vendredi 21 octobre 2011

Les sept vies de Muammar Kadhafi

Le 20 Octobre 2011
........«Il ne peut pas accepter la vérité de la révolte libyenne. Car la Libye, c’est lui, il est du genre à se battre jusqu’au bout, même si quelqu’un finit par l’abattre.» ......
Du héros révolutionnaire au despote fantasque et dangereux, portrait de l’homme qui a régné 42 ans sur la Libye
Imprévisible, Muammar Kadhafi le sera resté jusqu’au bout. On le croyait dans le sud de la Libye, préparant une guerre longue contre le nouveau pouvoir né de la révolte. Il se cachait pourtant dans la poche de Syrte, au centre de la Libye. Un choix suicidaire? Sans doute. Mais tellement symbolique! Le psychiatre américain Jerrold Post, qui travailla longtemps comme «profileur» pour la CIA, l’avait pressenti en mars dernier: «Il ne peut pas accepter la vérité de la révolte libyenne. Car la Libye, c’est lui, il est du genre à se battre jusqu’au bout, même si quelqu’un finit par l’abattre.» Pas si étonnant que ça, donc, de la part du plus ancien leader du monde arabe et du continent africain. Prêt à tout pour entrer dans l’Histoire, tenaillé par une éternelle soif de revanche, Kadhafi n’a jamais été à une excentricité près. Messianique ou burlesque, son style aura toujours été inimitable.
1. L’enfant bédouin
Selon sa légende, il serait né sous une tente bédouine en juin 1942, dans le désert de Syrte. Sa tribu, les Kadhafa, n’est ni grande ni puissante. Fils unique d’un berger, il aurait reçu une éducation religieuse rigoureuse, avant de s’enrôler dans l’armée.
2. Le révolutionnaire arabe
Le 1er septembre 1969, le très charismatique capitaine Kadhafi a 27 ans lorsqu’il participe au coup d’Etat militaire qui renverse le roi Idriss 1er sans verser la moindre goutte de sang. Imitant son modèle, le leader égyptien Gamal Nasser, il prend le titre de colonel. Puis oblige les compagnies pétrolières étrangères à lui reverser une majorité des revenus tirés de la production libyenne. Une première absolue dans un pays en développement. Il rêve d’une fédération socialiste panarabe avec l’Egypte, le Soudan et la Tunisie. Mais ses voisins n’en voudront pas.
3. Le penseur du kadhafisme
Qu’à cela ne tienne. Rejetant à la fois le marxisme et le capitalisme, Muammar Kadhafi théorise une troisième voie en 1976 dans son fameux «Livre Vert» et fonde en 1977 la Jamahiriya, un «Etat des masses» islamo-démocratique, dont il ne serait «que» le Guide révolutionnaire. Mais cette façade utopique dissimule mal la dérive dictatoriale du régime, qui réprime brutalement toute opposition.
4. Le parrain du terrorisme
Kadhafi se lance dans une campagne anti-impérialiste mondiale, soutenant des groupes radicaux, qu’ils soient nord-irlandais, palestiniens ou autres. On le dit responsable de l’attentat en 1986 dans une discothèque de Berlin contre des militaires américains (trois morts). Ainsi que du crash en 1988 d’un Boeing de la Pan Am au-dessus de la ville écossaise de Lockerbie (270 morts). Et l’attaque en 1989 contre un DC-10 français d’UTA survolant le désert du Ténéré au Niger (170 morts). L’ONU décrète en 1992 un embargo aérien, suivi de sanctions économiques.
5. Le roi des rois africains
Dans les années 1990, le paria de la communauté internationale se tourne vers le continent noir. Il ne parviendra pas à créer les «Etats-Unis d’Afrique» dont il rêve. Mais ses pétrodollars lui garantissent une certaine influence. En 2009, il se fait adouber «roi des rois traditionnels» au moment de prendre la présidence de l’Union africaine.
6. Le partenaire de l’Occident
Surprise: en 2003, le guide libyen renonce aux armes de destruction massive. Pour ne pas subir le sort de Saddam Hussein? Il indemnise les parents de victimes des attentats, aide les Américains à traquer les terroristes, parraine la libération d’otages au Sahara et verrouille l’immigration illégale vers l’Italie. Après la libération en 2007 des infirmières bulgares, les Occidentaux se précipitent à Tripoli pour décrocher les juteux marchés qui s’ouvrent aux investisseurs.
7. Le despote jusqu’au-boutiste
Pour autant, Kadhafi n’est pas domestiqué. Après l’arrestation en 2008 de son fils Hannibal à Genève (pour violences sur ses domestiques), deux Suisses sont retenus en otage en Libye jusqu’en 2010. Et quand en février dernier le printemps arabe se met à souffler à Benghazi, sa réponse est la répression. En mars, il jure de combattre jusqu’au bout l’opération déclenchée par l’OTAN. Et s’il prend la fuite en août après la prise de Tripoli, il sera finalement capturé au centre même de la Libye, dans son fief familial de Syrte, que ses combattants auront défendu jusqu’à la fin.
Andrés Allemand
Tribune de Genève

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