mardi 8 décembre 2015

France : Le Front national néo-fasciste en tête au premier tour des élections régionales. La montée du FN témoigne du rôle réactionnaire du PS et de la crise profonde du capitalisme français.



Le PS et ses alliés ne font pas obstacle au développement des formes dictatoriales de gouvernement prônées par le FN. Ce sont eux qui imposent les politiques impopulaires de l'austérité, de la guerre, de la construction d’un appareil de surveillance et du cadre juridique d'un État policier. Ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour créer les conditions de l’instauration d'un Etat policier dirigé par un parti fasciste en France.
Le Front national néo-fasciste (FN) a réalisé des gains importants dans au moins six des treize régions françaises au premier tour des élections régionales du 6 décembre. Les élections se sont déroulées dans une atmosphère empoisonnée de répression policière et d'hystérie anti-musulmane, sous le régime d’état d'urgence décrété par le gouvernement PS après les attaques terroristes du 13 novembre. Le gouvernement avait renforcé la sécurité des bureaux de vote; la police et les soldats patrouillaient dans les rues de Paris et des autres grandes villes.
Alors que l'abstention était d'environ 50 pour cent, le Front national néo-fasciste (FN) a obtenu 27,96 pour cent des voix et devance Les Républicains (LR,26,89 pour cent) et le Parti socialiste (PS) qui a subi un revers dévastateur et n’obtient que 23,33 pour cent des voix.
Le FN arrive en tête dans six régions: Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Provence-Alpes-Côte d'Azur. Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, Normandie, Centre-Loire, Bourgogne-Franche-Comté et l'Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne. La coalition menée par LR est en tête dans quatre régions, et le PS dans trois.
La présidente du FN Marine Le Pen a obtenu 43 pour cent des voix dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie où le PS et son allié, le Parti communiste français stalinien (PCF) avaient dominé pendant des décennies. Dimanche, ils n’y ont plus obtenu que 18 pour cent des voix. Frappée par la désindustrialisation et la fermeture des mines de charbon, la région a un taux de chômage de 12,5 pour cent et l'un des plus hauts taux de pauvreté en France. Un million d'habitants sur les six que compte la région vit dans la pauvreté.
Ce sont les premières élections régionales depuis que le PS a introduit une réforme réduisant le nombre de régions de 22 à 13 et qui entrera en vigueur l'an prochain. Puisque aucun parti n'a obtenu la majorité absolue dans une des régions au premier tour, un deuxième tour de scrutin aura lieu le 13 décembre avec les partis ayant obtenu au moins 10 pour cent du vote.
Le FN est arrivé en tête dans six régions et sera présent dans toutes les régions au second tour, ce qui force les responsables du PS et de LR à décider quelle stratégie ils adopteront vis-à-vis du FN la semaine prochaine.
Le Premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis a annoncé dimanche soir le retrait des listes PS au deuxième tour en Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Il a dit, « Dans les régions à risque Front national où la gauche ne devance pas la droite, le Parti socialiste décide de faire barrage républicain, en particulier en Nord-Pas-de-Calais-Picardie et Provence-Alpes-Côte d’Azur (...). Pendant cinq ans, les socialistes ne siègeront pas dans ces régions ».
Les sondages suggèrent que le FN pourrait, événement sans précédant, gagner deux, voire trois régions: celles de Provence-Alpes-Côte d'Azur où se trouve Marseille, de Nord Pas-de-Calais Picardie avec Lille et la région Bourgogne-Franche-Comté.
La montée du FN témoigne du rôle réactionnaire du PS et de la crise profonde du capitalisme français. La politique profondément impopulaire d'austérité et de guerre du président PS François Hollande ont discrédité son parti. En l'absence d'opposition organisée au PS depuis la gauche et alors que les alliés politiques du PS et la bureaucratie syndicale répriment l'opposition de la classe ouvrière, le FN s’avère être le principal bénéficiaire des mesures d'Etat policier imposées par le PS suite aux attentats de Paris.
Le PS a déclaré son intention de se défaire définitivement des droits démocratiques fondamentaux. Il a imposé un état ​​d'urgence de trois mois lui permettant d’interdire et de réprimer les manifestations, de placer en résidence surveillée, sans procès, toute personne dont la police prétend qu’elle est une menace potentielle pour l'ordre public. Il entend modifier la Constitution pour donner au président l’autorité d'exercer les pouvoirs d'urgence indéfiniment, transformant de fait la France en Etat ​​policier.
Le résultat de cette élection montre que la décision du PS de rompre fondamentalement avec les formes démocratiques de gouvernement a affaibli les arguments en faveur d’une opposition des électeurs au FN en raison de son héritage anti-démocratique – soutien au régime de Vichy de collaboration avec les nazis, négation de l'Holocauste et soutien à la domination coloniale de l’Algérie par la France.
La politique du PS a intégré le FN à la politique bourgeoise conventionnelle. Se saisissant des attentats de Paris et de la crise des réfugiés en Europe suite aux guerres impérialistes de Syrie et d’Afrique, le FN a fait campagne pour des mesures sécuritaires dures et une politique anti-immigrés. Après des victoires électorales aux municipales et aux européennes l'an dernier, le FN vise à consolider ses acquis au second tour et à renforcer les chances de Marine Le Pen à l’élection présidentielle de 2017.
Après avoir voté à Hénin-Beaumont, une ville gérée par le FN en région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Marine Le Pen a dit: «C’est un moment important; important pour l’avenir de nos régions, important pour l’avenir de notre pays, important à la lumière des événements dramatiques et catastrophiques qui ont frappé la France»
Dans un appel aux électeurs déçus par le PS et LR elle a ajouté, «Nous avons vocation à réaliser l'union nationale dont le pays a besoin ».
A la veille de l'élection, le PS et les médias bourgeois avaient lancé des appels désespérés mais cyniques à ne pas voter FN, affirmant que ceci risquait de miner la République. Le 5 décembre, Le Monde publiait un éditorial intitulé « Le Front national, cette imposture ».
Avertissant les lecteurs qu’« il faut donc prendre le parti d’extrême-droite au sérieux » il a écrit : « Son idéologie, ses propositions sont contraires aux valeurs républicaines, à l’intérêt national et à l’image de la France dans le monde.... Qu’en est-il de la fraternité quand le FN propose le rétablissement de la peine de mort, au mépris de la Constitution? Ou quand sa présidente saisit le prétexte des attentats terroristes du 13 novembre pour réclamer la suspension immédiate des procédures d’asile des réfugiés, au mépris d’un droit universel et d’une tradition qui honorent la France » ?
Sur le même mode, Cambadélis a demandé aux alliés politiques du PS tels que le PCF et les partis pseudo de gauche comme le Nouveau Parti anticapitaliste de se rallier au PS. Il a dit, « La gauche est donc le dernier rempart de la France républicaine. Le Parti socialiste appelle à l'union des forces de gauche partout en France pour défendre les acquis de la gauche et barrer la route au FN ».
Les remarques du Monde et de Cambadélis sont cyniques et fausses. En proposant de donner au président le pouvoir de gouverner la France dans un état ​​d'urgence permanent, le PS a déjà répudié les principes démocratiques associés historiquement à la république française. Ces principes ne peuvent désormais être défendus que par les luttes de la seule base sociale qui reste à la démocratie dans la société capitaliste: la classe ouvrière.
Le PS et ses alliés ne font pas obstacle au développement des formes dictatoriales de gouvernement prônées par le FN. Ce sont eux qui imposent les politiques impopulaires de l'austérité, de la guerre, de la construction d’un appareil de surveillance et du cadre juridique d'un État policier. Ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour créer les conditions de l’instauration d'un Etat policier dirigé par un parti fasciste en France.
Source : WSWS.ORG

France - Élections régionales : un avertissement, une menace. La victoire du FN, c’est d’abord l’effondrement des partis de la régression sociale, Les Républicains et le PS.



Tiré du site du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA)

Marine Le Pen a donc récolté le succès annoncé pour son parti : les fruits pourris de la politique anti-ouvrière et réactionnaire du gouvernement Hollande-Valls. Avec 30 % des voix, en tête dans 6 régions, le FN devient le premier parti de ce pays sur le plan électoral et peut plastronner avec arrogance et cynisme en jouant aux démocrates représentant le peuple. Ces étranges élections qui se sont déroulées dans un climat dominé par les suites du drame des attentats de Paris, l’état d’urgence, l’offensive sécuritaire et militariste du gouvernement, la guerre sur fond d’austérité et de montée du chômage, sanctionnent la gauche comme la droite.
Gauche et droite rejetées
Cette sanction est double, l’abstention et le vote FN. Un électeur sur deux n’a pas jugé utile de se déplacer pour aller voter parce qu’ils n’attendent plus rien d’un système politique où ils ne sont pas représentés. Pourtant, droite comme gauche avaient multiplié les appels pressants à voter pour faire obstacle au FN. Ils n’ont fait que l’aider, tant ils sont déconsidérés, tant ils n’ont rien à répondre au mécontentement et au ras le bol suscités par leur politique, tant ils ont cherché à faire du FN leur faire valoir. Ces partis qui depuis près de 40 ans se succèdent au pouvoir pour organiser la régression sociale, l’offensive contre le monde du travail et les classes populaires pour le plus grand profit du patronat et des banques sont disqualifiés. Face à leurs électeurs, susceptibles d’être tentés par le vote FN, ils n’avaient que morale et culpabilisation à la bouche comme si ce n’étaient pas eux qui avaient nourri, par leur politique, la propagande chauvine, réactionnaire, xénophobe et raciste du FN. Ils ont préparé le terrain du succès du FN en reprenant à leur compte la même démagogie.
Hollande et Valls responsables
Les Républicains et Sarkozy y ont pris une large part. Ils ont voulu capter l’électorat de l’extrême droite en rivalisant avec Le Pen et ils ont envoyé leurs propres électeurs dans ses bras. Le gouvernement Hollande-Valls porte une lourde responsabilité de par la fuite en avant réactionnaire et anti-démocratique qui a été la sienne au lendemain des attentats des terroristes intégristes. L’état d’urgence, la guerre, la campagne xénophobe contre les musulmanEs et contre les migrantEs orchestrée par le gouvernement, ont été autant d’arguments pour le vote Le Pen. Hollande et Valls ont repris à leur compte la politique sécuritaire du FN.
Un avertissement, une menace
La politique défendue par Le Pen loin de répondre aux besoins des classes populaires, à leur mécontentement est tout entière dirigée contre elles. Comme Les Républicains ou le PS, le FN ne rêve que d’accéder au pouvoir pour servir les intérêts des classes dominantes. En pire, plus brutalement pour accentuer l’exploitation, diviser les travailleurEs alors que la crise du capitalisme perdure et s’approfondit.
Sa démagogie xénophobe et raciste vise directement l’ensemble du monde du travail. Quand Le Pen ose dénoncer le risque de voir « la charia remplacer notre Constitution » elle n’y croit pas un instant mais flatte les peurs pour désigner les musulmanEs, tous les immigréEs, les salariéEs d’origine étrangère à la vindicte populaire pour mieux servir sa classe, les riches et les possédants, le patronat. La « priorité nationale » n’est qu’une dangereuse formule démagogique qui signifie priorité aux intérêts des patrons et des banques.
En aggravant la politique sécuritaire et militariste que mène le PS, en développant une propagande raciste, loin d’apporter des réponses à la crise, le FN ne fait qu’aggraver les tensions, le chaos. Loin d’apporter une réponse au fondamentalisme religieux, sa démagogie le nourrit, ils sont les uns comme les autres nos pires ennemis.
Construire la réponse des travailleurEs
La politique du PS entièrement dévouée aux classes dominantes, l’incapacité des forces du Front de gauche à rompre réellement avec lui laissent à gauche un véritable champ de ruines. Le PS espère sauver la mise en prenant la pose du parti le plus anti-FN en sacrifiant ses listes en PACA, dans le Nord et dans l’Est au profit de la droite qui, elle, ne veut « ni fusion ni retrait » ! Il espère ainsi sauver ce qu’il pourra dans les autres régions ! Cette gauche politicienne ne représente plus en rien les classes populaires. Elle manœuvre sur le terrain électoral mais ne tire aucune conclusion de son effondrement. Le gouvernement entend bien poursuivre et accentuer sa politique qui a fait le lit du FN.
C’est bien pourquoi conjurer la menace que représente l’extrême-droite, c’est aussi combattre la politique dont il se nourrit pour défendre nos droits sociaux et démocratiques, par nos luttes et nos mobilisations, sur le terrain social et politique. C’est rassembler toutes celles et ceux qui, au sein du monde du travail et de la jeunesse, refusent l’austérité et le chômage, l’état d’urgence et la guerre, le racisme et la xénophobie. De ce point de vue, les listes présentées par Lutte ouvrière pour lesquelles le NPA a appelé à voter réalisent des scores entre 1 et 2 %, qui attestent de l’existence dans ce pays d’un courant certes très minoritaire mais qui pourra compter demain.
La victoire du FN, c’est d’abord l’effondrement des partis de la régression sociale, Les Républicains et le PS. Elle représente une menace mais si nous savons entendre l’avertissement pour nous rassembler, unir nos forces pour reprendre l’offensive, alors cette victoire pourrait n’être qu’un mauvais moment.

lundi 7 décembre 2015

Yémen : La coalition arabe, sous commandement saoudien se fissure sur la Syrie.



IRIB- Les Emirats arabes unis, la Jordanie et l’Egypte délaissent les Saoudiens!

Dans un rapport, un quotidien arabe s’intéresse aux divergences entre  l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, sur les crises, en Syrie et au Yémen.
Le journal "Al-Ray al-Youm", s’attardant sur les rapports des forces qui commencent à changer, dans la région, écrit : «Certaines coalitions régionales se heurtent à des divergences de plus en plus affirmées, et certains pays membres quittent l’Arabie.
"Al Ray al-Youm", revenant sur la réaction des Emirats arabes unis à l’attaque russe contre Daech, en Syrie, qui l’avait qualifié, d’«attaque contre un ennemi commun», déclare que cette affirmation reconnaît, en quelque sorte, une intervention militaire du Kremlin, en Syrie.
L’auteur de l’article, revenant sur le fait que cette prise de position des Emirats va à l’encontre de celles prises par l’Arabie et le Qatar, envers la crise syrienne, précise : «Riyad et Doha sont, ouvertement, contre l’intervention militaire russe, en Syrie,  et la considèrent comme un acte, qui vise à tuer les civils».
Alors que les frappes aériennes russes, effectuées en Syrie, contre Daech ont provoqué une réaction vive et unanime de l’Arabie, du Qatar et de la Turquie contre Moscou, Anwar Gargash, le ministre d'État émirati aux Affaires étrangères, s’est contenté de dire que toute intervention militaire, en Syrie, «complique la situation, qu'elle vienne de la Russie ou d'une autre partie». Précise l’article.
S’agissant de l’action de la Russie, en Syrie, Anwar Gargash a fait valoir que «personne n’allait s’inquiéter du bombardement russe de Daech ou d’Al-Qaïda, car ce bombardement vise un ennemi commun».
Sur ce point, il rejoint la position exprimée par l’Égypte, qui a été l’un des rares pays arabes à saluer le lancement des opérations aériennes russes, en Syrie.
Le quotidien "Al Ray al-Youm", posant cette question, si l’ombre de la séparation se dressait entre les Emirats et l’Arabie, sur les questions régionales ? se demande : «Peut-on conclure qu’aujourd’hui, une nouvelle coalition est en train de se former entre les Emirats, l’Egypte et la Jordanie, au Moyen-Orient, face à l’Arabie, la Turquie et le Qatar ?
Selon ce quotidien, plusieurs sources médiatiques font état d’un accord secret entre l’Egypte, la Jordanie et les Emirats arabes unis et la Russie, pour soutenir les frappes de Moscou contre Daech, ce qui signifie que la coalition arabe, sous commandement saoudien, au Yémen, se fissure, sur la Syrie, et que les Emirats cherchent, désormais, à s’en retirer et à avoir ses propres positions et son propre rôle.
Ce rapport intervient, au moment où les divergences de vue s’intensifient entre le Président démissionnaire yéménite, Abd Rabbo Mansour Hadi, et son Premier ministre, Khaled Bahah, tous deux, en fuite, sur la nomination des ministres du parti Hezb al-Eslah, (Branche yéménite des Frères musulmans), à des postes-clés.
Khaled Bahah, soutenu par les Emiratis, est, vivement, préoccupé par un rapprochement entre  les Frères yéménites et Mansour Hadi, (installé à Riyad), en vertu des soutiens qataris et turcs.
L’auteur de l’article, évoquant la multiplication des déplacements entre Moscou et Abu Dhabi, écrit : «Les Emirats arabes unis ont investi, au cours de ces derniers mois 7 milliards de dollars, en Russie dont une partie s’est effectuée, après l’intervention russe contre Daech, en Syrie».    
Source : sahar

vendredi 4 décembre 2015

La Russie de Vladimir Poutine est en train de donner une leçon au monde occidental.



Avec résolution, avec obstination et sans états d'âme inutiles, la Russie trace son sillon au Moyen Orient. Tel un lourd navire à qui il faut du temps pour prendre de la vitesse mais qui s'arrêtera encore plus lentement, la Russie est en train d'imprimer sa marque. Elle impose progressivement sa méthode qui est fondée sur la réflexion, réflexion qui mène aux certitudes qui à leur tour guident l'action. On réfléchit d'abord et on tire ensuite si, et seulement si, c'est nécessaire. Quand on prend le temps de réfléchir, on a le temps de décider où on va et par quel chemin. A partir de ce moment, si on a les moyens de ses objectifs, tout est possible, rien ou presque ne peut vous arrêter.
La Russie de Vladimir Poutine est en train de donner une leçon au monde occidental. A ceux qui en doutent encore, on conseillera de regarder les images de ce qui s'est passé hier au ministère de la défense à Moscou. Tous ces attachés militaires étrangers, invités par le ministère et assis devant plusieurs centaines de journalistes du monde entier, chacun suivant les explications de quelques officiers supérieurs russes sur les opérations en Syrie.

J'y ai vu une leçon à plusieurs niveaux.

Le premier niveau, le plus évident, c'est la démonstration de la collusion de la Turquie, membre de l’Otan, avec le terrorisme en général et l'Etat Islamique en particulier. La réaction russe est symptomatique : on ne cherche pas de confrontation avec l'Otan, mais il est impossible de ne pas réagir à cette agression, donc on met en évidence la duplicité d'un pays qui prétend faire partie d'une alliance tout en maintenant des liens forts avec un ennemi déclaré de cette alliance. Ne soyons pas naïfs, les membres de l'Otan, en tout cas les plus importants étaient au courant de ce qui se passait, mais ils pouvaient faire semblant de l'ignorer. Après la leçon d’hier, ils ne le peuvent plus et ce d'autant moins que les attentats récents contre la Russie et surtout la France, ont sérieusement fait baisser le niveau de tolérance à ce type de comportements.
Le deuxième niveau, c'est une question posée à l'Otan : voyez-vous quel genre de partenaire vous avez ? Suivie d'une autre question : êtes vous donc en position de nous donner des leçons ? Cela pose le problème de la confiance que la Russie peut avoir en ce genre de coalition. L'attaque de la Turquie a effectivement fait capoter les tentatives de François Hollande en ce qu'elle a mis en évidence le manque de fiabilité de certains pays qui, comme la France, font partie de l'Otan. Espérons (on peut toujours rêver) que la France en profitera pour revoir sa stratégie d'alliances et comprendra que seule la Russie est capable de mener la guerre contre les groupements terroristes du Moyen Orient. Elle le peut non pas grâce à la puissance militaire dont elle a fait la preuve en Syrie, mais parce qu'elle a effectivement les mêmes objectifs que la France, si on excepte la position essentiellement émotionnelle du Quai d'Orsay à propos de Bachar Al-Assad. Elle le peut également parce qu'elle connaît le Moyen Orient mieux que n'importe quel pays occidental et enfin parce qu'elle a des alliés sur place, même si, pour certains, il s’agit d’alliés de circonstance.
Le troisième niveau, c'est : voyez comment nous réagissons quand on nous agresse. Ce niveau s'adresse plus particulièrement aux dirigeants politiques et aux médias qui ont parlé de risques de guerre généralisée à la suite de la destruction du Sukhoï 24 de l'armée de l'air russe. Nous sommes un peuple responsable, nous réfléchissons d'abord à nos objectifs et à la stratégie à mettre en œuvre. Cette attitude est tellement passée de mode chez nous que les réactions russes en sont devenues difficilement compréhensibles. Prenez l'exemple de la catastrophe aérienne du Sinaï. Non seulement les pays occidentaux sont allés tout de suite à la conclusion de l'attentat, mais quand, après une enquête sérieuse ne laissant aucune hypothèse de côté a priori, la Russie a déclaré qu'il s'agissait bien d'un attentat, on a vu, dans la presse française des titres comme "la Russie admet l'attentat", comme s’il y avait quelque chose à « admettre ». J'ai expliqué récemment à un ami français qu'il s'agissait simplement de ne pas se précipiter vers une hypothèse unique qui exclue toutes les autres, pour avoir une enquête objective qui ne passe pas à côté de la vérité. Il n'a pas fait de commentaire car c'est un ami, mais j'ai lu l'incompréhension dans ses yeux. Enfin, heureusement que la Russie n'est pas dirigée par un "clone" de John McCain !
Le quatrième niveau est une démonstration : voyez comment réagissent les pays civilisés, sûr d'eux : nous ne portons pas d'accusations sans preuves. Ce niveau concerne tous les pays qui accusent la Russie de tous les maux sans apporter la preuve de ce qu'ils avancent. La Russie a abattu le vol MH17 ? Où sont les preuves ? Pourtant vous avez des satellites comme les nôtres qui observent la terre et en particulier, en ce moment, l'Ukraine. L'armée russe a envahi les Donbass ? Où sont les preuves ? Pourtant, voyez, on peut photographier des camions depuis l'espace.
Pendant ce temps, l'Otan propose au Monténégro (moins d'un million d'habitants, pas d'armée) de rejoindre le "Club des ennemis de la Russie". On croit rêver. Et, comme on nous prend pour des idiots, on nous explique que c'est la Russie qui a tort de s'inquiéter.
En Syrie, la Russie s'est complètement affranchie de l'influence de l'Otan. La leçon d'hier est là pour le confirmer, si besoin était. Voyez qui sont les membres de votre club. Nous ne parlerons pas des Pays Baltes auxquels vous êtes bien les seuls à accorder de l'importance en croyant qu'ils nous importent. Sur le terrain, après avoir reçu le refus auquel elle s'attendait, la Russie poursuit son plan qui est de détruire les sources de terrorismes quelques soient les noms derrière lesquels elles se cachent, pour ensuite rétablir un état syrien dont les citoyens pourront décider seuls qui doit les gouverner.
Pour cela la Russie n'a besoin de personne, surtout pas d'alliés qui ont des allégeances avec l'ennemi, que ce soit pour des raisons stratégiques, politiques, économiques ou d'intérêts financiers privés.
La Turquie vient de lui fournir une excellente justification au renforcent de ses défenses anti-aériennes. C'est comme cela qu'il faut analyser l'agacement et les critiques plus ou moins voilées des membres du "Club des ennemis de la Russie". Abattre un avion russe ne leur pose pas de problème a priori, mais eux ont compris tout de suite ce que cela allait provoquer. L'installation de missiles S400 et l'arrivée d'un navire spécialisé dans les contre mesures électroniques ont donné à la Russie la possibilité de fermer l'espace aérien syrien à qui elle veut. Elle est maître du jeu.
Nous verrons si elle accepte l'intervention d'avions américains, français ou anglais qui bombardent en dehors de tout cadre juridique international. Je pense qu'elle le fera car elle contrôle maintenant le ciel syrien.