mercredi 12 octobre 2011

Vendre sa personne ou vendre son âme

allocution à Liberty Place / Occupy Wall Street (Impose Magazine) : Slavoj Zizek

Ils disent que nous sommes des perdants, mais les véritables perdants sont là-bas à Wall Street. Ils ont été sauvés avec des milliards de notre argent.
Ils nous appellent des socialistes, mais il y a toujours du socialisme pour les riches.
Ils disent que nous ne respectons pas la propriété privée, mais lors de la crise financière de 2008, plus de propriété privée durement acquise a été détruite que tout ce que nous aurions pu détruire nous mêmes en nous y consacrant jour et nuit pendant des semaines.
Ils disent que nous sommes des rêveurs. Mais les véritables rêveurs sont ceux qui pensent que les choses peuvent continuer ainsi indéfiniment. Nous ne sommes pas des rêveurs. Nous sommes en train de nous réveiller d’un rêve qui se transforme en cauchemar.
Nous ne détruisons rien. Nous ne faisons que constater comment le système se détruit lui-même.
Nous connaissons tous cette scène classique dans les dessins animés. La chat arrive au bord d’un précipice mais continue de marcher, en ignorant qu’il n’y a rien en dessous. Ce n’est que lorsqu’il regarde vers le bas, et qu’il s’en rend compte, qu’il tombe. C’est ce qui nous arrive ici. Nous disons à ces types à Wall Street : « hé, regardez en bas ! »
Au milieu du mois d’avril 2011, le gouvernement chinois a interdit à la télé, au cinéma et dans les livres toutes les histoires qui parlent d’une réalité alternative ou de voyage dans le temps. C’est bon signe pour la Chine. Ces gens rêvent encore d’alternatives, alors il faut interdire ces rêves. Ici, nous n’avons pas besoin d’une prohibition parce que le système dirigeant a réprimé même notre capacité de rêver. Regardez ces films que nous voyons tout le temps. Il vous est facile d’imaginer la fin du monde. Une astéroïde détruit toute vie sur terre et ainsi de suite. Par contre, vous n’arrivez pas à imaginer la fin du capitalisme.
Alors que faisons-nous ici ? Laissez-moi vous raconter une merveilleuse vieille blague de l’époque communiste. Un Allemand de l’Est est envoyé travailler en Sibérie. Il sait que son courrier serait ouvert par les censeurs, alors il dit à ses amis : « Mettons-nous d’accord sur un code. Si ma lettre est rédigée à l’encre bleue, ce qu’elle raconte est vraie. Si elle est rédigée à l’encre rouge, elle est fausse. » Au bout d’un mois, ses amis reçoivent leur première lettre, écrite à l’encre bleue. La lettre dit ceci : « Tout est merveilleux ici. Les magasins sont pleins de bons produits. Les cinémas passent de bons films occidentaux. Les appartements sont grands et luxueux. La seule chose qui manque ici c’est l’encre rouge. » C’est ainsi que nous vivons. Nous avons toutes les libertés que nous voulons. Mais ce qui nous manque c’est l’encre rouge : le langage pour exprimer notre non-liberté. La manière que nous avons appris à parler de la liberté – la guerre contre le terrorisme et ainsi de suite – falsifie la liberté. Et c’est cela que vous êtes en train de faire ici. Vous nous donnez à tous de l’encre rouge.
Il y a un danger. Ne tombez pas amoureux de vous-mêmes. Nous passons un bon moment ici. Mais rappelez-vous, les carnavals ne coûtent pas très cher. Ce qui compte, c’est le lendemain, lorsque nous serons tous retournés à nos vies quotidiennes. Est-ce que quelque chose aura changé ? Je ne veux pas que vous-vous souveniez de ces journées comme, vous savez, du genre « Oh, nous étions jeunes et c’était merveilleux. » Souvenez-vous que notre message essentiel est « nous avons le droit de réfléchir aux alternatives. » Si la règle est brisée, nous ne vivons pas dans le meilleur des mondes. Mais le chemin est long. Il a de véritables problèmes à résoudre. Nous savons ce que nous ne voulons pas. Mais que voulons-nous ? Quelle organisation sociale pourrait remplacer le capitalisme ? Quel genre de nouveaux dirigeants voulons-nous ?
Rappelez-vous : ce n’est pas la corruption ou la cupidité qui est le problème. C’est le système qui est le problème. C’est lui qui vous oblige à être corrompu. Méfiez-vous non seulement de vos ennemis, mais aussi de vos faux amis qui sont déjà à l’oeuvre pour diluer le processus en cours. De même qu’on vous offre du café sans caféine, de la bière sans alcool, de la crème glacée sans matière grasse, ils vont tenter de transformer ceci en une protestation inoffensive, morale. Une processus décaféiné. Mais la raison de notre présence ici est que nous en avons assez d’un monde où, pour recycler des cannettes de Coca, vous donnez quelques dollars à la charité, ou vous achetez un cappuccino à Starbucks où les 1% reversés à des enfants affamés du tiers-monde suffisent pour s’acheter une bonne conscience. Après avoir sous-traité le travail et la torture, et que nous sommes en train de sous-traiter nos vies amoureuses aux agences matrimoniales, nous avons sous-traité aussi notre engagement politique. Nous voulons le reprendre.
Nous ne sommes pas des Communistes si le communisme désigne un système qui s’est effondré en 1990. Rappelez-vous que ces communistes là sont aujourd’hui les capitalistes les plus efficaces et impitoyables. En Chine, il y a un capitalisme encore plus dynamique que votre capitalisme américain, et il n’a pas besoin de démocratie. Cela signifie que lorsque vous critiquez le capitalisme, ne cédez pas au chantage que vous seriez contre la démocratie. Le mariage entre démocratie et capitalisme est brisé Le changement est possible.
Qu’est-ce qui nous paraît possible, aujourd’hui ? Observez les médias. D’un côté, en matière de technologie et de sexualité, tout paraît possible. On peut aller sur la lune, devenir immortel grâce à la biogénétique, avoir du sexe avec n’importe qui et n’importe quoi. Mais regardez du côté de la société et de l’économie. Là, presque tout devient impossible. Vous voulez augmenter un peu les impôts pour les riches ? Ils vous répondent que c’est impossible, que nous perdrions notre compétitivité. Vous voulez plus d’argent pour la santé ? Ils répondent « impossible, cela nous entraînerait vers un état totalitaire. » Il y a quelque chose qui ne va pas dans le monde, où on nous promet l’immortalité mais où on vous interdit de dépenser plus pour la santé. Il faudrait peut-être redéfinir nos priorités. Nous ne voulons pas un meilleur niveau de vie, nous voulons une meilleure qualité de vie. Si nous sommes Communistes, c’est uniquement dans le sens que le peuple nous importe. Le peuple de la nature. Le peuple des privatisés par la propriété intellectuelle. Le peuple de la biogénétique. C’est pour cela, et uniquement pour cela, que nous devrions nous battre.
Le communisme a totalement échoué, mais les problèmes du peuple demeurent. Il nous disent que nous ne sommes pas des Américains. Mais il faut rappeler quelque chose à ces fondamentalistes conservateurs qui prétendent être les véritables Américains : qu’est-ce que Christianisme ? C’est le saint esprit. Qu’est-ce le saint esprit ? C’est une communauté égalitaire de croyants reliés par leur amour des uns pour les autres, et qui n’ont que leur liberté et leur responsabilité pour y parvenir. Dans ce sens, le saint esprit est présent ici. Et là-bas à Wall Street, ce sont des païens qui vénèrent leurs idoles blasphématoires.
Il vous suffit d’avoir de la patience. La seule chose que je crains, c’est qu’un jour nous rentrions tous chez nous pour nous réunir ensuite une fois par an, pour boire des bières et pour nous remémorer avec nostalgie « ah, quel bon moment nous avons passé là-bas ». Promettez-vous que ça ne sera pas le cas. Nous savons que souvent les gens désirent quelque chose sans vraiment le vouloir. N’ayez pas peur de vraiment vouloir ce que vous désirez.
Merci beaucoup.
Slavoj Žižek
SOURCE : http://www.imposemagazine.com/bytes/slavoj-zizek-at-occupy-w... 
URL de cet article 14832 http://www.legrandsoir.info/slavoj-zizek-allocution-a-liberty-place-occupy-wall-street-impose-mag

L’art de la guerre : Que le colonialisme était beau - A Rome on a ignoré le centenaire de l’occupation coloniale italienne de la Libye. En revanche il a été célébré le 8 octobre à Tripoli,…

Mercredi 12 octobre 2011
A Rome, on a ignoré le centenaire de l’occupation coloniale italienne de la Libye. En revanche il a été célébré le 8 octobre à Tripoli, par le président du Cnt Mustapha Abdel Jalil et par le ministre de la défense Ignazio La Russa (ex dirigeant néofasciste, à présent un des dirigeants du parti du gouvernement présidé par S. Berlusconi, NdT).
L’ère du colonialisme italien, a déclaré Jalil, a été pour la Libye « une ère de développement ». En effet, « le colonialisme italien apporta des routes et des édifices très beaux aujourd’hui encore à Tripoli, Derna et Benghazi ; il apporta le développement agricole, des lois justes et des procès justes : tout cela, les Libyens le savent très bien ». « Relecture historique » hautement appréciée par le ministre La Russa : « L’histoire coloniale européenne, nous la connaissons bien, y compris avec ses ombres, mais l’Italie a laissé derrière elle un signe d’amitié ». Il s’agit, à ce point, de réécrire nos livres d’histoire.

Si en 1911 l’Italie occupa la Libye avec un corps expéditionnaire de 100mille hommes, elle le fit non pas avec des objectifs expansionnistes mais parce que, en tant que nation civilisée, elle voulait ouvrir au pays africain « une ère de développement ».Si, peu après le débarquement, l’armée italienne fusilla et pendit 5mille Libyens et en déporta des milliers, en étouffant dans le sang la première révolte populaire, elle le fit pour appliquer « des lois justes ». Pour imposer la légalité, et non pas pour écraser la résistance libyenne, la moitié de la population de Cyrénaïque, 100mille personnes environ, fut déportée en 1930 dans une quinzaine de camps de concentration, tandis que l’aviation italienne bombardait les villages restants avec des armes chimiques, et que la région était enfermée avec un barrage de barbelés long de 270 Kms.

Et quand le chef de la résistance, Omar Al Mukhtar, fut capturé en 1931, il fut soumis à un « procès juste » : la condamnation à la pendaison fut donc légitime. Selon Jalil, « les routes et les très beaux édifices » furent construits par l’Italie fasciste non pas pour la colonisation démographique de la Libye, mais pour que les Libyens vivent mieux. Et si les terres les plus fertiles, environ 900mille hectares, furent confisquées par les autorités coloniales, en reléguant les populations dans des terres arides, on ne le fit pas pour les donner aux colons italiens, mais pour « le développement agricole » de la Libye.
« Kadhafi par contre a été à l’exact opposé, il n’a apporté aucun développement, il n’a pas utilisé les richesses de la Libye pour son peuple », conclut Jalil, en ignorant qu’il a lui-même fait partie du gouvernement à qui il attribue la faute d’avoir bloqué le « développement » apporté par le colonialisme italien en Libye.
En ignorant que, selon les données de la Banque mondiale même, la Libye, avant d’être attaquée par l’OTAN, avait atteint « des indicateurs élevés de développement humain », avec une croissance annuelle moyenne du PIB de 7,5%, un revenu par habitant moyen-haut, un accès à 100% à l’instruction de niveau primaire, à 98% en secondaire, et à 46% à l’université. Mais, selon Jalil, on vivait mieux avant, quand la Libye était sous le colonialisme italien, et quand succéda à celui-ci, avec le roi Idris, la domination néocoloniale britannique et étasunienne. Le message politique est clair : le gouvernement qu’il préside assurera à la Libye une « nouvelle ère de développement ».
Comme celle que célébra Mussolini en 1937 quand, sur son cheval blanc du haut d’une dune, il leva vers le ciel l’épée à la garde d’or, en se proclamant « protecteur de l’Islam ». Un souvenir qui émeut La Russa aux larmes.
par Manlio Dinucci
envoi Marie Ange Patrizio
Edition de mardi 11 octobre 2011 de il manifesto
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio  

mardi 11 octobre 2011

Amalgame entre terrorisme et combat des peuples

Parce que vous avez violé nos lois ancestrales, nos insurrections et notre révolution de 54 étaient pour nous le plus sacré et le plus indispensable des devoirs.

J’ai lu avec grand intérêt l’article de la correspondante d’El Watan relatif à l’organisation du Congrès international des victimes du terrorisme (CIVT). C’est une initiative louable à plus d’un titre.
Cependant, car il y a toujours un de ces adverbes qui ponctuent ce genre de sujet, ma stupéfaction était d’autant plus grande quand j’ai parcouru l’interview de Guillaume Denoix de Saint-Marc, D.G. de l’AFVT (Association française des victimes du terrorisme). A travers cet entretien, M. Denoix de Saint-Marc se penche beaucoup plus sur les victimes et non sur les causes. En partant du principe qui veut que la victime soit le résultat d’une cause (une action qui entraîne une réaction), nous pouvons déduire, par exemple, que le nombre de morts dans les enfumages du Dahra et de l’Ouarsenis n’ont pas été victimes du typhus ni du choléra, ils ont été les victimes d’un Pélissier, d’un Saint-Arnaud et autres Cavaignac.
Cette contribution donne à réfléchir sur les tenants et les aboutissants de la politique des pays, qu’on dit développés, à l’égard des pays du tiers-monde qu’on a pris l’habitude de prendre pour des demeurés. M. Denoix de Saint-Marc ne s’intéresse pas aux causes, mais aux victimes du terrorisme. C’est donc son droit le plus absolu, mais de notre part, n’en lui déplaise, nous nous intéressons plutôt aux causes qui ont fait des centaines et des centaines de milliers de victimes à travers le monde et particulièrement chez nous.
Quelle a été la cause des centaines de morts par enfumage dans les monts du Dahra ainsi que ceux du colonel de Saint-Arnaud qui s’est rendu tristement célèbre après les enfumages dans des grottes où s’est réfugiée toute une population de l’Ouarsenis. Il y eut plus de 500 morts. Comment peut-on qualifier ce massacre, sinon comme une extermination d’un peuple, un génocide qui est connu maintenant sous le vocable « crime contre l’humanité ». Dans un rapport adressé à Bugeaud, alors nouveau gouverneur général d’Algérie ayant remplacé le Maréchal Valée, Saint-Arnaud se vanta d’avoir réalisé le crime parfait, expéditif. Dans une correspondance datée du 18 janvier 1844, il avait révélé qu’« il ne faisait qu’exécuter avec zèle et détermination les ordres reçus de ses chefs hiérarchiques ». « Je ne laisserais pas un seul Arabe debout dans les montagnes et les plaines, ni une tête sur les épaules de ses misérables Arabes... Ce sont les ordres que j’ai reçus du général Changarnier, ils seront ponctuellement exécutés. Je brûlerais tout, je les brûlerais tous. »
Pélissier fut responsable du massacre collectif de la tribu des Ouled Rieh le 19 juin 1845, au cours duquel plus de 1000 personnes (hommes, femmes, enfants et vieillards) ont été asphyxiées dans les grottes Frachich dans le Dahra.
Piochons encore et encore pour nous remémorer le génocide commis dans la tribu des Hadjout, à l’issue duquel le responsable militaire a eu l’horrible idée de recenser le nombre de victimes en exigeant de ses hommes de troupe de ramener autant de paires d’oreilles.
Souvenez-vous des causes ayant endeuillé des familles entières dans les révoltes des Ouled Sidi Cheikh, particulièrement durant la bataille de Makouda du 17 avril 1871, où les résistants firent face à un rouleau compresseur, une importante armada qui fit plus de 200 morts. Je ne m’étalerai pas sur le sujet, dont plusieurs écrits ne pourront jamais décrire l’horreur commise dans les nombreuses batailles qui ont fait des milliers de victimes du terrorisme de la France coloniale, car cette France n’a jamais été celle des Montesquieu, Pasteur, Voltaire, Ravel ou Saint- Saëns. Je citerai, pour la mémoire collective, la révolte de Aïn Torki (Miliana) racontée dans le livre de Laïdi Flici Vous souvenez-vous de Marguerite, qui rapportait, dans les détails et avec une vive émotion, le massacre commis à l’actuelle Aïn Torki (Miliana) suivi de dommages collatéraux.
A Théniet El Had (wilaya de Tissemsilt) 80 jeunes des Beni Hayane ont été assassinés par le chef du Bureau arabe de Théniet El Had, le sanguinaire commandant Marguerite. Ils ont été enterrés dans une fosse commune, à l’intérieur de la caserne dont ils avaient participé à sa construction (1).Pour écraser les révoltes des tribus (400 tentes) du sud-ouest de Aïn Toukria (actuellement Khemisti), l’armée coloniale n’a pas lésiné sur les moyens humains et matériels pour venir à bout des révoltés. Au mois de septembre 1845, le lieutenant-colonel Laforêt a pris la décision de marcher, à partir de la forteresse de Théniet El Had, sur les révoltés de Aïn Toukria commandés par un certain Ben Benghriaoua dans l’intention de les anéantir (2).
On dénombra un grand nombre de tués dans les rangs des indigènes. Laforêt a été « sévèrement sanctionné » par le Maréchal Duc D’Isly (Bugeaud) en lui faisant une... remontrance (excusez du peu). L’affaire de Aïn Toukria fut vite oubliée alors qu’un massacre venait d’être commis. Comme l’a écrit Bugeaud : « ... Peut-on courir partout à la fois ? Peut-on parer à tous les coups d’aiguillon ? Peut-on mettre 100 000 hommes à la poursuite de l’Emir Abdelkader ? Evidemment non ! Mais on peut poursuivre et atteindre les populations qui lui fournissent des cavaliers et des ressources... Une guerre de cette nature ne peut se terminer que par une action incessante de toutes nos colonnes et, disons-le, car il faut que la nation le sache, en ruinant les Arabes... » (3)
Les causes et les victimes, puisque vous vous intéressez beaucoup plus à ces dernières qu’à leurs causes, Monsieur, vous en aurez à profusion. Je citerai pour cela les premières qui me viennent à l’esprit : la résistance des Beni Chougrane (1914), des Aurès (30 mai 1879) 562 massacrés à l’arme blanche, du cheikh Amoud (16 février 1881), du Djurdjura (1842/1847), l’insurrection des spahis et d’El Keblouti (1871), de cheikh Bouaâmama (1881/1908) où des pertes humaines furent parmi les conséquences les plus notables de la révolte. Plus vous ruinez et persécutez un peuple, plus vous développez en lui la culture de la révolte, le rejet de l’assujettissement.
Plus près dans le temps chez nous, vous semblez adopter la politique de l’autruche qui fait que « je n’ai rien vu, je n’ai rien entendu et je n’ai rien dit », en passant l’éponge sur les moyens qui ont été utilisés par les colons et les militaires français en commettant le massacre de 45 000 Algériens lors de la manifestation pacifique du 8 Mai 45, dont certains ont été balancés du haut des falaises de Kherata. Je vous rappelle pour votre gouverne les opérations militaires du plan Challe au nombre de 16, dont notamment l’opération Courroie, véritable rouleau compresseur qui a tenté d’écraser d’ouest en est les Wilayas V, IV et III.
Guillaume Denoix de Saint-Marc n’y a-t-il pas une sélection entre les victimes du terrorisme ? La réalité de l’heure nous force à opter pour l’affirmatif, sinon pourquoi alors taire les récents massacres commis par Israël à Ghaza, les morts de Sarajevo, du Kosovo, des victimes de l’OTAN en Lybie, de Tchétchénie, etc. Pourquoi ne pas dire un mot sur le curieux ticket aller sans retour des Américains vers l’Afghanistan qu’est le 11 Septembre (dixit Eric Laurent et Thierry Meyssen).
Manifestement, vous semblez sinon éclipser du moins adopter une fuite en avant devant les causes qui vous poursuivent et vous poursuivront comme l’œil de Caïn, causes qui ont été à l’origine de milliers d’Algériens victimes des généraux et maréchaux français du début du IXe siècle et leurs rejetons, tels Le Pen, Godard, Massu et son Bigeard de colonel. Le comble de l’ironie, c’est que vous êtes en train de défendre l’âme des victimes massacrées de vos propres mains en criant au scandale. Comme dit un proverbe bien de chez nous : « Après m’avoir frappé, il pleura et m’a devancé pour se plaindre. » (Drabni oua bka, fatni oua echteka).
Vous voulez mettre toutes ces innocentes et nombreuses victimes du terrorisme colonial sur un plateau et crier comme des vierges effarouchées en mettant sur l’autre une victime, et une seule, du Casino de la Pointe Pescade. Mais Bon Dieu, c’est vous qui étiez les indésirables un matin du 19 juin 1830, et c’est tout à notre honneur de nous être révoltés. La répression a été telle, qu’après ces massacres, la population a subi des dommages collatéraux très importants (destruction de maisons et de douars en entier, incendie de leurs biens et jugements de nombre d’entre eux par les cours martiales et leur condamnation à de lourdes peines, notamment aux travaux forcés et de déportation.
Les SAS (Section administrative spécialisée) ont été la réplique d’un fort séisme ressenti douloureusement par les Algériens lors du débarquement à Sidi Fredj. Les SAS ont par la suite tenté de briser la personnalité algérienne, détruisant le tissu social, les fondements de la personnalité nationale, éradiquer les repères ancestraux, séculariser le peuple, ou à la limite, l’éloigner de sa religion et de ses références et valeurs historiques. Mais notre peuple était aguerri dans les combats, avait appris aussi bien à lancer les défis qu’à repousser les offensives. A la différence des défenseurs zélés de l’Algérie française, notre peuple avait un idéal pour lequel il aimait mourir.
Vous accusez pour cela le FLN comme étant une organisation criminelle. A travers cette logique qui vous est très chère, nous déduisons, par extrapolation, à tort d’ailleurs, que le FLN de Larbi Ben M’hidi et Amirouche au même titre que le Front national de Jean Moulin ou de l’ANC de Mandela, ces trois partis étaient donc des nids de criminels !!! Et toujours par déduction que l’innocent français a été traumatisé par le FLN où le gentil petit schleu était une victime des méchants du FFL ou alors les tenants de la politique d’apartheid ont été empêchés de dormir tranquillement par les Bantous en révolte ? Dans l’ordre politique, un peuple se soulève quand il est victime des maux physiques qu’on lui fait subir.
Les souffrances morales lui font faire la révolution. Nous nous sommes révoltés parce que nous avons une conscience révolutionnaire cultivée (dixit général Massu Le torrent et la digue). Parce que vous avez violé nos lois ancestrales, nos insurrections et notre révolution de 54 étaient pour nous le plus sacré et le plus indispensable des devoirs. Votre association fait dans l’amalgame entre terrorisme et combat d’un peuple qui s’est révolté pour s’autodéterminer et être libre du joug colonial. Un tel peuple, valeureux, à plus d’un titre, qui a donné 1 500 000 chahids, est-il un terroriste ?
Nous tirons tout notre honneur et notre fierté en ayant appartenu au FLN/ALN qui nous a collé notre ex-libris qui veut que tout peuple opprimé aspire à son droit de disposer de lui-même et à recouvrer sa liberté par la voix des urnes sinon en faisant parler les armes quand cela fut nécessaire. Vous appelez ce dernier moyen « terrorisme ». Il a raison l’auteur du site de la LDH française, quand il se pose la question de savoir, si l’AFVT va-t-elle condamner au sein de l’OCIVT l’utilisation des bombes à fragmentation et au phosphore utilisées au Vietnam et à Ghaza ? Va-t-elle inviter les familles des victimes de l’attentat commis par l’OAS au port d’Alger ou à la rue de Thèbes ?
Nous avons été assez dupes un certain temps pour croire, dur comme fer, le transfert de la technologie du Nord vers le Sud comme l’a été l’usurpation par le Nord de ce savoir pendant le rayonnement de Grenade et après sa déliquescence. Si la bonne intention a peut-être germé dans les esprits malintentionnés d’outre-Méditerranée, ils ont tenté en premier lieu de nous vendre en concomitances avec ce vaporeux transfert l’idée qu’une de leurs victimes est égale à autant de nos morts. Alors permettez-moi de vous dire que nous doutons à plus d’un titre sur la neutralité de votre association ni celle du Congrès dont la rhétorique n’est pas leur fort. Si vous continuez à vous prendre au sérieux en continuant sur cette lancée, la psychiatrie lourde sera vivement conseillée au tenant d’une telle idée qui veut que quand l’Occident entreprend, tout le monde est forcé de taper des mains, et quand l’occupé fait, il tombe sous le coup de l’action terroriste.
Nonobstant, nous continuerons à nous intéresser mordicus aux causes pour concrétiser notre grand espoir d’arrêter les bains de sang partout dans le monde. Nous vous remercions d’avoir tiré sur vos pieds, c’est une occasion pour nous de dire ce qu’on a sur le cœur.
Renvois :
1- Xavier Yakono - La colonisation dans la plaine du Cheliff
2 - Rapport relatif à cette affaire adressé par le Maréchal duc D’Isly à Soult alors ministre de la Guerre.
3- Écrit de Bugeaud au ministre de la Guerre le 24 novembre 1849 (Citée par le colonnel Churchill dans : La vie d’Abdelkader (SNED 1970).
8 octobre 2011 - El Watan

lundi 10 octobre 2011

Un lion, une fourmi et un coq dans un gouffre politique animal


Dans la vie nous devons avoir un peu d’humour ! La Béotie dans son « Discours de la servitude volontaire » nous dit : Le maître n’a rien de plus que le dernier habitant de nos villes. Cette phrase est une tisane efficace qui calme l’arrogance des leaders de tous les temps.
Le concept de dignité est propre à chacun, celui de la Nation est collectif. Il ne varie pas avec les occasions, les événements politiques et économiques. Son index ne fluctue pas comme celui du pétrole à la bourse de Wall Street. Un crime contre l’Humanité ne s’efface pas de l’histoire par un pardon semblable au chiffon. L’arrogance et le complexe de supériorité ignorent souvent le pardon, la modestie et l’honneur reconnaissent toujours son existence. La poignée de dollars que vous attendez de la main droite cache la main gauche qui étrangle votre honneur. Nous vivons le 21e siècle. L’âge de la communication de masses et de l’éducation globale. Une éducation à distance où le maître est une ombre cachée derrière un écran. Une communication de groupes qui ont, en commun, un satellite et des pseudonymes. Ce monde est dangereux car il est virtuel. Un monde fou qui se rencontre et se recherche sur internet. Ce monde fait rêver nos jeunes et brille un eldorado d’espoir inconnu. Un monde où tout le monde est à la prospection d’une vie facile et sans effort. La morale de comment mener sa vie est devenue trop rudimentaire.
Les idées froides dans des têtes congelées et les cerveaux chaotiques et obsolètes, ne sont plus acceptées, aujourd’hui. Une idée désirée, un souhait attendu, un hommage demandé, un pardon voulu dans une historie faussée, circulent dans les fibres optiques et chauffent les communiqués inutiles. Une télévision aux couleurs fanées n’attire plus les regards égarés. La fenêtre d’une nation s’est transformée en télé babélique. Le monde nous regarde à travers cette petite fenêtre. Faisons très attention aux mauvais yeux qui nous observent. Les autres fenêtres sont ouvertes sur notre nation et les rayons de lumière qui nous arrivent, difractent nos couleurs. Nous avons des compétences capables. Elles peuvent capturer les yeux perdus de ce monde. Les couleurs agréables et le son bien rythmé, en stéréo, adoucissent les mœurs et construisent des ponts de fraternité dans le monde. Vous êtes ce que l’image animée en fait de vous. Certains pays sont des stations d’images animées, ni plus ni moins.
L‘enseignement des bonnes conduites se faisait à l’école, sur la base de livres bien rédigés. Les auteurs étaient de vrais maîtres et les élèves de vrais disciples. Le printemps n’était pas un automne. Les fleurs avaient du charme dans nos jardins. Leur enchantement existait. Leur odeur était appréciée, même dans un vase mal équilibré sous une tente d’un nomade dans un pâturage, non loin de mon village. La cigale ne chantait jamais en hiver. Le hibou était très heureux à côté de sa femme qui était toujours chouette. Le bœuf était toujours un malheureux insatisfait et un mécontent notable à côté de sa femme qui était souvent vache. Le lion était un roi dans son monde animal et le renard un malin qui jouait des coups bas aux ânes et aux mulets. Le monde animal avait un sens. Le monde des humains apprenait la morale de ce monde très identique.
Comme notre monde, le monde animal a aussi changé, nous dit un renard très expérimenté dans la ruse financière. Pour nous démonter sa thèse, il demanda au lion s’il était narcisse, le lion lui répond d’une manière très démocrate et sans rancune : le narcissisme animal n’est pas encore connu. Il est lié au pouvoir, à l’argent, au plaisir, au désir et à l’amour de soi-même. Il ne diffère pas trop du narcissisme des humains.
C’est le monde animal qui nous guide. C’est le monde animal qui nous dicte comment se comporter. Les gens d’Hollywood nous donnent bien des films de science-fiction très proche de la réalité. Une réalité aux couleurs exaltantes qui inspirent nos regards.
Dès les premiers jours de notre vie, nos parents, nos voisins, nos maîtres d’école et nos professeurs à l’université, nous apprenaient comment se tenir dans notre vie quotidienne. Ils nous ont toujours répété : la vie est un challenge ! Il faut être raisonnable ; éviter de réagir comme des bêtes féroces. Soyez des gens de bonne souche pour bien comprendre la mécanique de ce monde. Aujourd’hui si vous prenez sérieusement ce conseil votre vie deviendra un gouffre. Dans ce gouffre tous les gens normaux se rencontrent pour causer sérieux dans un monde pas trop sincère. Une fois dans le gouffre, on vous dit : lorsque vous prétendez tout savoir vous finissez dans la case des sots. Votre esprit devient obtus et voit votre horizon sous un angle étroit.
De la même manière on vous affirme : entre un hiver trop rigoureux et un été étouffant, il ne faut pas toujours attendre un printemps agréable. Les choses ne changent pas par les souhaits et les désirs. Elles changent par les initiatives et les actes, pris au bon moment. Les aiguilles de votre montre ne tournent jamais vers la gauche.
Au loin de ce précipice, les gens pensent que la vie est un équilibre. La déviation ou le départ de cet état d’équilibre n’est pas fatal dans votre vie, il dépend de votre violenté. Le ciel ne fait pas tomber les miracles, la société les fabrique à bonne volonté.
Certains pensent que je plaisante. Je ne plaisante pas mais je décris des images réelles de la vie moderne. Ecoutez-moi… je vous raconte.
Le lion de l’Atlas était magrébin un jour. Au zoo de Washington ce lion vit comme un clown dans une cage semblable aux cellules de Guantánamo. Dans une terre qui n’est pas la sienne, ce roi est pris pour un démon. Il partage sa cage avec un coq venu de France. Par intérêt ou obligation d’une vie compliquée, ces deux créatures, de rangs différents, sont devenues amies. Ils parlent le même langage et partagent une partie de l’histoire. Une histoire dont les archives cachent la réalité de nos jours. Ici, dans le nouveau monde, ils partagent un coin dans le zoo et gèrent la vie comme tous les politiciens en fonction des nuages et des volcans.
Le lion restera lion même s’il cohabite avec un coq, pense un vieux tigre d’Amérique du Sud. Ce tigre a une ligne de conduite claire. Il le dit tout haut. Il n’y a que deux concepts dans la société animale moderne : les vendus et les invendables. Le lion est modeste, il parle a son ami le coq et lui confie des secrets de bonne gouvernance : celui qui connaît ses limites mérite le respect. Quand l’arrogance dépasse les limites, elle devient une haine sans limite. Elle détruit les nations animales et image le ridicule des bestiaux. Nous vivons dans ce lieu très différent de notre Afrique. Vous les Français, vous nous comprenez très bien car vous n’êtes pas trop loin de ma tanière. Vous avez même occupé illégalement ce lieu avant d’être chassés par nos léopards. Vos animaux féroces, commandés par une vieille sauterelle, ont saccagé nos champs et brûlé nos forêts. Ils ont dévoré nos richesses et détruit l’ordre de chez nous. Ils ont écrasé nos temples, ravagé nos écoles et démonté nos esprits. Ils ont brûlé nos vieillards aux feux de napalm et bombardé nos enfants aux noyaux nucléaires. Si mes animaux sont dans cet état aujourd’hui, la faute incombe à cette sauterelle et ses bataillons venus de tous bords.
« Bien sûr mon Seigneur le lion, répond le coq, vous avez raison mais la raison ne suffit pas dans notre monde. Écoutez-moi bien, je vais vous raconter quelques histoires contemporaines bien amusantes. Ces histoires vont vous faire oublier les souffrances de votre passé.
Voici comment se déroule ma vie dans la capitale des âneries de lumière. Je sors de chez moi, boulevard de la Grande Armée, sans oublier mon passeport diélectrique, pour rencontrer les autres, voir dans leurs yeux, leur âme, sentir les odeurs, m’extasier devant notre mère nature. Je me promène un moment au jardin du Luxembourg. Dans cette prairie très agréable, je rencontre quelques brebis galeuses venues de notre ancien Outremer. Nous discutons. Nous critiquons les chacals d’ailleurs. Vos brebis sont devenues des amies. Elles échangent les bonnes idées avec nos loups et nos chacals. Elles ne veulent plus des moutons de Panurge qui vivent dans votre royaume. Elles veulent une démocratie. Elles préfèrent une tête haute dans les nues semblable à la nôtre. Ici, elles se sentent parfaitement libres et non concernées par ce qui pourrait leur être reproché, là-bas chez vous.
Les temps ont changé mon Seigneur ! Le monde animal chez nous en Europe vit le 21e siècle. Si un âne s’éternue en France le monde animal d’Afrique crie à ses souhaits. Un hippopotame à ventre pendant, habitant la tour de Montparnasse, fait trembler les lapins et les lézards dans votre empire. Une rumeur via email d’une vieille grenouille habitant un trou au quartier latin, rue de la Huchette, trouble les étangs de chez vous. Elle peut même les transformer en mare au diable à la George Sand la baronne. Des aboiements de quelques chiens des terrasses de l’hôtel Mariotte aux Champs Elysées, font grand écho chez vous. Ils calment les boucs et excitent les dauphins. Une démarche légère d’une gazelle au faubourg Saint-Denis ou à Pigalle oblige vos dobermans de remplacer leurs cravates de rigueur par des bavettes de bébés bien attachées au cou. En plus bref « l’esclave moderne commence par la servitude volontaire ».
Je suis un coq qui fait du bon travail en politique… Je suis expert en diplomatie et je sais comment serrer les mains avec une grande hypocrisie napoléonienne. Je salue tout le monde et tout le monde m’estime et adore ma longue aile de droite. Je n’ai pas une crinière qui pend sur mon cou. J’ai une crête rouge comme le sang et un bec de rancune trop pointu, aiguisé au racisme. Mon cou est déplumé et les idées me glissent sur la tête. Mes idées survolent là-bas chez vous. Mes yeux verts m’introduisent partout. Je suis très connu chez vous et vos voisins me respectent comme toujours. Ici dans ce nouveau monde les aigles fascistes adorent mon américain mélangé au patois de Bretagne. Une fois dans mon appartement, je retourne dans le monde virtuel (je travaille aussi sur mon ordinateur comme tous les animaux modernes). Le « facebook » et les blogs sont une manière de communication chez nous pour semer la pagaille et les hurlements chez vous…. Navigant sur le Net, j’apprends qu’un hibou de chez vous, profitant de sa double nationalité, fut nommé pigeon voyageur dans votre forêt vierge. La double nationalité de certains animaux de chez vous a une grande dialectique chez nous. Ces animaux doubles peuvent être une chèvre ou un loup selon les circonstances et l’état des vents. En consultant le facebook, j’ai été très ému par mon comportement bizarre. J’ai lu où on disait : d’après les médias, la colombe allemande se sent toujours un peu « agressée » dans sa personnalité, lorsque le coq lui tapote les ailes ou lui donne une bise à coups de bec bien aigu. Elle n’aime pas les manières familières de ce coq, mais face à la basse-cour, elle s’efforce de ne pas montrer son désœuvrement. Elle perçoit dans le comportement de ce coq une grande indélicatesse, un défaut grossier de savoir-vivre. Elle ne veut plus voir ce coq turbulent battant ses ailes déplumées dans tous les shows du cirque international. Elle dit clairement devant les dindons et les vautours « se toucher ne fait pas partie de la culture allemande ». Vouez ! Mon seigneur les medias me ridiculisent …en démocratie nous acceptons les critiques même si elles viennent d’un barbon chez vous. Sans vous mentir… Je suis fier d’avoir Sa Majesté comme ami. Chez nous en France, les coqs n’ont pas l’habitude de rencontrer un seigneur aussi humble et modeste comme vous.
Le lion se souvient de tout et n’a pas la mémoire courte. Il note tout sur son calepin et relit ses notes tous les soirs. Un jour, son ami lui a parlé de l’oiseau du paradis. L’oiseau de paradis est originaire de l’Afrique du Sud. Il vit au bord des cours d’eau. Le coq ne parlait pas du héron qui guettait madame la carpe dans un cours d’eau limpide en France. L’oiseau de paradis est un parfum. Un parfum trop cher pour les animaux d’Afrique qui travaillent sérieusement et se douchent au goutte-à-goutte de leur sueur qui coule de leurs fronts.
Une bouteille de 100 cc coûte plus de 9.000 DA. Il faut travailler un mois tout entier en tant qu’animal de besogne pour se permettre 100 cc de ce parfum. Entre le parfum provocant et l’eau limpide où Madame la carpe fait ses voyages, les imaginations de nos jeunes lionceaux besogneux errent et planent.
Le coq n’est pas trop bête, il utilise sa « cabeza », tête espagnole, et renvoie la balle dans le camp économique de mon seigneur « entre l’hiver et l’été ce n’est pas toujours un printemps ». Regardons bien autour de nous. Ne mélangeons pas les torchons et les serviettes ». Ceux qui ne se fatiguent pas trop dans la vie sentent le parfum et sont nommés serviettes. Ceux qui sentent la sueur après un mois de sale besogne sont simplement des torchons. Dans cette « conversaciona solas », une conversation en tête-à-tête à l’espagnole, le lion ne trouvant rien à faire, il entend son ami coq parler d’un autre parfum…Le seigneur est intelligent, il entend mais n’écoute pas. Cette fois-ci notre coq parle de la passion.
La fleur de la passion est un beau parfum de marque Yves Saint Laurent. Ce parfum coûte 4.000 DA. Le coq français voyage dans son passé et s’exclame « Ives Saint Laurent vivait non loin de chez vous ». Il vivait à Oran. Oran la coquette, Oran la joyeuse. Majesté ! Connaissez-vous Oran ?
Et comment ! Répond mon seigneur le lion. Je suis de l’Atlas. Un de mes enfants vivait non loin de cette ville. Il vivait dans une montagne, la montagne du lion. « Djbel Esbaa ». Sa Majesté continue… J’ai un autre fils qui s’appelle « ahara ». Ahara veut dire lion en chaoui. Il vivait en famille dans un village des « aharas », les lions. Ce coin s’appelle aujourd’hui, Souk Ahras pour certains et peut-être Aris ou Aharis pour votre sauterelle. Envoyez un email à madame la sauterelle. Elle va vous raconter comment elle a mal appris la leçon de bataille dans ce coin. Cette bataille était plus dure que la bataille du Djurjura ou de l’Ouarsenis. Sa mère s’appelle Tihert. C’était une lionne féroce. Vos animaux reconnaissent sa bravoure. Demandez à votre frère Trézel, il vous raconte en détail son histoire. Vos archives sont peut-être, un peu timides, elles cachent la honte et le déshonneur chez vous.
Ne contrôlant pas sa joie le coq dépasse ses limites de coquerie. Il ose dire à son seigneur « si vous utilisez un minimum de votre cerveau, vous pigeriez ». Comme roi et maître de notre monde animal, vous êtes qu’un pauvre malheureux pour ne pas dire un naïf ! En parlant des parfums de ces bêtes, je voulais insinuer la région dans laquelle ces parfums se trouvent. L’Afrique du Sud n’est pas loin de chez vous…et l’oiseau de paradis pousse chez vous. Il coûte plus cher que le baril de votre énergie.
Vos animaux responsables de l’énergie échangent un baril d’énergie contre un petit flacon de ce parfum. Les animaux de chez nous fabriquent les idées, ces idées se vendent très chères dans le monde animal de chez vous.
Réalisant l’erreur très grave et son manque de respect, il dit : Je m’excuse mon seigneur, je voulais dire vos conseillers sont un peu maladroits. Les animaux de conseil qui vous sont très proches, ne vous disent pas la réalité de votre royaume. Ce royaume est plein de trésors. Vous n’avez que faire d’un pardon de démagogie gratuite qui vous cause des problèmes.
Une fourmi passagère entendit la conversation de nos deux créatures. Elle tomba par simple hasard au plus beau de ce tapage. Elle s’étonna de l’audace de cet oiseau mal débarqué.
Elle se dit en elle-même : Etre coq aux yeux verts ne suffit pas pour être un défendeur des droits de l’animal. Je l’ai bien entendu et je ne suis pas sourde. Sa langue vicieuse et fourchue détruit l’ordre dans notre monde animal. Je suis très fâchée et je traduis ma colère. Le respect, dans notre monde, ne se mesure pas par la force des muscles, des dents, des cornes, des griffes, des becs et des pattes. Pauvre fourmi ! Je me souviendrai de cette ironie durant toute ma vie. Une vie qui n’est longue que de quinze ans !
Moi fourmi que je suis, avec ma taille de mannequin minuscule, j’ai pu conquérir le cœur de Sa Majesté le roi Salomon. Ce coq « arriviste » connaît bien l’empire de ce seigneur redoutable. A coup sûr, il pratique sa prière et suit ses paroles. Le roi Salomon s’est inspiré de mes idées et a bien respecté mon principe. Salomon a pris au sérieux ce que je disais. Pour me faire plaisir, il sourit et ordonna à son armée de quitter mon territoire.
Elle continue à voix très basse : je vais utiliser mon expertise dans le domaine juridique pour amener ce coq à la cour internationale. La cour est une haie où la loi animale se clôture ou se couture. Il ne faut pas laisser ce monde dans le désordre. Ce coq doit être jugé pour les actes criminels que ses grands pères ont commis. Il doit s’excuser et payer tous les dégâts de ses féroces. Si non, je vais le rôtir et l’avoir comme repas.
Dans le domaine de la dignité surtout, il ne peut y avoir une clémence intégrale. Les animaux qui s’occupent de la loi sont un peu pris par le désordre mondial et la crise financière qui déséquilibre le monde. Ils oublient ce qui se passe dans la forêt. La corruption fait ravage, les vautours jouent des sales tours dans la jungle animale.
J’ai passé la moitié ma vie à supporter toutes les menteries impensables, toutes les histoires créées de toutes pièces, toutes les extravagances des coqs avec leurs fins ignobles…au sujet de la loi et de son application… mais cette fois-ci, je ne ferme pas les yeux. L’amour propre de mes grands pères est touché… Justice sera établie est notre coq ne sera pas gai dans son poulailler gaulois. Il ne va plus avoir le courage de chanter des cocoricos marseillais sur mon toit une deuxième fois.
Enfin, chez nous les fourmis, nous prenons la vie comme un jeu très honnête. Le nationalisme chez nous est héréditaire. Nous travaillons en équipe et nous organisons notre vie. Notre militantisme est continu et non occasionnel. Je suis experte juridique, je vous donne ma parole. Les tricheurs dans la vie se font vite remarquer. Les messieurs arrogants vont devenir simples ridicules dans un futur très proche.
Une fourmi vous rappelle « Les Américains ont bâti un monument à Washington à la mémoire des martyrs du Vietnam (The Vietnam Wall). Tôt ou tard, la France bâtira un monument, non loin de la place de la Concorde, à la mémoire de nos martyrs (The Algerian Wall).
Omar Chaalal
Professeur Associé Génie des Procédés
URL de cet article 14814 http://www.legrandsoir.info/un-lion-une-fourmi-et-un-coq-dans-un-gouffre-politique-animal.html

Il y a vingt ans - Le début de la dislocation tragique de la Yougoslavie

Il y a vingt ans, en 1991, alors que Tito était mort depuis plus de dix ans, l’État fédéral de Yougoslavie existait encore, même s’il était en proie à de graves difficultés économiques et à des tensions politiques centrifuges sur des bases ethniques.
À la fin de janvier 1992, les instances internationales, Allemagne en tête, reconnaissaient officiellement les États indépendants de Slovénie et de Croatie. La Fédération yougoslave, sous la forme qu’on lui connaissait depuis quarante ans, était amputée de ses provinces les plus favorisées. L’armée du pouvoir central de Belgrade s’était rapidement fait une raison de la sécession de la Slovénie mais, en Croatie, elle avait assiégé et détruit la ville de Vukovar, puis assiégé Dubrovnik.
Deux mois plus tard, c’était la Bosnie-Herzégovine qui était à feu et à sang, et cela allait durer jusqu’en 1995.
À l’époque, il se trouva François Mitterrand, et avec lui un bon nombre d’intellectuels patentés, pour évoquer à ce sujet « la résurgence d’antagonismes multiséculaires », comme on le ré-entendit plus tard à propos des massacres des Tutsis au Rwanda.
Les siècles ont bon dos ! Quelques années plus tôt pourtant, les Serbes, Croates et autres nationalités (qui, d’ailleurs, parlent pour la majorité la même langue) vivaient ensemble, bon an mal an, comme dans bien d’autres pays. Dans la réalité, le mouvement centrifuge était venu d’en haut, des cercles dirigeants des différentes républiques composant la Fédération, et non de profondes aspirations de leurs peuples.
La mort de Tito avait ouvert les vannes à une lutte ouverte pour le pouvoir au sein des milieux dirigeants, à la faveur de l’affaiblissement du pouvoir central. Chaque clan chercha à s’appuyer sur les bouts de l’État yougoslave à sa portée. Dans le contexte d’une crise économique profonde et de luttes sociales, ils recoururent tous à l’exaltation du nationalisme de chacun : c’était tout trouvé, et le feu des idées de l’extrême droite hyper-nationaliste, tirant parti d’un fatras réactionnaire, des cendres du passé, fut activement alimenté de plusieurs côtés, y compris par les cercles intellectuels et artistiques, des écrivains connus, etc., sans oublier naturellement l’Église.
Aujourd’hui, les puissances occidentales jouent la comédie du Tribunal pénal international de La Haye, en faisant comparaître notamment les principaux leaders de l’époque.
Après Milosevic, dirigeant de la Serbie, après Karadzic, dirigeant de la République serbe de Bosnie, c’est le général Ratko Mladic qui vient d’être arrêté (26 mai 2011), après une cavale de quinze ans. Il fut le commandant en chef de l’armée de la République serbe de Bosnie (VRS) pendant la guerre de Bosnie entre 1992 et 1995. Il est accusé d’être responsable du siège de Sarajevo de 1992 à 1995 qui fit plus de 10 000 morts, des nombreux massacres perpétrés sous ses ordres par les milices serbes dans de nombreux villages de Bosnie, et en particulier à Srebrenica où plus de 8 000 personnes furent assassinées.
En fait de « cavale », il avait trouvé refuge dans un village de Serbie où il vivait sans trop se cacher… Il faut dire que, dans le cadre des négociations qui se mènent actuellement entre la Serbie et l’Union européenne, l’arrestation de Mladic était une des conditions posées par les autorités de Bruxelles à une éventuelle adhésion de la Serbie.
Quelle que soit l’issue de ce procès – rappelons que Milosevic est mort avant qu’un verdict ait été prononcé et que le procès de Karadzic, commencé en 2008, est toujours en cours – Mladic a assurément mérité le surnom de « boucher des Balkans » et sa responsabilité dans les massacres de dizaines de milliers de personnes est incontestable. Mais bien d’autres hommes, portant une responsabilité au moins aussi grande que celle de Mladic, échapperont à tout jugement. Une grande partie du personnel politique actuel des États issus de la désintégration de la Yougoslavie ont joué un rôle actif, à différents niveaux, dans les affrontements sanglants de cette période de 1991 à 1995.
Mais, derrière eux, au-dessus d’eux, ceux-là mêmes qui organisent les procès, les dirigeants des puissances impérialistes, portent aussi une responsabilité décisive, et qui est très ancienne.

Les Etats d’Europe centrale et balkanique, création de l’impérialisme

Toute cette région du sud de l’Europe orientale que l’on appelle les Balkans a connu depuis des siècles un important brassage de populations. De très nombreux peuples coexistaient, très souvent dans les mêmes villes, constituant des groupes imbriqués les uns dans les autres, sans qu’on puisse distinguer de territoire ethniquement homogène. Pendant très longtemps, deux vastes empires se partagèrent la région, les empires austro-hongrois et ottoman, au sein desquels, en l’absence de frontières intérieures, il était possible de se déplacer sans entrave.
Les États qui se créèrent tout au long du 19e siècle en profitant de l’affaiblissement de ces deux vieux empires furent immédiatement le jouet des rivalités des grandes puissances européennes. Leurs frontières varièrent en fonction des rapports de forces et des résultats de leurs affrontements périodiques.
Pour l’essentiel, les États actuels sont issus de la Première Guerre mondiale et des traités de Versailles imposés par les puissances impérialistes française et britannique après leur victoire sur leur rival germanique. Le découpage des frontières avait beau avoir été fait au nom du principe du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », il ne respectait pas du tout les sentiments et le vœu des peuples. Bien au contraire, les dirigeants impérialistes réunis à Versailles se livrèrent à un charcutage cynique dans la chair des peuples, séparant de part et d’autres de frontières artificielles des populations qui avaient vécu pendant des siècles ensemble.
Chacun de ces États comprenait une ou plusieurs minorités nationales qui se retrouvaient opprimées par la nationalité dominante. De la part des puissances impérialistes, c’était une politique délibérée : les nouveaux États leur étaient d’autant plus liés qu’ils étaient faibles et contestés.
La Yougoslavie, créée en 1918, réunissait les « peuples slaves du sud » sous la domination de la monarchie serbe, alliée traditionnelle de la France. D’ailleurs, significativement, cet État conserva le nom de royaume de Serbie jusqu’en 1929, année où il prit le nom de Yougoslavie.

La Yougoslavie de Tito

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, derrière le parti communiste dirigé par Tito, un mouvement de résistance à l’occupation allemande s’organisa sur la base d’un nationalisme yougoslave dépassant les oppositions nationales. Dans le contexte de recul des troupes allemandes face à l’armée soviétique, il devint suffisamment fort pour permettre à Tito de prendre le pouvoir sans avoir besoin du soutien des forces militaires de l’URSS.
Tito mit en place une fédération de six républiques (Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro et Macédoine – la République de Serbie comprenant en outre deux « provinces autonomes », la Vojvodine et le Kosovo) qui constituait indéniablement un progrès par rapport au régime précédent car aucune nationalité ne dominait officiellement les autres. Pour la première fois dans l’histoire de ce pays, une partie de la population finissait par s’identifier à la nationalité yougoslave, beaucoup de couples « mixtes », de plus en plus nombreux, et leurs enfants se revendiquant de cette seule nationalité.
Le régime de Tito était une dictature et, ne serait-ce que pour cette raison, il ne pouvait répondre totalement aux aspirations des peuples, surtout des plus pauvres de la Yougoslavie, comme les Albanais du Kosovo, qui pouvaient légitimement se sentir victimes d’une discrimination, sinon d’une oppression. Cela étant, le Kosovo avait fini (comme la Vojvodine) par se voir reconnaître, en 1974, le statut de province autonome qui accordait un pouvoir local à la population albanaise et sa représentation, avec droit de veto, au sein des instances fédérales.
En tout cas, l’éveil des nationalismes, pour reprendre une expression si fréquemment utilisée, n’est pas venue d’en bas, de la population, mais d’en haut, des cercles dirigeants. Dans les années qui ont suivi la mort de Tito en 1980, le drapeau du nationalisme a été brandi pour légitimer la part croissante de pouvoir que cherchaient à accaparer les dirigeants de chacune des républiques constitutives de la fédération yougoslave et, au sein de ces républiques, ceux qui se disputaient la direction de l’État. Comme toujours, il s’est trouvé des soi-disant intellectuels, des écrivains, des juristes, des membres de l’intelligentsia pour se faire les complices de cette entreprise d’embrigadement de la population. Et dans un contexte d’aggravation de la crise économique – rappelons aussi la responsabilité des banquiers occidentaux auprès desquels la Yougoslavie était endettée et qui exigeaient alors le remboursement de leurs créances et, par la voix des représentants du FMI, l’application de plans d’austérité –, d’augmentation du chômage, sur le terrain des frustrations et du mécontentement engendrés par une vie de plus en plus difficile, les démagogues nationalistes finirent par rencontrer un certain écho.
À partir du moment où les cliques nationalistes et les milices paramilitaires commencèrent à se livrer aux premières exactions, un engrenage s’enclencha, alimenté de part et d’autre par la volonté de venger ses morts, de trouver protection auprès « des siens ». Et c’est ainsi que les différents peuples se retrouvèrent de plus en plus séparés par des fossés de sang.

Les luttes pour le pouvoir entre les dirigeants nationalistes ont fait éclater la Yougoslavie

La logique nationaliste ne pouvait que conduire à des affrontements et à des massacres car aucune de ces républiques – à l’exception peut-être de la Slovénie – ne pouvait constituer un État-nation tant les populations étaient mélangées et les peuples dispersés dans l’ensemble de la région. Vouloir constituer un État serbe ou un État croate amenait à se disputer le contrôle de territoires où coexistaient des populations de nationalités différentes et à chercher à les « purifier ethniquement », comme il se disait.
Telle fut la politique menée par Milosevic, dirigeant de l’ancien parti communiste, ancien membre de la bureaucratie titiste, qui était parvenu à s’imposer face à ses concurrents à la tête de l’État serbe en reprenant à son compte la démagogie des courants nationalistes serbes. Et telle fut aussi la politique de Tudjman, devenu le premier président de la République de Croatie après un passé d’opposant nationaliste qui lui avait valu des séjours en prison du vivant de Tito.
La position des dirigeants serbes n’était pas la même que celle des autres : le poids de la Serbie dans la Yougoslavie, où les Serbes représentaient en 1991 plus de 40 % de la population totale de la Fédération, évaluée à 23,3 millions d’habitants, lui ayant permis d’imposer sa mainmise sur l’appareil d’État central, les dirigeants serbes pouvaient tout à la fois se présenter en protecteurs des intérêts du peuple serbe et en même temps en défenseurs de l’unité de la Yougoslavie dont les institutions étaient devenues des rouages de l’État serbe. Mais cette Yougoslavie défendue par Milosevic, tout à la fois président de la Serbie et de la République fédérale yougoslave, s’apparentait en réalité à une Grande Serbie.
Profitant de l’éclatement de l’État central yougoslave, des politiciens ou des chefs militaires, à la tête de bandes armées, firent régner leur loi, justifiant par des discours nationalistes extrémistes leurs méfaits, les spoliations, les meurtres et les viols dont ils se rendirent responsables à l’égard des ressortissants des nationalités désignées comme ennemies, mais aussi à l’égard de ceux qui, pour une raison ou une autre, étaient désignés comme des « traîtres à leur patrie ». Dans la mesure où cela servait leurs plans de conquête de nouveaux territoires, les dirigeants des États serbe ou croate les ont encouragés, leur ont fourni des hommes et des armes.
Mais ces roitelets et leurs bandes armées échappaient en grande partie à leur contrôle. Car, dans ce genre de situation, ce sont toujours les pires éléments de la société qui trouvent une occasion inespérée pour se livrer à l’arbitraire le plus total. C’est ainsi qu’un Karadzic, ancien médecin condamné pour détournement de fonds, put s’autoproclamer président d’une « République serbe de Bosnie » où un ramassis d’hommes en armes permit à Mladic, ancien officier de l’armée yougoslave, de justifier son titre de commandant en chef.
Tel fut le mécanisme qui donna naissance à une guerre qui fit entre 200 000 et 300 000 morts et plus de 4,5 millions de réfugiés et de personnes déplacées.

La guerre en Croatie…

Les premiers combats commencèrent quand la Slovénie et la Croatie proclamèrent leur indépendance en 1991. Les dirigeants de ces deux républiques, qui étaient les plus riches de la fédération – la Slovénie surtout – considérèrent qu’ils pouvaient voler de leurs propres ailes. Les premiers combats commencèrent alors : l’armée yougoslave – devenue en réalité une armée serbe, dirigée en tout cas par un état-major serbe – intervint pour tenter de maintenir par la force ces deux républiques au sein de la fédération. Les dirigeants serbes se résignèrent très rapidement au départ de la Slovénie – les combats ne durèrent que dix jours – où l’absence de population serbe les privait d’appui. Mais tel n’était pas le cas en Croatie où vivaient 581 000 Serbes (12 % de la population de Croatie). Ces Serbes pouvaient légitimement redouter de devenir une minorité opprimée au sein du nouvel État croate. Spéculant sur ces craintes, attisant les haines, des milices se constituèrent, proclamèrent la naissance d’une République serbe de Croatie dans les deux régions (la Krajina et la Slavonie) où les Serbes étaient les plus concentrés. Dans ces zones, ils organisèrent les premières opérations d’épuration ethnique, obligeant plus de 30 000 Croates à fuir pour échapper à la mort.
Après trois mois de combats, un cessez-le-feu provisoire intervint. La Croatie se retrouvait amputée d’un quart de son territoire, passé sous contrôle serbe. Mais, en réalité, ces territoires et les populations serbes qui y vivaient ne constituaient, aux yeux de Milosevic, qu’une monnaie d’échange dans un plan plus vaste. Milosevic et Tudjman, avant même le déclenchement des hostilités, lors d’une rencontre restée longtemps secrète à Karadjordjevo en mars 1991, avaient conclu un accord pour se partager la Bosnie. Les conquêtes serbes en Croatie ne constituaient en réalité qu’un butin destiné à être échangé au moment du dépeçage de la Bosnie. En 1995, conformément à ce plan, l’armée croate en reprit possession et une grande partie de la population serbe, abandonnée à son sort par Milosevic, dut à son tour prendre le chemin de l’exil. Les Serbes ne représentent plus aujourd’hui que 4 % de la population de la Croatie.

… et en Bosnie

La Bosnie offrait l’image, plus encore que tout le reste de la Yougoslavie, d’une mosaïque de populations entremêlées (sur 4,3 millions d’habitants, elle comptait environ 31 % de Serbes, 17 % de Croates et plus de 43 % de Musulmans, dénomination passablement arbitraire désignant les autres habitants qui n’étaient pas forcément pour autant de confession musulmane). Du temps de la Yougoslavie, ces populations vivaient souvent dans les mêmes quartiers, se mélangeant sans tenir compte des origines nationales. C’est ce mélange qui donna un caractère particulièrement horrible à la guerre qui commença en 1992.
Cette année-là, refusant de prolonger un tête-à-tête avec la puissante République serbe au sein de la Fédération yougoslave, la Bosnie proclama à son tour son indépendance. Les dirigeants nationalistes bosniaques durent faire face aux milices serbes, soutenues par Milosevic, aux troupes de Mladic, qui se livrèrent à un « nettoyage ethnique » systématique.
Ils durent aussi affronter les milices croates. Tudjman déclarait que les Bosniaques étaient en fait des Croates convertis à l’islam. Restait à les en « convaincre », et les milices croates se livrèrent, elles aussi, à une « épuration ethnique » dans la partie nord de la Bosnie.
Le nationalisme des dirigeants bosniaques, qui se présentaient comme les défenseurs de la coexistence des peuples au sein d’une Bosnie multiculturelle, paraissait plus défendable que celui des Serbes et des Croates. Mais ces discours ne suffisaient pas pour convaincre les Serbes ou les Croates, devenus des minorités nationales au sein de la Bosnie indépendante, qu’ils n’avaient rien à craindre.
Toutes les logiques nationalistes, dans cette région d’Europe, comme dans bien d’autres régions du monde, ne pouvaient que conduire les peuples dans la barbarie sanglante et dans des affrontements sans fin.

L’intervention des puissances impérialistes

Si les luttes pour le pouvoir des dirigeants nationalistes serbes, croates et slovènes ont constitué le facteur déclenchant du processus qui a conduit à la désintégration de la Yougoslavie, l’intervention des puissances impérialistes, à chaque étape du conflit, l’a aggravé et l’a accéléré.
Les Balkans sont redevenus, pour les impérialistes, un champ de manœuvres sur lequel leurs intérêts concurrents se sont affrontés. La France et l’Allemagne, à la recherche de points d’appui, ont retrouvé tout naturellement leurs alliés d’avant 1945, avec lesquels les liens n’avaient jamais complètement disparu.
L’impérialisme allemand, dans le passé, s’était appuyé sur le nationalisme croate : pendant la Deuxième Guerre mondiale, le dépeçage de la Yougoslavie imposé par Hitler avait donné naissance à un État croate indépendant allié de l’Allemagne. Ainsi, quand la Slovénie et la Croatie proclamèrent leur indépendance, le gouvernement allemand s’empressa de les reconnaître.
De son côté, le gouvernement français commença par apporter son soutien aux dirigeants serbes – la monarchie serbe entretenait des relations privilégiées avec la France avant 1945 – en se déclarant en faveur du maintien des frontières de la Yougoslavie. Puis, quand cette position finit par devenir difficilement défendable, la diplomatie française se fit le champion de la défense de l’indépendance de la Bosnie contre les Serbes.
S’il est impossible de connaître les motivations exactes des méandres des politiques des chancelleries européennes et américaine, ce qui est certain, c’est que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes était le dernier de leurs soucis.
Leur première préoccupation, comme à chaque fois et partout, a été le retour à l’ordre. Le fait qu’une région d’Europe, si proche des grandes capitales occidentales, s’enfonce dans la guerre n’était pas de nature à les réjouir. Ils s’évertuèrent donc à trouver une solution politique qui ramène la stabilité. Et, pour ces dirigeants d’un ordre fondé sur l’exploitation des peuples et sur leur soumission, il ne pouvait être question de faire appel aux populations. Bien au contraire, ils traitèrent avec ceux-là mêmes qui étaient responsables de l’explosion de violence et des massacres, avec Milosevic, qui fut leur principal interlocuteur, avec Karadjic, avec Mladic…
Les troupes envoyées en Croatie et en Bosnie sous le drapeau de l’ONU à partir de 1992 se contentèrent d’assister aux massacres sans intervenir pour les empêcher. Quand certains soldats n’ont pas carrément noué des liens de complicité avec les tortionnaires. Faut-il rappeler le rôle lamentable des forces de l’ONU à Srebrenica qui, après avoir promis leur protection aux populations, les laissèrent massacrer par les hommes de Mladic.
Les accords de Dayton, signés sous le patronage des dirigeants occidentaux en 1995 et qui mirent fin aux combats, organisèrent une partition de la Bosnie entre une République serbe dont les frontières avaient été fixées sur le terrain par les milices serbes (puisqu’elles intégraient les zones « purifiées ethniquement » !) et une Fédération croato-musulmane. Cela revenait à avaliser le résultat du nettoyage ethnique. De leur point de vue, l’homogénéité ethnique [1], obtenue au prix des déplacements de millions de personnes, était d’ailleurs un gage de stabilité.
Pour imposer ces accords aux nationalistes serbes de Bosnie qui se montraient récalcitrants, les avions de l’OTAN se livrèrent à une campagne de frappes aériennes et surtout, les dirigeants occidentaux s’appuyèrent sur Milosevic, qui devint ainsi un « pivot de la paix en Bosnie ». Le Tribunal pénal international qui demanda à l’époque l’ouverture d’une procédure contre Milosevic se vit rappeler à l’ordre.
En 1999, les États-Unis décidèrent finalement d’utiliser leur force militaire contre Milosevic pour amener l’armée serbe à évacuer le Kosovo. Les avions de l’OTAN bombardèrent les forces serbes, mais aussi et surtout les villes et les infrastructures de Serbie : des routes, des voies de chemin de fer, des centrales électriques... L’armée serbe fut très peu affaiblie par ces actions militaires et ce n’était pas l’objectif des dirigeants impérialistes : l’armée serbe devait conserver la capacité de tenir les populations en respect, à commencer par la population serbe. C’est cette dernière qui a payé le prix fort des bombardements.
Aujourd’hui, les armes se sont tues dans la région et, du point de vue des impérialistes, on peut parler d’une relative stabilisation. Mais à quel prix et pour combien de temps ? Il ne suffit pas de grand-chose pour que, régulièrement, des affrontements se produisent de nouveau au Kosovo, entre Albanais et minorité serbe.
Plus généralement, c’est l’ensemble de la région qui est menacé de connaître de terribles affrontements si les mêmes logiques nationalistes venaient à se renforcer car, comme nous l’avons déjà évoqué, dans tous ces États créés au lendemain de la Première Guerre mondiale, il existe des minorités nationales : en Hongrie vivent notamment des populations roumanophones tandis qu’en Roumanie vit une forte minorité hongroise ; en Bulgarie vit une importante population turcophone ; et, dispersés dans chacun de ces États, vivent des Roms.
Le mélange des populations est tel qu’aucun État « ethniquement pur » n’est possible. Exactement comme en Yougoslavie.
Et ce mélange, qui pourrait et devrait être source de richesse dans tous les domaines, devient au contraire source de menaces. Car, ces dernières années, la crise économique avec ses conséquences sur la vie des populations offre un terreau favorable au développement de l’extrême droite nationaliste : on l’a vu dernièrement en Hongrie et en Roumanie, où des mouvements de ce type ont rencontré un écho dans la population, notamment sur le terrain de la démagogie contre les Roms.
La Yougoslavie a montré comment pouvait s’enclencher un mécanisme infernal sur le terrain de la surenchère nationaliste et à quoi il pouvait conduire, peut-être signal avant-coureur d’une régression encore plus ample.
Dans cette région, aucune véritable solution permettant aux peuples de vivre durablement en paix, ne pourra être trouvée, sans le renversement de ces États dont le maintien ne profite qu’à une minorité de possédants. Et sans le renversement de l’impérialisme qui a transformé cette région du monde en une poudrière qui menace en permanence de s’enflammer.
[1] 90 % des 1,73 million de Musulmans ou Croates qui vivaient avant la guerre dans les territoires de l’actuelle République serbe en ont été chassés ou ont été tués, tandis que 90 % de la population serbe bosniaque ont quitté le territoire de la Fédération croato-musulmane, sous la contrainte ou poussés à l’exode par leurs propres dirigeants.
18 septembre 2011
lutte ouvriére

brutalité des flics israéliens - Texte + Vidéo

dimanche 9 octobre 2011
Une vidéo récemment publiée par des militants des droits de l’homme montre que la police israélienne a brutalement battu une famille palestinienne dans les territoires occupés, a montré Press TV.


La vidéo montre la police israélienne en utilisant une force sans aucune retenue contre une femme sans défense en face d’un enfant, tout en tabassant un jeune garçon qui est emmené prisonnier minutes plus tard, a rapporté la télévision ce samedi.
Dans le même temps, un rapport publié jeudi par le Bureau central palestinien de statistique (PCBS) a déclaré qu’Israël avait kidnappé depuis 1967 environ 750 000 Palestiniens, dont près de 12000 femmes et des dizaines de milliers d’enfants.
Le PCBS a déclaré qu’Israël détenait actuellement quelque 6000 Palestiniens dans ses prisons, dont 35 femmes et 285 enfants.
Un ou plusieurs membres de presque toutes les familles palestiniennes ont déjà été arrêtés par la police israélienne.
Le PCBS a ajouté que plus de 200 détenus ont été tués depuis 1967 en raison de négligence médicale, de torture d’assassinats par des soldats israéliens et des gardiens de prison.
Ce vendredi, environ 12000 Gazaouis ont organisé un rassemblement de masse, appelé par le gouvernement Hamas [élu en 2006], pour exprimer leur solidarité avec les prisonniers palestiniens qui sont en grève de la faim pour la deuxième semaine consécutive en réponse à l’aggravation de leurs conditions de détention.
« Nous n’aurons de cesse que tout prisonnier palestinien soit retourné dans sa famille. Nous continuerons notre lutte et notre résistance jusqu’à obtenir la libération de tous nos frères et sœurs qui sont détenus en captivité par les sionistes », a déclaré l’un des manifestants Presse TV.
Info-Palestine.net