vendredi 18 juillet 2014

Irak, 23 observations sur la nouvelle guerre liquide des Etats-Unis (Publico)…. La religion utilisée par les politiques a encore une longue vie devant elle.



 1. Le 20 Juin, alors qu’avait lieu le massacre des Iraquiens, Israël a reçu le premier chargement de pétrole cru envoyé depuis le Kurdistan irakien. L’Etat Islamiste d’Irak et du Levant (EIIL) contrôle le nord du pays incluant la ville pétrolière Kirkouk, dont l’oléoduc atteint le port turc de Ceyan. C’est une démonstration de la nouvelle situation politique de la région qui soulève beaucoup de questions sur le scénario irakien et sur ceux qui dirigent l’événement. Les Etats-Unis préparent un nouvel assaut sur le pays, et comme toujours, la vérité (que l’on a l’habitude de nommer théorie du complot) est la première victime de la guerre. Vous le savez, l’Irak n’avait les fameuses armes et Ben Laden n’était pas en Afghanistan (1).

2. Vu la capacité destructrice et le niveau d’organisation des 8.000 hommes de EIIL, arrivés par la frontière de la Syrie avec la Turquie (pays membre de l’OTAN, qui les accueille et les arme), et l’ampleur de leur offensive, en présence de 55.000 effectifs étatsuniens dans le pays et 300.000 soldats irakiens entrainés par des occidentaux, il parait souhaitable à ce niveau, que Barak Obama explique si cette bande (ou des groupes similaires) a fait partie ou non des stay behind* américaines au Moyen Orient [on appelait ainsi les réseaux d’espions nazis qui opéraient en divers pays et qui furent accueillis par la CIA après la deuxième guerre mondiale, servant ainsi les intérêts des Etats-Unis]. La similitude dans la façon d’agir du noyau des rebelles d’Ukraine et ceux d’Irak-Syrie surprend. Peut-être est-ce dû au fait que les entraineurs sont les mêmes : services d’intelligence occidentaux, saoudiens et turcs.

3. Ce n’est pas un hasard non plus que l’actuelle escalade de violence en Irak (grand fournisseur d’énergie) coïncide avec le fait que la Russie n’envoie plus de gaz à l’Ukraine et que Vladimir Poutine ait signé un accord de vente de gaz à la chine pour le montant de 400.milliards de dollars. Obama a envoyé des forces militaires à proximité de ces deux zones, et s’il n’ose pas envahir la Russie, il se prépare par contre (avec un plan pour changer la carte de la zone en fonction de ses intérêts et sans l’autorisation du Congrès) à bombarder à nouveau le peuple irakien si éprouvé. Le fait d’avoir installé un régime sectaire en Irak en 2003, et d’avoir conçu une armée basée sur des unités ethnico-religieuses a atteint son objectif : maintenir le bouillon de culture de tension et de division dans la population et l’ « irakisation » de la guerre, qui leur permet d’intervenir à n’importe quel moment et sous n’importe quel prétexte .Le fait d’avoir nommé le fameux John Négroponte comme ambassadeur en Irak(2005) pour qu’il forme les escadrons de la mort –comme il l’avait fait en Amérique Latine- allait dans ce sens.

4. Paradoxes de la vie : il y a 13 ans les Etats-Unis destituaient leur vieil ami Saddam Hussein, en essayant de détruire son peuple, l’état et les infrastructures irakiennes, avec l’intention de dominer cette terre de l’Or Noir pour l’éternité. Ils essayent aujourd’hui de se défaire d’un autre de « leurs hommes », Nuri Al Maliki (placé au pouvoir par Bush en 2006), et non parce qu’il est un criminel et un corrompu, mais parce qu’il est inutile et incapable d’installer la paix des cimetières dans un pays qui ne veux pas mourir. S’il ne part pas sans histoire on enverra Hilary Clinton pour qu’elle lui dise en face le fameux « nous sommes venus, nous avons vu et il est mort » qu’elle chanta après l’assassinat de Kadhafi. Obtenir que le Parlement irakien dénationalise l’industrie des hydrocarbures, sera un autre des objectifs d’Obama puisque Maliki n’a pas osé porter ce projet au Parlement. La protestation des syndicats à ce sujet s’est terminée par des arrestations et par l’assaut des paramilitaires à leurs sièges.

5. Pendant que s’évanouit l’espoir que l’Irak augmente sa production de pétrole des 3 millions de barils actuellement, aux 12 millions prévus en 2017, les spéculateurs se font leur mois d’août : le prix du pétrole a augmenté de 110 à 113 dollars (et ça peut grimper jusqu’à 150) sans qu’il y ait la moindre perturbation dans son approvisionnement. Alors, le prix des aliments augmentera, les impôts aussi, et le nombre de gens qui se coucheront l’estomac vide.

6. Les stratèges du Pentagone ont réussi à convertir ce qui était considéré comme le principal conflit de la zone, le conflit arabe-Israël, d’abord en le conflit palestinien-israélien d’abord, et maintenant en un conflit sunnite-chiite. Cela a été la cerise sur le gâteau pour Tel Aviv qui a vu comment son protecteur a mis fin à quatre états arabo-musulmans : Irak, Soudan, Libye et Syrie.

7. De cette entreprise de faire s’entretuer les frères, même l’ayatollah Irakien, Ali Sistani, se mêle. Au lieu d’inviter au dialogue les représentants sunnites, laïques, chiites, arabes et kurdes de la mécontente société irakienne, il incite à une guerre religieuse, appelant les chiites à lutter contre on ne sait qui.

8. Barak Obama essaye d’impliquer l’Iran dans ce piège mortel et de le convertir en chair à canon de leurs intérêts. Et, au passage d’offrir ses restes à Netanyahou. Le Président Rohani se prépare à y tomber la tête la première : il dit qu’il le fera quand les djihadistes sunnites attaqueront les sanctuaires chiites en Irak.

9. L’avancée de ces fameuses forces (appuyées par la Turquie et l’Arabie Saoudite) coïncide avec la clôture de la première ronde de négociations nucléaires irano-étatsuniennes, quasiment réussie. Il faut contenir l’Iran même si c’est de la Syrie ou d’Irak !

10. Les maitres de l’Histoire signalaient que l’Irak serait le deuxième Viet Nam de l’empire États-unien, où se précipiterait sa débâcle. L’actuel enfer de Mésopotamie est aussi un grand clou pour le cercueil d’Obama : le président qui voulut aller au Pacifique pour faire peur à la terre de Mao, se fait utiliser par ses alliés faibles au Moyen orient. Sans tenir compte de l’avertissement d’Albert Einstein ; « la folie, c’est de refaire plusieurs fois la même chose en espérant des résultats différents ».

11. Les États-Unis qui importent seulement 3% de leurs besoins en pétrole d’Irak, ont besoin de contrôler l’approvisionnement total de la région et la consommation de rivaux tels que la Chine, le Japon, l’Europe ou l’inde pour maintenir leur puissance hégémonique.

12. Face à la prière de Maliki à Obama : « S’il vous plait, bombardez les villages et les villes de mon pays ! », le Président met une condition : impunité pour ses soldats. Pour qu’ils rendent les mêmes services de toujours, qu’ils fassent de nouveaux Guantánamo ou Abou Ghraib, violent et tuent les femmes et les hommes irakiens ?

13. Les EIIL, après avoir braqué les banques ont déjà 425 million de dollars et une grande quantité de lingots d’or pour fonder leur grand état médiéval, avec les terres arrachées à la Syrie et à l’Irak, et de là, attenter contre la Jordanie, l’Iran et les autres voisins.

14. Au mois de février de cette année, et avant d’être révoqué, le directeur de l’Agence d’Intelligence de la Défense des États-Unis, le général Michael Flynn avertit devant le Congrès que les djihadistes essaieraient de prendre l’Irak et la Syrie.

15. Cette nouvelle guerre favorise l’économie des États-Unis : elle annule les concurrents et convertit les pays de la zone en ses colonies économiques. Une nouvelle menace terroriste sera encore une fois une très bonne affaire pour les vendeurs d’armes, d’équipements de sécurité, etc. Plus les « méchants » se comporteront de façon barbare et plus « les sauveurs de l’humanité » feront des bénéfices (2) !

16. L’incertitude qui règne dans la famille Saoudi, dont le roi Abdallah est malade et vieux et où il y a une lutte pour la succession dans cet autre pays fournisseur de fioul, est encore un autre motif pour diriger les armes et les regards vers cette région.

17. Alors que le plan de l’OTAN pour construire le gazoduc Turkménistan-Afghanistan-Pakistan, (un des principaux motifs de l’occupation du pays des Afghans) a échoué, les turkmènes vendent leur gaz à la Chine – par un gazoduc de 7000 kilomètres – et à l’Iran, contrecarrant ainsi les vues que les États-Unis et leurs associés avaient sur l’Asie Centrale.

18. Face à la pression des États-Unis, la Bulgarie (qui consomme seulement du gaz russe) et la Serbie, ont suspendu les travaux de construction du gazoduc South Stream, projet russe qui devait amener à partir de 2015 quelques 60 millions des mètres cubes de gaz par an en Europe et qui allait concurrencer le gazoduc Nabucco. Sa mise en route étant bloquée (3), le gazoduc Nabucco peut commencer à fonctionner avec le gaz Iranien.

19. Une fois l’Iran intégré dans le marché occidental, les possibilités de raviver le projet Nabucco - dont le tracé allait depuis la mer caspienne jusqu’à l’Europe, évitant la Russie -augmentaient. Toutefois le gaz d’Azerbaïdjan ne suffisait pas, ce qui fit que le projet cher à Washington (dont le but était de réduire la dépendance de l’Europe au gaz russe) se congela. Bien que Téhéran normalise ses relations avec l’Occident, ce gazoduc sera toujours politique et sera donc à la merci des changements constants sur le tableau de l’énergie.

20. Le projet du gazoduc South Pars (le champ iranien du gaz, le plus grand du monde) qui sur ses 6000 kilomètres allait unir le Golfe Persique à la Méditerranée en passant par l’Irak, la Syrie et le Liban se démonte aussi. Le Qatar, l’Arabie Saoudite, la Turquie et l’Israël respirent tranquilles (4).

21. Tout cela au service de l’étranglement de l’économie russe d’abord, puis chinoise ensuite, par Washington dont l’objectif et de maintenir son statut d’unique superpuissance mondiale.

22. L’inimitié des États-Unis envers les russes va en parallèle à l’intégration de l’Iran, - première réserve de gaz au monde - dans la sphère de l’occident. En septembre, Téhéran convoquera les grandes industries pétrolières de l’Europe et des États-Unis pour mettre en marche les concessions.

23. Vous voyez, l’ère du post islamisme – si commentée depuis les révoltes « laïques » arabes – n’est pas encore arrivée. La religion utilisée par les politiques a encore une longue vie devant elle.
En quelques jours, un million d’enfants, de vieux, de malades, de mutilés, de citoyens irakiens désespérés, ont fui leurs maisons vers nulle part, en une terre maudite par le pétrole.


Nazanin Armanian
http://blogs.publico.es/puntoyseguido/1701/irak-23-observaciones-sobre-la-nueva-guerra-liquida-de-eeuu/
Traduit de l’espagnol par irisinda




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