vendredi 9 octobre 2015

Yémen : L'indifférence du monde face à la souffrance des civils yéménites dans ce conflit est choquante.



Ce sont les frappes aériennes de la coalition qui ont causé le plus grand nombre de victimes parmi la population civile durant le conflit au Yémen.

Des preuves accablantes de crimes de guerre imputables à la coalition dirigée par l'Arabie saoudite, armée entre autres par les États-Unis, mettent en lumière la nécessité d'ouvrir une enquête indépendante sur les violations des droits humains et de suspendre les transferts de certains armements, écrit Amnesty International dans un nouveau rapport rendu public mercredi 7 octobre.
IntituléBombs fall from the sky day and night’: Civilians under fire in northern Yemen, ce document se penche sur 13 frappes aériennes meurtrières imputables à la coalition, à Saada, dans le nord-est du Yémen, qui ont fait une centaine de morts parmi les civils, dont 59 enfants. Il livre également des éléments sur l'utilisation de bombes à sous-munitions, interdites par les règlements internationaux.
« Ce rapport dévoile de nouveaux éléments qui attestent de frappes aériennes illégales menées par la coalition que dirige l'Arabie saoudite, dont certaines constituent des crimes de guerre. Il expose de manière détaillée la nécessité d'empêcher que des armes ne servent à commettre de graves violations de ce type, a déclaré Donatella Rovera, conseillère principale à Amnesty International pour les situations de crise, qui a conduit une mission d'établissement des faits au Yémen.
« Les États-Unis et les pays qui exportent des armes à l'une des parties au conflit au Yémen sont tenus de veiller à ce que les transferts qu'ils autorisent ne facilitent pas de graves violations du droit international humanitaire. »
Le rapport dénonce le mépris flagrant pour la vie des civils dont fait preuve la coalition militaire conduite par l'Arabie saoudite, qui a désigné comme cibles militaires, en violation du droit international, les villes de Saada et de Marran, où vivent des dizaines de milliers de civils. Dans au moins quatre frappes aériennes sur lesquelles a enquêté Amnesty International, les maisons ont été touchées à plusieurs reprises, ce qui indique qu'elles ont été délibérément prises pour cibles alors qu'aucun élément ne prouvait qu'elles étaient utilisées à des fins militaires.

Amnesty International demande la suspension des transferts à destination des membres de la coalition dirigée par l'Arabie saoudite qui prennent part à la campagne militaire au Yémen, d'armes et de munitions servant à perpétrer des violations du droit international humanitaire, dont des crimes de guerre. Il faut notamment suspendre le transfert de bombes de la série Mark (MK) 80 et d'autres bombes d'emploi général, d’avions de chasse, d’hélicoptères de combat et de pièces et composants associés.
« Le fait que de larges zones à forte densité de population soient désignées comme cibles militaires et que des habitations civiles soient ciblées de manière répétée montre que les forces de la coalition ne prennent pas les précautions nécessaires pour épargner les civils, comme l'exige le droit international humanitaire », a déclaré Donatella Rovera.
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La population civile de Saada, qui vit dans la peur des frappes aériennes, doit aussi faire face à une crise humanitaire majeure, caractérisée par une coupure générale d'électricité dans la ville, l'effondrement du système de santé dans les régions reculées et une grave pénurie de médecins.
Les chercheurs d'Amnesty International ont retrouvé les restes de deux types de bombes à sous-munitions, les sous-munitions BLU-97 et leurs disperseurs (CBU-97), et les CBU-105, armes sophistiquées amorcées par capteur. Les bombes à sous-munitions, prohibées par le droit international, dispersent d'innombrables petites bombes sur une large zone. Un grand nombre de ces mini bombes n'explosent pas au moment de l'impact et sont une menace mortelle pour quiconque entre en contact avec elles.
…………… Amnesty International exhorte les membres de la coalition à cesser immédiatement d'utiliser des armes à sous-munitions et demande à tous les États de stopper les transferts de telles armes.
Appels en faveur de l'obligation de rendre des comptes
La semaine dernière, les initiatives du Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève visant à ouvrir une enquête indépendante et internationale sur le conflit ont tourné court et une résolution a été adoptée qui appuie la création d'un comité national d'enquête.
« L'indifférence du monde face à la souffrance des civils yéménites dans ce conflit est choquante. Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU n’a pas ouvert d’enquête internationale sur les violations commises par tous les belligérants et la communauté internationale se montre incapable de lutter contre l'impunité totale dont jouissent les auteurs de graves violations au Yémen, a déclaré Donatella Rovera.
« L'absence d'obligation de rendre des comptes contribue à aggraver la crise. Tant que les responsables pensent pouvoir échapper à la justice, les civils continueront d'en subir les conséquences. »
Une enquête internationale pourrait être mise sur pied via l'adoption d'une résolution par l'Assemblée générale ou le Conseil de sécurité de l'ONU, ou par le secrétaire général ou le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’homme agissant de leur propre initiative.
Source : Amnesty International 


L’Arabie massacre les Yéménites avec les bombes US

jeudi 8 octobre 2015

AIR FRANCE : la presse française se comporte en chien de garde des intérêts des classes dominantes, toujours prompte à condamner les « violences » des salariés et à cautionner la violence (invisible) du marché.



Lundi 5 octobre, le directeur des ressources humaines d’Air France a été pris à partie par les salariés en marge du comité central d’entreprise, qui a annoncé 2 900 licenciements d’ici 2017. Un spectacle qui a fait perdre aux éditorialistes leur sang-froid. Retour sur un « lynchage » médiatique : celui des résistances syndicales.
Une presse écrite (presque) unanimement scandalisée
L’occasion était trop belle et Le Figaro n’a pas manqué de s’en saisir. En « Une » de son édition du mardi 6 octobre, le quotidien de Serge Dassault s’interroge : « Les extrémistes d’Air France vont-ils tuer la compagnie ? »

Cette « Une » tonitruante s’accompagne d’un éditorial signé Gaëtan de Capèle qui donne le la de la couverture médiatique des incidents du 5 octobre. On aurait ainsi assisté au « lynchage en règle » du DRH d’Air France, qui ferait écho à de précédentes « prises d’otage de dirigeants ». Des actes criminels, donc, qui « doivent être réprimés avec la plus grande sévérité ».
Mais au-delà de ce seul événement, c’est bien le rôle des syndicats qui est pointé du doigt, responsables du « blocage social dont souffre la France ». Qu’il s’agisse des retraites, du droit du travail ou encore de l’assurance chômage, « il se trouve, à chaque fois, une opposition syndicale pour interdire de mettre en œuvre des solutions d’avenir ».
Le Monde emboîte le pas au Figaro. En « Une » figure l’image du directeur adjoint d’Air France qui escalade une grille avec l’aide de la police pour échapper à la colère des salariés.
Le quotidien « de référence » revient sur la crise d’Air France dans son supplément économie ; un supplément dont on a déjà évoqué le souci constant de pluralisme. Et logiquement, le seul témoignage que choisit de publier Le Monde pour faire la « chronique d’un crash devenu inévitable » est celui d’un cadre dirigeant pour qui « on en serait pas là si pendant vingt ans les directions de l’entreprise n’avaient pas acheté la paix sociale ».
Mais pour Le Monde la faute en revient à l’État français qui « a soutenu la politique d’achat de la paix sociale, afin d’éviter les grèves. » Autant dire qu’il était temps de taper du poing sur la table ! A la lecture du quotidien, le licenciement de 2 900 salariés pourrait presque sembler magnanime. Puisqu’il s’agit de « s’adapter ou disparaître »…
Ce journalisme pro-marché ne doit cependant pas surprendre de la part du quotidien du soir, devenu « l’accessoire préféré des classes dominantes ». Pas un dérapage, donc, mais bien une ligne éditoriale choisie et assumée.

Le Parisien en rajoute dans le sensationnalisme en figurant la photo, en pleine page, du DRH d’Air France qui semble revenir de l’enfer.
Là encore, une occasion de pester sur les mouvements syndicaux, et « la stratégie suicidaire de ses pilotes et plombée par des grèves indécentes aux conséquences financières désastreuses ».

Un refrain entonné par Les Échos qui dénoncent, en « Une », un « dérapage »
Les Échos dénoncent les violences des salariés qui « ont manqué de lyncher » les dirigeants d’Air France. Elles 
témoignent d’une « civilisation où prévaudrait la loi du plus fort ».

Mais surtout, elles sont représentatives des « dérapages » des syndicats « dans un pays où réformer est une mission quasi impossible ».
Et l’éditorialiste du quotidien économique de s’indigner : « Trop c’est trop ! Après les occupations d’usine, les dégradations d’outil de travail et les patrons séquestrés, voilà donc venu le temps de l’agression physique des dirigeants. Un degré de plus dans la litanie des dérapages qui ponctuent trop souvent les conflits sociaux dans notre pays […] Le pavillon national ne peut pas être prisonnier de pilotes assis sur leurs privilèges et de casseurs surexcités. » Là encore, ce parti-pris ne doit pas surprendre de la part d’un quotidien qui, à l’instar du Monde, a choisi une ligne éditoriale libérale assumée.

Côté presse écrite nationale, L’Opinion clôt le bal des outrés avec une délicatesse toute particulière : « Ce serait probablement beaucoup demander à ces quelques abrutis qui ont molesté les dirigeants d’Air France que de réfléchir aux conséquences de leurs actes ».
Notons enfin que les télévisions d’information en continu ne sont pas en reste : alors que BFM business revient gravement sur les maltraitances des patrons par leurs salariés (« Quand les patrons sont malmenés par leurs salariés »), I-télé s’interroge : « Après Air France, quelle vision des syndicats ont les Français ? ».
Acrimed a eu beau chercher, aucun « grand média » ne s’est interrogé sur l’image des patrons après l’annonce des licenciements à Air France. Si les violences à l’encontre de deux cadres d’Air France ont suscité les cris d’orfraie des éditorialistes, la violence d’un plan de licenciement touchant 2900 personnes a provoqué, quant à elle, au mieux un silence résigné, au pire des justifications enthousiastes.
Redisons-le encore et encore : le problème du traitement médiatique du cas Air France n’est pas un problème d’opinion. Que des journaux assument une ligne libérale n’est pas en soi un problème, c’est même leur droit le plus absolu. En revanche, l’unanimisme de la presse dominante, en particulier pour jeter l’opprobre sur les résistances sociales, pose un évident problème de pluralisme.
Et le cas Air France montre une fois de plus comment une partie de la presse française se comporte en chien de garde des intérêts des classes dominantes, toujours prompte à condamner les « violences » des salariés et à cautionner la violence (invisible) du marché.
Benjamin Lagues et Frédéric Lemaire (avec Julien Salingue)
Mercredi 7 Octobre 2015.