Ken Loach est un réalisateur britannique
dont les œuvres sont axées sur la misère en Grande-Bretagne. Durs et poignants,
ses films résonnent dans l’esprit du spectateur pour finalement poser les bonnes
questions : qu’est ce qui est bon ? Qu’est ce qui est mal ?
Une nouvelle fois cette année, le
réalisateur est nominé au festival de Cannes pour son film I, Daniel Blake.
Derrière la caméra comme dans la vie l’homme est engagé et ne se prive pas de
se prononcer sur ce qu’il croit être juste ou non, comme au travers de cette
missive qu’il destine à Tali Shalom Ezer.
Cher Tali Shalom Ezer,
Depuis le début, Israël et ses partisans
ont accusé leurs délateurs d’être antisémites ou racistes. C’est une tactique
pour miner le débat rationnel.
Pour être aussi clair que de l’eau de roche
: en tant que réalisateur, vous avez reçu un accueil chaleureux à Edimbourg.
Vous n’êtes ni censuré, ni rejeté. L’opposition concernait plutôt à la
réception d’argent provenant de l’Etat d’Israël par le Festival.
L’appel en faveur d’un boycott des
Institutions culturelles israéliennes est venu de nombreux Palestiniens :
écrivains, artistes, journalistes, hommes de loi, académiciens, syndicalistes,
enseignants. Ils le considèrent comme « une contribution à la lutte pour la fin
de l’occupation d’Israël, sa colonisation et son système d’apartheid. » Qui sommes-nous,
pour ne pas tenir compte de leur appel ? Vos arguments de comptoir étaient déjà
utilisés contre le boycott sud-africain, qui finit finalement par sortir
victorieux.
Nous nous souvenons que les Palestiniens
ont été dépossédés soixante ans durant, que leurs maisons ont été détruites et
leurs communautés anéanties. Les Israéliens ignorent la loi internationale, la
convention de Genève et la plupart des décisions des Nations Unies.
Nous avons vu avec horreur les récents
massacres à Gaza, comment l’armée israélienne use de bombe au phosphore dans
les zones habitées, comment les asiles et entrepôts des Nations Unis étaient
détruits. La Croix Rouge a décrit des frappes sur les équipes médicales et le
refus d’aide aux blessés. Une journaliste israélienne, Amira Hass, a rapporté
la mort de personnes arborant des drapeaux blancs et l’annihilation de familles
entières.
Face à de tels crimes, le poète israélien
Aharon Shabtai écrit : « Je ne crois pas qu’un état qui maintient une
occupation perpétrant un lot quotidien de crimes contre les civils mérite
d’être invité à quelque événement culturel que ce soit. »
Ceux qui ont attaqué le boycott sont ici
les suspects habituels, les vieux politicards de l’extrême droite. Chacun
pensait que vous étiez un homme. […]
Levez-vous, s’il vous plait, du côté des
oppressés contre les oppresseurs. J’espère que vous appréciez le Festival.
Ken Loach



