dimanche 19 avril 2015

Monde Arabe - La reproduction de la tyrannie : La loi ne protège en rien ceux qui sont opprimés. Tout au contraire, l’oppression est institutionnalisée par la loi, sous divers prétextes dont le plus important est le « combat contre le terrorisme ».



L’aspect le plus douloureux du succès de la contre-révolution qui a suivi le ainsi-nommé Printemps arabe, est non seulement le retour de la tyrannie à travers le Moyen-Orient, mais également la reproduction de la culture de la tyrannie dans les médias et la société.

C’est presque comme si la tyrannie était l’état naturel des choses, et que dans les pays arabes, la justice et l’équité étaient considérées comme l’exception et pas la règle.
La reproduction de la tyrannie n’est pas uniquement limitée à certains régimes et gouvernements - ni même à des groupes brutaux et violents utilisant la religion comme couverture - elle inclut également des groupes communautaires. Malheureusement, il apparaît que les appels pour la liberté qui ont rempli l’air au début des révolutions arabes, ne se sont pas traduits en changements réels.
C’est le résultat de la férocité de la contre-révolution, car changer de valeurs et passer de la crainte et de la dépendance à la dignité, signifie que les peuples réalisent quels sont leurs droits, en tant qu’individus et en tant que groupe. Le changement dans les valeurs signifie également que l’opprimé peut se battre en s’appuyant sur des bases morales et éthiques, et sur l’État de droit.
Le respect du droit des peuples et des citoyens est la dernière chose que veulent non seulement les dirigeants, mais beaucoup d’élites. Ces mêmes élites qui sont bonnes à fabriquer des revendications pour la justice et la liberté... C’est parce que la cruelle vérité est que les peuples du monde arabe endurent une véritable crise qui plonge ses racines dans des décennies de tyrannie, chez soi comme dans le système éducatif. Un système établi sur la crainte et la paranoïa conduit les gens à respecter la force et à opprimer le plus faible à la première occasion venue.
Les gouvernements ont recouru à l’intimidation et la propagation de la peur au moyen des médias - un but qui n’aurait pas réussi ces derniers mois sans le spectre de l’État Islamique (EI) et d’autres organisations criminelles. Ceci soulève beaucoup de questions concernant les véritables origines et buts de tels groupes. D’autant plus que l’on peut considérer que ces groupes servent les intérêts de la contre-révolution, ou même, qu’ils peuvent être considérés partie intégrante de la contre-révolution régionale qui a poussé beaucoup de gens à soutenir le retour de l’oppression en imaginant y trouver la sécurité.
La victoire de la contre-révolution est également expliquée, dans une certaine mesure, par l’acceptation et même l’encouragement de certaines élites au retour du colonialisme sous les prétextes de la stabilité et du souhait de se débarrasser de la menace terroriste représentée par l’EI et d’autres milices armées (dont certaines agissent réellement directement avec les gouvernements). Ces élites, en fait, prétendent empêcher la destruction et la barbarie qui n’épargnent personne.
Le profond impact psychologique de ce qui se produit actuellement - la transition de l’espoir de la liberté, vers l’obscurité de la destruction, de la torture, des meurtres et des massacres - a ramené la servilité dans le coeur de beaucoup. Une telle soumission est le meilleur outil pour rassembler les masses et les conduire à accepter la tyrannie, et même à participer à la violence et aux meurtres comme nous l’avons vu à travers l’histoire, y compris pendant l’ère nazie.
Cet impact psychologique se reflète aussi dans les rapports entre les individus, en notant que la frustration et le sentiment de défaite trouvent leur source dans l’idée que les appels pour la liberté et la justice ne signifient plus rien et que la seule règle qui s’applique maintenant est la survie du plus fort. Il amène également des personnes à croire que cette oppression, chez soi comme à l’extérieur, au travail ou à l’école, fait partie des conditions qui garantissent la conservation de la force, du statut et du pouvoir.
Nous sommes témoin actuellement de la destruction sous toutes ses innombrables formes. Les scènes de mise à mort, de torture, de famine et de déplacement forcé sont si douloureuses qu’elles engourdissent nos âmes et nos cerveaux en raison de leur laideur et de l’ampleur de l’insupportable douleur humaine qu’elles évoquent. Et a destruction des valeurs de la liberté et du bien-être humain aura comme conséquence la destruction non seulement du présent, mais aussi de l’avenir.
Ceci ne signifie pas que la génération des révolutionnaires, jeunes ou plus âgés, ait disparu. Les cellules des prisons des régimes arabes témoignent de la persévérance et de l’engagement, car elles sont pleines de ceux qui combattent et qui à travers tout le monde arabe refusent de se rendre. Cependant, c’est la destruction des valeurs humaines qui produit le sectarisme et le racisme, lesquels empêchent le développement d’une conscience collective de ce que sont les droits et la justice pour les peuples.
Les politiques oppressives et tyranniques d’aujourd’hui sont issues de l’effondrement des bases de l’état moderne, car il n’y a aucun moyen de régulation de ses relations [avec la nation] et aucune place pour le concept de droit des citoyens. La loi ne protège en rien ceux qui sont opprimés. Tout au contraire, l’oppression est institutionnalisée par la loi, sous divers prétextes dont le plus important est le « combat contre le terrorisme ».
Nous ne devons pas perdre espoir. Nous devons le faire renaître, bien que ce soit plus facile à dire qu’à faire...
Lamis Andoni
Source : Info-Palestine.eu

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