samedi 18 avril 2015

Wahhabisme et sionisme : une sainte alliance contre l’Iran, d’un côté les tenants du Wahhabisme en tant que doctrine religieuse servant de sous-bassement idéologique à l’Arabie saoudite et, de l’autre le sionisme en tant qu’idéologie fondatrice de l’État d’Israël.



Un nouveau front : le Yémen
Avec l’entrée en scène on ne peut plus active de l’Arabie Saoudite, un nouveau front s’est ajouté aux champs de bataille en cours depuis plusieurs années au Moyen-Orient : le front du Yémen. Le résultat immédiat est que ce petit pays est transformé en une « boule de feu » (formule de la chaîne libanaise Almayadeen) risquant d’embraser l’ensemble de la région. Il faut dire que le terrain, le décor propice à la frénésie du royaume wahhabite, a été rapidement installé :
- le 21 mars, retrait du dernier contingent américain, composé notamment d’une centaine de commandos des forces spéciales. Ces forces étaient stationnées sur la base aérienne Al-Anad, dans le sud du Yémen et avaient pour double mission : combattre Al-Qaeda dans la péninsule Arabique (Aqpa) et former des unités antiterroristes de l’armée yéménite.
- le 25 mars, claironne l’ambassadeur saoudien à Washington, une coalition de pays de la région du Golfe, emmenée par l’Arabie Saoudite, intervient (sacrifions au mot étrangement médical mais consacré) au Yémen. En effet, dans la nuit du 25 au 26 mars, des bombardements aériens sont effectués sur la ville d’Aden pour repousser l’offensive de la rébellion houthiste d’obédience chiite, alliée à une partie de l’armée yéménite, restée fidèle à l’ancien Président Ali Abdellah Saleh.
Voulant donner à son intervention une motivation religieuse, à savoir le renforcement du camp sunnite, l’Arabie Saoudite a adressé un appel au Pakistan et à la Turquie pour élargir la coalition, composée, pour l’heure, de pays arabes. Les autorités de Ryadh sont d’autant plus tentées d’utiliser le paravent du « schisme sunnite-chiite » qu’elles savent qu’à la frontière irano-pakistanaise couve une rébellion de la minorité iranienne sunnite.
Pour le moment ni le Pakistan, ni la Turquie n’ont donné suite à la demande saoudienne. Les tractations diplomatiques en cours entre, d’une part, la Turquie et l’Iran et, d’autre part, entre le Pakistan et l’Iran, vont plutôt dans le sens de l’apaisement et de la recherche d’une solution politique du conflit au Yémen. La diplomatie iranienne emprunte résolument ce chemin même si le Gardien de la Révolution, l’ayatollah Khamenai ne mâche pas ses mots, lui qui assure l’Arabie Saoudite qu’elle risque gros, que ses turpitudes l’amèneraient à « mordre la poussière au Yémen » et perdre son équilibre intérieur.
Le déclenchement de l’opération « tempête de la fermeté » vise l’écrasement de la rébellion « Ansarullah » afin de l’empêcher d’atteindre Bab El Mandeb qui, comme le détroit d’Ormuz, constitue le point de passage du pétrole du Golfe. Que les Ansarullah accèdent au Bab El Mandeb, et c’est la remise en cause de toute la stratégie saoudienne de production de 10 millions de barils de pétrole par jour pour mettre en difficulté l’économie de la Russie, de l’Iran et... de l’Algérie.
Cette « tempête » est en fait le prolongement des conflits qui se déroulent en Irak et en Syrie. La guerre contre Ansarullah a pour but de porter un coup à l’influence iranienne au Yémen tout comme l’invasion puis la prise de Mossul par Daech était destinée à briser l’axe Téhéran-Bagdad -Damas.
A ce stade du conflit, on ne peut s’empêcher tout de même de noter un fait curieux : la fameuse coalition internationale ne fait plus parler d’elle ni en Irak ni en Syrie, elle « sommeille » donc et laisse ainsi une large liberté d’action à Daech en Irak et au Front El Nosra en Syrie. Sur les deux fronts terrestres, les forces en présence face aux organisations terroristes demeurent, d’une part, l’armée irakienne soutenue par les forces spéciales iraniennes, et, d’autre part, l’armée syrienne soutenue par le Hezbollah.
Un même ennemi « Chiite ou Perse »
Sitôt qu’on a commencé à envisager la conclusion d’un accord pour le moment tout hypothétique sur le nucléaire iranien, on a vu dans un même élan, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu et le chef de la diplomatie saoudienne Saoud Al-Fayçal monter au créneau pour, le premier, nous mettre en garde contre » un accord à Lausanne (qui) ouvrirait la voie à un Iran nucléaire, et nous avertir qu’Israël ferait « tout » pour défendre sa sécurité, le second, nous assurer que les grandes puissances ’court-circuitent les intérêts des États de la région en faisant miroiter à l’Iran des bénéfices dont il ne pourra pas jouir sans qu’il coopère avec les pays de la région.’’
La similitude est en effet de plus en plus manifeste entre les lectures géo-stratégiques du rôle de l’Iran faites, d’un côté, par les tenants du Wahhabisme en tant que doctrine religieuse servant de sous-bassement idéologique à l’Arabie saoudite et, de l’autre, par le sionisme en tant qu’idéologie fondatrice de l’État d’Israël.
Cette similitude dans la vision de l’Iran n’est pas le fruit du hasard, elle correspond à une convergence stratégique qui a eu le temps de s’affermir comme en témoignent les propos tenus par Shimon Péres en 2010 : à la question ’’ Le Proche-Orient fait-il face à de nouveaux dangers ?’’ Posée par Laurent Zecchini, journaliste du Monde, l’homme d’État israélien répond :’’Oui, car nous sommes confrontés à de nouvelles ambitions. Les Perses veulent de nouveau contrôler le Proche-Orient. Que ce soit pour des motifs religieux importe peu…’’ et concernant les pays arabes, il ajoute ’’... La plupart des Arabes en sont profondément préoccupés. Ils ont peur d’une agression de l’Iran, et ils ne savent pas quoi faire... Israël n’est plus le principal problème pour eux, c’est l’Iran, qui utilise le conflit israélo-arabe comme une excuse pour ses ambitions...Ils ne le diront jamais ouvertement bien sûr. Mais aujourd’hui, les contacts secrets sont plus importants que les contacts diplomatiques.’’
Et au Moyen-Orient, les accords secrets sont légion, à commencer par ceux-là mêmes qui ont donné naissance aux drames que vivent les peuples de la région, à savoir les accords Sykes-Picot.
Pour l’un, un islam dévoyé, et pour l’autre, un nouvel Amalek...
Hier comme aujourd’hui, tous les conflits qui ont ébranlé et meurtri le Moyen-Orient ont un même lieu de convergence : le Liban. Pays qui est en définitive le témoin dans tous les sens du terme de tout ce que vit la région, de ses souffrances, de ses contradictions, mais aussi fort heureusement de ses espoirs.
Le 17 septembre 1978, le Président égyptien Anouar Sadate et le Premier ministre israélien Menahem Begin signent deux documents dont la référence est la résolution 242 des Nations unies d’octobre 1967 : le premier, un traité portant sur le « cadre de paix au Proche-Orient », le second document scellait la « conclusion d’un traité de paix » entre Israël et l’Égypte. Contre ce traité de paix prônant la « normalisation » avec Israël s’est constitué un front du refus arabe composé de l’Irak, la Syrie, la Libye et l’Algérie.
Un front du refus dont la faiblesse a éclaté au grand jour en 1982 puisque le « cadre de paix au Proche-Orient » a été inauguré par l ’’ Opération Paix en Galilée ’’, déclenchée le 6 juin par Israël et qui s’est conclue par l’occupation du Liban. Mis à part les éternelles diatribes anti- israéliennes, les dirigeants arabes ont été d’une passivité pour le moins déconcertante face à la destruction et à l’occupation du Sud Liban, à l’exode de la direction de l’OLP et à l’ignoble massacre dans le camp palestinien de Sabra et Chatila, commis par des collaborateurs libanais avec la bénédiction de l’occupant israélien. Le retrait israélien de 2002 est le fruit de la résistance libanaise et non celui du fameux « cadre de paix au Proche-Orient » égypto-israélien. Mais il faut l’admettre, le fer de lance de cette résistance était dans sa majorité chiite et incarné par le Hezbollah. D’où l’aura et la sympathie politique dont a rapidement bénéficié le Hezbollah au sein des couches populaires à majorité arabe sunnite du Maroc à l’Irak. Avec sa victoire sur Israël, le Hezbollah donnait l’exemple à suivre pour libérer les autres territoires occupés.
La guerre que lui fera encore Israël quatre ans plus tard, en juillet 2006, dans le but de détruire ses capacités militaires a été tacitement approuvée par les monarchies, l’Égypte et la Turquie, bref, les puissances régionales sunnites. Une fois de plus, de cette confrontation le Hezbollah sort grandi, augmentant l’inquiétude des dirigeants de ces pays traditionnellement dits modérés et en passe de revêtir un nouvel habit dans le cadre d’une éventuelle reconfiguration géopolitique de la région. Une offensive idéologico-religieuse en direction des couches populaires sunnites a donc été menée pour discréditer le Hezbollah via les médias et les prêches dans les mosquées . Elle semble avoir eu quelque succès : le Hezbollah a perdu en effet de sa notoriété et est perçu, certes à tort, comme un simple exécutant des visées iraniennes et vecteur d’un ’’islam dévoyé’’.
Il ne faut pas oublier par ailleurs que, sur le plan militaire, la C.I.A et d’autres organismes de renseignement américains financent des groupes politico-militaires anti-Hezbollah et encouragent l’infiltration de groupes armés sunnites et de prédicateurs salafistes avec l’aide de l’Arabie Saoudite. (3) A cet égard, les déclarations de Jeffrey D. Feltman, assistant de l’ancienne secrétaire d’Etat américaine, Condoleeza Rice, et responsable du bureau des affaires du Proche-Orient, et de Daniel Benjamin, coordinateur du bureau de lutte contre le terrorisme sont sans ambiguïté :’’Les Etats-Unis continuent de prendre très au sérieux les menaces que le Hezbollah fait peser sur les Etats-Unis, le Liban, Israël et l’ensemble de la région.’’
Le plus significatif reste la reconnaissance officielle de l’aide directe apportée par les Etats-Unis aux forces libanaises qui luttent contre le Hezbollah.’’Les Etats-Unis fournissent une assistance et un appui à tous ceux qui, au Liban, travaillent pour créer des alternatives à l’extrémisme et réduire l’influence du Hezbollah dans la jeunesse. (...) A travers l’USAID et la Middle East Partnership Initiative (MEPI), nous avons contribué depuis 2006 à hauteur de plus de 500 millions de dollars à cet effort… Depuis 2006, notre aide totale au Liban a dépassé le milliard de dollars…’’ .
Les Etat-Nations ennemis du Néo-libéralisme
Pour les pouvoirs sunnites, la lecture religieuse du conflit qui les oppose à l’Iran et à ses alliés syriens, irakiens et libanais permet de voiler les véritables enjeux stratégiques qui secouent la région. Enjeux qui entraînent l’opposition des Etats-Nations et des forces politiques, jaloux de leur souveraineté politique et économique et dont l’Iran est le fer de lance, au projet de formation d’un ensemble régional néo-libéral sous l’égide de l’impérialisme occidental.
Au Liban, cela se traduit par la confrontation, pour l’instant politique entre, d’une part, l’Alliance du 8 mars dont les deux composantes principales sont le Courant patriotique libre (CPL) de Michel Aoun et le Hezbollah et d’autre part, l’Alliance du 18 mars dont la composante principale est sunnite et est soutenue par l’Arabie Saoudite, l’Egypte et la Turquie, tous les trois pro-occidentaux. C’est en ce sens que le Liban est la pierre angulaire de ce qui se joue sur le plan stratégique et idéologique au Moyen-Orient et au-delà, dans le monde arabe.
Pour l’État d’Israël, en vue de justifier le danger que représente l’Iran, la référence religieuse est également présente en des termes bibliques comme l’exprimait clairement le Premier ministre israélien Benyamin Netannyahou à Auschwitz, le 28 janvier 2010 :’’Nous nous souviendrons toujours de ce que nous a fait l’Amalek nazi, et nous n’oublierons pas de nous tenir sur nos gardes face au nouvel Amalek qui apparaît au devant de l’histoire, et menace à nouveau d’exterminer les juifs. Nous ne prendrons pas les choses à la légère en nous faisant croire qu’il s’agit d’intimidations en l’air.’’
A n’en pas douter, les « contacts secrets » dont parlait Shimon Pères demeurent d’actualité et visent l’édification du «  nouveau Moyen-Orient » cher à l’ancien Président G.Bush. Un nouveau Moyen-Orient dont l’avènement ne peut être envisagé sans, d’une part, la neutralisation des « fauteurs de troubles régionaux » que sont l’Iran, le Hezbollah et le Hamas et, d’autre part, sans vassaliser, voire morceler la Syrie. Dans un Moyen-Orient ainsi conçu, la question palestinienne trouverait, du moins les stratèges US et israélien l’espèrent, une réponse acceptable pour l’État d’Israël,enfin rasséréné, une fois intégré politiquement et économiquement tel un « petit Occident » moyen-oriental.
M. El Bachir
Source : Le Grand Soir

vendredi 17 avril 2015

17 avril - Journée du Prisonnier Palestinien - Honte au monde dit libre qui ne bouge pas pour arrêter leur souffrance.



A l’occasion de la journée du prisonnier palestinien, célébrée le 17 avril de chaque année, le peuple palestinien rend un grand hommage à tous les prisonniers palestiniens en souffrance permanente derrière les barreaux israéliens.
Par milliers, les Palestiniens, résistants, activistes, députés, hommes politiques ou simples civils, croupissent dans les prisons israéliennes, en toute illégalité au regard du droit international.
Nos prisonniers avec leur résistance remarquable continuent de donner une leçon de courage et de détermination, pas seulement aux forces de l’occupation israélienne, mais au monde entier. Ils sont un exemple de patience et de persévérance.
L’arrestation, la détention et le jugement de nos 5000 prisonniers retenus dans 13 prisons israéliennes sont illégitimes, car ils sont les prisonniers de la liberté.
Parmi ces prisonniers, des dizaines souffrent de maladies graves, leur vie est en danger, à cause de la négligence médicale des autorités israéliennes qui veulent faire pression sur eux pour qu'ils cessent leur combat.
Parmi ces prisonniers, des dizaines sont enfermés dans les prisons israéliennes depuis des décennies. Leur seul crime a été d’avoir résisté face à l’occupation illégale.
Parmi ces prisonniers, plus de 300 enfants et 30 femmes, et plus de 1000 personnes sous détention administrative illégale sans jugement ni procès.
Le combat de nos prisonniers pour la liberté est suivi en Cisjordanie et dans la bande de Gaza par des milliers de Palestiniens qui organisent partout des manifestations de soutien à ces prisonniers dans leur résistance quotidienne.
Malgré quelques initiatives prises dans certains pays par des associations de la société civile, en solidarité avec les prisonniers palestiniens, via des manifestations et des rassemblements, on peut observer le profond silence des médias, des intellectuels, des partis politiques, des organisations des droits de l’homme, et celui des gouvernements d'un monde qui se dit libre et démocrate, mais qui n’arrive pas à bouger et à réagir devant une telle injustice.
Malgré la cruauté de l’occupant et le silence du « monde libre », le combat de nos prisonniers continue jusqu’à la liberté, et pour la justice.
Honte à l’occupation et à toutes ses mesures dirigées contre eux.
Honte au monde dit libre qui ne bouge pas pour arrêter leur souffrance.
Ce monde regarde mourir lentement nos prisonniers qui ne cessent de souffrir.
Souffriront-ils encore longtemps ?
Où sont donc les organisations des droits de l’homme ?
Où est donc le monde libre ?
Ne voit-il pas ? N'entend-il pas ?
Quand y aura-t-il une réelle pression sur les autorités israéliennes d’occupation ?
Le cri des ventres vides de nos prisonniers sera-t-il  entendu ?
Un dernier mot : l’histoire ne pardonnera jamais ce silence, cette négligence et cette position du monde entier.
Vive le combat légitime  de  nos prisonniers pour la liberté et pour la vie.
En attendant, derrière les prisonniers palestiniens, tout notre peuple poursuivra le combat, jusqu’à la conquête de ses droits légitimes et jusqu’à la sortie du dernier détenu des prisons et des cachots israéliens.

La guerre totale de l’information : la révolution Internet a initié un processus qui semble maintenant irréversible, l’émergence de voix dissidentes sur internet.



Le passage obligé par la presse écrite ou par les chaînes de télévision n’est plus, et ce bouleversement a notamment donné naissance à un nouveau type de citoyen : le blogueur.
Bien longtemps, trop longtemps, le champ de l’information a été le domaine réservé d’une élite médiatique qui occupait tant la presse écrite que le petit écran. Dès le début des années 2000, la révolution Internet a initié un processus qui semble maintenant irréversible : l’émergence de voix dissidentes sur internet, mais aussi et surtout la possibilité pour d’authentiques spécialistes et experts de s’exprimer et de toucher un public de plus en plus large.
Le passage obligé par la presse écrite ou par les chaînes de télévision n’est plus, et ce bouleversement a notamment donné naissance à un nouveau type de citoyen : le blogueur.Généralement simple commentateur, celui-ci peut être un expert et donc apporter dans un domaine précis une expertise qui manque journalistes, correspondants et autres pigistes de la presse généraliste. Le bloggeur présente en outre une autre force : écrivant souvent dans un esprit Wiki, bénévole ou caritatif, il n’est soumis à aucune rédaction, il tire ses revenus d’activités professionnelles sans rapport avec le monde médiatique. Souvent il entretient un dialogue avec les lecteurs de son blog, dialogue qui provoque la création de quasi think-tanks de toutes dimensions sur de différents sujets.
Le blogueur est bien souvent un travailleur acharné, stakhanoviste de la vérité, ou de sa vérité, celle qui ne va pas forcément dans le sens des grands médias. Avec la multiplication des blogs, forums et témoignages venus du terrain, autant dire que les journalistes professionnels ne peuvent plus impunément écrire n’importe quoi. Désormais, pour le journaliste qui fournit une prestation médiocre ou mensongère, la punition n’est jamais très loin : elle fait rapidement le tour de la planète sur Internet, comme on peut s’en assurer ici ou là.C’est sans aucun doute cette médiocre qualité du travail fourni par les journalistes français, avec une bien trop forte empreinte idéologique, qui a provoqué et favorisé l’émergence de nombreux fantassins idéologiques, pour reprendre l’expression d’un journaliste français, qui ont rejoint la bataille de l’information de façon totalement bénévole, avec leur conviction pour seule arme.
Ce processus de « bloggerisation » de la communication, et donc de l’information sur Internet, bouleverse la donne et inquiète fortement les centres d’information traditionnels. Un des correspondants français à Moscou avec lequel j’ai échangé il y a quelques années m’avait confié qu’il avait parfaitement compris qu’il faisait partie de la dernière génération de journalistes traditionnels, génération qui serait probablement remplacée à terme par des bloggeurs.Alors qu’en France on fait désormais écrire des robots à la place des journalistes, en s’inspirant de la tendance anglo-saxonne qui émerge au sein des agences généralistes de type Associated Press, en Russie c’est une tendance inverse qui émerge. Le blogueur y est de plus en plus pris en considération, et depuis août 2014, une loi assimile le blogueur qui dépasse une certaine audience (plus de 3.000 visiteurs uniques par jour) à un média presque à part entière, avec des devoirs mais aussi des droits (source). Cette évolution est fondamentale dans le cadre global de la guerre de l’information qui oppose de plus en plus frontalement l’Otan à la Russie. Longtemps les populations d’Europe n’ont eu droit qu’à une seule lecture des événements et de l’histoire : celle concoctée par les chancelleries des pays de l’Otan, puis médiatisée par les principales agences généralistes occidentales (AP, AFP et Reuters).Pendant la dernière décennie, la situation a évolué à mesure que de nombreux outils de communications non occidentaux ont émergé et pris de l’importance, que l’on pense à Al-Jazeera, Russia Today ou encore à des supports indiens ou chinois de très grande dimension qui communiquent de plus en plus activement dans les langues des pays occidentaux.
L’apparition de points de vue non-occidentaux, et non « occidentophiles » (soit absolument pas pro-américains) a beaucoup inquiété les chancelleries de certains pays occidentaux. Depuis deux ans environ, Bruxelles a activé et financé une armée de « trolls » chargés d’influencer les votes aux élections européennes. Cette révélation a probablement convaincu une large part des européens que si l’UE critique la Corée du Nord, elle emploie pourtant les mêmes méthodes quand il s’agit de « convaincre » ses populations de bien voter.Dans ce monde médiatique en mutation, les outils de communication russes vers l’étranger ont enregistré quelques succès. Il y a les plateformes RIA Novosti et Voix de la Russie, désormais fusionnées sous l’appellation Sputnik mais aussi Russia Today, qui sont aujourd’hui des acteurs majeurs de l’information/ré-information et donc de la guerre entre médias qui fait rage.

A l’ouest c’est la panique.

Le commandant en chef des troupes de l’Otan en Europe a récemment appelé à mener une guerre de l’information, notamment sur les réseaux sociaux, tandis que le conseil américain des gouverneurs de la radiodiffusion déplorait que les Etats-Unis soient en train de perdre la guerre de l’information face à la Russie. A Bruxelles, l’ambiance est la même. Les Etats baltes et la Grande-Bretagne ont appelé à mettre en place un plan de réponse aux médias russes en lançant notamment une chaîne de télévision paneuropéenne en russe. Face aux médias russes, une haine suintante est apparue au grand jour lorsque l’année dernière le rédacteur du magazine The Economist, Edward Lucas, a qualifié les employés de Russia Today d’excentriques et de propagandistes et appelé à rejeter et exclure « ces gens » (sic) du monde du journalisme. Pour la présidente de Lituanie, la propagande russe doit être identifiée et tout bonnement éradiquée.
Nous voilà revenus à une sorte de nouvelle guerre froide médiatique cyber-violente, dans laquelle la Russie d’aujourd’hui apparaît de nouveau comme un modèle politique pour bon nombre d’Européens…
Source : http://fr.sputniknews.com/points_de...

dimanche 12 avril 2015

Le Mossad et l’assassinat du célèbre opposant Marocain Mehdi Ben Barka


Les fantômes de la forêt de Saint-Germain

“ Un jour sombre et pluvieux dans une forêt des environs de Paris. Des hommes creusent un trou pour y jeter le corps d’un homme mort étranglé peu de temps auparavant." 


Près de cinquante ans après la mort de Mehdi Ben Barka, deux journalistes israéliens viennent de publier une longue enquête sur l’implication des services secrets israéliens dans l’assassinat de l’opposant marocain.
Au moment de son enlèvement près de la Brasserie Lipp à Paris, le 25 octobre 1965, le leader d’opposition en exil Mehdi Ben Barka présidait le comité préparatoire de la Conférence de solidarité des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine qui devait rassembler en janvier 1966 à La Havane de nombreuses organisations révolutionnaires du tiers monde, en lutte contre l’impérialisme américain au Vietnam, en République dominicaine et ailleurs. Il était donc une cible désignée non seulement des services secrets de son pays, mais aussi de ceux des pays du «  monde libre  » engagés dans la lutte contre les mouvements de libération.
Dans leur longue enquête publiée sur le site du quotidien israélien Yediot Aharonot, les deux journalistes Ronen Bergman et Shlomo Nakdimon dévoilent l’implication du Mossad dans l’élimination de l’opposant marocain. Nous reprenons ici des extraits de cette enquête fleuve qui repose sur des documents secrets du Mossad et du bureau du premier ministre israélien, ainsi que sur une série d’entretiens recueillis au fil des ans, notamment auprès d’un des principaux acteurs de cette épopée du renseignement israélien, le chef du Mossad Meir Amit.
Collaboration entre services secrets français et israéliens
Dès le début des années 1960, le Mossad installa ses quartiers européens à Paris.
Au début, le Mossad fournit aux Français des informations sur l’organisation clandestine (NDLT. Le Front de libération nationale - FLN). Par la suite, nos agents ont également transféré des armes — fusils d’assaut, pistolets et explosifs — pour exécuter un certain nombre d’opérations menées par le renseignement français contre l’organisation clandestine au Caire.
(…)
 “J’étais favorable à des liens personnels avec les chefs du renseignement français,” nous a affirmé l’ancien chef du Mossad Meir Amit, avant son décès. “Moi, le directeur du Mossad, j’allais les rencontrer en personne pour créer une alliance basée sur des intérêts communs.”
Tout le monde pensait que Paris était une voie d’accès à l’Afrique et à l’Asie, et le Mossad était devenu l’un des services les plus actifs dans ces régions. Les accords comprenaient généralement une aide militaire israélienne et une formation des services de renseignements locaux (et parfois leur création ex nihilo). En retour, le Mossad pouvait agir dans une liberté quasi totale dans ces pays, et collecter des informations sur les pays arabes et les activités du bloc soviétique (des informations partagées avec les États-Unis). Parmi toutes ces alliances, la plus importante fut l’alliance entre le Mossad et les services en Turquie, en Iran et en Ethiopie (…)
L’affaire «  Baba-Batra  »
Les deux journalistes israéliens affirment que la collaboration avec le renseignement marocain — l’affaire «  Batra-Batra  »1 aurait débuté en 1960, avant l’accession au trône de Hassan II. Aux yeux du Mossad, le Maroc constituait une cible «  désirable  » pour plusieurs raisons : le royaume chérifien était un pays arabe modéré, en contact étroit avec ses principaux ennemis arabes, et «  relativement pro-occidental  ». Mais le Maroc était aussi «  désirable  » pour sa communauté juive.
En 1961,  Israël demanda au roi de laisser les juifs de son pays émigrer en Israël. Mohammed Oufkir, responsable des services secrets marocains, finalisa l’accord avec les émissaires du Mossad : 250 dollars pour chaque juif. Des fonds pour les 80 000 Juifs furent ainsi transférés dans des sacs d’un quart de million de dollars, sur un compte secret en Europe.
(…)
 Oufkir et son fidèle lieutenant Ahmed Dlimi étaient préoccupés par plusieurs tentatives de l’Égypte et de l’Algérie de déstabiliser Hassan II. Les Égyptiens et les Algériens avaient aidé des éléments de l’opposition, et les ambassades marocaines dans ces pays avaient subi des intrusions répétées (…) «  Nous pouvons aider et nous voulons aider  », expliqua le chef du Mossad Meir Amit, lors d’une rencontre avec le roi Hassan II.
La proposition fut acceptée. Israël transmit des informations aux services de renseignement marocains, forma des pilotes et fournit de nombreuses armes à l’armée locale. En échange, Israël put accéder à des prisonniers égyptiens qui avaient aidé les Algériens et s’étaient retrouvés en captivité, puis à la possibilité de s’entraîner contre des avions et des tanks soviétiques, employés par les voisins ennemis d’Israël. Israël ouvrit également un quartier permanent dans la capitale Rabat.
(…)
 La coopération avec le Maroc connut son apogée en septembre 1965. Un sommet de la Ligue arabe était organisé à Casablanca pour débattre de la création d’un commandement arabe conjoint en vue d’une guerre future contre Israël. Le roi Hassan II, qui avait une confiance limitée en ses hôtes, permit au Mossad de surveiller étroitement la conférence.
Une équipe de l’unité Tziporim2 (…) se rendit à Casablanca, et les Marocains sécurisèrent pour eux toute la mezzanine de l’hôtel. Un jour avant la conférence, le roi ordonna au Mossad de quitter l’hôtel, de peur qu’ils ne tombent sur des invités arabes. “Mais immédiatement après la conférence, ils nous ont livré toutes les informations nécessaires et ils ne nous ont rien caché”, explique l’ancien agent du Mossad Rafi Eitan.
Lors de cette même rencontre, des commandants des armées arabes avaient reconnu que leurs forces n’étaient pas encore prêtes à gagner une nouvelle guerre contre Israël, des informations qui auraient permis à Israël de remporter une victoire écrasante contre ses ennemis durant la guerre surprise de 1967. Mais dans le monde de l’intelligence, on ne se fait jamais de cadeaux, expliquent les journalistes de Yediot Aharonot, et les Israéliens se virent contraints de rembourser rapidement leur dette. Cette fois, la cible des Marocains n’était autre que Mehdi Ben Barka. Après son exil, le général Oufkir et Ahmed Dlimi auraient demandé à Israël de les aider à le traquer :
 “Cette demande de les aider à se débarrasser de «  l’objet  » semblait naturelle”, nous confia plus tard Meir Amit. “Vous devez vous rappeler que leur système de valeur est totalement différent du nôtre. Nous étions face à un dilemme : les aider et se laisser embarquer dedans ou refuser et mettre en danger des réalisations nationales de la plus haute importance. La décision fut claire et nette : rester fidèle à nos principes et ne pas s’engager dans une aide directe, mais l’incorporer dans nos activités régulières conjointes”.
(…)
La première tâche du Mossad fut de rechercher l’homme que les Marocains avaient des difficultés à traquer. Des informations parvenues au Mossad indiquaient que Ben Barka était abonné à des magazines étrangers, dont l’hebdomadaire juif britannique, The Jewish Observer.
 Comme il voyageait beaucoup, Ben Barka avait l’habitude de recevoir son courrier dans un kiosque à Genève, et venait occasionnellement y relever ses lettres. Le Mossad donna l’adresse du kiosque à Dlimi. Tout ce qui restait à faire pour les agents marocains était de surveiller le kiosque 24 h sur 24 pendant deux semaines, jusqu’à ce que leur cible fasse son apparition.
Mais pour les Marocains, ce n’était pas suffisant. Le 1er octobre 1965, ils demandèrent aux agents parisiens du Mossad de louer une cachette et de leur fournir du matériel de camouflage, du maquillage et des faux passeports. De plus, ils voulaient qu’Israël suive leur cible pour eux et les conseille sur la meilleure manière d’envoyer Ben Barka dans l’autre monde.
Selon le protocole des rencontres entre Meir Amit et le président Lévi Eshkol, Amit n’informa pas le Premier ministre de la participation du Mossad avant le 4 octobre…Pour adoucir la pilule, Amit lui donna d’abord les bonnes nouvelles et lui décrivit les informations précieuses collectées au sommet de Casablanca.
(…)
Puis vinrent les moins bonnes nouvelles :
    — “Qu’est-ce qu’ils veulent ?”, demanda Eshkol.
    — “Une chose très simple : livrer Mehdi Ben Barka”, répondit Meir Amit.
Ils l’ont trouvé à Paris et le roi Hassan II a ordonné de l’éliminer. Ils sont venus nous voir et nous ont dit : “Vous êtes des professionnels – allez-y  ! On ne veut pas que vous le fassiez, mais aidez-nous.”
(…)
Le chef du Mossad envisagea la possibilité de «  laisser pisser  », c’est-à-dire de gagner du temps dans l’espoir que le problème se dissipe tout seul. Cela pouvait aussi signifier d’appeler Ben Barka pour lui dire de fuir.
(…)
Amit dit à Eshkol :
“Je ne prendrai aucune initiative sans te prévenir…Le problème est maintenant de trouver comment s’en sortir, pas de savoir comment je m’y suis mis. Les Marocains ne sauront pas le faire, ce n’est pas simple…Je voulais que tu le saches…En revanche, on ne peut pas non plus leur montrer qu’on se dérobe…”
Le 12 octobre, Dlimi aurait demandé à Israël de lui fournir de fausses plaques d’immatriculation et du poison. Mais le Mossad consentit à fournir les fausses plaques à condition que les Marocains utilisent des voitures de location.
Le matin du 29 octobre 1965, Ben Barka débarqua de Genève, muni d’un passeport diplomatique algérien, et se rendit directement à la Brasserie Lipp où il devait dîner avec un journaliste français. Bien évidemment, il ignorait que ce journaliste n’était qu’un appât pour l’attirer dans leur piège.
Selon les travaux du Dr Ben-Nun, c’était l’idée du Mossad. Non loin du restaurant, deux policiers français — deux mercenaires payés par Dlimi — lui demandèrent de les suivre. Ben Barka fut rapidement emmené dans un appartement de Fontenay-le-Vicomte, où Dlimi commença à le torturer sévèrement.
Le 1er novembre, alors que Ben Barka était encore vivant, Dlimi demanda à la délégation du Mossad à Paris de lui fournir le soir du 2 novembre un poison et deux faux passeports étrangers supplémentaires, des pelles et “quelque chose pour effacer les traces”.
(…)
 Eliezer Sharon3 nous a raconté avant son décès ce qu’il avait entendu de la bouche des Marocains après les faits : “Ils ont rempli une baignoire d’eau. Dlimi a saisi sa tête et voulait lui faire avouer certains détails. Chaque fois que Ben Barka sortait la tête de l’eau, il crachait et injuriait le roi. Ils lui ont mis la tête dans l’eau un peu trop longtemps, jusqu’à ce qu’il devienne complètement bleu”.
(…)
Quand Ben Barka ne s’est plus réveillé après sa dernière immersion, les Marocains ont paniqué : qu’est-ce qu’ils allaient faire du corps d’un leader arabe connu à Paris  ?… “Quand il est mort”, se souvient Eliezer Sharon, “les Marocains ont fait dans leur culotte.”
Après un appel effrayé de Dlimi, le Mossad envoya une équipe à l’appartement. Selon l’historien Yigal Ben-Nun, les agents du Mossad n’étaient pas préparés à cette situation. Il fallut attendre que d’autres agents arrivent de différents lieux en Europe.
Le groupe (…) enveloppa le corps et le mit dans le coffre de la voiture.
Les membres du groupe se souvinrent qu’il y avait une forêt à proximité ; ils décidèrent d’y enterrer le corps de Ben Barka. Ils arrivèrent à la forêt de Saint-Germain la nuit, accompagnés par les gardes, creusèrent un trou profond et enterrèrent le corps. Après quoi ils éparpillèrent sur toute la zone un produit chimique conçu pour dissoudre le corps et particulièrement actif au contact de l’eau. Une forte pluie commença à tomber aussitôt, de sorte qu’il ne resta bientôt plus grand-chose de Ben Barka.
Depuis, une autoroute a été construite à cet endroit, et ce qui reste du corps de Mehdi Ben Barka serait enterré sous l’un de ces îlots routiers.
Si l’on est en droit de se poser des questions sur la véracité totale des confessions recueillies par les journalistes israéliens, on peut en revanche affirmer que le mystère autour de la mort de Mehdi Ben Barka se dissipe peu à peu.
Idith Fontaine
Source : ORIENT XXI