mercredi 16 juillet 2014

Palestine - Le droit d’exister, le droit de résister : Lettres de Gaza…. "Rien n'est trop cher pour la Palestine,L'amour de la Palestine nous fait aimer la mort pour elle".



Depuis le 9 juillet dernier, Salma Ahmed Elamassie, professeur de français à Gaza et mère de deux enfants, envoie des lettres par le biais de sa page Facebook. Telles des bouteilles jetées à la mer avant un naufrage planifié ! On y lit son profond désarroi, mais aussi un courage et une lucidité aigüe face à une mort possible imminente. 

"Rien n'est trop cher pour la Palestine", écrit-elle. "L'amour de la Palestine nous fait aimer la mort pour elle". Il faut sans doute avoir parcouru un douloureux chemin intérieur pour arriver à surmonter sa terreur ; accepter le sacrifice de sa vie et des siens ! C'est que, comme tout peuple colonisé combattant pour son indépendance, les Palestiniens, depuis 1948, font preuve d'une capacité de résilience extraordinaire. En cela, ils seront éternellement vainqueurs de leurs bourreaux israéliens, quels que soient les supplices infligés. Car, génération après génération, ils puisent leur force d'âme dans la terre de Palestine !- Rabha Attaf
"Chers amis,
Cela fait quelque jours que j’essaie de vous écrire. Mais à chaque fois, je me trouve comme une handicapée qui n’arrive même pas à prendre son stylo pour commencer son texte.
Cette fois, je ne vais plus parler des dégâts, je ne vais plus donner des chiffres. Je trouve que c’est de l’inhumanité de donner le nombre des morts ou des blessés. Un être humain est un humain, ce n’est pas un chiffre ! Désormais, je ne vais jamais comparer nos dégâts aux leurs. Je ne vais pas dire que les Israéliens ont tué des femmes et des enfants sans parler des hommes perdus, comme s'il est légal de tuer les hommes. La Palestine a besoin de ses hommes , de ses femmes, de ses enfants et de ses arbres ! Je ne vais pas répéter les histoires de salaires, de manque d’électricité et de carburant, ou de tout ce qu’il faut pour une vie honorable, même si nous avons besoin de vivre dignement - depuis des années et des années, nous vivons avec une multitude de difficultés !
Je vais peut-être vous surprendre, cette fois, si je vous dis que je me sens INDIFFÉRENTE. Je n’ai plus la peur dans le cœur, ni les larmes dans les yeux, ni la haine. Vraiment , je ne hais personne !
Aujourd’hui, je vais parler de la paix ; je vais parler du droit d’exister et de celui de résister. Lors de la première Intifada (1987-1993), la pierre était l’arme utilisée contre les crimes de l’armée israélienne. On l'a appelée « guerre de la pierre ». Alors pourquoi cette équation (la pierre dans les mains des Palestiniens face aux armes militaires des Israéliens) a-t-elle toujours donné ce résultat : « TERRORISTES PALESTINIENS ou ARABES » ?
Depuis des années, les armes israéliennes se développent, mais pas celles de la résistance palestinienne. En 2006, Tout le monde a décidé de punir ces Palestiniens qui ont voté pour ces « terroristes ». Israël a cru qu'était venu le temps de l'extermination du Hamas. Mais, après tout ce que nous avons subi durant les offensives israéliennes, je crois que c’est le contraire qui s'est produit. Le Hamas a construit les tunnels pour fournir tout ce qui manque au peuple de Gaza. Logique : la nécessité est la mère de l'ingéniosité ! De même, l'utilisation des roquettes est partie de ce constat : une pierre ne peut pas stopper une roquette ou un missile. Ces deux derniers ne peuvent l'être que par des roquettes. On ne peut tout de même pas rester les bras croisés à attendre que les israéliens nous disent : « on vous rend vos territoires parce que vous êtes pacifistes » !
Dans mon témoignage , j’ai décidé de vous parler de mon cousin, tué par les roquettes israéliennes. Cette fois, je vous parle de quelqu’un que je connais bien. Mon cousin était un résistant. Je n’ai pas peur de le dire. Au contraire, j’en suis fière ! Lui, a choisi son chemin de résistance : il s’est rendu compte qu’il fallait sacrifier son cœur, sa vie, son sang, pour que la Palestine soit libre. L’année dernière, le premier jour de la fête de l'Aïd Al-Adha (sacrifice d'Abraham, ndlr), il m’a rendu visite avec son père. Il a beaucoup ri, a joué avec mes enfants et m’a promis de revenir cette année pour manger de bons gâteaux. La fête de fin de Ramadhan est dans trois semaines et mon cousin ne va plus me rendre visite. Le mois dernier, il a ajouté une photo de lui sur Facebook. Il se trouvait avec ses amis dans un restaurant, les assiettes vides, et lui en train de penser. Des commentaires montrent que ces jeunes gens veulent rire, vivre, vivre en paix. L'un d'entre-eux a écrit : « Je sais bien à quoi tu penses : qui a mangé ces sandwiches ? ». Puis, un second : « Eh l’ami, tu veux un autre sandwich, non ? ». Mon cousin, avec son sens d’humour, leur répondit : « Mais les potes, vous ne me comprenez pas ! Je pense à ma future fiancée, je rêve qu’elle soit avec moi dans ce restaurant. Les sandwiches auraient un goût plus délicieux et l'endroit serait plus beau.» Le jour précédant son assassinat, il jouait au foot avec ses copains et voisins et disait : « La coupe du monde, c’est ici à Gaza !»
Je vous raconte ces histoires pour vous dire à quel point ces jeunes aiment vivre à en mourir. Nous en avons marre de toutes ces agressions (israéliennes, ndlr) ! Nous, nous aimons la vie : nous ne sommes jamais nés avec la haine ou l’agressivité dans le cœur !
Je n’ai plus peur pour mes enfants, rien n’est assez cher pour la Palestine. L’amour de la Palestine nous fait aimer la mort pour elle. Mon petit de deux ans pense, à chaque bombardement, que l'on frappe à la porte de la maison; il nous demande de l’ouvrir. Ce matin, il me semble qu’il n'y croit plus. Avec raison, le pauvre : personne ne frappe à la porte de cette manière agressive !"
Gaza, 9 juillet 2014
Salma Ahmed Elamassie


Chers amis,
J’ai cru que mon dernier témoignage du 9 juillet serait le dernier : rien n’allait plus me motiver à écrire. Mais malgré moi, à cause de l’agressivité de notre ennemi, j’ai repris mon stylo. Je ne sais par où commencer : mon desktop (bureau) plein de témoignages à traduire, la peur de mes enfants, celle de mes étudiants ou la mienne !

Oui, je commence par les nouvelles de mes étudiants. Mohammed, l'un des étudiants du niveau avancé à l’institut français à Gaza a créé un groupe sur Facebook, pour qu’on reste en contact, même après la fin des cours. Depuis le début des attaques israéliennes, il continue à ajouter des cours ou des fiches pour améliorer son français, et afin que ses camarades en profitent aussi. Quant à Sara R, elle a demandé des nouvelles. Mohammed répondit le premier qu'il allait bien. Je pouvais lire les idées dans la tête de Sara : "Tu dis : oui, heureusement, ça va. Mais ça ne se voit pas dans tes posts !" Mais elle demanda seulement : "Et les autres ?"

Sayed, un autre étudiant du groupe, répondit alors : « Moi aussi, je vais bien, mais je suis inquiet. N’oubliez pas que je suis très grand et que les avions F16 me voient, sans doute, facilement !» Sayed est journaliste, il a dit ces mots pour nous faire rire. Il ne sait pas qu’il m’avait inquiétée ! Maha, Amjaad et Sara A ont heureusement répondu qu’elles allaient bien. Mohammed m’a demandé des nouvelles de Mahmoud et de Maram. « Mahmoud vient de m’envoyer un texto pour avoir de vos nouvelles. », ai-je répondu. Mais Maram ?

Comme une folle, je pris aussitôt mon portable et l’appela. Heureusement, elle répondit. Elle était encore vivante ! J’ai respiré : tout le monde allait bien. Je leur ai dit que Maram les remerciait.

- « Mais Mohammed, comment va Loutfi ? »

- « Madame, ne vous inquiétez pas, il est encore vivant. »

La conversation se termina, pas mon inquiétude ! J’ai essayé de contacter tous mes étudiants que je ne voyais pas sur Facebook, afin de m'assurer qu'ils allaient bien ! Feda, Nihaya, Moussa et d’autres ont peur de la fin, de la mort ! Feda se calme quand mon collègue et moi l’encourageons à écrire, mais sa peur revient quand on bombarde très fort. Nihaya, qui habite dans le camp de Jabalya au nord de la bande de Gaza, est inquiète. Elle redoute que l’armée israélienne leur demande d’évacuer leur maison pour l'opération terrestre. Voilà un de ses messages écrits sur Facebook :
"Je me suis précipitée hors de mon lit quand j'ai entendu mon petit frère dire: "Hors de la maison, ils vont bombarder nos voisins !" Ça nous a pris 2 minutes pour nous habiller avec ce que nous avions sous la main. Nous avons quitté la maison, en laissant tout ce que nous avons, pour sauver notre vie, sans avoir où aller. Nous nous sommes dirigés près d'une école de l'UNRWA, pour y attendre qu'Israël bombarde la maison de nos voisins récemment rénovée. Ce qui m'a fait le plus mal, c'est de voir ma mère, cette femme volubile, essayant de son mieux de marcher le plus vite possible pour s'éloigner le plus possible de la maison visée. En voyant tous nos voisins qui couraient dans les rues, et d'autres qui attendaient devant leurs maisons que tous les membres de leur famille soient prêts à fuir, j'ai cru que tout devenait soudain de plus en plus fou et brutal. Nous sommes retournés chez nous quand nous avons appris qu'Israël envoyait de faux messages et sms à mon peuple, au risque que la menace contre nos voisins ne soit réelle. Le but était de nous faire flipper, comme si les bombardements continus ne suffisaient pas à effrayer les enfants et même les jeunes. Nous sommes seuls. Nous voulons la fin de cette agression.» Nihaya Jaber, 23 ans.
Moussa, un jeune de 20 ans, devait partir en France cet été pour un stage linguistique, mais vu que la frontière est fermée, il n’a pu partir. Lui aussi a peur et il prie, tout le temps, pour que cette agression militaire s’arrête le plus vite possible. Voilà ce qu’il a écrit sur Facebook : « Tu te souviens de la tempête de l'hiver dernier ? La grêle était partout dans les rues et les gens pensaient que c'était de la neige ! Alors on a pris des photos et on a commencé à former des petits hommes de neige et d'autres choses comme ces formes qu'on ne voit qu’à la télé. Tout ça est arrivé sans penser à l'été ni à sa chaleur. Comme le dit ma grand-mère : "Rien n'est gratuit! Entre le sifflement et l'explosion, tu vas te rendre compte qu'une seconde te sépare de tes souhaits. Tu n'entends plus, tu ne réfléchis même pas, tu ne fermes pas tes oreilles, tu ne te souviens pas de ton amoureuse, tu ne penses ni à ta mère, ni à ta sœur. Oublie Paris et Rome, ne joue plus d'un instrument, ne lis plus, n'écris plus, ne pleure plus, n'aie plus de rêves... ne MEURS pas ... tu dois juste respirer pour sentir la systole de ton cœur et pour sentir le tremblement de ton lit.... RESPIRE! »
Hassan a 27 ans. Je l’ai contacté sur Facebook dès que j’ai su que les Israéliens avaient bombardé un groupe d’hommes près de chez lui. J’ai vu les larmes couler de ses yeux, même si je ne le voyais pas. Il m’a dit qu’il avait vu les victimes en morceaux, partout dans la rue, devant sa maison. Hassan, dès le début de ces derniers événements, me donnait la force et le courage mais là, c’était lui qui en avait besoin.

JE ME RENDS COMPTE QUE LE FAIT D’ETRE PROFESSEUR A GAZA N’EST PAS SIMPLE DU TOUT : j'agis comme si je suis la mère de tous mes anciens élèves, je m’inquiète pour eux comme s’ils étaient mes propres enfants.

Ihab, un ami a écrit :

"Dans mon pays,
les gens vivent pour compter leurs souffles
Dans mon pays,
les gens meurent autant de fois qu'ils respirent !"

Gaza, 12 juillet 2014
Salma Ahmed Elamassie

"Chers amis,

Je vous ai parlé de mon angoisse concernant mes étudiants. Dans ce témoignage, je vous parlerai de la peur pour ma famille et de la mienne.
Mes parents et ma sœur mariée n’habitent pas très loin de chez moi.  Je les contacte, au moins, 24 fois par jour, je m’inquiète pour eux, ils s’inquiètent pour nous. Maman me donne ses conseils pour que je puisse calmer mes enfants. Mais moi, je ne sais pas quoi lui dire pour qu’elle ne soit pas inquiète pour nous !
J'ouvre une parenthèse pour vous dire ce que je ne peux pas dire à mes proches, ici à Gaza, c'est à dire des cauchemars qui ne quittent pas ma tête. Comme vous le savez, je suppose, il n’y a pas de vraies cibles ou des objectifs militaires pour les israéliens à Gaza : Banque islamique (Gaza), Association de charité Al-salah (Khan Younis), hôpital Wafa (Est de la bande de Gaza), la clinique pour handicapés de Beit Lahyia et 5 mosquées. Leur but c’est de détruire Gaza et la Palestine. C'est ça l'objectif ! Et cette fois, je dis: génocide.  Cela signifie que rien n’est loin des missiles de ces criminels. J' imagine donc la maison de mes parents bombardée, avec ma famille dedans. Je peux les perdre à tout moment, en une seconde. Je perds ma famille, mes parents, mes frères et sœurs, et tous mes souvenirs, 100 fois par jour !

Mes enfants, c’est une autre  histoire, celle de tous les enfants de Gaza. Taysir, mon fils aîné de 4 ans, pleure à chaque fois que son père sort de la maison. Ça l’angoisse. Il ne voit pas mes larmes qui attendent le retour de mon mari pour se cacher. Il sait très bien que tous ces bruits sont quelque chose de grave. Et parce qu’on n’arrive pas à lui expliquer ce qui arrive dehors, il croit que nous ne sommes pas  au courant de ce qui se passe. TANT MIEUX !

Quant au petit, Ahmed, il croit encore qu’on frappe à la porte. Alors que j'étais en train d'écrire ce témoignage, on a entendu le bruit d’un bombardement très fort  près de chez moi. Le pauvre a eu peur, il a pleuré et m’a dit : " Mais ça ne va pas comme ça, pourquoi on frappe si fort à la porte ? Ça me fait peur !" La nuit, mes enfants se réveillent plusieurs fois à cause du bruit des bombardements.

L’anniversaire d’Ahmed est le 16 juillet. Taysir me demande de le fêter et me propose des idées pour faire plaisir à son frère. C’est difficile de lui dire que ce n'est pas le moment de faire des fêtes, et plus difficile encore de fêter l'anniversaire dans une telle situation.

A l’heure de l’Iftar -repas de rupture du jeûne essentiel durant le mois de Ramadhan, vers 20h- les bombardements sur la bande de Gaza s’intensifient. Nous, à la maison, avons tous les jours peur que les assiettes chaudes, posées sur la table, tombent sur nous lors d’un bombardement très fort. Le matin, on se félicite d’être encore VIVANTS !

Devant l’écran de mon ordinateur, je passe la plupart du temps, quand on a le courant, bien sûr -samedi, on ne l’a eu que 4 heures- pour avoir des nouvelles des autres et du monde. Sinon, j’ai les écouteurs  de la radio dans les oreilles. Je lis ou j’entends des histoires qui brisent le cœur. Je ressens en permanence mon inquiétude et ma tristesse, et celles des autres.
Quand Yasser Elhaj a reçu un appel l’informant que sa maison allait être détruite dans quelques minutes, il n’était pas chez lui. Il a essayé d’appeler sa famille, mais personne n’a répondu. Alors, il a couru comme un fou dans les rues de Gaza pour sauver sa famille. Quand il est arrivé, c’était TROP TARD ! La maison avait été bombardée. Il a perdu ses parents et tous ses frères et sœurs ! Un père a aussi perdu son fils de 2 ans et demi , il a crié et a pleuré pour le réveiller avec ces mots : « Oh mon fils, réveille-toi, je t’ai apporté de nouveaux jouets. Réveille-toi ! »

Adnan Abu Amer, journaliste, a écrit : "Imagines ceci : le téléphone sonne, c’est l'armée israélienne qui te somme d'évacuer ta maison, tu vas être bombardé dans 10 minutes. Tu imagines, après 10 minutes toute ton histoire sera effacée de la surface de la terre, tes biens, les photos des frères et fils, des choses que tu aimes, ta chaise, tes livres, le dernier recueil de poèmes que tu as lu, la lettre de ta sœur émigrée à l’étranger, les souvenirs des êtres chers à ton cœur, l'odeur de ton lit, la boucle des cheveux de ta fille, la chaleur de ton fauteuil, tes vieux vêtements, ton tapis de prière, les bijoux de ton épouse, les économies de toute une vie . Tout cela te passe à l’esprit en 10 minutes. Tu ressens cette douleur quand, finalement tu décides de ne prendre que tes papiers et de sortir de la maison pour mourir mille fois, ou refuser d’évacuer la maison, et mourir une seule fois." C’est le cas de la plupart de Gazaouis . D’ailleurs, beaucoup de familles du nord et de l’est de la bande de Gaza ont été obligées d’évacuer leurs maisons, suite à une menace de bombarder tous ces quartiers.

Il y a plein d’autres histoires que je ne peux pas raconter dans un seul témoignage.
Elle n’est point, Gaza, la plus belle des cités

Elles ne sont point, ses plages, les plus riantes des plages arabes.

Elles ne sont point meilleures, ses oranges, que toutes celles du Bassin méditerranéen.

Elle n’est pas la plus cossue d’entre les villes, Gaza ! (Du poisson, des oranges, du sable, des tentes frémissantes sous le vent, des denrées de contrebande, et des bras, des bras à vendre à qui veut en acheter !).

Elle n’est pas non plus la plus délicate ni la plus imposante, mais elle vaut le poids d’or de l’histoire d’une nation entière -parce que c’est elle la plus laide aux yeux de l’ennemi, et la plus miséreuse, la plus loqueteuse, et la plus méchante !

Et parce qu’elle est parmi nous, celle qui a su troubler toute euphorie et toute quiétude ! Et parce qu’elle est un cauchemar et que ses oranges sont piégées, ses enfants sans enfance, ses vieillards sans vieillissement, ses femmes sans plaisirs ! Telle est Gaza, la plus belle, la plus sereine, la plus cossue, la plus digne, parmi nous, d’être aimée à la folie !" Mahmoud Darwish.

Gaza, 14 juillet 2014
Salma Ahmed Elamassie
Source : TLAXCALA

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