samedi 10 septembre 2011

Hommage à Bachir Hadj Ali poète, militant et dirigeant politique.

10 Mars 2011
Bachir Hadj Ali : 10 Décembre 1920 - 09 Mai 1991
L’œuvre littéraire de Bachir Hadj Ali appartient à cette veine populaire ardente et baignée de ce refus de se soumettre, de se résigner face aux injustices, aux diktats de tout poil.


Né le 10 décembre 1920 à Alger (Casbah). Il interrompt ses études à 19 ans et adhère au Parti Communiste Algérien fin 1945. En 1948 il devient rédacteur en chef de Liberté. Il est condamné à deux ans de prison avant 1954.
Après le déclenchement de la guerre de Libération nationale, il organise, avec Saddek Hadjess, « les combattants de la liberté », et mena les pourparlers avec le FLN. Après le coup d’Etat de 1965, il crée, avec Hocine Zehouane, l’organisation de la résistance populaire. Mais quelques mois après, il est arrêté et torturé. Il écrit L’arbitraire, qui est publié en 1966 aux éditions de Minuit. Lucette Hadj Ali confie que le manuscrit a été écrit à partir de la centrale de Lambèse sur du papier hygiénique.
Le texte a été enfilé dans du papier à cigarette que Bachir remettait soigneusement à chacune des visites de sa femme. Bachir Hadj Ali a passé plusieurs années de prison et de résidence surveillée jusqu’en 1970. Lucette affirme que dans le livre L’arbitraire, ce sont toutes les tortures subies qui y sont décrites et l’état d’esprit dans lequel il se trouvait. Elle livre un témoignage accablant. Le militant a été torturé de la manière suivante : ses tortionnaires lui ont mis un bidon métallique - avec à l’intérieur des baguettes - sur la tête. « Au bout d’un moment, il avait l’impression que c’était son cerveau qui était trituré avec ses baguettes. Pendant des années, il a eu des vertiges. Je me demande si sa maladie n’était pas en relation avec ce châtiment. Je suis sûre qu’on voulait à tout prix lui démolir son cerveau. » Quand il reprend sa liberté, il mènera une activité très intense, donne des conférences, écrit des essais. La maladie interrompt soudainement les élans de cet infatigable et le clou au lit pour plusieurs années.
Il décédera le 8 mai 1991. Cette rencontre a permis, d’une part, de lever le voile sur son ouvrage, connu jusqu’ici uniquement par les militants démocrates, et d’autre part, de parler des communistes, car, comme a tenu à le souligner l’animatrice, « l’histoire les dénigre ».
Chants pour le 11 décembre (poèmes; Paris, la Nouvelle Critique, 1961; ré éd.1963).
Notre peuple vaincra (essai; Genève, éd. du Fennec, 1961).
Culture nationale et révolution (conférence; tiré à part de la Nouvelle Critique, 1963).
L'Arbitraire (récit suivi de poèmes : Chants pour les nuits de septembre Paris, éd. de Minuit, 1966).
Que ma joie demeure! (poèmes; Paris, Oswald, 1970 - ré éd. l'Harmattan, 1981).
Le Mal de vivre et la volonté d'être dans la jeune poésie algérienne d'expression française (court essai - Alger, 1977).
Mémoire-clairière (poèmes; Paris, Éditeurs français réunis, 1978).
Actuelles Partitions pour demain (poèmes Paris, l'Orycte, 1980, avec des dessins de M. Khadda).
Soleils sonores (Alger, E.N.A.G., 1985, avec illustrations de M. Khadda).

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Selon les propos de Mohamed Rebah,Bachir Hadj Ali s’est investi pleinement lorsqu’il s’était agi de redresser le parti communiste algérien notamment pendant la période qui s’est étalée de 1946 à 1951 et il s’était également acquitté de sa mission quand il a fallu organiser l’entrée des communistes algériens aux côtés du FLN dans le cadre de la lutte armée pour l’indépendance du pays.
Bachir Hadj Ali a subi l’arbitraire à cause de ses divergences profondes avec le régime de Boumediene. Il mourut en 1991, des suites d’une longue maladie.
Le fondateur du PAGS, le dissident entré en lutte dans l’organisation de la fameuse ORP, est également un poète fécond, un analyste politique lucide et averti, un musicologue pétri jusqu’à la plante des pieds par le patrimoine culturel national.
"L’œuvre littéraire de Bachir Hadj Ali appartient à cette veine populaire ardente et baignée de ce refus de se soumettre, de se résigner face aux injustices, aux diktats de tout poil.Elle est empreinte d’espoir, de tolérance, de questionnements actuels". Yacine Teguia.

L'arbitraire de Bachir Hadj Ali

Bachir Hadj Ali livre dans cet ouvrage,un témoignage poignant sur son propre martyre. Celui subi, tenez-vous bien... 11 fois ! Après l’indépendance de l’Algérie dans les locaux de la sécurité militaire, chemin Poirson à Alger. Comme un cheval fou qui piétine tout sur son passage, le régime de Boumediène qui venait de s’emparer du pouvoir, n’a pas fait dans la dentelle pour traquer toute velléité d’opposition et embastiller les voix irrévérencieuses.
Dans ce livre “L’arbitraire” préfacé par Hocine Zehouane et l’introduction signée Mohamed Harbi, Bachir Hadj Ali nous dit sans fard sa douleur et relate le supplice infligé par ses bourreaux. Des souvenirs toujours aussi vivaces, expurgés néanmoins, de tout ressentiment et empreints de cette humaine propension à l’absolution qui leur confère une forme d’intemporalité. “... Je réfléchis à une astuce, comme tous les torturés : tenir longtemps sous l’eau, en expirant l’air très lentement, faire le geste désespéré du noyé un peu avant que les poumons ne se vident entièrement, expirer les dernières bulles d’air avant la remontée et inspirer très vite, en surface, améliorer cette technique sans cesse en réglant ses mouvements sur ceux du tortionnaire pour les synchroniser...” (P. 40) “Mon refus obstiné de répondre à leurs questions précises et serrées… et mon calme ont porté leur colère à un haut niveau d’exacerbation”. (P 43)
Incarcération, torture, assignation à résidence, interdiction de séjours... Bachir Hadj Ali n’a, au fait, jamais cessé de subir les foudres du pouvoir qui, pour donner un semblant de légitimité à sa politique répressive, s’est souvent retranché dans la bulle du complot permanent. Rejetant toute idée d’asservissement, Bachir Hadj Ali n’a pas hésité, en compagnie de quelques intellectuels rebelles dont Mouloud Mammeri et Jean-Sénac à claquer violemment la porte de l’Union des écrivains algériens dont ils étaient pourtant les principaux fondateurs. C’était en 1965.

Cette démission collective intervenait en réaction au pouvoir de Ben Bella de placer l’organisation sous sa régence dans le prolongement de sa stratégie de mise au pas avant la mise à mort des rares segments combatifs de la société. Au lendemain de la disparition de Bachir Hadj Ali un certain 9 mai 1991, Abdelhamid Benzine écrivait ces mots dans les colonnes d’Alger Républicain : “Mohamed Khada, Bachir Hadj Ali aujourd’hui : comment leur reprocher de nous avoir quittés en ces douces nuits de mai, nous laissant perdus, orphelins dans notre beau pays où les chants et les couleurs se font clandestins ?”

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