténor du barreau parisien rajoutera une couche : « Je suis passé de l’autre côté du miroir, c’est ma part d’ombre », avant d’asséner : « Je n’ai jamais suivi une psychanalyse. Quel intérêt de mettre la lumière sur les zones d’ombre d’un homme ? Elles font sa force. » Tout est dit.
L’homme qui aurait voulu défendre Hitler allait faire retentir sa voix dans les palais de justice du monde entier. Les militants palestiniens et libanais, Georges Abdallah et Anis Naccache, la bande à Baader, groupe terroriste allemand, Carlos, le terroriste internationaliste de légende, le criminel de guerre français Claus Barbie, plusieurs chefs d’Etat africains, tels que Denis Sassou Nguessou, Omar Bango et Idriss Deby, des chefs d’Etat renversés par les Occidentaux, l’Irakien Saddam Hussein et l’Ivoirien Laurent Gbagbo, le Serbe Slobodan Milosevic, le cambodgien Pol Pot, toute cette brochette de « parias » du gotha international avait fait appel aux services de celui qui allait être surnommé l’« avocat de la terreur ».
Mais ces procès sensationnels n’allaient pas détacher Me Vergès de la défense des « damnés de la terre » en France. Il plaidera en 1994 l’innocence du jardinier marocain Omar Raddad accusé d’avoir assassiné sa vieille employeuse. En 2007, il défendra la famille du petit Ivan, enfant de douze ans grièvement blessé lors d’une tentative d’interpellation de ses parents sans papier à Amiens.
Iconoclaste et provocateur, l’avocat maniait avec brio l’art des apparitions médiatiques. De ses joutes oratoires dans les palais de justice, ce personnage de roman s’est même essayé à jouer son propre rôle au théâtre. Le « serial plaideur » a permis à Me Vergès d’expliquer, de démystifier son action, ses méthodes à un public français de plus en plus détaché des causes justes qui ont fait la réputation de l’homme et la fortune professionnelle du personnage.
Non content de mettre en scène ses plaidoiries et même sa pièce théâtrale, Jacques Vergès a poussé sa stratégie de rupture avec la normalité jusqu’à choisir le lieu de son trépas. La sentence est tombée le 15 août 2013, au premier étage d’un immeuble construit au début du XVIIe siècle, dans la chambre même où est mort, en 1778, le philosophe humaniste Voltaire. Du haut de ses 88 ans, la plaidoirie de Vergès était, comme d’habitude, tout simplement magistrale !

samedi 17 août 2013

Qui sont les ennemis du peuple ?


Le peuple aime la liberté, le peuple aime la démocratie. Par conséquent, le peuple s’attaquera à tous les ennemis de la liberté et de la démocratie.
Mais qui sont les ennemis du peuple ? Les ennemis du peuple sont à l’intérieur comme à l’extérieur. Ils tremblent actuellement, mais il faut que vous les démasquiez. Il faut que vous les combattiez jusque dans leurs trous. Les ennemis du peuple à l’intérieur, ce sont tous ceux qui se sont enrichis de manière illicite, profitant de leur situation sociale, profitant de leur situation bureaucratique. Ainsi donc, par des manoeuvres, par la magouille, par des faux documents, ils se retrouvent actionnaires dans les sociétés, ils se retrouvent en train de financer n’importe quelle entreprise.
Qui sont les ennemis du peuple ? Les ennemis du peuple, c’est encore cette fraction de labourgeoisie qui s’enrichit malhonnêtement par la fraude, par la corruption, par le pourrissement des agents de l’Etat, pour arriver à introduire dans notre pays toutes sortes de produits dont les prix sont multipliés par dix.
Qui sont les ennemis du peuple ? Les ennemis du peuple, ce sont encore les hommes politiques qui ne parcourent la campagne que lorsqu’il y a des élections. Ce sont encore ces hommes politiques qui sont convaincus qu’eux seuls, peuvent faire marcher notre pays. Or nous sommes convaincus que la population dans sa totalité représente l’ensemble des pouvoirs politiques capables de conduire ce pays.
Les ennemis du peuple sont également hors de nos frontières. C’est le néo-colonialisme, c’est l‘impérialisme.
Dans leur essence , la société néocoloniale et la société coloniale diffèrent en rien. Ainsi à l’administration coloniale on a vu se subtituer une administration néo-coloniale identique sous tous les rapports à la première. A l’armée coloniale se substitue une armée néocoloniale avec les mêmes attributs, avec les mêmes fonctions et le même rôle de gardien des intérêts de l’impérialisme et de ceux de ses alliés nationaux. A l’école coloniale se substitue une école néo-coloniale qui poursuit les mêmes buts d’aliénation des enfants de notre pays et de reproduction d’une société essentiellement au service des intérêts impérialistes, accessoirement au service des valets et alliés locaux de l’impérialisme.
Des gens de chez nous entreprirent, avec l’appui et la bénédiction de l’impérialisme, d’organiser le pillage systématique de notre pays. Des miettes de ce pillage qui leur retombent, ils se transforment petit à petit en une bourgeoisie véritablement parasitaire, ne sachant plus retenir leurs appétits voraces. Mus par leurs seuls intérêts égoistes, ils ne reculeront désormais plus devant les moyens les plus malhonnêtes, développant à grande échelle la corruption, ledétournement des deniers et de la chose publics, les trafics d’influence et laspéculation immobilière, pratiquant le favoritisme et le népotisme.
Ainsi s’expliquent toutes les richesses matérielles et financières qu’ils ont pu accumuler sur le dos du peuple travailleur. Et non contents de vivre sur les rentes fabuleuses qu’ils tirent de l’exploitation éhontée de leurs biens mal acquis, ils jouent des pieds et des mains pour s’accaparer des responsabilités politiques qui leur permettront d’utiliser l’appareil étatique au profit de leur exploitation et de leur gabegie.
Tout cela se déroule sous les yeux du peuple laborieux, courageux et honnête, mais qui croupit dans la misère la plus crasse.
La majorité des salariés, malgré le fait qu’ils sont assurés d’un revenu régulier subissent contraintes et pièges de la société de consommation du capitalisme. Tout leur salaire se voit consommé avant même qu’il n’ait été touché. Et le cercle vicieux se poursuit sans fin, sans aucune pespective de rupture…
L’impérialisme est partout. Et à travers sa culture qu’il répand, à travers ses fausses informations, il nous amène à penser comme lui, il nous amène à nous soumettre à lui, à le suivre dans toutes ses manoeuvres. De grâce, il faut que nous barrions la route à cet impérialisme. »
Thomas Sankara (Extraits des discours du 26 mars et du 2 octobre 1983)

Kadir, détenu en Turquie depuis 5 ans, a besoin de votre soutien

Porte-parole:André Métayer
Publié le 15/08/13 23:59
Bretagne—Kadir, le «Kurde breton», est un militant ordinaire de la cause kurde. Interpellé et incarcéré le 4 janvier 2008, il a été condamné 2 octobre 2009 pour appartenance supposée au PKK à une peine de prison de 11 ans et 3 mois. Il sera libérable sous conditions de bonne conduite le… 8 juin 2016. Il lui est reproché d'avoir travaillé quelques mois comme technicien à ROJ TV, la télévision kurde en exil. Kadir est bien connu en Bretagne, en particulier dans le Pays de Redon où il a résidé. Il s'était beaucoup investi dans la vie culturelle et associative bretonne. Kadir a participé, comme traducteur, au film de Régis Blanchard, «Un hiver à Istanbul», décrivant la politique d'isolement cellulaire menée par la Turquie à l'encontre des milliers de prisonniers politiques turcs et kurdes. Il s'agit précisément de cette politique dont il est aujourd'hui victime : Kadir a entamé sa 6e année de détention dans une prison de type F, c'est-à-dire dans un isolement carcéral difficile à supporter. Kadir a déposé un recours auprès de la Cour européenne des Droits de l'Homme. Continuant à militer, faisant des grèves de la faim, il se retrouve souvent au mitard.
Le moral en berne
Depuis quelques mois, les nouvelles se faisaient rares : séjours au mitard, problèmes de santé, désespoir, une grande lassitude semblait le gagner. La lettre du 23 juin envoyée à l'une de ses correspondantes n'est pas le fruit du hasard. Kadir écrit : «depuis longtemps je n'ai écrit à personne. J'ai eu des problèmes de santé et je n'ai pas récupéré tout à fait. Excusez-moi de vous avoir laissés sans nouvelles», mais, plus loin, le moral semble être revenu grâce à l'initiative du groupe Amnesty Redon qui organise du 12 au 27 septembre une exposition des dessins de Kadir à la Médiathèque de Redon : «pour l'exposition de mes dessins à la Médiathèque, je suis vraiment touché et je ne sais pas quoi dire. Mais en réalité, ni mes dessins, ni mes textes, ni moi-même, on mérite tout ça. Cela me touche vraiment beaucoup, beaucoup».
Des raisons d'espérer
Une deuxième lettre, datée du 13 juillet, confirme un Kadir quelque peu requinqué, mais sans illusion néanmoins : suite à la demande de révision déposée en 2009, le Procureur général de la Cour de Cassation vient de demander, contre toute attente, l'annulation d'une de ses condamnations qui réduirait de 30 mois sa peine de prison : «si la section concernée de la Cour de Cassation acceptait, je serais libéré en mai 2014. Je suis très surpris de l'initiative du procureur, même si c'est dans ses prérogatives, car un refus avait déjà été opposé à ma demande et toutes les voies de recours avaient échoué». Mais il ajoute, lucide, que sa demande sera probablement refusée. Kadir se demande néanmoins si l'initiative du procureur n'est pas liée à quelques actions d'organismes comme Amnesty International. Il n'y croit pas trop mais conclut quand même :
«c'est, malgré tout, une bonne nouvelle. Maintenant, ma santé s'améliore un peu mieux et j'arrive à lire, à écrire et à dessiner. J'ai repris mes activités d'atelier de la peinture aussi. Actuellement, je dessine le portrait d'Halide [sa femme]. Récemment, j'ai acheté du matériel de dessin et je dois trouver des idées pour dessiner sur le papier...».
Soutien
Kadir a besoin de se sentir soutenu, c'est une évidence, et nos efforts pour garder le contact doivent continuer. Il apparaît que les lettres et cartes postales qu'il reçoit l'aident à garder le moral. Pour continuer à soutenir Kadir, écrivez (en anglais, en turc ou en français) à :
A.Kadir DILSIZ
2 Nolu F tip C-evi Kiriklar Buca
IZMIR - TURQUIE

vendredi 16 août 2013

HOMMAGE A NOTRE AMI JACQUES VERGES : « ALGERIENS » et non « FRANÇAIS », « RESISTANTS» et non « MALFAITEURS »…. « Avocat de la terreur », « avocat du diable », ces sobriquets qui collent à sa réputation, Jacques Vergès s’en moque ostensiblement.

Par : Hassen Zenati Publié le : 16/08/13 Algérie

Jacques Vergès est intimement lié à ce pays dont il comprendra très vite le besoin impérieux d’indépendance et défendra jusqu’au bout ses plus grandes figures, dont Djamila Bouhired, qui deviendra son épouse.
Lorsqu’il débarque à Alger pour participer à la défense de militants du Front de libération nationale (FLN – le mouvement qui portait la lutte pour l’indépendance nationale) devant la justice militaire française, Jacques Vergès, devenu avocat sur le tard, à trente ans, après des études d’histoire et de lettres, n’était pas étranger à la cause algérienne.
Né colonisé d’un père réunionnais et d’une mère vietnamienne, engagé à 17 ans dans les Forces françaises libres (FFL) du général de Gaulle contre l'occupation nazie, il se retrouve tout naturellement à la fin de la Seconde Guerre mondiale au Quartier Latin à Paris parmi les animateurs du Comité des étudiants anticolonialistes. En 1950, il est même élu au congrès de Prague de l’Union internationale des étudiants – une référence du mouvement anticolonialiste. C’est l’époque des grands massacres coloniaux de la seconde moitié du XXe siècle, et l’aube de la décolonisation, qui prendra des formes très violentes notamment au Viêt Nam et en Algérie. Dans cette ambiance de fraternité d’armes, il se fait de nombreux amis parmi les militants algériens, marocains, tunisiens, asiatiques, africains de l’indépendance, dont beaucoup deviendront plus tard des dirigeants de leur pays. Quelques années plus tard, il rejoindra, sous le nom de guerre de Mansour, le Collectif des avocats du FLN, après une première expérience qu’il jugera décevante avec des collègues français communistes, socialistes et trotskistes. D’emblée, il dit « comprendre la lutte des Algériens et ne condamne pas leur violence ». Michel Debré, premier ministre très « Algérie française » du général de Gaulle dira de ce collectif de défense du FLN, qu’il « est plus dangereux qu’une division entière ».
Jacques Vergès invente le « procès de rupture » qu’il théorise au grand dam de ses collègues français qui restent, pour la plupart, dans le « procès de connivence ». « Votre style de défense ne me convient pas. Il est opportuniste, il est indigne de cette révolution-là. Ces révolutionnaires ont besoin d’avocats militants à leur côté », leur dit-il au moment de les quitter. La différence entre les deux conceptions est que dans le « procès de rupture », l’accusé récuse les valeurs au nom desquelles son accusateur prétend le juger au détriment de ses propres valeurs. Les militants algériens, qui se savaient voués à la guillotine par le tribunal militaire, se présentent ainsi comme « Algériens » et non « Français », « résistants » et non « malfaiteurs ». Ils ne sont pas « assassins », mais chargés « d’exécuter des traîtres ». Cette façon d’imposer de nouvelles règles du jeu déstabilise les adversaires de Vergès. Elle déconcerte juges, avocats et journalistes. Elle lui vaut plusieurs rappels à l’ordre et un avertissement. Elle est jugée d’autant plus dangereuse par les autorités politiques que Jacques Vergès décide d’élargir le « champ de bataille » en alertant l’opinion publique nationale et internationale. Il écrit aux faiseurs d’opinions et aux décideurs pour les prendre à témoins des tragédies qui se préparaient dans le silence et l’obscurité des prisons algériennes. Il transforme le tribunal en tribune politique. Il doit sans doute à cette « médiatisation » à outrance de ses procès avant la lettre, que sur les nombreux prisonniers qu’il a défendus, et qui ont été condamnés à mort, pas un seul n’a été exécuté.
L'acte fondateur de la carrière de Jacques Vergès, avocat de la « rupture », est la défense de Djamila Bouhired. Jeune étudiante de 22 ans, combattante du FLN, elle est capturée par l'armée française dans les rues d'Alger en 1957. Elle encourt la guillotine pour appartenance à un réseau des poseurs de bombes pendant la « Bataille d’Alger ». Blessée lors de son arrestation, elle est torturée sur son lit d’hôpital, puis livrée aux parachutistes dans des conditions révoltantes. Alerté, Jacques Vergès se précipite au cabinet du juge d’instruction qui l’interrogeait, et fait signe à sa cliente de ne pas répondre aux questions du juge. Son procès se déroule dans une « ambiance de lynchage », se souvient l’avocat, à tel point qu’il se sent obligé d’interpeller le président du tribunal en ces termes iconoclastes : « Sommes-nous dans une audience de justice, ou dans un meeting d’assassinat ? » Djamila Bouhired, devenue entre-temps l'incarnation de la lutte pour l'indépendance de l'Algérie et le visage de la Révolution aux yeux de l’opinion publique internationale, fait face à ses juges avec un courage et une dignité sans pareils. Elle assume ses actes, ne cherche pas à s’inventer des circonstances atténuantes, refuse de demander pardon. « Vous n’avez aucune preuve que j’ai déposé des bombes, mais je suis prête à en déposer, et j’approuve les attentats », annonce-t-elle au juge. Ces échanges rudes, sans concession, entre une femme qui se savait condamnée et ses juges, décidées à en faire un « exemple », résument la « stratégie de rupture » de l’avocat Vergès. Condamnée à mort, elle refusera, par principe, parce qu’un combattant n’a pas à demander pardon, de demander sa grâce au président de la République française. Elle finira cependant par être graciée par le président René Coty sous la pression internationale. C’est encore à la demande de l’Algérie que Jacques Vergès s’engage dans la défense des militants palestiniens en lutte pour le recouvrement de leurs droits déniés sur leur propre terre. Mais c’est déjà une autre histoire et un autre moment de la vie de cet infatigable défenseur du droit des colonisés, ce « guerrier des prétoires ».
« Avocat de la terreur », « avocat du diable », ces sobriquets qui collent à sa réputation, Jacques Vergès s’en moque ostensiblement. Comme il se moque de la légende d’avocat sulfureux, cultivant le mystère, que des journalistes s’attachent à écrire le concernant. « Je crois en l’homme et je me bats pour un idéal, contre l’humiliation, la torture et les atteintes à la dignité humaine », dit-il, à chaque fois que ses contradicteurs tentent de le confondre.
Source : Afrique Asie

ÉGYPTE : La révolution doit se poursuivre sans tutelle de l’armée, Ni Morsi ni l’armée ne représentent les aspirations à la liberté et à la justice sociale !

Déclaration de l’Izquierda anticapitalista (IA, Gauche anticapitaliste, section de la IVe Internationale dans l’État espagnol). Le secrétariat du Bureau exécutif de la IVe Internationale a adopté ce texte le 9 juillet 2013.
…qu’il est nécessaire que la mobilisation sociale, l’auto-organisation populaire du peuple égyptien et la construction d’un pôle démocratique, des gauches et en faveur de la justice sociale avancent pour que le révolution égyptienne ne soit pas emportée par ceux qui veulent que tout change pour que rien ne soit changé.
Précédant la chute de Morsi, les manifestations massives en Égypte ont montré le rejet croissant du projet néolibéral réactionnaire et de plus en plus autoritaire des Frères musulmans. Ces derniers n’étaient pas à l’origine de la révolution égyptienne, mais, après la chute de Moubarak, ils sont devenus la principale force politique, car ils étaient la seule organisation de l’opposition ayant une forte implantation et des racines sociales. L’action gouvernementale des Frères musulmans a clairement démontré que leur projet politique est éloigné des aspirations populaires qui ont renversé le dictateur en 2011.
Depuis les mobilisations contre Moubarak en janvier 2011, l’armée — l’institution économique et politique la plus importante du pays — n’avait qu’un seul but : garantir une « transition ordonnée » et orienter les aspirations populaires vers des sentiers inoffensifs pour les structures du pouvoir. Elle a par conséquent établi une entente initiale avec les Frères musulmans afin de conduire le processus révolutionnaire sur la voie de la modération sans changements économiques structurels. Maintenant, devant la confirmation de l’incapacité des Frères musulmans de garantir la stabilité du pays, l’armée a rompue son alliance avec Morsi.
La mobilisation populaire déchaînée contre ce dernier démontre également la forte détermination du peuple égyptien d’approfondir les aspirations à la liberté et à la justice sociale qui ont conduit à la chute de Moubarak en février 2011. Mais le résultat de cette mobilisation intense, avec la prise du contrôle par l’armée à travers un coup d’État, souligne aussi les grandes faiblesses du processus révolutionnaire. Il met en évidence, en particulier, l’absence d’un pôle politique en faveur de la justice sociale et de l’approfondissement de la révolution. C’est l’absence d’une alternative politique liée à la mobilisation populaire qui a permis à l’armée et à ses alliés de reprendre l’initiative pour tenter de canaliser l’après-Morsi dans le sens de ses intérêts.
C’est une période de grande incertitude pour le processus révolutionnaire qui s’ouvre en ce moment. La détermination et la capacité de lutte du peuple égyptien ont été démontrées, mais également la puissance des forces de sécurité et de l’armée, qui chevauchent aujourd’hui les aspirations populaires. Le peuple égyptien devra continuer de lutter pour éviter que ses désirs de changement ne soient freinés d’en haut et pour empêcher tout revirement autoritaire dirigée par l’armée et ses alliés, ainsi que pour éviter que le pays ne glisse vers une chasse aux sorcières contre les Frères musulmans ou contre toute organisation qui s’oppose au gouvernement, qu’il ne s’embourbe dans une guerre civile conduisant au chaos, ce qui pourrait, de plus, être rentabilisé par l’armée et la réaction pour imposer une volte-face autoritaire.
Pour toutes ces raisons, nous pensons qu’il est nécessaire que la mobilisation sociale, l’auto-organisation populaire du peuple égyptien et la construction d’un pôle démocratique, des gauches et en faveur de la justice sociale avancent pour que le révolution égyptienne ne soit pas emportée par ceux qui veulent que tout change pour que rien ne soit changé

jeudi 15 août 2013

BOLIVIE : Le sommet anti-impérialiste de Cochabamba….. Jean Ortiz fustige la capitulation du Gouvernement français face aux diktats de Washington.

 SOMMET INTERNATIONAL DES PEUPLES POUR LA DÉFENSE DES DROITS HUMAINS ET LA PLEINE APPLICATION DES CONVENTIONS ET TRAITÉS INTERNATIONAUX RÉGISSANT LA COEXISTENCE ENTRE LES ÉTATS,
« Le Gouvernement français vient de porter atteinte à son prestige sur deux front, le front latino-américain et le front européen, en raison de sa capitulation face aux diktats de Washington qui exigeait que (l’avion d’Evo Morales) ne fût pas autorisé à survoler l’espace aérien français », a déclaré, hier, Jean Ortiz, membre de la délégation française au Sommet. « Notre gouvernement n’a même pas poussé un cri de colère et d’indignation pour condamner l’espionnage des institutions de l’Union Européenne et des services français par l’Agence de Sécurité Nord-américaine. La supposée présence du courageux Edward Snowden (ex-analyste de la CIA) ne justifiait aucun acte de piraterie, et même si présence il y avait eu, La Bolivie est un pays souverain et l’avion présidentiel l’est également », affirme-t-il. Jean Ortiz a déclaré que la France est devenue le vassal des États-Unis alors qu’elle a un gouvernement qui se dit socialiste et il se demande ce qu’est devenu le prestige de la France. « Comme disent les indignés, ce gouvernement ne nous représente pas ». « Pardon, camarades et frères Boliviens, au nom de tous les hommes en lutte, des démocrates et des antifascistes, la France ce n’est pas cela », a dit Jean Ortiz, et il a reconnu : « la dignité, la noblesse, le courage, la forte personnalité du président Evo Morales ».

EGYPTE : Déclaration des socialistes révolutionnaires égyptiens sur les massacres du Caire…. Les socialistes révolutionnaires n’ont pas défendu un seul jour le régime de Mohamed Morsi et des Frères musulmans.

Les socialistes révolutionnaires 14 Août 2013

La dissolution sanglante du sit-in à Al-Nahda Square et Raba’a al-Adawiyya n’est rien qu’un massacre préparé à l’avance. Il vise à liquider les Frères musulmans. Mais, il est aussi le cadre d’un plan visant à liquider la révolution égyptienne et restaurer l’état militaro-policier du régime de Moubarak.
Les socialistes révolutionnaires n’ont pas défendu un seul jour le régime de Mohamed Morsi et des Frères musulmans. Nous avons toujours été dans les rangs de l’opposition à ce criminel, son régime a échoué et a trahi les objectifs de la révolution égyptienne. Il a même protégé les piliers du régime de Moubarak et de son appareil de sécurité, les forces armées et les hommes d’affaires corrompus. Nous avons fortement participé à la vague révolutionnaire du 30 Juin. Nous n’avons pas soutenu un seul jour le sit-in des Frères et leurs tentatives de retour de Morsi au pouvoir.
Mais nous devons mettre les événements d’aujourd’hui dans leur contexte, qui est l’utilisation de l’armée pour démolir des grèves ouvrières. Nous voyons également la nomination de nouveaux gouverneurs provinciaux, en grande partie issus des rangs des vestiges de l’ancien régime, de la police et des généraux de l’armée. Puis il y a la politique du gouvernement du général Abdel Fatah Al-Sissi. Il a adopté une feuille de route clairement hostile aux objectifs et aux exigences de la révolution égyptienne, qui sont la liberté, la dignité et la justice sociale.
C’est dans ce contexte que le massacre brutal de l’armée et de  la police a été commis. Il s’agit d’une répétition générale sanglante de la liqui-dation de la révolution égyptienne. Il vise à briser la volonté révolutionnaire de tous les Egyptiens qui revendiquent leurs droits,  les travailleurs, pauvres, jeunes ou révolutionnaire, en créant un état de terreur.

La réaction des Frères musulmans et des salafistes d’attaquer les chrétiens et leurs églises, est un crime sectaire qui ne sert que les forces de la contre-révolution. La sale tentative de créer une guerre civile, dont les chrétiens égyptiens seraient les  victimes, venant des Frères musulmans,  Moubarak et Al-Sisi en sont complices, qui n’ont jamais, une seule journée, défendu les coptes et leurs églises.
Nous dénonçons fermement  les massacres d’Al-Sisi et  sa sale tentative de renverser le cours de la Révolution égyptienne. Le massacre d’aujourd’hui est la première étape d’une contre-révolution. Nous sommes avec la même fermeté contre toutes les agressions envers les chrétiens d’Égypte et contre la campagne sectaire qui ne sert que les intérêts d’Al-Sissi et de son projet sanglant.
Beaucoup de ceux qui se décrivent comme  « libéraux » et « de gauche »  ont trahi la révolution égyptienne, leurs leaders ont pris part au gouvernement de Al-Sissi. Ils ont vendu le sang des martyrs afin de blanchir l’armée et la contre-révolution. Ces gens ont du sang sur les mains.
Nous, socialistes révolutionnaires, ne dévierons jamais de la voie de la révolution égyptienne. Nous ne ferons jamais de compromis sur les droits des martyrs : ceux qui sont tombés face à Moubarak, ceux qui sont tombés face au Conseil militaire, ceux qui sont tombés face au régime de Morsi, et ceux à qui revient désormais d’affronter Al-Sissi et ses chiens.
A bas le régime militaire!
Pas le retour de l’ancien régime!
Non au retour des frères!
Tout le pouvoir et la richesse à la population !

Référence de cet article : http://www.inprecor.fr/article-inprecor?id=1487