mardi 21 avril 2015

Méditerranée : Cette dernière noyade de masse n’est pas simplement une tragédie, c’est un crime. Les grandes puissances impérialistes d'Europe et les États-Unis ont du sang sur les mains.



La mer Méditerranée est devenue le premier cimetière de boat-people du monde. L'Union européenne considère la noyade de réfugiés comme un moyen de dissuader d'autres personnes voulant risquer la traversée à l'avenir.
Une nouvelle et horrible tragédie s’est abattue sur des réfugiés fuyant l'Afrique du Nord pour atteindre l'Europe via la mer Méditerranée. Dimanche, un petit bateau a chaviré à environ 200 km au sud de l'île italienne de Lampedusa. Jusqu’à 700 personnes sont mortes. Lundi, les secouristes cherchaient toujours à récupérer les corps. Il se peut que le nombre exact de morts ne soit jamais connu.
Cette catastrophe intervient quelques jours seulement après qu’un bateau transportant 550 réfugiés a coulé en Méditerranée; au moins 400 d’entre eux se sont noyés.
Le nombre de personnes qui meurent en tentant d'émigrer vers l'Europe est choquant: plus de 1 500 depuis le début de cette année, 30 fois le nombre de décès pour la même période l’année dernière. Quelques 20 000 réfugiés ont atteint l'Italie, dont la majorité est maintenant prisonnière dans des camps d'internement.
Cette dernière noyade de masse n’est pas simplement une tragédie, c’est un crime. Les grandes puissances impérialistes d'Europe et les États-Unis ont du sang sur les mains.
Le bureau du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et d'autres organismes d'aide estiment qu'un demi-million de personnes campe sur les côtes libyennes et cherche désespérément à trouver un passage à bord de tout navire disponible pour faire la traversée vers l'Europe. Elles ne représentent qu'une fraction de la population de réfugiés de cette région: deux millions pour la seule Libye, déplacés par la guerre de l’OTAN et des USA en 2011, qui a détruit le régime de Kadhafi et déclenché la guerre civile subséquente. Une autre guerre civile incitée par les USA en Syrie a créé un million de réfugiés. Des milliers d'autres ont été déplacés dans les pays de la Corne de l'Afrique Érythrée, Éthiopie et Somalie, ravagés par la famine, la guerre civile ou les frappes à partir de drones américains.
A cela s’ajoute un grand nombre de personnes fuyant l’effondrement des pays d’Afrique occidentale sous l'effet conjugué de la crise économique, de la sécheresse, de la maladie et des déprédations causées par les puissances impérialistes, dont la France qui y joue un rôle de premier plan. Il s’agit entre autres de la Mauritanie, du Mali, du Niger, du Tchad, de la Haute-Volta, de la Côte-d'Ivoire, du Cameroun et de la République centrafricaine.
Israël a contribué à l'afflux de réfugiés par l’offensive menée contre la bande de Gaza l'été dernier et qui a détruit les habitations de centaines de milliers de personnes. S’ajoute à cela le blocus économique incessant de ce territoire imposé conjointement par Tel-Aviv et la dictature militaire égyptienne et dont l’effet est d’emprisonner l’ensemble de la population, soit 1,5 million de personnes.
La classe dirigeante européenne a répondu à cette catastrophe humanitaire en érigeant une « forteresse Europe » et s’est efforcée avant tout d’empêcher les migrants d'atteindre le continent. L'Union européenne considère la noyade de réfugiés comme un moyen de dissuader d'autres personnes voulant risquer la traversée à l'avenir.
Cependant, la responsabilité principale revient à l'impérialisme américain et à l'administration Obama, dont les attaques militaires incessantes, les assassinats par drones, les blocus économique et les opérations de changement de régimes menées par la CIA ont produit une catastrophe humanitaire sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale.
Deux décisions prises par Washington méritent un examen particulier: le déclenchement de la guerre des États-Unis et de l'OTAN contre la Libye en mars 2011 et l'intervention en Syrie, qui a commencé le même mois et continue à ce jour. Dans chaque cas, l'administration Obama a cherché à dissimuler ses objectifs prédateurs derrière le discours d’une défense des droits humains et démocratiques. Les médias américains à la solde du grand patronat lui ont fourni la propagande nécessaire et les voix libérales comme le magazine The Nation et des groupes de la pseudo-gauche comme l'International Socialist Organization l’ont applaudie.
Dans le cas de la Libye, l'administration Obama a affirmé qu'il y avait une catastrophe humanitaire imminente à Benghazi, où les troupes gouvernementales libyennes auraient été sur le point d’écraser une « rébellion » soutenue par les Etats-Unis. Il s’est avéré plus tard que cette rébellion avait été conduite par des intégristes islamiques liés à Al-Qaïda, recrutés pour la campagne anti-Kadhafi, puis mobilisés pour la guerre civile en Syrie.
Six mois de bombardements des forces des USA et de l’OTAN, complétés par l'aide aux forces terrestres par procuration dirigés par des conseillers impérialistes, ont conduit au renversement de Kadhafi et à son assassinat par des forces « rebelles » dans les rues de Syrte. Hillary Clinton, secrétaire d'État, maintenant favorite à l'investiture démocrate à la présidentielle, a fait remarquer après, « Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort », riant de sa lamentable plaisanterie.
Depuis, la Libye a sombré dans le chaos, des milices rivales y luttent pour le pouvoir, des gouvernements, des parlements et des capitales multiples sont apparus et un tiers de la population a été déplacée, n’ayant plus de foyer. Le principal butin sur lequel les pays impérialistes ont mis la main a été les vastes ressources pétrolières du pays, les installations de raffinage pour l’exportation et les ports nécessaires pour livrer le pétrole sur le marché mondial. Il se peut que la suite de l’histoire soit un retour pur et simple au colonialisme car l'Italie, l'ancienne puissance coloniale, envisage un blocus naval dirigé contre les bateaux de réfugiés et l'envoi de troupes au sol pour « rétablir l'ordre ».
En Syrie, pays beaucoup plus peuplé et économiquement développé, l'intervention américaine a été plus indirecte, mais non moins catastrophique. Les alliés des USA et de la CIA ont financé, armé et entraîné une succession de groupes rebelles qui cherchent à renverser le gouvernement du président Bachar al-Assad, le principal allié arabe de l'Iran et la Russie.
Les villes du pays ont été dévastées, en particulier Alep, la plus grande ville et le centre commercial. Le régime Assad a perdu le contrôle de la moitié du pays. Un tiers de la population de 26 millions d’habitants a été déplacée et des millions d’autres ont fui vers le Liban, la Turquie et la Jordanie. Un grand nombre a cherché à atteindre l'Europe, contribuant à l'afflux de réfugiés en Méditerranée.
Un autre million de réfugiés a été déplacé en Irak dû à l'émergence de l'Etat islamique (EI), lui-même un sous-produit de l'invasion américaine antérieure, de l'occupation de l'Irak et des opérations de la CIA en Syrie. Des millions d'autres réfugiés ont été créés par la dernière explosion de violence impérialiste dirigée contre le Yémen, que l'Arabie saoudite et d'autres États clients des Etats-Unis bombardent à l’aide d’avions de guerre, de bombes et de missiles américains, tout en préparant une éventuelle invasion terrestre de troupes équipées par les Etats-Unis
Depuis la première guerre du Golfe persique de 1990-1991, la classe dirigeante américaine a été engagée dans une guerre presque continuelle pour dominer les régions riches en pétrole du Moyen-Orient, d'Asie centrale et d'Afrique du Nord. Ces guerres ont détruit des sociétés entières et produit des souffrances humaines indicibles dans toutes ces régions.
Les deux grands partis et toutes les institutions officielles du capitalisme américain sont impliqués dans ce crime historique, y compris le Congrès, les tribunaux et les médias contrôlés par la grande entreprise.
Chaque partie de l'establishment politique défend les intérêts impérialistes des grandes entreprises et des banques. Tout homme politique, démocrate et républicain, est à la solde de l'appareil militaire et du renseignement qui soutient ces intérêts dans le monde entier. La lutte contre la guerre impérialiste nécessite un appel à la classe ouvrière et sa mobilisation révolutionnaire contre le capitalisme.
Pour diriger ce mouvement, une direction politique doit être organisée. C’est pour cette raison que le Comité international de la Quatrième Internationale a organisé le rassemblement en ligne de la Journée internationale du 1er mai 2015.
Par Patrick Martin
Source : WSWS

La Force « arabe » de Défense commune : un Otan arabe… sous commandement israélien.



De nombreux Etats et personnalités qui avaient pris position au début de la guerre du Yémen se sont ravisés. Se gardant de se positionner automatiquement selon le clivage sunnites-chiites, ils appellent au cessez-le-feu et à une solution politique. Derrière cette guerre inutile se cache en effet le projet de création d’un Otan arabe… sous commandement israélien.
Dans sa Doctrine de Sécurité nationale, publiée le 6 février 2015, le président Obama écrivait : « Une stabilité à long terme [au Moyen-Orient et en Afrique du Nord] requiert plus que l’usage et la présence de Forces militaires états-uniennes. Elle exige des partenaires qui soient capables de se défendre par eux-mêmes. C’est pourquoi nous investissons dans la capacité d’Israël, de la Jordanie et de nos partenaires du Golfe de décourager une agression tout en maintenant notre engagement indéfectible à la sécurité d’Israël, y compris par son avance militaire qualitative ».
La lecture attentive du document ne laisse aucun doute. La stratégie du Pentagone consiste à créer une version moderne du Pacte de Bagdad, un Otan arabe, de manière à pouvoir retirer ses forces militaires du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord et à les repositionner en Extrême-Orient (le « pivot » contre la Chine).
De même, il est clair que dans sa vision, le Pentagone envisage que cette « Force arabe de Défense commune » soit constituée d’États du Golfe et de la Jordanie et qu’elle soit placée sous commandement israélien. Si l’on reprend l’exemple du Pacte de Bagdad, on se souviendra qu’il avait été constitué par le Royaume-Uni avec ses anciennes colonies. Cependant, au bout de trois ans, son état-major fut placé sous commandement du Pentagone, bien que les États-Unis n’aient jamais adhéré au Pacte.
En novembre 2013, le président israélien d’alors, Shimon Peres, est intervenu, par vidéoconférence devant le Conseil de sécurité du Golfe, réuni à Abu Dhabi en présence de représentants des principaux membres de la Ligue arabe et d’États sunnites d’Asie. Son intervention, qui portait sur la nécessité d’un nouveau pacte militaire face à l’Iran, avait été longuement applaudie.
Le Sipri de Stockholm vient de révéler que l’Arabie saoudite se serait préparée à créer la « Force arabe de Défense commune » en augmentant son budget militaire en 2014 de 13 milliards de dollars (+17 % !).
Riyad tente d’impliquer le plus grand nombre d’États possibles dans ce projet. Il a ainsi réussi à acheter la participation de l’Égypte. Pour ce faire, les États du Golfe ont offert 12 milliards de dollars pour les projets d’investissement du Caire, lors de la conférence économique de Charm el-Cheikh, le 13 mars.
La Ligue arabe a adopté ce projet lors de son sommet de Charm el-Cheick, le 1er avril. Officiellement, il s’agit d’appliquer le Traité de Défense arabe de 1950. pour lutter contre le terrorisme, à moins que ce ne soit pour satisfaire les ambitions saoudiennes au Yémen. La guerre contre les Houthistes, dont personne ne comprend la nécessité, joue ici le rôle d’un exercice grandeur nature, sans que l’on manifeste de compassion pour le millier de morts et les 3 000 blessés qu’elle a déjà entraînés.
D’ores et déjà, selon Stratfor, l’état-major militaire de l’opération « Tempête décisive » n’est pas en Arabie, mais au Somaliland. Ce pays, qui proclama son indépendance en 1960, puis fut rattaché à la Somalie à la suite d’un coup d’État en 1969, proclama une seconde fois son indépendance en 1991 avant d’être réintégré à nouveau à la Somalie, en 1994, et proclama une troisième fois son indépendance en 2002. Lors de ses deux premières indépendances, Israël fut le premier État à reconnaître le Somaliland. Actuellement cet État n’est reconnu par personne, mais depuis 2010, c’est une base israélienne pour contrôler le détroit de Bab el-Mandeb qui relie le canal de Suez et la mer Rouge au Golfe d’Aden et à l’océan Indien.
Les chefs d’état-major de la Ligue arabe se rencontreront le 22 avril pour évaluer les unités qu’ils pourraient mettre à disposition de ce dispositif. L’Égypte, le Koweït et le Maroc, tous trois impliqués dans les bombardements au Yémen présenteront un rapport préliminaire, le 1er juillet.
Tout cela était malheureusement prévisible. Après avoir trahi le Peuple syrien en excluant la République arabe syrienne de ses rangs en violation de ses statuts, la Ligue arabe s’apprête à trahir le Peuple palestinien et à placer ses armées sous le commandement d’un État colonial.
Thierry Meyssan

lundi 20 avril 2015

Pétrole : La résistible chute du prix.



Le prix du pétrole sur le marché mondial est passé de 115 dollars le baril en juin 2014 à 46 dollars en janvier 2015. Cette évolution s’inscrit dans le contexte de la crise qui frappe la mondialisation capitaliste et l’exploitation des ressources non renouvelables. Si elle donne un ballon d’oxygène aux économies des pays importateurs, elle ne modifie pas les coordonnées de la crise économique.
Le pétrole, première source d’énergie primaire dans le monde devant le charbon, est à la base d’une économie de la rente. Les caractéristiques de la rente foncière analysée par Marx s’appliquent à l’industrie pétrolière d’aujourd’hui. Parce que les ressources en terres cultivables ou en pétrole sont finies, les possesseurs de ces ressources naturelles sont en position de force : « ils peuvent prélever un surprofit en vendant leurs produits à la valeur déterminée par leur production sur les plus mauvaises terres (ou par leur extraction dans les mines les moins productives), autrement dit les soustraire à la péréquation générale du taux de profit - et pérenniser ce surprofit sous forme de rente. »
Une économie de la rente
Le contrôle et la propriété des gisements de pétrole ne sont pas le résultat d’un processus classique d’accumulation capitaliste au travers de la concurrence entre firmes et de l’exploitation de la force de travail. La présence de gisements de pétrole dans une entité étatique est la conséquence de délimitations de frontières plus ou moins récentes et c’est la force militaire qui garantit sans médiation le droit à la propriété et le privilège de bénéficier de cette rente. C’est pourquoi il y a eu depuis un siècle tant de guerres pour le contrôle des matières premières et du pétrole en particulier, avec leur intensification ces dix dernières années au Moyen-Orient. On fait des guerres pour un gisement de pétrole, pas pour conquérir une usine automobile !
Les conditions d’extraction du pétrole sont de plus en plus différenciées dans le monde selon la nature physique des gisements. Le coût d’extraction d’un baril de pétrole est de 10 dollars en Arabie Saoudite alors qu’il est de l’ordre de 50 dollars au Venezuela où du « pétrole lourd » est extrait. Du fait de la nature de ses gisements de pétrole, la prime à un pays comme l’Arabie Saoudite est considérable.
Sur la base de cette économie de la rente, une industrie pétrolière capitalistique s’est développée pour découvrir, forer, exploiter, transporter et raffiner le pétrole. Jusque dans les années 1970, la production et la distribution de pétrole étaient dans le monde capitaliste et ses dépendances coloniales sous le contrôle exclusif des compagnies occidentales, qui formaient un cartel fixant prix et quotas. Au cours des années 1970, l’OPEP, Organisation des pays exportateurs de pétrole, s’est constituée en cartel de pays producteurs et a instauré un système de quotas de production visant à déterminer le niveau des prix mondiaux. Les compagnies pétrolières ont alors été largement dessaisies de leur ancien pouvoir de décider des volumes de production et des prix, mais elles se sont adaptées en contrôlant le raffinage et en achetant des concessions d’exploration et d’exploitation pérennisant leur rôle de prédateur.
C’est parce que l’exploitation du pétrole est fondée sur une économie de la rente que les quotas de production continuent de piloter les cours du pétrole. Si la production augmente plus vite que la consommation, les prix ont tendance à baisser ; en revanche, la rareté relative conduit à l’augmentation des prix. Mais dans une économie financiarisée, les fluctuations des prix sont amplifiées par la spéculation : les contrats pétroliers sont transformés en supports d’opérations financières dans lesquelles banques et sociétés de courtage jouent un rôle moteur. Le pétrole est toujours un « or noir », support aujourd’hui d’une spéculation exacerbée.
Le boom du pétrole de schiste
La consommation mondiale de pétrole est globalement stable depuis la crise de 2008. La tendance à une légère baisse de la consommation des pays développés de l’OCDE est compensée par la croissance des pays émergents, en premier lieu la Chine. L’économie chinoise apparaît cependant moins « gourmande » en pétrole, avec une augmentation de sa consommation de « seulement » 4,7 % en 2014, contre 8,5,% en moyenne depuis dix ans.
La production de pétrole « conventionnel », c’est-à-dire celui extrait par forage, est elle aussi globalement stable et cela depuis 2006, avant l’irruption de la crise. Sans pronostiquer qu’il s’agisse du « pic de production » de pétrole annoncé par certains, l’observation est bien celle d’un plateau du niveau de production mondial depuis neuf ans.
Production de pétrole exprimée en millions de tonnes et variation en %
Le principal élément nouveau de ces dernières années est celui du boom du pétrole et du gaz de schiste aux Etats-Unis, en fait dans deux de ses Etats, le Dakota du Nord et le Texas. La production d’hydrocarbures non conventionnels y est passée de 500 000 barils par jour en 2009 à 4 millions à la fin de l’année 2014, près de la moitié de la production totale de pétrole aux Etats-Unis. Ce boom est très fragile car la durée d’exploitation d’un gisement de pétrole de schiste est d’environ cinq ans alors qu’un gisement conventionnel peut produire pendant 25 ans. Il faut donc en permanence de nouveaux investissements et forages « fracturant » la roche-mère pour garantir ne serait-ce que le maintien d’un même niveau de production. L’exploitation des gaz et pétroles de schiste a rencontré l’appât du gain rapide des entreprises qui s’y sont ruées, avec en prime le saccage écologique de régions entières. Mais grâce à cette exploitation, les Etats-Unis sont redevenus en 2014 le premier producteur mondial de pétrole.
C’est la tendance à accumuler de plus en plus qui est à l’origine de cette course à plus d’extraction de ressources non renouvelables, aujourd’hui le pétrole de schiste, demain, s’ils peuvent continuer, le pétrole dans les grands fonds marins.
2006 2010 2013 Variation 2013-2006
États-Unis 305 333 446 46%
Moyen-Orient 1 236 1 217 1 329 7,5%
Monde 3 969 3 979 4 130 4%
Monde moins Etats-Unis 3 664 3 646 3 684 0,5%
Les conséquences de la chute des cours
Dans un système où les quotas de production servent à réguler les prix, le déséquilibre entre offre et demande constaté au premier semestre 2014 aurait pu trouver une solution dans la réduction des volumes de production, la rareté conjoncturelle ainsi créée faisant augmenter les prix. Comme le prouve les brusques variations du prix du pétrole depuis les années 1980, il n’y a plus aujourd’hui d’autorité incontestée fixant quotas de production et partage des marchés. C’est l’une des manifestations d’une économie mondiale en crise et incontrôlée. Sur la base de fondements objectifs tenant aux caractéristiques de la rente pétrolière, se déploie aujourd’hui une bataille pour trouver ou conserver des positions de contrôle du secteur mobilisant tous les moyens qui peuvent construire un rapport de forces.
La baisse du prix du pétrole bouscule les possibilités de rentabilité et de surprofit pour tous les pays producteurs et les compagnies qui ont investi sur la base d’espérance de prix supérieures. La rentabilité du pétrole de schiste, dont le coût d’extraction est aujourd’hui aux environs de 60 dollars par baril, est remise en cause. Ce sont les pays à plus bas coût d’extraction qui vont récupérer un avantage sur les autres. C’est pourquoi l’Arabie saoudite est souvent désignée comme le bénéficiaire de cette baisse des cours. Pour d’autres, cela crée les conditions de nouvelles crises de la dette. Un pays comme le Venezuela va devoir faire des coupes dans ses budgets sociaux largement financés par la rente pétrolière.
Les grandes compagnies pétrolières coupent dans leurs investissements pour garantir le profit et les dividendes d’aujourd’hui. Ainsi Total, tout en annonçant un bénéfice pour 2014 de 11,3 milliards d’euros, a décidé d’une baisse de 10 % de ses investissements, incluant un moins 30 % pour les campagnes d’exploration, et d’une réduction d’effectif de 2000 salariés.
En Europe Occidentale, dans les pays important tout leur pétrole, les entreprises, notamment dans secteur de la chimie, vont être avantagées par cette baisse.
Les conséquences sont très limitées pour les consommateurs en France. Entre la baisse de 50 % des cours mondiaux et le prix d’achat réellement constaté à la pompe ou chez le fournisseur de fuel domestique, les opérations se succèdent : transport, dépréciation de l’euro par rapport au dollar, raffinage, marge des compagnies pétrolières, distribution, taxes anciennes et nouvelles. Le prix du litre de diesel n’a baissé que de 10 % entre juillet 2014 et février 2015.
Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 n’ont pas été la cause de la fin de la période d’expansion ayant suivi la Deuxième Guerre mondiale. La baisse brutale des cours du pétrole enregistrée depuis juin 2014 ne va pas de façon symétrique donner le signal d’une véritable reprise économique, même si elle offre un ballon d’oxygène, notamment à des économies européennes anémiques. Les fondamentaux de la crise ne sont pas modifiés.
Jean-Claude Vessillier
SOURCE : PRESSE-TOI A GAUCHE

dimanche 19 avril 2015

Monde Arabe - La reproduction de la tyrannie : La loi ne protège en rien ceux qui sont opprimés. Tout au contraire, l’oppression est institutionnalisée par la loi, sous divers prétextes dont le plus important est le « combat contre le terrorisme ».



L’aspect le plus douloureux du succès de la contre-révolution qui a suivi le ainsi-nommé Printemps arabe, est non seulement le retour de la tyrannie à travers le Moyen-Orient, mais également la reproduction de la culture de la tyrannie dans les médias et la société.

C’est presque comme si la tyrannie était l’état naturel des choses, et que dans les pays arabes, la justice et l’équité étaient considérées comme l’exception et pas la règle.
La reproduction de la tyrannie n’est pas uniquement limitée à certains régimes et gouvernements - ni même à des groupes brutaux et violents utilisant la religion comme couverture - elle inclut également des groupes communautaires. Malheureusement, il apparaît que les appels pour la liberté qui ont rempli l’air au début des révolutions arabes, ne se sont pas traduits en changements réels.
C’est le résultat de la férocité de la contre-révolution, car changer de valeurs et passer de la crainte et de la dépendance à la dignité, signifie que les peuples réalisent quels sont leurs droits, en tant qu’individus et en tant que groupe. Le changement dans les valeurs signifie également que l’opprimé peut se battre en s’appuyant sur des bases morales et éthiques, et sur l’État de droit.
Le respect du droit des peuples et des citoyens est la dernière chose que veulent non seulement les dirigeants, mais beaucoup d’élites. Ces mêmes élites qui sont bonnes à fabriquer des revendications pour la justice et la liberté... C’est parce que la cruelle vérité est que les peuples du monde arabe endurent une véritable crise qui plonge ses racines dans des décennies de tyrannie, chez soi comme dans le système éducatif. Un système établi sur la crainte et la paranoïa conduit les gens à respecter la force et à opprimer le plus faible à la première occasion venue.
Les gouvernements ont recouru à l’intimidation et la propagation de la peur au moyen des médias - un but qui n’aurait pas réussi ces derniers mois sans le spectre de l’État Islamique (EI) et d’autres organisations criminelles. Ceci soulève beaucoup de questions concernant les véritables origines et buts de tels groupes. D’autant plus que l’on peut considérer que ces groupes servent les intérêts de la contre-révolution, ou même, qu’ils peuvent être considérés partie intégrante de la contre-révolution régionale qui a poussé beaucoup de gens à soutenir le retour de l’oppression en imaginant y trouver la sécurité.
La victoire de la contre-révolution est également expliquée, dans une certaine mesure, par l’acceptation et même l’encouragement de certaines élites au retour du colonialisme sous les prétextes de la stabilité et du souhait de se débarrasser de la menace terroriste représentée par l’EI et d’autres milices armées (dont certaines agissent réellement directement avec les gouvernements). Ces élites, en fait, prétendent empêcher la destruction et la barbarie qui n’épargnent personne.
Le profond impact psychologique de ce qui se produit actuellement - la transition de l’espoir de la liberté, vers l’obscurité de la destruction, de la torture, des meurtres et des massacres - a ramené la servilité dans le coeur de beaucoup. Une telle soumission est le meilleur outil pour rassembler les masses et les conduire à accepter la tyrannie, et même à participer à la violence et aux meurtres comme nous l’avons vu à travers l’histoire, y compris pendant l’ère nazie.
Cet impact psychologique se reflète aussi dans les rapports entre les individus, en notant que la frustration et le sentiment de défaite trouvent leur source dans l’idée que les appels pour la liberté et la justice ne signifient plus rien et que la seule règle qui s’applique maintenant est la survie du plus fort. Il amène également des personnes à croire que cette oppression, chez soi comme à l’extérieur, au travail ou à l’école, fait partie des conditions qui garantissent la conservation de la force, du statut et du pouvoir.
Nous sommes témoin actuellement de la destruction sous toutes ses innombrables formes. Les scènes de mise à mort, de torture, de famine et de déplacement forcé sont si douloureuses qu’elles engourdissent nos âmes et nos cerveaux en raison de leur laideur et de l’ampleur de l’insupportable douleur humaine qu’elles évoquent. Et a destruction des valeurs de la liberté et du bien-être humain aura comme conséquence la destruction non seulement du présent, mais aussi de l’avenir.
Ceci ne signifie pas que la génération des révolutionnaires, jeunes ou plus âgés, ait disparu. Les cellules des prisons des régimes arabes témoignent de la persévérance et de l’engagement, car elles sont pleines de ceux qui combattent et qui à travers tout le monde arabe refusent de se rendre. Cependant, c’est la destruction des valeurs humaines qui produit le sectarisme et le racisme, lesquels empêchent le développement d’une conscience collective de ce que sont les droits et la justice pour les peuples.
Les politiques oppressives et tyranniques d’aujourd’hui sont issues de l’effondrement des bases de l’état moderne, car il n’y a aucun moyen de régulation de ses relations [avec la nation] et aucune place pour le concept de droit des citoyens. La loi ne protège en rien ceux qui sont opprimés. Tout au contraire, l’oppression est institutionnalisée par la loi, sous divers prétextes dont le plus important est le « combat contre le terrorisme ».
Nous ne devons pas perdre espoir. Nous devons le faire renaître, bien que ce soit plus facile à dire qu’à faire...
Lamis Andoni
Source : Info-Palestine.eu