mercredi 25 mai 2016

Lettre de Ken Loach à Tali Shalom Ezer : Levez-vous, s’il vous plait, du côté des oppressés contre les oppresseurs.



Ken Loach est un réalisateur britannique dont les œuvres sont axées sur la misère en Grande-Bretagne. Durs et poignants, ses films résonnent dans l’esprit du spectateur pour finalement poser les bonnes questions : qu’est ce qui est bon ? Qu’est ce qui est mal ?
Une nouvelle fois cette année, le réalisateur est nominé au festival de Cannes pour son film I, Daniel Blake. Derrière la caméra comme dans la vie l’homme est engagé et ne se prive pas de se prononcer sur ce qu’il croit être juste ou non, comme au travers de cette missive qu’il destine à Tali Shalom Ezer.

Cher Tali Shalom Ezer,

Depuis le début, Israël et ses partisans ont accusé leurs délateurs d’être antisémites ou racistes. C’est une tactique pour miner le débat rationnel.
Pour être aussi clair que de l’eau de roche : en tant que réalisateur, vous avez reçu un accueil chaleureux à Edimbourg. Vous n’êtes ni censuré, ni rejeté. L’opposition concernait plutôt à la réception d’argent provenant de l’Etat d’Israël par le Festival.
L’appel en faveur d’un boycott des Institutions culturelles israéliennes est venu de nombreux Palestiniens : écrivains, artistes, journalistes, hommes de loi, académiciens, syndicalistes, enseignants. Ils le considèrent comme « une contribution à la lutte pour la fin de l’occupation d’Israël, sa colonisation et son système d’apartheid. » Qui sommes-nous, pour ne pas tenir compte de leur appel ? Vos arguments de comptoir étaient déjà utilisés contre le boycott sud-africain, qui finit finalement par sortir victorieux.
Nous nous souvenons que les Palestiniens ont été dépossédés soixante ans durant, que leurs maisons ont été détruites et leurs communautés anéanties. Les Israéliens ignorent la loi internationale, la convention de Genève et la plupart des décisions des Nations Unies.
Nous avons vu avec horreur les récents massacres à Gaza, comment l’armée israélienne use de bombe au phosphore dans les zones habitées, comment les asiles et entrepôts des Nations Unis étaient détruits. La Croix Rouge a décrit des frappes sur les équipes médicales et le refus d’aide aux blessés. Une journaliste israélienne, Amira Hass, a rapporté la mort de personnes arborant des drapeaux blancs et l’annihilation de familles entières.
Face à de tels crimes, le poète israélien Aharon Shabtai écrit : « Je ne crois pas qu’un état qui maintient une occupation perpétrant un lot quotidien de crimes contre les civils mérite d’être invité à quelque événement culturel que ce soit. »
Ceux qui ont attaqué le boycott sont ici les suspects habituels, les vieux politicards de l’extrême droite. Chacun pensait que vous étiez un homme. […]
Levez-vous, s’il vous plait, du côté des oppressés contre les oppresseurs. J’espère que vous appréciez le Festival.
Ken Loach

dimanche 22 mai 2016

Ligue arabe : de la salle des soins palliatifs à la morgue .La LEA qui porte en elle-même les germes de sa perte a signé l’acte de son décès en inversant le but de sa création.



Certains responsables arabes sont allés plus loin que le roi du Bahreïn dans leur « danse du ventre ». Le cas notamment du richissime homme d’affaires le prince Al Waleed Ben Talal. « Je me rangerai du côté de la nation juive et de ses aspirations démocratiques, dans le cas du déclenchement d'une Intifada palestinienne et j'userai de toute mon influence pour briser les initiatives arabes sinistres visant à condamner Tel-Aviv, parce que je considère l'entente israélo-arabe et une future amitié comme nécessaire pour empêcher l'extension dangereuse de l'Iran », a déclaré le prince Al Waleed cité par l'agence de presse du Koweït KUNA, le mardi 29 octobre 2015.
La levée des sanctions américaines, européennes et onusiennes contre l’Iran couronnée par la visite officielle du président de la république islamique Hassan Rohani à Paris le 28 janvier 2016 a été l’occasion pour sortir l’agonisante Ligue des Etats Arabes (LEA) de la salle des soins palliatifs pour l’expédier à la morgue. Crée en 1945 dans les officines du Foreign Office qui en lui assignant l’objectif de « promouvoir une politique économique fondée sur la complémentarité parmi les pays arabes membres » voulait en faire une sorte d’annexe du Commonwealth, la LEA a dérivé progressivement vers un seul but : contrer la naissance de l’Etat d’Israël en 1948 et plus tard freiner son expansion. Or depuis la déferlante du Printemps arabe et son cortège de guerres civiles notamment en Syrie, Egypte et au Yémen et surtout depuis que l’Iran commence à redevenir fréquentable les régimes arabes sunnites sans assises historique et populaire solides redécouvrent qu’Israël n’est pas leur ennemi, et que le véritable danger qui menacent leur existence est le fossé qui les séparent de leurs jeunesses -fossé considérablement élargi par Internet et les réseaux sociaux- et la république chiite d’Iran. Cette organisation panarabe, réputée pour ses joutes oratoires et son inefficacité légendaire, faut-il le rappeler, souffrait déjà d’une malformation congénitale grave qui l’a contrait à garder le lit depuis sa naissance en 1945. En effet « la Charte régissant la Ligue Arabe qui unit quelque 22 Etats souverains y compris de l’Autorité palestinienne est caduque depuis sa création dans les bureaux du Foreign Office britannique en 1945. », j’écrivais sur mon blog Croque Cactus le 28 janvier 2009. Mais au moins elle faisait du boucan. Maintenant, plus rien. Le silence radio. Non seulement sa charte fondatrice est caduque mais son objectif s’est inversé. D’un barrage à Israël elle est devenue-du moins pour les pétromonarchies qui la financent-, son avocat. En fait les pays arabes se sentant menacés dan s leur existence par l’Iran et le chiisme rêvent d’un Israël qui les défendra ou protégera contre/d’une éventuelle agression iranienne, misant sur la haine (supposée) entre la république islamique et l’Etat hébreu.


Avec une forte communauté chiite se sentant délaissée et une minorité sunnite aux commandes, le royaume du Bahreïn se sent le plus menacé.

En fait ces pays arabes savent que leur seul recours en cas d’attaque iranienne serait Israël, les Etats-Unis, l’Union européenne et la Russie étant hors jeu…. Avec une forte communauté chiite se sentant délaissée et une minorité sunnite aux commandes, le royaume du Bahreïn se sent le plus menacé. Son roi vient de le faire savoir publiquement à sa manière. « Israël est capable de défendre les pays arabes modérés », a déclaré Hamad Ben Issa Al Khalifa, lors de sa rencontre avec le rabbin Marc Schneier. Une déclaration qui est venue après une longue danse du ventre en vue de séduire Israël. « Alors que le conflit israélo-palestinien connaît une recrudescence des violences depuis plusieurs semaines et que les tensions interreligieuses s'exacerbent au Moyen-Orient, le royaume de Bahreïn a tenu à célébrer lundi 7 décembre 2015 une fête juive ! au palais royal du monarque Hamad Ben Issa Al Khalifa, une première depuis la création de l'Etat d'Israël en 1948 », rapportent des médias israéliens. Des « messages d’amour » auxquels le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou répondra dans un discours enregistré et diffusé dimanche 7 décembre 2014 soir, lors du Forum Saban sur le Proche-Orient à Washington, à sa façon. « Israël n'est pas l'ennemi des pays arabes » dira Bibi Netanyahou. Une réponse qui a été perçue comme un signe positif dans les pays arabes concernés même si en interne les Israéliens ont vu dans cette déclaration une manœuvre électorale à l’adresse des partis de gauche et du centre et surtout Washington qui veut que le processus de paix israélo-palestinienne marque des points avant la fin du mandat d’Obama. Certains responsables arabes sont allés plus loin que roi du Bahreïn dans leur « danse du ventre ». Le cas notamment du richissime homme d’affaires le prince Al Waleed Ben Talal. « Je me rangerai du côté de la nation juive et de ses aspirations démocratiques, dans le cas du déclenchement d'une Intifada palestinienne et j'userai de toute mon influence pour briser les initiatives arabes sinistres visant à condamner Tel-Aviv, parce que je considère l'entente israélo-arabe et une future amitié comme nécessaire pour empêcher l'extension dangereuse de l'Iran », a déclaré le prince Al Waleed cité par l'agence de presse du Koweït KUNA, le mardi 29 octobre 2015. On peut multiplier les exemples mais notre propos n’est pas de faire une revue de presse exhaustive. Mais de monter que la LEA qui porte en elle-même les germes de sa perte a signé l’acte de son décès en inversant le but de sa création. Un changement qui n’est pas mauvais en soi, faut-il le souligner. Il est susceptible d’insuffler une nouvelle dynamique au processus de pays au Proche-Orient. …….

http://chankou.over-blog.com/2016/03/ligue-arabe-de-la-salle-des-soins-palliatifs-a-la-morgue.html

jeudi 19 mai 2016

ALGERIE : les milliardaires nuisent au droit à l'information




8 Mai 2011

Dans de nombreux pays, dans tous les continents, des journaux en difficultés ont été cédés à de grands patrons par les collectifs de journalistes qui en avaient la propriété. Partout, ces médias ont progressivement perdu leur indépendance. Par la combinaison de la censure et de l'autocensure, cette mise sous tutelle est inévitable.
Pour exercer pleinement leur métier, des journalistes de plus en plus nombreux s'investissent dans des médias numériques indépendants. Leur objectif est de continuer à faire leur travail : enquêter pour fabriquer l'information. Et, il n'est plus possible d'exercer la liberté d'informer dans des médias contrôlés par les puissances économiques qui sont les sujets des enquêtes!
De nombreux Algériens politisés, qui réfléchissent hors des coteries manipulées par les clans et le système qui régule leur compétition, refusent l'extension de ce processus de main mise de l'argent dans notre pays.
La vente du groupe El Khabar au multimilliardaire Rebrab et la réaction du ministre Grine ont le mérite de révéler aux citoyens cette tendance de fond : les oligarques mettent la main sur des médias algériens en difficultés. La liste des riches hommes d'affaires impliqués est déjà longue. Rebrab franchit un nouveau pas dans la concentration de journaux entre les mains d'un seul homme.
La distinction personne morale-personne physique est ici dérisoire. C'est bien Rebrab, himself, qui contrôlera El Khabar en plus de Liberté!
Il est souhaitable que les juges arrêtent l'OPA de Rebrab, parce qu'elle contourne la loi avec des artifices. Comme il est souhaitable qu'à cette occasion soit mis à l'ordre du jour la nécessité de mesures de soutien aux collectifs de journalistes pour sauvegarder la pluralité de la presse. Cette aide est la condition pour contrer la main mise des puissances d'argent sur les médias. C'est l'absence de cette politique publique de soutien à la presse qui prépare le terrain  aux puissances d'argent.
Publié par Saoudi Abdelaziz
Source : Le blog de algerie-info

samedi 14 mai 2016

Je suis une fille



Par Yara Jouda
Gaza - 9 mai 2016 
Je suis une fille qui n'a pas de rêves et peut-être pas de futur. Le temps d'un clignement d’œil, je peux être sans mains, sans cœur et sans âme.

Je suis une fille qui vit sous un toit qui est sous un ciel occupé par des milliers d'avions pleins de bombes, qui est entouré de terre sans personne pour la travailler, parce que tout le monde a peur d'être tué par des soldats dans les tours de guets, cachés mais prêts à tirer à tout moment, sans se préoccuper de qui ils visent et comment leurs familles survivront sans eux.

Au-delà, il y a la mer qui, autant que nous l'aimons, nous terrifie parce qu'elle porte d'énormes et terrifiants navires qui peuvent nous tuer eux aussi.
Dois-je vous parler aussi du magnifique parc transformé en terre stérile et meurtrie ? Dois-je vous dire que je serais ravie de prendre l'avion mais que j'ai tellement peur que l'un d'entre eux me tue ? Dois-je vous dire que j'ai peur de regarder le ciel et de compter les étoiles, parce que peut-être elles vont se transformer en lumières qui tuent ? Je ne peux même pas écrire sur tout ce qui menace ma vie sans craindre d'en mourir.

Ils nous ont pris notre enfance et notre bonheur, et puis ils nous ont dit que nous sommes les terroristes. Désolée, mais je ne me souviens pas avoir brandi une arme pour vous tuer, à moins que vous ne considériez nos jeux comme du terrorisme. Savez-vous combien nous voulions et nous nous battions, dans ces jeux, pour être l'officier de police qui défend les pauvres gamins et les protège contre les soldats israéliens ? Qu'attendez-vous que fassent les enfants, quand vous êtes si jeune mais que vous ne pouvez pas effacer les bruits de bombes, ou la douleur de perdre les gens que nous aimons quand une roquette tombe sur leur maison et qu'ils n'ont rien fait pour mériter une telle mort ? Et n'oublions pas la fermeture des passages, qui rendent tout voyage impossible. Et même quand nous pouvons, c'est comme si nos noms sur nos papiers d'identité étaient soulignés en rouge, juste parce que nous sommes Palestiniens - les gens nous traitent différemment, ils sont "prudents", comme si nous étions tous des terroristes.

Je suis une fille qui, dans certaines parties du monde où les personnes "ont de l'importance", serait considérée comme trop jeune pour poser ces questions, et beaucoup trop jeune pour pouvoir parler de ces sujets. Je suis une fille qui est obligée d'être une vieille femme à l'âge de 15 ans.

Yara, 15 ans, est une réfugiée palestinienne qui vit à Gaza, sa ville d'origine est Ashdod, maintenant en Israël après le nettoyage ethnique de 1948. Elle dit, "écrire est un de mes loisirs, et celui que je préfère. Lorsque j'écris, j'ai le sentiment d'être dans mon propre monde. Je peux écrire sur ce que je veux, et je me sens libre. C'est aussi une façon de raconter notre véritable histoire au monde."

Source : We Are Not Numbers
Traduction : MR pour ISM