vendredi 25 mars 2016

Les inégalités, ces détonateurs de grandes révoltes.



La voie est ainsi ouverte dans le maquis des injustices sociales vers une alternative de rupture avec les règles imposées par les oligarchies financières, pour les seuls intérêts des marchés.

Creusement des «inégalités sociales» de toute nature et «instabilité» à travers le monde… quelle lecture avoir du lien entre ces deux constats?
Premiers éléments incontournables: les inégalités sont inhérentes au système capitaliste, elles sont au cœur de sa logique de fonctionnement, il s’en nourrit.
L’extrême pauvreté, la misère sont le levier des grands mouvements de révolte, quand elles n’en sont pas directement à l’origine. Dès lors, l’instabilité qu’entraînent les inégalités se mesure sans doute à l’aune des luttes sociales, des combats et des pressions syndicales, politiques, associatives, comme à travers les soubresauts qui secouent les sociétés, les tensions géopolitiques et les rapports entre pays riches et pays pauvres.
L’histoire récente, celle du printemps arabe, illustre bien le rôle moteur des inégalités dans les soulèvements révolutionnaires contre les dictatures. C’est le suicide par le feu, le 17 décembre 2010, du marchand ambulant tunisien Mohamed Bouazizi qui déclencha le soulèvement populaire contre le régime dictatorial de Ben Ali. L’acte désespéré traduisait l’extrême frustration d’une jeunesse condamnée à vivre d’expédients, à végéter dans des régions de l’intérieur laissées à l’abandon, alors que les richesses du pays se concentrent sur le Nord côtier, autour des villes et des sites balnéaires, dans un autre monde, inaccessible.
Le printemps tunisien est né sur les terres de misère, les inégalités ont été le ferment de la colère, entraînant dans son élan les couches moyennes qui aspi­raient à la démocratie. Tout comme d’ailleurs dans les autres pays arabes traversés par des vents de révolte. «Là où se sont produits des soulèvements massifs (Bahreïn, Égypte, Libye, Syrie, Tunisie et Yémen), ce vaste front des groupes les plus défavorisés de la société a été rejoint par l’essentiel des couches moyennes», analysait très justement, en mai2012, dans les colonnes du «Monde diplomatique», Gilbert Achcar (1).
Stratégies néocoloniales et échange inégal...
Les soulèvements populaires de même ampleur en Amérique latine ripostaient aux politiques néolibérales «d’ajustements structurels» imposées par les créanciers, FMI et Banque mondiale, durant les années 1990. Politiques qui ont creusé les inégalités et précipité des millions de citoyens dans la pauvreté. Ces crises salutaires ont mis à bas les régimes néolibéraux soutenus par les États-Unis et l’UE, lesquels avaient alors largement profité des opportunités offertes par ces configurations économiques fondées sur la seule logique du profit, la satisfaction des besoins sociaux restant, au mieux, marginale. Le sociologue James Petras (2) évoque ce «capitalisme prédateur», rappelant que dans l’Amérique latine des années 1990, «plus de 5000 industries d’exploitation des ressources naturelles, banques, télécommunications et autres industries lucratives, sont passées aux mains de multinationales étrangères et de capitalistes locaux. Des intérêts élevés sur les bonds, les prêts et les loyers de transferts technologiques ont enrichi les capitalistes du Nord, alors même que la pauvreté augmentait dans le Sud». Là est l’autre dimension des inégalités à travers le monde, celle qui prend appui sur les puissances financières et la supériorité militaire pour installer des gouvernements fantoches, déployer des stratégies néocoloniales afin de frayer le chemin à des firmes tentaculaires, organiser le pillage des ressources, l’accaparement des terres arables et des ressources naturelles et entretenir l’échange inégal qui fait la prospérité et le progrès des uns, une minorité de pays riches, aux dépens des autres.
Mais que l’on se rassure, la pauvreté «recule», disent les experts, qui mesurent la lente diminution des inégalités dans les pays émergents, avec l’apparition des classes moyennes en Chine, en Inde, au Brésil… L’Observatoire des inégalités note ainsi «une réduction spectaculaire» de la pauvreté en Asie de l’Est et Pacifique: «En 2011, 161millions de personnes vivent avec moins de 1,25 dollar par jour dans cette région du monde (soit 7,9% de la population), alors qu’elles étaient plus d’un milliard en 1981 (78% de la population).» L’Afrique subsaharienne reste en revanche «le seul continent où le nombre de personnes extrêmement pauvres a augmenté. Ce chiffre a même doublé: 210 millions en 1981, à 415millions en 2011», précise l’Observatoire. Un contexte d’inégalités extrêmes, comparées à la richesse sans cesse croissante dans le monde occidental. Un abîme. La paupérisation massive de ces populations est aujourd’hui pain bénit pour les hordes de djihadistes. Ils y trouvent le terreau idéal pour prospérer et s’enraciner. Les dégâts provoqués par une telle inégalité figurent à n’en point douter parmi les plus graves au monde.
Cette « stabilité » qui ne profite qu’aux riches…
Ce sont, enfin, les mêmes politiques d’austérité qui creusent les inégalités dans les pays de l’Europe libérale, entérinent les disparités dans les dispositifs sociaux. En Grèce, les ménages les plus pauvres ont perdu près de 86% de leurs revenus, tandis que les plus riches n’ont perdu qu’entre 17 et 20% des leurs, selon une étude commandée par l’institut allemand de recherche macroéconomique (IMK). En Espagne, selon l’OIT, l’écart entre le dixième de la population le plus riche et le dixième le plus pauvre s’est creusé de 20% entre 2006 et 2010, et la tendance s’est poursuivie depuis. La statistique en la matière est abondante. Elle dessine une courbe croissante des inégalités à travers tout le continent. Quelque 84 millions de personnes (16,9%) vivaient en dessous du seuil de pauvreté en 2011, révèle Eurostat. Conséquence directe de cette dégradation dans une Europe à plusieurs vitesses: la montée en puissance des luttes sociales. Madrid, Rome, Lisbonne, Dublin… partout, les laissés-pour-compte s’insurgent contre une «stabilité» qui ne profite qu’aux riches, laissant des millions de citoyens sur le carreau.
En Grèce, ces derniers ont porté le mouvement de gauche Syriza au pouvoir et soutiennent son bras de fer avec les créanciers. La voie est ainsi ouverte dans le maquis des injustices sociales vers une alternative de rupture avec les règles imposées par les oligarchies financières, pour les seuls intérêts des marchés. Mais pas seulement. En France, le Front national ne s’enracine-t-il pas à la faveur des disparités territoriales, du recul des services publics? N’engrange-t-il pas sans difficulté des voix dans les régions au taux de chômage élevé? Les inégalités, autant de détonateurs sur un terrain miné, peuvent aussi conduire au pire.
Source: L'Humanité Dimanche

Terrorisme : L’Europe, la cible.



Au nom de la liberté des peuples, les Américains et l’Europe ont semé le chaos et la désolation dans des pays (Afghanistan, Irak, Libye, Syrie) laissant derrière eux des femmes, des enfants, des hommes et des vieillards affamés et réduits à l’émigration.

Peut être faudrait-il s’attarder un peu sur les raisons de ces attentats. Il serait trop simple de se borner à penser que ces fanatiques ont décidé tout à coup de semer la terreur dans cette Europe colonialiste.
 La soif de profits, la volonté de s’approprier les richesses du sol et du sous sol du moyen Orient à conduit l’empire financier à utiliser des stratégies visant à déstabiliser les régimes en place tantôt soutenant tel chef d’Etat et tantôt tel autre. Ces capitalistes Occidentaux n’ont pas hésité à armer et à former des rebelles s’opposant au régime en place Afghanistan, Irak, Libye, Syrie. Au nom de la liberté des peuples, les Américains et l’Europe ont semé le chaos et la désolation dans ces pays laissant derrière eux des femmes, des enfants, des hommes et des vieillards affamés et réduits à l’émigration.
 Les bandes armées et organisées sont devenues incontrôlables, elles se sont regroupées pour jeter hors de leurs pays ces occidentaux prétentieux et envieux de leur pétrole. Face à l’impérialisme américain et européen ils ont utilisé comme stratégie de guerre « le terrorisme ». Si par nature la guerre est condamnable le recours aux kamikazes est abjecte sournois et lâche. Les victimes sont des civils, des gens qui n’ont rien à voir avec les politiciens responsables de cette situation. Pourtant afin de semer la psychose parmi les populations, ces extrémistes, au nom d’une religion manipulée, dont le dogme est interprété, recrutent au sein de jeunes victimes d’une situation économique désastreuse en Europe.
 Oui agir ainsi c’est condamnable tout comme les politiciens devenus hommes de main de l’empire financier, qui ont les mains entachées du sang de ces victimes.
 Il ne suffit pas d’appeler à l’unité, de jouer les va-t-en-guerre pour sécuriser les populations surtout quand la musique ne correspond pas aux paroles. D’un coté on fait la guerre aux extrémistes djihadistes et de l’autre on cire les bottes des dictateurs du Qatar ou d’Arabie Saoudite. Quand Hollande décore un prince saoudien de la légion d’honneur n’y a-t-il pas là une attitude équivoque ?? Quand le Qatar finance le club du Paris St Germain et que dans le même temps il finance les terroristes n’y a-t-il pas là encore une autre équivoque ??
 Décidément pour le fric, l’empire de la finance est capable de tout. Aidé par ses politiciens conservateurs et réformateurs ensemble sont responsables de cette situation. Si nous devons lutter contre la terreur djihadistes, nous devons aussi mener combat contre la dictature de l’empire financier, contre ces patrons manipulateurs et ces banques qui ruinent nos économies.

jeudi 24 mars 2016

Belgique : L’horreur à Bruxelles et les erreurs de l’Europe. Les attentats de Bruxelles montrent ainsi que la branche extérieure de «Daech» est désormais bien implantée dans les pays européens et peut agir rapidement et à grande échelle.



En frappant Bruxelles d’une façon aussi atroce, les terroristes de «Daech» n’ont pas seulement visé une capitale européenne, celle de la Belgique, ils ont surtout attaqué la capitale de l’Union européenne et à travers elle tous les pays d’Europe. Une fois le choc passé, l’enquête, disent les médias français et belges, avance à grand pas et montre un lien entre les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et l’arrestation de Salah Abdelsalam il y a quelques jours dans le quartier de Molenbeck. Cet homme est accusé d’être le cerveau des attentats de Paris et il constitue donc une grande prise pour la police belge qui compte l’extrader en France. Mais si le lien entre son arrestation et les attentats du 22 mars à Bruxelles est vérifié cela signifie que les terroristes ont la capacité de réagir rapidement et de frapper simultanément ou presque quatre fois au cœur de la capitale belge, près du quartier européen l’un des plus sélects de la ville ainsi que l’aéroport international qui constitue une plaque tournante vers les autres pays européens et vers l’Afrique. Indépendamment du traumatisme causé chez les habitants et l’ensemble des populations européennes, le coup est dur pour la police belge mais aussi pour toutes les polices d’Europe. Les dirigeants politiques belges ont eu beau affirmer que les attaques étaient prévisibles, surtout après celles qui avaient visé Paris, les médias ne sont pas avares en critiques pour incompétence, manque de coordination et vigilance. Les analystes et autres experts en terrorisme se succèdent sur les chaînes de télévision européennes et insistent sur les rapports étranges existant entre les milieux radicaux et les mafias des trafiquants de drogue (pour protéger le trafic de drogue, il faut des armes et pour les porter il faut des voyous disent les analystes qui sont rapidement récupérés par les milieux extrémistes), la population elle ne voit qu’une chose, c’est qu’elle a désormais peur et elle ne se sent plus en sécurité dans sa démocratie européenne.
En réalité, les terroristes ont réussi leur coup macabre en parvenant à semer le doute et l’angoisse dans les sociétés occidentales et en montrant la fragilité d’un système que les dirigeants européens croyaient infaillible. La Belgique est ainsi considérée comme le premier pays européen à envoyer des extrémistes en Syrie depuis le début de la guerre. Au point que certains pensaient que ces extrémistes étaient encouragés à quitter le sol belge pour aller combattre en Syrie, dans l’espoir qu’ils soient tués sur place ou qu’ils restent en Syrie, comme cela le pays sera débarrassé d’eux à moindres frais. Mais les calculs belges se sont avérés faux et de nombreux extrémistes sont rentrés en Europe et notamment en Belgique, prêts à semer la terreur dans les pays qui les ont accueillis. Les attentats de Bruxelles montrent ainsi que la branche extérieure de «Daech» est désormais bien implantée dans les pays européens et peut agir rapidement et à grande échelle. Elle a les effectifs, les moyens et les cibles toutes prêtes, puisqu’il s’agit de faire le plus de mal possible en attaquant le plus grand nombre de civils. Elle a en plus l’audace et la détermination, ainsi qu’une haine immense envers tout ce qui ne lui ressemble pas. Bref, les facteurs nécessaires pour agir sans complexes et sans le moindre remords. De plus, les démocraties européennes ne permettent pas une lutte radicale contre cette mouvance avec les freins posés par les associations des droits de l’homme, ainsi que le respect de la diversité religieuse et ethnique, sans parler d’une certaine ignorance du mode de fonctionnement des milieux extrémistes.
Cette méconnaissance est due au fait que depuis des années, les dirigeants européens ont essentiellement compté sur la coopération entre leurs services de renseignements et ceux des pays du Moyen Orient pour démanteler les réseaux potentiels, les filières terroristes et neutraliser les extrémistes. Mais depuis que l’Occident a décidé de mener la guerre aux Etats en place pour les remplacer par un pouvoir proche des Frères musulmans, la coopération entre leurs services et ceux des régimes brusquement jugés dictatoriaux a été rompue. Les services de renseignements européens se sont donc retrouvés totalement ignorants de ce qui se passe dans les mouvances extrémistes, ayant renoncé à faire des infiltrations par des agents au profit de l’utilisation massive des moyens technologiques modernes. Mais ce que ces services de renseignements n’ont pas compris c’est que les cellules radicales et terroristes savent aussi utiliser les moyens technologiques. Ce qui leur a permis d’ailleurs de se développer avec une telle rapidité dans les sociétés occidentales. Ces cellules connaissent aussi parfaitement les failles dans les systèmes européens et les utilisent à fond. Il ne s’agit donc pas d’une vague éphémère et désorganisée, mais d’une véritable réseau tentaculaire bien implanté en Occident et qui sait comment le frapper pour le faire douter de lui-même et de la justesse de ses valeurs. A la place de l’ouverture, du dialogue, de l’acceptation de l’autre et des valeurs de tolérance, «Daech» prône la haine, le rejet, la violence et les sociétés homogènes bâties sur des convictions radicales qui n’ont d’autre objectif que de détruire tout ce qui ne leur ressemble pas. Déjà, dans les sociétés européennes, des voix s’élèvent pour plaider en faveur d’un repli sur soi et du refus de la diversité. L’Europe est donc réellement menacée par «Daech» et ses semblables mais elle ne peut pas lutter seule contre ce danger. Elle a besoin non seulement de l’aide des autres puissances mais aussi des pays de la région, notamment de la Syrie, une Syrie stabilisée et laïque. Mais c’est sans doute trop demander aux Européens qui, malheureusement n‘en finissent  pas de recevoir les coups durs et atroces, sans se décider à reconnaître qu’ils ont eu tout faux au Moyen orient depuis au moins 5 ans.
Par Soraya Hélou
Source : French.alahednews

samedi 19 mars 2016

À la mémoire de la Commune (Lénine - avril 1911) : Le souvenir des combattants de la Commune n’est pas seulement vénéré par les ouvriers français, il l’est par le prolétariat du monde entier.



La cause de la Commune est celle de la révolution sociale, celle de l’émancipation politique et économique totale des travailleurs, celle du prolétariat mondial. Et en ce sens, elle est immortelle.

Quarante ans se sont écoulés depuis la proclamation de la Commune de Paris. Selon la coutume, le prolétariat français a honoré par des meetings et des manifestations la mémoire des militants de la révolution du 18 mars 1871 ; à la fin de mai, il ira de nouveau déposer des couronnes sur la tombe des communards fusillés, victimes de l’horrible « semaine sanglante » de mai et jurer une fois de plus de combattre sans relâche jusqu’au triomphe complet de leurs idées, jusqu’à la victoire totale de la cause qu’ils lui ont léguée.
Pourquoi le prolétariat, non seulement français, mais du monde entier, honore-t-il dans les hommes de la Commune de Paris ses précurseurs ? Et quel est l’héritage de la Commune ?
La Commune naquit spontanément ; personne ne l’avait consciemment et méthodiquement préparée. Une guerre malheureuse avec l’Allemagne ; les souffrances du siège ; le chômage du prolétariat et la ruine de la petite bourgeoisie ; l’indignation des masses contre les classes supérieures et les autorités qui avaient fait preuve d’une incapacité totale ; une fermentation confuse au sein de la classe ouvrière qui était mécontente de sa situation et aspirait à une autre organisation sociale ; la composition réactionnaire de l’Assemblée nationale qui faisait craindre pour la République, tous ces facteurs, et beaucoup d’autres, poussèrent la population de Paris à la révolution du 18 mars qui remit inopinément le pouvoir entre les mains de la Garde nationale, entre les mains de la classe ouvrière et de la petite bourgeoisie qui s’était rangée de son côté.
Ce fut un événement sans précédent dans l’histoire. Jusqu’alors, le pouvoir se trouvait ordinairement entre les mains des grands propriétaires fonciers et des capitalistes, c’est-à-dire d’hommes de confiance à eux, constituant ce qu’on appelle le gouvernement. Mais après la révolution du 18 mars, lorsque le gouvernement de M. Thiers s’enfuit de Paris avec ses troupes, sa police et ses fonctionnaires, le peuple devint le maître de la situation et le pouvoir passa au prolétariat. Mais dans la société actuelle, le prolétariat, économiquement asservi par le capital, ne peut dominer politiquement s’il ne brise les chaînes qui le rivent au capital. Et voilà pourquoi le mouvement de la Commune devait inévitablement revêtir une couleur socialiste, c’est-à-dire chercher à renverser la domination de la bourgeoisie, la domination du capital, et à détruire les assises mêmes du régime social actuel.
Au début, ce mouvement fut extrêmement mêlé et confus. Y adhéraient des patriotes qui espéraient que la Commune reprendrait la guerre contre les Allemands et la mènerait à bonne fin. Il était soutenu par les petits commerçants menacés de ruine si le paiement des traites et des loyers n’était pas suspendu (ce que le gouvernement leur avait refusé, mais que la Commune leur accorda). Enfin, au début, il bénéficia même en partie de la sympathie des républicains bourgeois qui craignaient que l’Assemblée nationale réactionnaire (les « ruraux », les hobereaux sauvages) ne restaurât la monarchie. Mais dans ce mouvement, le rôle principal fut naturellement joué par les ouvriers (surtout par les artisans parisiens) parmi lesquels une active propagande socialiste avait été menée durant les dernières années du second Empire et dont beaucoup appartenaient même à l’Internationale.
Les ouvriers seuls restèrent fidèles jusqu’au bout à la Commune. Les républicains bourgeois et les petits bourgeois s’en détachèrent bientôt : les uns effrayés par le caractère prolétarien, socialiste et révolutionnaire du mouvement ; les autres lorsqu’ils le virent condamné à une défaite certaine. Seuls les prolétaires français soutinrent sans crainte et sans lassitude leur gouvernement ; seuls ils combattirent et moururent pour lui, c’est-à-dire pour l’émancipation de la classe ouvrière, pour un meilleur avenir de tous les travailleurs.
Abandonnée par ses alliés de la veille et dépourvue de tout appui, la Commune devait inéluctablement essuyer une défaite. Toute la bourgeoisie de la France, tous les grands propriétaires fonciers, toute la Bourse, tous les fabricants, tous les voleurs grands et petits, tous les exploiteurs se liguèrent contre elle. Cette coalition bourgeoise soutenue par Bismarck (qui libéra 100 000 prisonniers français pour réduire Paris) réussit à dresser les paysans ignorants et la petite bourgeoisie provinciale contre le prolétariat parisien et à enfermer la moitié de Paris dans un cercle de fer (l’autre moitié étant investie par l’armée allemande).
Dans certaines grandes villes de France (Marseille, Lyon, Saint-Etienne, Dijon et ailleurs), les ouvriers tentèrent également de s’emparer du pouvoir, de proclamer la Commune et d’aller secourir Paris, mais ces tentatives échouèrent rapidement. Et Paris, qui leva le premier le drapeau de l’insurrection prolétarienne, se trouva réduit à ses seules forces et voué à une perte certaine.
Pour qu’une révolution sociale puisse triompher, deux conditions au moins sont nécessaires : des forces productives hautement développées et un prolétariat bien préparé. Mais en 1871 ces deux conditions faisaient défaut. Le capitalisme français était encore peu développé et la France était surtout un pays de petite bourgeoisie (artisans, paysans, boutiquiers, etc.). Par ailleurs, il n’existait pas de parti ouvrier ; la classe ouvrière n’avait ni préparation ni long entraînement et dans sa masse, elle n’avait même pas une idée très claire de ses tâches et des moyens de les réaliser. Il n’y avait ni sérieuse organisation politique du prolétariat, ni syndicats ou associations coopératives de masse…
Mais ce qui manqua surtout à la Commune, c’est le temps, la possibilité de s’orienter et d’aborder la réalisation de son programme. Elle n’avait pas encore eu le temps de se mettre à l’oeuvre que le gouvernement de Versailles, soutenu par toute la bourgeoisie, engageait les hostilités contre Paris. La Commune dut, avant tout, songer à se défendre. Et jusqu’à la fin, survenue entre les 21 et 28 mai, elle n’eut pas le temps de penser sérieusement à autre chose.
Au demeurant, malgré des conditions aussi défavorables, malgré la brièveté de son existence, la Commune réussit à prendre quelques mesures qui caractérisent suffisamment son véritable sens et ses buts. La Commune remplaça l’armée permanente, instrument aveugle des classes dominantes, par l’armement général du peuple ; elle proclama la séparation de l’Église et de l’État, supprima le budget des Cultes (c’est-à-dire l’entretien des curés par l’État), donna à l’instruction publique un caractère tout à fait laïque et par là même porta un coup sérieux aux gendarmes en soutane. Dans le domaine purement social, elle n’eut pas le temps de faire beaucoup de choses, mais le peu qu’elle fit montre avec suffisamment de clarté son caractère de gouvernement ouvrier, populaire : le travail de nuit dans les boulangeries fut interdit ; le système des amendes, ce vol légalisé des ouvriers, fut aboli ; enfin, la Commune rendit le fameux décret en vertu duquel toutes les fabriques, usines et ateliers abandonnés ou immobilisés par leurs propriétaires étaient remis aux associations ouvrières qui reprendraient la production. Et comme pour souligner son caractère de gouvernement authentiquement démocratique et prolétarien, la Commune décida que le traitement de tous les fonctionnaires de l’administration et du gouvernement ne devait pas dépasser le salaire normal d’un ouvrier et en aucun cas s’élever au-dessus de 6 000 francs par an.
Toutes ces mesures montraient assez clairement que la Commune s’avérait un danger mortel pour le vieux monde fondé sur l’asservissement et l’exploitation. Aussi la société bourgeoise ne put-elle dormir tranquille tant que le drapeau rouge du prolétariat flotta sur l’Hôtel de Ville de Paris. Et lorsque, enfin, les forces gouvernementales organisées réussirent à l’emporter sur les forces mal organisées de la révolution, les généraux bonapartistes, battus par les Allemands et courageux contre leurs compatriotes vaincus firent un carnage comme jamais Paris n’en avait vu. Près de 30 000 Parisiens furent massacrés par la soldatesque déchaînée, près de 45 000 furent arrêtés dont beaucoup devaient être exécutés par la suite ; des milliers furent envoyés au bagne ou déportés. Au total, Paris perdit environ 100 000 de ses fils et parmi eux les meilleurs ouvriers de toutes les professions.
La bourgeoisie était contente. « Maintenant, c’en est fait du socialisme, et pour longtemps ! », disait son chef, le nabot sanguinaire Thiers, après le bain de sang qu’avec ses généraux il venait d’offrir au prolétariat parisien. Mais ces corbeaux bourgeois croassaient à tort. À peine six ans après l’écrasement de la Commune, alors que nombre de ses combattants croupissaient encore au bagne ou languissaient en exil, le mouvement ouvrier renaissait déjà en France. La nouvelle génération socialiste, enrichie par l’expérience de ses aînés et nullement découragée par leur défaite, releva le drapeau tombé des mains des combattants de la Commune et le porta en avant avec assurance et intrépidité aux cris de « Vive la révolution sociale ! Vive la Commune ! » Et quelques années plus tard, le nouveau parti ouvrier et l’agitation qu’il avait déclenchée dans le pays obligeaient les classes dominantes à remettre en liberté les communards restés aux mains du gouvernement.
À la mémoire de la Commune (Lénine - avril 1911) Le souvenir des combattants de la Commune n’est pas seulement vénéré par les ouvriers français, il l’est par le prolétariat du monde entier. Car la Commune lutta non point pour quelque objectif local ou étroitement national, mais pour l’affranchissement de toute l’humanité laborieuse, de tous les humiliés, de tous les offensés. Combattante d’avant-garde de la révolution sociale, la Commune s’acquit des sympathies partout où le prolétariat souffre et lutte. Le tableau de sa vie et de sa mort, l’image du gouvernement ouvrier qui prit et garda pendant plus de deux mois la capitale du monde, le spectacle de la lutte héroïque du prolétariat et de ses souffrances après la défaite, tout cela a enflammé l’esprit de millions d’ouvriers, fait renaître leurs espoirs et gagné leur sympathie au socialisme. Le grondement des canons de Paris a tiré de leur profond sommeil les couches les plus arriérées du prolétariat et donné partout une impulsion nouvelle à la propagande révolutionnaire socialiste. C’est pourquoi l’œuvre de la Commune n’est pas morte ; elle vit jusqu’à présent en chacun de nous.
La cause de la Commune est celle de la révolution sociale, celle de l’émancipation politique et économique totale des travailleurs, celle du prolétariat mondial. Et en ce sens, elle est immortelle.
Vladimir Lénine
Article paru dans Rabotchaïa Gazeta (Journal ouvrier) n° 4-5, 15 avril 1911