Défiant le blocus israélien, le Premier ministre Erdogan a déclaré que la Turquie allait envoyer des convois d’aide vers Gaza sous la protection de ses forces navales.
La complicité occidentale active avec le blocus israélien sur Gaza, ainsi que la lâcheté et la compromission des pays de la Ligue arabe, ont ouvert un boulevard à la Turquie qui a pris la place de "champion" de la cause palestinienne - Photo : EPA
Les forces navales de la Turquie escorteront des navires turcs transportant de l’aide humanitaire à destination de la bande de Gaza, a déclaré le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.
Cette déclaration est la conséquence du refus d’Israël de s’excuser pour son raid meurtrier sur une flottille qui se rendait, en mai 2010, vers le territoire palestinien sous blocus.
« Nous avons de l’aide humanitaire qui doit être envoyé là-bas. Et notre aide humanitaire ne sera pas à nouveau attaquée, comme c’est arrivé au Mavi Marmara, »
a-t-il déclaré à la chaîne de télévision Al-Jazeera ce jeudi.
Des commandos israéliens étaient montés à bord du Mavi Marmara - qui voulait briser le blocus naval imposé sur Gaza par Israël et avaient assassiné neuf citoyens turcs dans les eaux internationales, générant un grave conflit diplomatique entre les deux pays.
Recep Tayyip Erdogan a également déclaré que la Turquie surveillerait étroitement les eaux internationales et qu’elle avait pris des mesures pour prévenir l’exploitation unilatérale par Israël des ressources naturelles [réserves d’hydrocarbures] dans la Méditerranée orientale.
Les relations turco-israéliennes se sont fortement dégradées la semaine dernière après qu’un rapport de l’ONU sur le raid meurtrier israélien, ait déclaré que le blocus naval de Gaza par Israël était légitime, mais que son raid sur la flottille qui tentait de briser le blocus était « excessif et déraisonnable ».
La Turquie a depuis expulsé les diplomates israéliens, coupé les liens militaires avec l’état sioniste, et promis de faire pression sur les autres nations pour appuyer la candidature de la Palestine pour se faire reconnaître un Etat aux Nations Unies en septembre.
La Turquie a pris l’engagement d’envoyer plus de patrouilles navales turques en Méditerranée.
Israël a exprimé ses regrets pour la perte de vies à bord de la flottille, mais a refusé de s’excuser, osant affirmer que ses forces avaient agi en légitime défense (Chutzpa israélienne typique - N.d.T).
L’œuvre littéraire de Bachir Hadj Ali appartient à cette veine populaire ardente et baignée de ce refus de se soumettre, de se résigner face aux injustices, aux diktats de tout poil.
Né le 10 décembre 1920 à Alger (Casbah). Il interrompt ses études à 19 ans et adhère au Parti Communiste Algérien fin 1945. En 1948 il devient rédacteur en chef de Liberté. Il est condamné à deux ans de prison avant 1954.
Après le déclenchement de la guerre de Libération nationale, il organise, avec Saddek Hadjess, « les combattants de la liberté », et mena les pourparlers avec le FLN. Après le coup d’Etat de 1965, il crée, avec Hocine Zehouane, l’organisation de la résistance populaire. Mais quelques mois après, il est arrêté et torturé. Il écrit L’arbitraire, qui est publié en 1966 aux éditions de Minuit. Lucette Hadj Ali confie que le manuscrit a été écrit à partir de la centrale de Lambèse sur du papier hygiénique.
Le texte a été enfilé dans du papier à cigarette que Bachir remettait soigneusement à chacune des visites de sa femme. Bachir Hadj Ali a passé plusieurs années de prison et de résidence surveillée jusqu’en 1970. Lucette affirme que dans le livre L’arbitraire, ce sont toutes les tortures subies qui y sont décrites et l’état d’esprit dans lequel il se trouvait. Elle livre un témoignage accablant. Le militant a été torturé de la manière suivante : ses tortionnaires lui ont mis un bidon métallique - avec à l’intérieur des baguettes - sur la tête. « Au bout d’un moment, il avait l’impression que c’était son cerveau qui était trituré avec ses baguettes. Pendant des années, il a eu des vertiges. Je me demande si sa maladie n’était pas en relation avec ce châtiment. Je suis sûre qu’on voulait à tout prix lui démolir son cerveau. » Quand il reprend sa liberté, il mènera une activité très intense, donne des conférences, écrit des essais. La maladie interrompt soudainement les élans de cet infatigable et le clou au lit pour plusieurs années.
Il décédera le 8 mai 1991. Cette rencontre a permis, d’une part, de lever le voile sur son ouvrage, connu jusqu’ici uniquement par les militants démocrates, et d’autre part, de parler des communistes, car, comme a tenu à le souligner l’animatrice, « l’histoire les dénigre ».
Chants pour le 11 décembre (poèmes; Paris, la Nouvelle Critique, 1961; ré éd.1963).
Notre peuple vaincra (essai; Genève, éd. du Fennec, 1961).
Culture nationale et révolution (conférence; tiré à part de la Nouvelle Critique, 1963).
L'Arbitraire (récit suivi de poèmes : Chants pour les nuits de septembre Paris, éd. de Minuit, 1966).
Que ma joie demeure! (poèmes; Paris, Oswald, 1970 - ré éd. l'Harmattan, 1981).
Le Mal de vivre et la volonté d'être dans la jeune poésie algérienne d'expression française (court essai - Alger, 1977).
Mémoire-clairière (poèmes; Paris, Éditeurs français réunis, 1978).
Actuelles Partitions pour demain (poèmes Paris, l'Orycte, 1980, avec des dessins de M. Khadda).
Soleils sonores (Alger, E.N.A.G., 1985, avec illustrations de M. Khadda).
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Selon les propos de Mohamed Rebah,Bachir Hadj Ali s’est investi pleinement lorsqu’il s’était agi de redresser le parti communiste algérien notamment pendant la période qui s’est étalée de 1946 à 1951 et il s’était également acquitté de sa mission quand il a fallu organiser l’entrée des communistes algériens aux côtés du FLN dans le cadre de la lutte armée pour l’indépendance du pays.
Bachir Hadj Ali a subi l’arbitraire à cause de ses divergences profondes avec le régime de Boumediene. Il mourut en 1991, des suites d’une longue maladie.
Le fondateur du PAGS, le dissident entré en lutte dans l’organisation de la fameuse ORP, est également un poète fécond, un analyste politique lucide et averti, un musicologue pétri jusqu’à la plante des pieds par le patrimoine culturel national.
"L’œuvre littéraire de Bachir Hadj Ali appartient à cette veine populaire ardente et baignée de ce refus de se soumettre, de se résigner face aux injustices, aux diktats de tout poil.Elle est empreinte d’espoir, de tolérance, de questionnements actuels". Yacine Teguia.
L'arbitraire de Bachir Hadj Ali Bachir Hadj Ali livre dans cet ouvrage,un témoignage poignant sur son propre martyre. Celui subi, tenez-vous bien... 11 fois ! Après l’indépendance de l’Algérie dans les locaux de la sécurité militaire, chemin Poirson à Alger. Comme un cheval fou qui piétine tout sur son passage, le régime de Boumediène qui venait de s’emparer du pouvoir, n’a pas fait dans la dentelle pour traquer toute velléité d’opposition et embastiller les voix irrévérencieuses.
Dans ce livre “L’arbitraire” préfacé par Hocine Zehouane et l’introduction signée Mohamed Harbi, Bachir Hadj Ali nous dit sans fard sa douleur et relate le supplice infligé par ses bourreaux. Des souvenirs toujours aussi vivaces, expurgés néanmoins, de tout ressentiment et empreints de cette humaine propension à l’absolution qui leur confère une forme d’intemporalité. “... Je réfléchis à une astuce, comme tous les torturés : tenir longtemps sous l’eau, en expirant l’air très lentement, faire le geste désespéré du noyé un peu avant que les poumons ne se vident entièrement, expirer les dernières bulles d’air avant la remontée et inspirer très vite, en surface, améliorer cette technique sans cesse en réglant ses mouvements sur ceux du tortionnaire pour les synchroniser...” (P. 40) “Mon refus obstiné de répondre à leurs questions précises et serrées… et mon calme ont porté leur colère à un haut niveau d’exacerbation”. (P 43)
Incarcération, torture, assignation à résidence, interdiction de séjours... Bachir Hadj Ali n’a, au fait, jamais cessé de subir les foudres du pouvoir qui, pour donner un semblant de légitimité à sa politique répressive, s’est souvent retranché dans la bulle du complot permanent. Rejetant toute idée d’asservissement, Bachir Hadj Ali n’a pas hésité, en compagnie de quelques intellectuels rebelles dont Mouloud Mammeri et Jean-Sénac à claquer violemment la porte de l’Union des écrivains algériens dont ils étaient pourtant les principaux fondateurs. C’était en 1965.
Cette démission collective intervenait en réaction au pouvoir de Ben Bella de placer l’organisation sous sa régence dans le prolongement de sa stratégie de mise au pas avant la mise à mort des rares segments combatifs de la société. Au lendemain de la disparition de Bachir Hadj Ali un certain 9 mai 1991, Abdelhamid Benzine écrivait ces mots dans les colonnes d’Alger Républicain : “Mohamed Khada, Bachir Hadj Ali aujourd’hui : comment leur reprocher de nous avoir quittés en ces douces nuits de mai, nous laissant perdus, orphelins dans notre beau pays où les chants et les couleurs se font clandestins ?”
Si le drame de la faim occupe à nouveau l’actualité avec la crise alimentaire dans la Corne de l’Afrique, la famine est une réalité quotidienne qui est largement passée sous silence. D’après l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO), plus d’un milliard de personnes dans le monde ont des difficultés d’accès à la nourriture. La malnutrition a des causes et des responsabilités politiques. L’Afrique est une terre spoliée. Ses ressources naturelles ont été arrachées à ses communautés depuis des siècles de domination et de colonisation. Et il ne s’agit pas seulement du vol de l’or, du pétrole, du coltan, du caoutchouc, des diamants... mais, aussi, de l’eau, des terres, des semences qui permettent à ses habitants de se nourrir. Si, comme l’indique la FAO, 80% de la population de la Corne de l’Afrique dépend de l’agriculture comme principale source de revenus et d’alimentation, que faire quand il n’y a pas de terre à cultiver ? Ces dernières années, la vague de privatisation croissante de terres en Afrique (leur achat par des gouvernements étrangers, des multinationales agro-alimentaires ou des fonds d’investissements) a encore plus fragilisé son précaire système agricole et alimentaire. Avec des paysan-nne-s expulsé-e-s de leurs terres, où cultiver un peu de nourriture ? En conséquence, après des décennies de politiques de libéralisation commerciale qui ont miné leurs capacités productives, de nombreux pays voient vu leur capacité d’autosuffisance alimentaire s’effondrer. Comme l’a amplement étayé l’organisation internationale GRAIN, la crise alimentaire et financière de 2008 a ouvert un nouveau cycle d’appropriation des terres à l’échelle planétaire. Des gouvernements dépendant de l’importation d’aliments - dans le but de garantir la production de nourriture pour leur population au-delà de leurs frontières - ; des firmes agro- industrielles ou d’investissement, avides de nouveaux investissements rentables, achètent depuis lors les terres les plus fertiles des pays du Sud. Une dynamique qui menace l’agriculture paysanne et la sécurité alimentaire de ces pays. Selon les données de la Banque mondiale, on estime que quelques 56 millions d’hectares de terres ont ainsi été achetées dans le monde depuis 2008, dont plus de 30 millions en Afrique, où la terre est bon marché et où sa propriété communale la rend plus vulnérable. D’autres sources, comme le Global Land Project, évoquent entre 51 et 63 millions d’hectares pour l’Afrique seule, soit une étendue similaire à celle de la France. Qu’il s’agisse de fermages, concessions ou d’achat de terres - les formes de transaction sont variées et souvent opaques -, certains auteurs n’hésitent pas à qualifier cette dynamique de “nouveau colonialisme” ou de “colonialisme agraire” car il s’agit d’une re-colonisation indirecte des ressources africaines. La Banque Mondiale a été l’un des principaux promoteurs de cette dynamique en développant, ensemble avec d’autres institutions internationales comme la FAO, l’Agence pour le Commerce et le Développement des Nations Unies (UNCTAD) et le Fonds International de Développement Agricole (FIDA), ce qu’ils appellent - sans rire - les “Principes pour un Investissement Agricole Responsable” qui légitiment l’appropriation des terres par des investisseurs étrangers. Au travers de l’International Finance Corporation (IFC), institution dépendant de la Banque Mondiale et qui s’occupe du secteur privé, on a impulsé des programmes destinés à éliminer les barrières administratives et à changer les lois et les régimes fiscaux dans des pays du Sud afin de les rendre plus “attractifs” pour ces investissements agricoles. L’Ethiopie, l’un des pays les plus touchés par la famine actuelle, a offert trois millions d’hectares de terres cultivables aux investisseurs étrangers d’Inde, de Chine, du Pakistan et d’Arabie Saoudite, entre autres. Pour ces derniers, l’affaire est on ne peut plus juteuse : 2.500 Km2 de terres productives à 700 euros par mois, avec un contrat de concession de 50 ans. Tel est, par exemple, l’accord conclu entre le gouvernement éthiopien et l’entreprise indienne Karuturi Global, l’une des 25 principales firmes agro-industrielles mondiales, qui consacrera ces terres à la culture d’huile de palme, de riz, de sucre de canne, de maïs et de coton pour l’exportation. Résultat : des milliers de paysans locaux expulsés de leurs terres, précisément ceux qui souffrent de la faim, ainsi que de vastes étendues de bois rasés et brûlés. D’autres pays comme le Mozambique, le Ghana, le Soudan, le Mali, la Tanzanie et le Kenya ont bradé des millions d’hectares de leurs territoires. En Tanzanie, le gouvernement saoudien a acheté 500.000 hectares de terres afin de produire du riz et du blé pour l’exportation. Au Congo, 48% des terres agricoles sont aux mains d’investisseurs étrangers. Au Mozambique, plus de dix millions d’hectares ont été bradés. La conférence académique “Global Land Grabbing”, qui s’est tenue en Grande-Bretagne au mois d’avril 2011, a souligné l’impact négatif de ces achats de terres. Plus d’une centaine d’études de cas documentés démontrent comment ces “investissements agricoles responsables” n’ont aucun effet positif pour les communautés locales puisqu’ils provoquent au contraire des déplacements forcés et une plus grande pauvreté. Depuis des années, le mouvement international Via Campesina dénonce l’impact dramatique de cette vague massive d’accaparement de terres agricoles sur les populations du Sud. Si nous voulons en finir avec la faim dans le monde, il est fondamental de garantir un accès universel à la terre, ainsi qu’à l’eau et aux semences, et interdire toute forme de spéculation avec ce qui nous permet de nous nourrir. Esther Vivas Esther Vivas participe au Centre d’études sur les mouvements sociaux (CEMS) de l’Universitat Pompeu Fabra (UPF) en Catalogne. ***Article publié dans la revue ARA, 04/08/2011. Traduction française par Ataulfo Riera pour le site www.lcr-lagauche.be. +info : http://esthervivas.wordpress.com/francais
Une puissance nucléaire est constamment considérée comme la victime pendant que le peuple qu’elle occupe est qualifié de terroriste.
Il faut féliciter Ankara de tenir tête à son ancien allié Israël qui refuse de s’excuser pour le meurtre de 9 militants turcs embarqués sur un bateau d’aide humanitaire turc qui essayait de briser le blocus israélien de Gaza. Ce qui a mis du sel sur la plaie, ce sont les fuites d’un rapport de la commission Palmer missionné par l’ONU qui est clairement orienté en faveur d’Israël au point de légaliser son siège de Gaza et de confirmer le droit d’Israël d’arraisonner des navires dans les eaux internationales pour empêcher le contrebande d’armes. La réaction de la Turquie à ce rapport -qui contredit un rapport précédent du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU qui stipulait que le blocus était illégal- a été rapide. Ankara a réduit ses relations diplomatiques avec tel Aviv, gelé ses liens militaires, envisage de rompre ses liens commerciaux et a annoncé que l’affaire serait portée devant la Cour Criminelle Internationale de la Hayes pour qu’elle statue sur la légalité ou l’illégalité du siège de la bande de Gaza. Etant donné que la punition collective d’une population civile est une violation de la Quatrième Convention de Genève, je ne vois pas comment des juges crédibles pourraient faire autrement que de la déclarer illégale. Le secrétaire général de l’Organisation de Coopération Islamique (OCI) et le secrétaire général de la Ligue Arabe ont exprimé leur soutien à l’initiative de la Turquie et ont condamné le rapport de la Commission Palmer comme étant une oeuvre de blanchissement qui légitime l’attaque d’Israël sur la flottille humanitaire et son blocus illégal de Gaza. Amr Moussa, l’ancien président de la Ligue Arabe qui est aussi un des plus importants candidats à la présidence de l’Egypte, a dit que le Caire devrait prendre exemple sur Ankara et rappeler son ambassadeur de Tel Aviv à cause de la récente incursion d’Israël sur son territoire qui a causé la mort de membres du personnel de la sécurité égyptienne. Selon un quotidien égyptien, le premier ministre turc, Recep Tayyep Erdogan doit se rendre au Caire la semaine prochaine pour rencontrer son homologue égyptien et les leaders du Conseil Suprême des Forces Armées pour discuter d’une nouvelle alliance stratégique avec le plus grand pays du monde arabe. Les Israéliens craignent que la Turquie ne soit en train de s’extirper du camp israélo-étasunien dans le but de changer de camp. J’espère que la Turquie inspirera aux états arabes l’idée de se joindre à elle pour donner à Tel Aviv une leçon qu’il aurait recevoir depuis longtemps, une leçon que l’occident n’a jamais osé lui donner. Les crimes d’Israël envers le peuple palestinien depuis la création de l’état en 1948 quand des villages entiers ont été rasés et leurs habitants désarmés assassinés ou chassés par les impitoyables Irgun, Stern Gang et Haganah, sont trop nombreux pour qu’on puisse en faire la liste. Israël est un état qui est né grâce au terrorisme et qui depuis lors vit par les armes. Les politiciens israéliens adorent parler du "terrorisme arabe" tout en feignant l’amnésie quand il s’agit de leurs propres actes de terrorisme. Ils oublient que leurs "pionniers" ont fait sauter l’hôtel du roi David et l’hôtel Semiramis à Jérusalem, ils oublient les massacres de Palestiniens de Deir Yassin, Dawayma et Kibya, leur attaque du navire étasunien Liberty pour laquelle le Caire a failli être bombardé par les USA en représailles. Ils n’ont pas eu à répondre de leur implication dans le massacre des réfugiés des camps de Sabra et Shatila en 1982, ni du meurtre de 1200 civils libanais en 2006, ni de "l’opération Cast Lead" qui a fait 1400 morts à Gaza en 2008. Et à ce jour ils ont réussi à maintenir 1,5 millions de Gazaouis dans une prison virtuelle pendant des années sans que la communauté internationale n’y trouve à redire. C’est tout à fait honteux qu’on ait laissé Israël tuer les Palestiniens et les empêcher de gagner leur vie, brûler leurs vergers et leurs oliviers, enfermer leurs enfants pour avoir lancé des pierres et humilier un peuple fier, les vrais filles et fils de cette terre, pendant plus de 60 ans sous les applaudissements de l’Occident. L’Angleterre est coupable du grave méfait d’avoir initié le processus avec la Déclaration Balfour. Ni cette puissance impérialiste sur le déclin, ni la Ligue des Nations n’avaient aucun droit moral de donner la Palestine à des émigrants européens qui étaient autorisés à s’armer et à s’entraîner militairement pendant que les Palestiniens étaient condamnés à la prison à vie quand on trouvait un couteau sur eux et à la peine mort s’ils avaient une arme à feu. Rien n’a changé depuis. Quand Israël utilise des hélicoptères de combat et des missiles Apache pour attaquer Gaza ou quand il envoie ses commandos arraisonner des navires transportant de l’aide humanitaire dans les eaux internationales, les leaders occidentaux disent toujours que Israël a droit à la sécurité. Quand les combattants pour la liberté palestiniens - car c’est ce qu’ils sont- envoient des roquettes artisanales vers Israël qui pour la plupart tombent dans le désert, on les qualifie de "terroristes". Réfléchissez bien ! C’est incroyable qu’une puissance occupante qui possède l’armée la plus puissante de la région soit constamment décrite comme la victime pendant que la population occupée est considérée comme l’agresseur. Depuis que l’oncle Sam a pris la torche sioniste à la Grande Bretagne qui n’est plus grande, les Israéliens pensent à juste titre qu’ils peuvent commettre les pires crimes contre les Palestiniens et d’autres peuples en toute impunité. Washington, dont les législateurs sont ensorcelés par le lobby pro-israélien, non seulement laisse Israël faire les pires choses mais il a l’intention d’empêcher les Palestiniens d’utiliser des canaux légaux reconnus en utilisant son droit de veto au conseil de sécurité de l’ONU. Le président Obama sait très bien que le premier ministre israélien Binyamin Netanyahu n’a aucune intention de rendre les territoires palestiniens occupés en échange de la paix ; mais il a annoncé qu’il mettrait son veto à toute déclaration palestinienne unilatérale d’un état palestinien à la fin du mois. Et en même temps, le Congrès vote une loi pour supprimer l’aide étasunienne à l’Autorité Palestinienne si elle s’entête à porter l’affaire sur la scène internationale. Alors que 140 états membres soutiennent la demande palestinienne, les USA tentent de rouler les leaders Palestiniens en leur faisant miroiter de fausses négociations de paix pour sauver la face. En même temps, le secrétaire général de l’ONU, Ban-Ki moon, fait pression sur la Turquie pour qu’elle accepte de se réconcilier avec Israël pour sauver un processus de paix qui s’est totalement évaporé depuis que Bill Clinton a quitté ses fonctions. Le premier ministre Erdogan et le président Mahmoud Abbas doivent maintenir leur résolution de corriger Israël à n’importe quel prix et si la Ligue Arabe et l’OCI sont vraiment prêts à se jeter à l’eau ensemble, les Israéliens comprendront peut-être qu’ils se trouvent dans une région de plus en plus hostile et que l’autobus marqué "Paix" est celui qu’il faut prendre. Linda S. Heard Linda S. Heard est un écrivain anglais spécialiste du Moyen Orient. la joindre à heardonthegrapevines@yahoo.co.uk. Pour consulter l’original : http://www.informationclearinghouse.info/article29069.htm Traduction : Dominique Muselet
Mardi 11 septembre 1973, le destin de toute une nation et l’espoir d’un continent vont basculer, tout comme le cours de l’histoire…
Car le 11 septembre, c'est aussi la date anniversaire du coup d'Etat sanglant opéré par Nixon et Kissinger pour assassiner l'espoir des Chiliens.
Le 11 septembre 1973, le gouvernement du président démocratiquement élu Salvador Allende (socialiste) était renversé par un coup d'État militaire orchestré par les commandants en chef des trois armées et le chef de la police, et dirigé par le général d'armée Augusto Pinochet avec l'aval et l'aide des USA.
À la suite du coup d'Etat, qui coûta la vie à Salvador Allende lors du siège du palais de la Moneda, la junte militaire prononça la dissolution du Congrès national, des conseils municipaux, des syndicats et des partis politiques. La liberté de la presse fut abolie, le couvre-feu instauré. Tout ce qui était littérature de gauche fut interdit et les opposants au régime arrêtés, torturés ou exécutés. La dictature militaire dirigea le pays jusqu'en 1990.
Le coup d'état le 11 septembre 1973 fomenté par la CIA , Kissinger et Nixon .
En ce 35ème anniversaire de l'installation de Pinochet, et à l'occasion du centième anniversaire de la naissance du président Allende, Investig'Action a demandé à quatre auteurs chiliens d'exprimer les leçons toujours actuelles de cette tragédie. Aujourd'hui, Washington réutilise les mêmes stratégies contre d'autres pays...
Par Patricia Parga-Vega
La disparition forcée, la torture, la prison politique et la délation inaugurent une étape considérée comme « brillante » par les Etats-Unis. Le président Salvador Allende Gossens paya de sa vie l’obstination à mener à bien le mandat confié par son peuple et devint, pour le monde entier, un symbole de dignité.
Bien que son gouvernement n’ait pas duré la moitié de son mandat, Allende a été l’une des figures les plus décisives de l’histoire du Chili du vingtième siècle.
Aujourd’hui, depuis les entrailles du pouvoir nord-américain comme le Church Inform, les documents déclassifiés de la CIA ou les mémoires personnelles d’autorités proches de Nixon, nous avons connaissance avec certitude de l’opération sanglante préparée patiemment pendant dix ans par les Etats-Unis (1963-1973).
Dès la reconnaissance du succès d’Allende par le Sénat chilien, deux réunions ont lieu aux USA, les 8 et 14 septembre 1970. A ces mêmes dates, le président de Pepsi-Cola, Donald M. Kendall, marque son empreinte dans cette tragique histoire. Le 14 septembre, dix jours après l’élection présidentielle chilienne, Kendall se rend à la Maison Blanche et demande à Nixon, qui avait travaillé comme avocat pour Pepsi-Cola, qu’il accorde une audience extraordinaire à un ami et collègue chilien : Agustín Edwards, le propriétaire d’un des journaux les plus influents du Chili : El Mercurio. La relation Nixon/Kendall était basée sur une dette politique et comme les dettes se paient… Kendall avait reconstruit politiquement Nixon après son échec à la course pour la Californie, et l’avait soutenu jusqu’à la Maison Blanche.
Répétition d’une scène souvent vécue en Amérique latine : le pouvoir des transnationales cherchant à infléchir le cours de l’histoire en leur faveur et dans leurs intérêts, au mépris des coûts humains et en s’associant pour cela avec les acteurs locaux ultraconservateurs.
La réunion Nixon/Kendall eu lieu dès le lendemain 15 septembre 1970, ce qui indique clairement la priorité de l’affaire pour la Maison Blanche. Le puissant impresario chilien Agustín Edwards demande l’aide des Etats-Unis pour éviter le désastre au Chili (1). Kissinger attribue au chilien Edwards la responsabilité d’avoir fait pression sur Nixon, de l’avoir « chauffé » pour qu’il décide d’actions drastiques. Après cette entrevue, Nixon se réunit ce même jour, avec Kissinger, le Général Attorney John Mitchell- qui se trouvait là à titre privé et non officiellement- et Richard Helms, directeur de la CIA, qui enregistra quelques notes de cette réunion :
-Même s’il n’y a qu’une chance sur dix, sauvez le Chili.
-Dépenses illimitées.
-Peu importe les risques à courir.
-Ne pas impliquer l’ambassade.
-Dix millions de dollars disponibles, plus si nécessaire.
-Travail à temps plein avec à disposition les meilleurs hommes.
-Elaborer un plan stratégique avec toutes les variantes possibles.
-Faire crier de douleur l’économie chilienne.
-48 heures pour le plan d’action.
« Lors de cette rencontre, Nixon nous ordonna, à nous trois, de n’informer de ces instructions ni le secrétariat d’Etat, ni le secrétariat de Défense, ni l’ambassadeur au Chili, ni le chef de la CIA au Chili. Ce fut le plus grand secret jamais tenu dans ma carrière » assura Richard Helms en écrivant ses mémoires.
Le Church Inform nota ainsi le résultat de cette entrevue : « Le 15 septembre, le Président Nixon informe le directeur de la CIA, Richard Helms, que le gouvernement d’Allende n’est pas acceptable pour les Etats-Unis et mandate la CIA pour qu’elle joue un rôle direct en organisant un coup d’état au Chili afin d’éviter qu’Allende n’accède à la présidence».
Ce qui fut consigné par le directeur de la CIA lui-même, dans ses mémoires : « Le Président m’ordonna de fomenter un coup d’état militaire au Chili, un pays jusqu’alors démocratique »(2). Il ajouta dans ses notes que « ni Nixon, ni Kissinger ne s’embarrassaient des risques que cela supposait ». Néanmoins cette première étape destinée à éviter la présidence d’Allende, échoua, ce qui déclencha une deuxième réunion d’urgence. A ce niveau, comme conclusion du Church Inform, avec Allende installé à la Moneda, tous les efforts de la Maison Blanche « étaient orientés vers le coup d’Etat militaire ».
Le résultat de cette manœuvre US engendre aujourd’hui, 35 ans après les faits, les réflexions intéressantes et inédites de quatre intellectuels chiliens bien placés, sur une lecture de l’histoire, sur les conséquences actuelles, au Chili, de la victorieuse stratégie des Etats-Unis, sur son perfectionnement et son incursion dans d’autres pays du tiers monde, sur la nécessaire mémoire historique et sur le rôle des médias.
(1)Henry Kissinger, White House Years (Brown, Boston : Little, 1978)
(2)Richard Helms, A Look over my Shoulder (New York: Random House, 2003)
Des centaines de milliers de personnes dans les rues des grandes villes du pays (1), et ce depuis plusieurs mois ; le maire de Santiago qui suggère de faire appel à l’armée pour éviter que la commémoration du 11 septembre 1973 (date du coup d’Etat contre le président Salvador Allende) ne fasse l’objet de débordements : le Chili vit une période inédite.
Jamais, depuis la fin de la dictature en 1990, le pays n’avait connu d’aussi importantes mobilisations. Jamais, depuis 1956, un gouvernement démocratique n’avait fait face à une telle contestation populaire. A l’origine de ce mouvement, les étudiants ont placé le gouvernement de M. Sebastián Piñera (droite) dans une position délicate : sa cote de popularité – 26 % – fait d’ores et déjà de lui le président le moins populaire depuis le retour à la démocratie.
Cette longue bande de terre qui longe l’océan Pacifique était pourtant le dernier pays de la région où l’on attendait une telle effervescence. Le « jaguar » latino-américain, « modèle typiquement libéral » (2) ne faisait-il pas l’admiration des éditorialistes en vue ? La stabilité politique y était assurée, expliquaient-ils, puisque « la réalité y avait fini par éroder les mythes et les utopies de la gauche, la plaçant (…) sur le terrain de la réalité, douchant ses fureurs passées et la rendant raisonnable et végétarienne [sic] (3) ». Le 28 avril 2011, pourtant, les étudiants chiliens montraient les dents. Et pas les molaires.
Ce jour-là, les étudiants des établissements publics et privés dénoncent le niveau d’endettement qu’implique l’accès à l’éducation supérieure. Dans un pays où le salaire minimum s’établit à 182 000 pesos (moins de 300 euros) et le salaire moyen à 512.000 pesos (moins de 800 euros), les jeunes déboursent entre 170.000 et 400.000 pesos (entre 250 et 600 euros) par mois pour suivre un cursus universitaire. En conséquence, 70 % des étudiants s’endettent, et 65 % des plus pauvres interrompent leurs études pour des raisons financières (4).
Réunissant huit mille personnes, cette première manifestation ne semble pas, a priori, promise à un quelconque avenir. Elle vient néanmoins gonfler un peu plus le fleuve de la protestation sociale, déjà nourri par diverses mobilisations à travers le pays : en faveur d’une meilleure redistribution des profits liés à l’extraction du cuivre à Calama, du maintien du prix du gaz à Magallanes, de l’indemnisation des victimes du tremblement de terre de janvier 2010 sur la côte, du respect des Indiens Mapuches dans le sud (5), ou encore de la diversité sexuelle à Santiago. Au mois de mai, le projet HidroAysén avait lui aussi participé à unir un peu plus les Chiliens – contre lui.
Piloté par la multinationale italienne Endesa-Enel, associée au groupe chilien Colbún, et soutenu par le gouvernement, les partis de droite et certains dirigeants de la Concertación (6) (centre-gauche), ce projet de construction de cinq immenses barrages en Patagonie avait été approuvé sans la moindre consultation citoyenne. Devant l’ampleur de la mobilisation (plus de trente mille personnes à travers le pays), le gouvernement se trouve dans une situation compliquée.
En juin, la mobilisation étudiante atteint sa vitesse de croisière : le 16 se produit la première manifestation de deux cent mille personnes – la plus grande depuis la période de la dictature.
Organisant des grèves massives et bloquant des lycées, les manifestants dénoncent la « marchandisation de l’éducation » et exigent « un enseignement gratuit et de qualité » : une revendication qui remet en cause les fondations mêmes du « modèle chilien », hérité de la dictature (lire dans cette page « Un héritage encombrant »). Dans les rues, les étudiants ne s’y trompent pas, qui scandent « Elle va tomber, elle va tomber, l’éducation de Pinochet ! », en référence aux slogans entendus lors des manifestations contre la dictature, il y a plus de vingt ans (« Elle va tomber, elle va tomber la dictature de Pinochet ! »).
Car si le Chili de Pinochet a constitué « un laboratoire » pour les politiques néolibérales, c’est aussi dans le domaine de l’éducation. Le rêve que l’économiste monétariste Milton Friedman formulait en 1984, les généraux y avaient travaillé dès leur prise du pouvoir.
Rares en 1973, les écoles privées accueillent désormais 60 % des élèves dans le primaire et le secondaire. Moins de 25 % du système éducatif est financé par l’Etat, les budgets des établissements dépendent, en moyenne, à 75 % des frais d’inscriptions. D’ailleurs, l’Etat chilien ne consacre que 4,4 % du produit intérieur brut (PIB) à l’enseignement, bien moins que les 7 % recommandés par l’Unesco. Dans le domaine de l’université – cas unique en Amérique latine –, il n’existe dans le pays aucun établissement public gratuit. Selon le sociologue Mario Garcés, les réformes Pinochet – maintenues et approfondies par les différents gouvernements depuis la chute de la dictature – ont perverti la mission du système éducatif : il visait à l’origine à favoriser la mobilité sociale ; il assure désormais la reproduction des inégalités (7).
Mais – interrogent les étudiants, auxquels n’ont pas échappé les discours satisfaits sur « le développement » de l’économie chilienne (qui lui a ouvert les portes de l’OCDE en décembre 2009) – si l’éducation était gratuite il y a quarante ans, alors que le pays était pauvre, pourquoi devrait-elle être payante aujourd’hui, alors qu’il est devenu (plus) riche ? Une question qui suffit à faire basculer tout une logique cul par-dessus tête, et dont la portée dépasse évidemment le domaine de l’éducation. Comme les revendications étudiantes : tenue d’une Assemblée constituante pour promouvoir une véritable démocratie, la renationalisation du cuivre (8) ou encore la réforme fiscale ; il s’agit, au bout du compte, « d’en finir avec l’ère Pinochet ». Suspicieux face à des dirigeants politiques qui ne leur inspirent plus confiance, les manifestants exigent que l’avenir du système éducatif soit soumis à un référendum (pourtant interdit par la Constitution).
Dénoncer les partis politiques ne signifie pas nécessairement promouvoir une forme d’apolitisme béat. Les étudiants ont occupé les sièges de la chaîne de télévision (Chilevisión), de l’Union démocrate indépendante (UDI, le parti issu du pinochétisme) ainsi que celui du Parti socialiste, identifiés comme trois symboles du pouvoir. Les discours apologétiques d’une gauche institutionnelle qui se dit volontiers coupable d’avoir « trop demandé » – déclenchant ainsi la colère, inévitable, des possédants en 1973 – ou ceux visant à promouvoir le retrait de l’Etat, ne semblent pas avoir prise sur une génération qui n’a pas connu le putsch. Les manifestants n’hésitent pas, d’ailleurs, à réhabiliter la figure de l’ancien président, Salvador Allende : ses discours sur l’éducation, prononcés il y a plus de quarante ans, ont récemment battu des records de consultation sur Internet ; son effigie apparaît de nouveau dans les manifestations, où des pancartes proclament que « les rêves d’Allende sont à portée de main ».
Cette clarté politique n’a pas affaibli le mouvement étudiant – bien au contraire. Ils ont reçu le soutien des universitaires, des enseignants du secondaire, des associations de parents d’élèves, de différentes organisations non gouvernementales (ONG), réunies autour de l’Association chilienne des ONG, Accion (9), et de syndicats importants (professeurs, fonctionnaires, personnels de santé, etc…). Bien souvent, la solidarité s’organise pour soutenir les manifestants occupant un établissement, sous la forme de paniers de nourriture que l’on apporte aux « bloqueurs », par exemple. Selon les sondages, pourtant commandités par des médias tous proches du pouvoir, les étudiants jouissent du soutien de 70 % à 80 % de la population.
Alors, pourquoi maintenant ? Certes, le Chili a déjà connu des mobilisations étudiantes, notamment « la révolution des pingouins » (10), en 2006, sous la présidence de Mme Michelle Bachelet (centre-gauche). Toutefois, jamais les manifestations n’attirèrent autant de monde : pendant deux décennies, les gouvernements de centre-gauche de la Concertación parvinrent à administrer l’héritage de la dictature tout en réduisant la pauvreté. Mais en accentuant les inégalités : à l’heure actuelle, le Chili figure au nombre des quinze pays les plus inégaux de la planète (11). Peu à peu, les espoirs de transformation liés à la chute de la dictature ont été douchés, cependant que s’accumulaient les dettes des étudiants.
L’injustice du système est peut-être apparue sous un jour plus cru avec l’arrivée au pouvoir de M. Piñera, lequel s’est vite donné pour mission de renforcer – encore – les logiques de marché au sein du système éducatif. Les conflits d’intérêts au sein du cabinet ont par ailleurs mis en évidence certaines dérives : le ministre de l’éducation de M. Piñera, M. Joaquín Lavín, était également fondateur et actionnaire de l’Université du développement, un établissement privé (12).
La réponse du gouvernement, pour l’heure, consiste à tenter de criminaliser les manifestants. La presse ne manque pas de souligner les exactions de fractions violentes, parfois infiltrées par des policiers en civil (comme l’ont démontré de nombreuses vidéos et photographies (13)). Le 4 août, estimant qu’il y a « une limite à tout », M. Piñera faisait interdire une manifestation sur l’avenue Alameda (choisie par les étudiants parce qu’évoquée par Allende dans son ultime discours) : la répression y fut systématique, avec plus de 870 interpellations. Mais la violence policière n’a fait qu’accroître le soutien populaire aux manifestants. Le soir même, les cacerolazos (manifestations au cours desquelles chacun maltraite une casserole) retentissaient à travers le pays : l’intransigeance gouvernementale avait transformé le défilé en « protestation nationale », terme utilisé pour décrire… les rassemblements en faveur de la démocratie à l’époque de la dictature.
Les étudiants demeurent mobilisés. Avec l’ensemble de leurs soutiens – qui ne ne se cantonnent plus aux classes moyennes –, ils se joindront à une grève générale les 24 et 25 août, dans l’espoir d’élargir la brèche ouverte.
Un héritage encombrant
Constitution
La Constitution en vigueur date de 1980 : elle fut approuvée (grâce à la fraude) sous la dictature. Antidémocratique, elle assure presque mécaniquement la moitié des sièges du Sénat et de la Chambre des députés à la droite chilienne, pourtant minoritaire. Education
En 1981, Augusto Pinochet réforme le système universitaire et élimine l’éducation supérieure gratuite. Le 10 mars 1990, la veille de son départ, il promulgue la Loi organique constitutionnelle de l’enseignement (LOCE), qui réduit encore le rôle de l’Etat dans l’éducation et délègue de nouvelles prérogatives au secteur privé. Protection sociale
En 1980, la dictature privatise le système de retraites (Décrets 3.500 et 3.501 proposés par le frère de M. Piñera, José). En 1981 sont créés les Isapres, systèmes de santé privés. Ils ne seront pas renationalisés lors du retour à la démocratie. Médias
Le jour du coup d’Etat, la junte publie le bando 15 (arrêt n° 15) qui interdit tous les journaux sauf El Mercurio et La Tercera, à l’origine des deux groupes de presse qui contrôlent le secteur des médias chiliens aujourd'hui. Victor de La Fuente (Directeur de l’édition chilienne du Monde diplomatique), mercredi 24 août 2011
Notes
(1) Plus de deux cents mille personnes les 16 et 30 juin, le 14 juillet puis, à nouveau les 9 et 18 août.
(2) El regreso del idiota, Alvaro Vargas Llosa, Plinio Apuleyo Mendoza, Carlos Albero Montaner, préface de Mario Vargas Llosa, Random House S.A., Mexico, 2007.
(3) Ibid. Lire également Franck Gaudichaud, « Au Chili, les vieilles lunes de la nouvelle droite », Le Monde diplomatique, mai 2011.
(4) « Estudio sobre las causas de la deserción universitaria », Centro de Microdatos, Département d’Economie, Université du Chili.
(5) Lire Alain Devalpo, « Mapuches, les Chiliens dont on ne parle pas », La valise diplomatique, 15 septembre 2010.
(6) La Concertation pour la démocratie est une alliance de centre gauche, aujourd’hui composée de quatre partis (Parti socialiste [PS], Parti pour la démocratie [PPD], Parti démocrate-chrétien [PDC] et Parti radical social-démocrate [PRSD]) qui a gouverné pendant vingt ans, à la chute de la dictature.
(7) Mario Garcés Durán, directeur de l’organisation non gouvernementale (ONG) Education et communication (ECO). Entretien avec la BBC Monde.
(8) L’entreprise d’Etat d’extraction du cuivre Codelco n’a jamais été privatisée, mais la dictature a ouvert de nouvelles concessions au profit de multinationales. La Concertación a suivi la même politique. A l’heure actuelle, 70 % du cuivre chilien est exploité par des entreprises étrangères. Voir le site du Comité de défense et de réappropriation du cuivre.
(9) Voir le site Internet d’Accion.
(10) Image due à la couleur des uniformes blancs et noirs des élèves des collèges publics.
(11) Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) ; « Rapport régional sur le développement humain pour l’Amérique latine et les Caraïbes » (pdf).
(12) Le ministre de l’éducation Joaquín Lavín a été remercié en plein conflit, le 18 juillet. M. Piñera l’a maintenu au sein de son cabinet. Le nouveau ministre de l’éducation se nome Felipe Bulnes.
(13) Voir par exemple « Carabineros infiltrados en protestas » sur le site de la chaîne Chilevision.
Les années passent dans la province byzantine. Une confrérie fait parler d'elle dans les années 1840 mais son importance n'émeut pas les autorités de l'Empire, du moins pas encore. Au milieu du XXème siècle, l'Italie voisine manifeste un certain intérêt pour la Libye. Le Duce Mussolini ne cache pas ses intentions de récréer la Grande Rome antique dont la Libye était partie intégrante.
Et ce n'est pas la première fois que l'Italie tente sa chance dans ce quart de l'Afrique du Nord. Elle avait bien pensait à l'Algérie mais la France tenait fermement cet avant poste de sa future colonisation. En 1885, le Duc de Gênes (un membre de la famille royale de Savoie) fonda une société d'exploration et de colonisation qui échoua lamentablement en Lybie. Mais l'idée était là et d'autres entreprises italiennes, allemandes ou françaises se créèrent sur ce même modèle avec plus ou moins de succès dans le Djébel. Cette invasion économique agaça profondément la Sublime Porte. L'Italie donna bientôt 24 heures d'ultimatum à la Turquie pour quitter la région tripolitaine. Comme la Turquie ne donnait pas sa réponse, les troupes navales italiennes bombardèrent la ville albanaise de Preveza. Le 25 Septembre 1911, la mobilisation avait été déjà décrétée dans toute la péninsule italienne. La Turquie en appelle à la diplomatie européenne qui ignore cet " homme malade " qu'est l'empire ottoman. Au contraire, les différentes monarchies d'Europe inondent leurs journaux de pamphlets anti- turques. Après s'être entendu avec la France, le 3 Octobre, les troupes italiennes envahissent Tripoli, désertée de ses contingents turcs mal approvisionnés par le Sultanat. Prétextant libérer la ville du joug Ottoman, l'Italie n'a pas prévu de résistance interne. Champions de la chrétienté, les Italiens naïfs se trompent d'époque mais réalisent non sans mal leurs vœux malgré quelques victoires ottomanes. Les Turcomans, dirigés par un certain Mustapha Kémal, s'étaient réfugiés dans les oasis et résistaient malgré la supériorité des troupes italiennes (100000 soldats). L'invasion du pays avait favorablement accueillie par les Italiens mais ces derniers au fil du temps qui passait, se demandaient comment son armée pouvait ne pas mater ces quelques turques qui résistaient encore. L'opinion publique accusa même la France de double -jeu dans cette affaire en encourageant la contrebande de guerre au profit des libyens.
La Libye est finalement cédée par les Turcomans le 18 Octobre 1912 aux italiens (Traité de Lausanne). Non pas grâce à l'action des soldats italiens qui mettaient des mois à conquérir un oasis de 15 km de long, mais bien parce qu'Istanbul connut un coup d'état militaire qui força le gouvernement turque à ramener ses troupes vers sa frontière asiatique. Il faudra encore un deuxième ultimatum pour que les Ottomans acceptent le sacrifice de Tripoli pour sauver ce qui lui reste de son empire.
La réorganisation de la nouvelle colonie va être longue d'autant plus que les italiens ne contrôlent en fait que les côtes du pays. La révolte d'Omar Moukhtar (1862-1931), professeur coranique va donner du fil à retordre à l'occupant. Son intensive guérilla contre l'armée italienne va durer plus de vingt ans. Capturé, il est finalement exécuté le 16 Septembre 1931 à Benghazi.
Entre le 17 mai 1919 et le 24 Janvier 1929, la colonie est administrée sur comme le faisait les Ottomans. Deux provinces, celle de Tripoli et la Cyrénaïque, possèdent leur propre autonomie. On maintint le système tribal afin de s'asseoir sur une certaine légitimité mais ce fut un échec. Le 9 Mars 1927, il fut aboli. Il est vrai que les différents leaders bédouins respectaient peu les ordres du gouvernorat italien bien trop prompt à réprimer toutes révoltes (Le 3 Janvier 1928, les autorités italiennes déportèrent plus de 10000 personnes après avoir mis sous barbelés l'oasis d'Al-Jaghboub)
La Cyrénaïque dont la moitié de la population fut massacrée durant la guerre avec Omar Moukhtar) et Tripoli furent réunis en une seule province puis obtint un véritable statut de colonie en 1934.
Le Duce Mussolini, Président du Conseil Italien, prit d'une inspiration divine se proclame " Protecteur de l'Islam " en Mars 1937 lors d'une visite dans la colonie. Trois ans auparavant pour faire oublier les nombreux massacres perpétrés par ses soldats, le Duce Mussolini proclame que les Libyens conservent le droit à la propriété, la liberté de mouvement ou le droit à rejoindre tous postes administratifs de la colonie. Dans la réalité, les faits en seront tout autrement. De 30 000 italiens présents, la Libye passa à 100 000 colons de plus avant le début de la seconde guerre mondiale.
La Libye va devenir un enjeu important lors du conflit mondial. Les routes construites (4000 Kilomètres) dans toute la colonie se révèlent déterminantes dans l'invasion de l'Egypte via la Tunisie, autre future colonie italienne. Afin de gonfler ses troupes, le régime italien autorise en 1939 les Libyens de pouvoir adhérer au Parti national fasciste ou son alter égo local, l'Association Musulmane des Licteurs. Les combats et défaites de Tobrouk (Avril 1941) ou Benghazi, El Alamein (23 Octobre 1942), ces défaites de l'Afrika Korps (régiments allemands d'Afrique du Nord) en 1943 met fin au rêve impérial de Mussolini. La Cyrénaïque perdue en Novembre 1942, les italiens durent évacués la colonie dès Février. Quelques mois plus tard, le Duce était victime d'un coup d'état. L'hégémonie fasciste en Afrique du Nord avait eu de lourdes conséquences. Si la colonie avait été modernisée, le prix à payer avait été énorme. La moitié de la population Libyenne avait été décimée soit par la guerre soit par les exactions italiennes…