lundi 3 octobre 2011

Etat palestinien : Et maintenant ?

lundi 3 octobre 2011
Comment Israël - et ses colons en particulier - réagiront-ils si Abbas atteint son objectif aux Nations Unies et si un Etat palestinien y est admis sur la base des frontières de 1967 ? interroge Saleh al-Naami.
Bien que les drapeaux palestiniens soient arborés sur des magasins, des maisons et des voitures dans la plupart des villes de Cisjordanie, les Palestiniens ne semblent pas très intéressés par l’événement qui a déclenché une bataille diplomatique sans précédent entre l’Autorité palestinienne (AP de Ramallah) d’une part, et Israël et les Etats-Unis de l’autre. Il n’existe aucun consensus parmi les Palestiniens en Cisjordanie, ainsi que dans la bande de Gaza, concernant le plan d’Abbas.
Jamal Youssef, propriétaire d’une boutique dans la rue Omar Al-Mokhtar dans la ville de Gaza, et son voisin Samir Suleiman sont dans la minorité qui se soucie de ce qui se passe. Ils passent de longues heures à débattre des répercussions de la stratégie d’Abbas. Youssef croit que l’initiative « est avisée et un coup de génie, une réplique pratique et critique à la conduite d’Israël », renforçant son avis par « l’hystérie des responsables israéliens face à la requête palestinienne. »
Suleiman estime de son côté que les actions d’Abbas sont « un coup d’épée dans l’eau qui ne fera pas avancer la cause nationale palestinienne, mais qui contribuera plutôt à l’affaiblir. » Il est d’accord avec les préoccupations de certaines organisations palestiniennes et les milieux avisés qui mettent en garde contre les Nations Unies, car cela pourrait signifier l’effacement des revendications palestiniennes pour défendre le droit au retour des réfugiés palestiniens.
En dehors de la Cisjordanie, il n’y a pas de signes ou d’activités publiques en appui à Abbas, en raison du puissant désaccord entre les organisations palestiniennes dans la bande de Gaza par rapport à ce plan. La position du Fatah est soutenue par les factions à gauche au sein de l’Organisation de Libération de Palestine (OLP), alors que le Hamas et le Jihad islamique y sont fortement opposés.
Jamil Al-Majdalawi, membre du bureau politique du Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP), a appelé toutes les organisations palestiniennes à soutenir l’initiative de septembre. « Indépendamment des préoccupations au sujet de l’initiative de septembre, de certains de ses aspects peu clairs ou des politiques qui vont suivre, ce serait une erreur de nous nuire par nos propres mains », fait valoir Al-Majdalawi. « Le devoir national exige que l’unité l’emporte sur les différences entre nous lorsque nous nous battons contre notre ennemi israélien qui est soutenu par les Etats-Unis, et par d’autres à tour de rôle. »
Al-Majdalawi a insisté pour que ce mouvement de soutien « ne signifie pas nécessairement être d’accord ou se mettre à la remorque de l’AP, surtout que celle-ci insiste pour dire que des négociations sont son premier, deuxième et troisième choix, avant et après [le passage à] l’ONU ».
Khaleda Jarara, collègue d’Al-Majdalawi au bureau politique du FPLP, conclut que la position d’Abbas doit être appuyée, mais en soulignant que son groupe approuve l’initiative de l’ONU tant qu’elle représente une alternative à la poursuite « de la farce » des négociations.
Pendant ce temps, le Hamas a intensifié ses critiques du plan d’Abbas. Alors que dans le passé, il a permis à certains responsables de niveau intermédiaire d’exprimer leurs appréhensions à propos de l’initiative, il jette maintenant tout son poids dans l’affirmation que la proposition d’Abbas érode la légitimité nationale. Le Premier ministre Ismaïl Haniyeh a décrit l’étape comme une initiative « unilatérale », déclarant que son gouvernement rejettait les décisions unilatérales de l’AP sur le destin de la cause palestinienne. Haniyeh a dénoncé le plan de l’AP d’aller à l’ONU pour demander la reconnaissance d’un Etat palestinien sans qu’aient été consultées toutes les organisations palestiniennes, qualifiant toute cette affaire de « farce politique. »
Haniyeh a présenté la demande aux Nations Unies comme « une bouée de sauvetage pour Israël et les Etats-Unis après les révolutions arabes », affirmant « que nous aurions dû attendre la révolution arabe et de nouveaux bouleversements dans les sociétés arabes pour que s’en trouve renforcée la position palestinienne et que soient protégés les droits des Palestiniens. »
Nemr Hammad, conseiller politique d’Abbas, a rejeté les critiques du Hamas et a décrit le plan soumis aux Nations Unies comme une étape nécessaire suite au refus d’Israël de présenter au côté palestinien aucune autre offre concrète qui aurait définitivement gelé les constructions dans les colonies, et permis de retourner à la table des négociations avec des paramètres clairs et un échéancier précis. Hammad calomnie les critiques d’Abbas : « Il n’y a aucune raison de s’opposer au fait d’aller à l’ONU, sauf si on soutient la position d’Israël qui prétend que cette terre est un territoire contesté. »
Répondant aux critiques palestiniennes selon lesquelles le plan de l’ONU implique la reconnaissance du caractère juif d’Israël, Hammad répond : « Les Palestiniens ont définitivement refusé de reconnaître Israël comme Etat juif. » Il a souligné qu’il n’y a aucune perspective de négociations avec le gouvernement de Netanyahu car il adopte une position extrémiste. Quant à la possibilité que la Palestine soit acceptée comme observateur à l’Assemblée générale, et non comme membre à part entière disposant des pouvoirs des autres Etats, Hammad a déclaré : « L’importance du statut d’observateur est que l’Etat sera un membre à part entière de toutes les organisations de l’ONU comme l’UNESCO, la FAO et l’OMS, et sera en mesure d’engager des procédures devant la Cour pénale internationale. C’est pourquoi les Américains ne veulent pas que nous allions devant l’Assemblée générale. »
Dans le cadre de la campagne médiatique pour promouvoir la mission d’Abbas, Hammad a fortement attaqué l’opposition de Washington à l’initiative palestinienne. « Quand Washington nous demande de ne pas aller à l’ONU, nous répondons : "en échange de quoi ?" » dit-il aux journalistes palestiniens. « Puis ils commencent à dire que l’envoyé du Quartet, Tony Blair, est en train de rédiger une déclaration pour relancer des pourparlers. Mais quand Blair est interrogé sur le contenu de cette déclaration, il ne fait que répondre : "Nous voulons combiner vos positions et celles d’Israël". Nos positions sont claires et elles se conforment au droit international et aux accords signés, basés sur un retrait israélien complet de nos territoires occupés en 1967 et la création d’un Etat palestinien indépendant avec Jérusalem-Est comme capitale. En attendant, la position d’Israël, par ses actions, est de poursuivre la judaïsation de Jérusalem, d’étendre ses colonies en Cisjordanie, à Jérusalem, et de se servir des négociations comme d’un moyen de gagner du temps et d’imposer une réalité sur le terrain. »
Hammad accuse indirectement le président américain Barack Obama de donner la priorité à sa réélection avant de vouloir résoudre le problème palestinien. « Notre cause ne sera pas l’otage des élections américaines », a-t-il ajouté. « Si cette administration veut prouver sa crédibilité en soutenant les buts de la révolution arabe pour la liberté, elle doit le faire en soutenant la libération, l’indépendance et la souveraineté pour le peuple palestinien qui est soumis aux formes les plus cruelles de l’occupation. »
Mais les Palestiniens se soucient avant tout en ce moment des colons juifs qui exploitent l’initiative de septembre pour lancer des attaques contre les villes et villages de Palestine, en particulier en Cisjordanie. Les jeunes Palestiniens se sont organisés en groupes pour pouvoir s’opposer aux colons. Un de ces groupes a annoncé la création d’un centre opérationnel pour organiser la résistance face aux attaques.
Saleh al-Naami - Al Ahram Weekly
Traduction : Nazem

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire