Chers amis, chères amies,
Je suis désolé d’être le porteur de
mauvaises nouvelles, mais je crois avoir été assez clair l’été dernier lorsque
j’ai affirmé que Donald Trump serait le candidat républicain à la présidence
des États-Unis. Cette fois, j’ai des nouvelles encore pires à vous annoncer :
Donald J. Trump va remporter l’élection du mois de novembre.
Source :
http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=18540 | Traduit par
Pierre-Étienne Paradis
Ce clown à temps partiel et sociopathe à temps plein va
devenir notre prochain président. Le président Trump. Allez, dites-le tous en
chœur, car il faudra bien vous y habituer au cours des quatre prochaines années
: "PRÉSIDENT TRUMP !"
Jamais de toute ma vie n’ai-je autant voulu me tromper.
Cauchemar à Trump Street : "Un deux trois, Donald
Trump vient pour toi"
Je vous observe attentivement en ce moment. Vous agitez
la tête en disant : "Non Mike, ça n’arrivera pas !". Malheureusement,
vous vivez dans une bulle. Ou plutôt dans une grande caisse de résonance
capable de vous convaincre, vous et vos amis, que les Américains n’éliront pas
cet idiot de Trump. Vous alternez entre la consternation et la tentation de tourner
au ridicule son plus récent commentaire, lorsque ce n’est pas son attitude
narcissique.
Par la suite, vous écoutez Hillary et envisagez la
possibilité que nous ayons pour la première fois une femme à la présidence. Une
personne respectée à travers le monde, qui aime les enfants et poursuivra les
politiques entreprises par Obama. Après tout, n’est-ce pas ce que nous voulons
? La même chose pour quatre ans de plus ?
Il est temps de sortir de votre bulle pour faire face à
la réalité. Vous aurez beau vous consoler avec des statistiques (77 % de
l’électorat est composé de femmes, de personnes de couleur et d’adultes de
moins de 35 ans, et Trump ne remportera la majorité d’aucun de ces groupes), ou
faire appel à la logique (les gens ne peuvent en aucun cas voter pour un
bouffon qui va à l’encontre de leurs propres intérêts), ça ne restera qu’un
moyen de vous protéger d’un traumatisme. C’est comme lorsque vous entendez un
bruit d’arme à feu et pensez qu’un pneu a éclaté ou que quelqu’un joue avec des
pétards. Ce comportement me rappelle aussi les premières manchettes publiées le
11 septembre, annonçant qu’un petit avion a heurté accidentellement le World
Trade Center.
Nous avons besoin de nouvelles encourageantes parce que
le monde actuel est un tas de merde, parce qu’il est pénible de survivre d’un
chèque de paie à l’autre, et parce que notre quota de mauvaises nouvelles est
atteint. C’est la raison pour laquelle notre état mental passe au neutre
lorsqu’une nouvelle menace fait son apparition.
C’est la raison pour laquelle les personnes renversées
par un camion à Nice ont passé les dernières secondes de leur vie à tenter
d’alerter son conducteur : "Attention, il y a des gens sur le trottoir
!"
Eh bien, mes amis, la situation n’a rien d’un accident.
Si vous croyez encore qu’Hillary Clinton va vaincre Trump avec des faits et des
arguments logiques, c’est que vous avez complètement manqué la dernière année,
durant laquelle 16 candidats républicains ont utilisé cette méthode (et
plusieurs autres méthodes moins civilisées) dans 56 élections primaires sans
réussir à arrêter le mastodonte. Le même scénario est en voie de se répéter
l’automne prochain. La seule manière de trouver une solution à ce problème est
d’admettre qu’il existe en premier lieu.
Le Boston Globe du 9 avril 2017 : "Les expulsions
de sans-papiers vont commencer. Le président Trump veut tripler les effectifs
de la police dees frontières. Couvre-feu et émeutes dans plusieurs villes"
Comprenez-moi bien, j’entretiens de grands espoirs pour
ce pays. Des choses ont changé pour le mieux. La gauche a remporté les grandes
batailles culturelles. Les gais et lesbiennes peuvent se marier. La majorité
des Américains expriment un point de vue libéral dans presque tous les
sondages. Les femmes méritent l’égalité salariale ? Positif. L’avortement doit
être permis ? Positif. Il faut des lois environnementales plus sévères ?
Positif. Un meilleur contrôle des armes à feu ? Positif. Légaliser la marijuana
? Positif. Le socialiste qui a remporté l’investiture démocrate dans 22 États
cette année est une autre preuve que notre société s’est profondément
transformée. À mon avis, il n’y a aucun doute qu’Hillary remporterait
l’élection haut la main si les jeunes pouvaient voter avec leur console X-box
ou Playstation.
Pas de chemise, pas de chaussures, pas de vote
Hélas, ce n’est pas comme ça que notre système
fonctionne. Les gens doivent quitter leur domicile et faire la file pour voter.
S’ils habitent dans un quartier pauvre à dominante noire ou hispanique, la file
sera plus longue et tout sera fait pour les empêcher de déposer leur bulletin
dans l’urne. Avec pour résultat que le taux de participation dépasse rarement
50 % dans la plupart des élections. Tout le problème est là. Au mois de
novembre, qui pourra compter sur les électeurs les plus motivés et inspirés ?
Qui pourra compter sur des sympathisants en liesse, capables de se lever à 5
heures du matin pour s’assurer que tous les Tom, Dick et Harry (et Bob, et Joe,
et Billy Bob et Billy Joe) ont bel et bien voté ? Vous connaissez déjà la
réponse. Ne vous méprenez pas : aucune campagne publicitaire en faveur
d’Hillary, aucune phrase-choc dans un débat télévisé et aucune défection des
électeurs libertariens ne pourra arrêter le train en marche.
"Foi, Famille, Pays"
Voici 5 raisons pour lesquelles Trump va
gagner :
1. Le poids électoral du Midwest, ou le
Brexit de la Ceinture de rouille
Je crois que Trump va porter une attention particulière
aux États "bleus" de la région des Grands Lacs, c’est-à-dire le
Michigan, l’Ohio, la Pennsylvanie et le Wisconsin. Ces quatre États
traditionnellement démocrates ont chacun élu un gouverneur républicain depuis
2010, et seule la Pennsylvanie a opté pour un démocrate depuis ce temps. Lors
de l’élection primaire du mois de mars, plus de résidents du Michigan se sont
déplacés pour choisir un candidat républicain (1,32 million) qu’un candidat
démocrate (1,19 million).
Dans les plus récents sondages, Trump devance Clinton
en Pennsylvanie. Et comment se fait-il qu’il soit à égalité avec Clinton en
Ohio, après tant d’extravagances et de déclarations à l’emporte-pièce ? C’est
sans doute parce qu’il a affirmé (avec raison) qu’Hillary a contribué à
détruire la base industrielle de la région en appuyant l’ALÉNA. Trump ne
manquera pas d’exploiter ce filon, puisque Clinton appuie également le PTP et
de nombreuses autres mesures qui ont provoqué la ruine de ces quatre États.
Durant la primaire du Michigan, Trump a posé devant une
usine de Ford et menacé d’imposer un tarif douanier de 35 % sur toutes les
voitures fabriquées au Mexique dans le cas où Ford y déménagerait ses
activités. Ce discours a plu aux électeurs de la classe ouvrière. Et lorsque
Trump a menacé de contraindre Apple à fabriquer ses iPhone aux États-Unis
plutôt qu’en Chine, leur cœur a basculé et Trump a remporté une victoire qui
aurait dû échoir au gouverneur de l’Ohio John Kasich.
L’arc qui va de Green Bay à Pittsburgh est l’équivalent
du centre de l’Angleterre. Ce paysage déprimant d’usines en décrépitude et de
villes en sursis est peuplé de travailleurs et de chômeurs qui faisaient
autrefois partie de la classe moyenne. Aigris et en colère, ces gens se sont
fait duper par la théorie des effets de retombées de l’ère Reagan. Ils ont
ensuite été abandonnés par les politiciens démocrates qui, malgré leurs beaux
discours, fricotent avec des lobbyistes de Goldman Sachs prêts à leur écrire un
beau gros chèque.
Voilà donc comment le scénario du Brexit est en train
de se reproduire. Le charlatan Elmer Gantry se pose en Boris Johnson, faisant tout
pour convaincre les masses que l’heure de la revanche a sonné. L’outsider va
faire un grand ménage ! Vous n’avez pas besoin de l’aimer ni d’être d’accord
avec lui, car il sera le cocktail molotov que vous tirerez au beau milieu de
tous ces bâtards qui vous ont escroqué ! Vous devez envoyer un message clair,
et Trump sera votre messager !
Passons maintenant aux calculs mathématiques. En 2012,
Mitt Romney a perdu l’élection présidentielle par une marge de 64 voix du
Collège électoral. Or, la personne qui remportera le scrutin populaire au
Michigan, en Ohio, en Pennsylvanie et au Wisconsin récoltera exactement 64
voix. Outre les États traditionnellement républicains, qui s’étendent de
l’Idaho à la Géorgie, tout ce dont Trump aura besoin pour se hisser au sommet
ce sont les quatre États du Rust Belt. Oubliez la Floride, le Colorado ou la
Virginie. Il n’en a même pas besoin.
2. Le dernier tour de piste des Hommes
blancs en colère
Nos 240 ans de domination masculine risquent de se
terminer. Une femme risque de prendre le pouvoir ! Comment en est-on arrivés
là, sous notre propre règne ? Nous avons ignoré de trop nombreux
avertissements. Ce traître féministe qu’était Richard Nixon nous a imposé le
Titre IX, qui interdit toute discrimination sur la base du genre dans les
programmes éducatifs publics. Les filles se sont mises à pratiquer des sports.
Nous les avons laissées piloter des avions de ligne et puis, sans crier gare,
Beyoncé a envahi le terrain du Super Bowl avec son armée de femmes noires afin
de décréter la fin de notre règne !
Cette incursion dans l’esprit des mâles blancs en
danger évoque leur crainte du changement. Ce monstre, cette
"féminazie" qui - comme le disait si bien Trump - "saigne des
yeux et de partout où elle peut saigner" a réussi à s’imposer. Après avoir
passé huit ans à nous faire donner des ordres par un homme noir, il faudrait
maintenant qu’une femme nous mène par le bout du nez ? Et après ? Il y aura un
couple gai à la Maison-Blanche pour les huit années suivantes ? Des transgenres
? Vous voyez bien où tout cela mène. Bientôt, les animaux auront les mêmes
droits que les humains et le pays sera dirigé par un hamster. Assez, c’est
assez !
3. Hillary est un problème en soi
Pouvons-nous parler en toute franchise ? En premier
lieu, je dois avouer que j’aime bien Hillary Clinton. Je crois qu’elle est la
cible de critiques non méritées. Mais après son vote en faveur de la guerre en
Irak, j’ai promis de ne plus jamais voter pour elle. Je suis contraint de
briser cette promesse aujourd’hui pour éviter qu’un proto-fasciste ne devienne
notre commandant en chef. Je crois malheureusement qu’Hillary Clinton va nous
entraîner dans d’autres aventures militaires, car elle est un
"faucon" perché à droite d’Obama. Mais peut-on confier le bouton de
nos bombes nucléaires à Trump le psychopathe ? Poser la question, c’est y
répondre.
Cela dit, notre plus grand problème n’est pas Trump
mais bien Hillary. Elle est très impopulaire. Près de 70 % des électeurs la
considèrent comme malhonnête ou peu fiable. Elle représente la vieille manière
de faire de la politique, c’est-à-dire l’art de raconter n’importe quoi pour se
faire élire, sans égard à quelque principe que ce soit. Elle a lutté contre le
mariage gay à une certaine époque, pour maintenant célébrer elle-même de tels
mariages. Ses plus farouches détractrices sont les jeunes femmes. C’est
injuste, dans la mesure où Hillary et d’autres politiciennes de sa génération
ont dû lutter pour que les filles d’aujourd’hui ne soient plus encouragées à se
taire et rester à la maison par les Barbara Bush de ce monde. Mais que
voulez-vous, les jeunes n’aiment pas Hillary.
Pas une journée ne passe sans que des milléniaux
[personnes nées entre 1980 et 2000, NdE] me disent qu’ils ne l’appuieront pas.
Je conviens qu’aucun démocrate ou indépendant ne sera enthousiaste à l’idée de
voter pour elle le 8 novembre. La vague suscitée par l’élection d’Obama et la
candidature de Sanders ne reviendra pas. Mais au final, l’élection repose sur
les gens qui sortent de chez eux pour aller voter, et Trump dispose d’un net
avantage à cet effet.
4. Les partisans désabusés de Bernie
Sanders
Ne vous inquiétez pas des partisans de Sanders qui ne
voteront pas pour Hillary Clinton. Le fait est que nous serons nombreux à voter
pour elle ! Les sondages indiquent que les partisans de Sanders qui prévoient
de voter pour Hillary sont déjà plus nombreux que les partisans d’Hillary ayant
reporté leur vote sur Obama en 2008. Le problème n’est pas là. Si une alarme
doit sonner, c’est à cause du "vote déprimé". En d’autres termes, le
partisan moyen de Sanders qui fait l’effort d’aller voter ne fera pas l’effort
de convaincre cinq autres personnes d’en faire de même. Il ne fera pas 10
heures de bénévolat chaque mois, et n’expliquera pas sur un ton enjoué pourquoi
il votera pour Hillary.
Les jeunes n’ont aucune tolérance pour les discours qui
sonnent faux. Dans leur esprit, revenir aux années Bush-Clinton est un peu
l’équivalent d’utiliser MySpace et d’avoir un téléphone cellulaire gros comme
le bras.
Les jeunes ne voteront pas davantage pour Trump.
Certains voteront pour un candidat indépendant, mais la plupart choisiront tout
simplement de rester à la maison. Hillary doit leur donner une bonne raison de
bouger. Malheureusement, je ne crois pas que son choix de colistier soit de
nature à convaincre les milléniaux. Un ticket de deux femmes aurait été
beaucoup plus audacieux qu’un gars blanc, âgé, centriste et sans saveur. Mais
Hillary a misé sur la prudence, et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres de sa
capacité à s’aliéner les jeunes.
5. L’effet Jesse Ventura
Pour conclure, ne sous-estimez pas la capacité des gens
à se conduire comme des anarchistes malicieux lorsqu’ils se retrouvent seuls
dans l’isoloir. Dans notre société, l’isoloir est l’un des derniers endroits
dépourvus de caméras de sécurité, de micros, d’enfants, d’épouse, de patron et
de policiers ! Vous pouvez y rester aussi longtemps que vous le souhaitez, et
personne ne peut vous obliger à y faire quoi que ce soit.
Vous pouvez choisir un parti politique, ou écrire
Mickey Mouse et Donald Duck sur votre bulletin de vote. C’est pour cette raison
que des millions d’Américains en colère seront tentés de voter pour Trump. Ils
ne le feront pas parce qu’ils apprécient le personnage ou adhèrent à ses idées,
mais tout simplement parce qu’ils le peuvent. Des millions de gens seront
tentés de devenir marionnettistes et de choisir Trump dans le seul but de
brouiller les cartes et voir ce qui arrivera.
Vous souvenez-vous de 1998, année où un lutteur
professionnel est devenu gouverneur du Minnesota ? Le Minnesota est l’un des
États les plus intelligents du pays, et ses citoyens ont un sens de l’humour
assez particulier. Ils n’ont pas élu Jesse Ventura parce qu’ils étaient
stupides et croyaient que cet homme était un intellectuel destiné aux plus
hautes fonctions politiques. Ils l’ont fait parce qu’ils le pouvaient. Élire
Ventura a été leur manière de se moquer d’un système malade. La même chose
risque de se produire avec Trump.
Un homme m’a interpellé la semaine dernière, lorsque je
rentrais à l’hôtel après avoir participé à une émission spéciale de Bill Maher
diffusée sur HBO à l’occasion de la convention républicaine : "Mike, nous
devons voter pour Trump. Nous DEVONS faire bouger les choses !" C’était là
l’essentiel de sa réflexion.
Faire bouger les choses. Le président Trump sera
l’homme de la situation, et une grande partie de l’électorat souhaite être aux
premières loges pour assister au spectacle.
La semaine prochaine, je vous parlerai du talon
d’Achille de Donald Trump et des stratégies que nous pouvons employer pour lui
faire perdre l’élection.
Cordialement,
Michael Moore