samedi 17 septembre 2011

La Libye devient un "protectorat de l’OTAN" (Morning Star)

Fondements et objectifs de la libération nationale et structure sociale

Le lit du terrorisme : Injustice et néolibéralisme prédateur

Enterrement de la solution des deux Etats aux Nations unies

samedi 17 septembre 2011
Nous serons tous invités à l’enterrement de la solution des deux États, si et quand l’Assemblée générale des Nations unies annoncera qu’elle accepte la Palestine en tant qu’Etat membre.

La Palestine enterrera-t-elle une fois pour toutes la solution des deux Etats aux Nations unies ? Mohamad Torokman MaanImages
L’appui de la grande majorité des membres de l’organisation complétera un cycle démarré en 1967 dans lequel tous les acteurs puissants et moins puissants des scènes internationale et régionale ont accordé leur soutien à la peu judicieuse solution des deux États.
Même en Israël, aussi bien la droite que la gauche et le centre de la politique sioniste ont finalement appuyé cette initiative. Et pourtant, en dépit du soutien passé et futur, tous ceux qui se trouvent en Palestine et à l’extérieur du pays reconnaissent apparemment que l’occupation se poursuivra et que même dans le meilleur des cas, il y aura un Israël plus grand et raciste à côté d’un bantoustan fractionné et inutile.
La mascarade se terminera en septembre ou en octobre, quand l’Autorité palestinienne présentera sa demande d’admission aux Nations unies en tant que membre à part entière ; elle peut se terminer de deux façons.
La fin sera, soit douloureuse et violente si Israël continue à jouir de l’impunité internationale et est autorisé à compléter par la force sa carte de la Palestine post-Oslo, soit révolutionnaire et beaucoup plus pacifique : on remplacera progressivement les vieux mensonges par de nouvelles vérités solides en matière de paix et de réconciliation pour la Palestine. Peut-être le premier scénario est-il le préalable regrettable du second. L’avenir nous le dira.

Un nouveau dictionnaire du sionisme

Autrefois, les morts étaient ensevelis avec leurs objets et leurs biens favoris. L’enterrement qui s’annonce suivra probablement le même rituel. L’élément le plus important qui sera enseveli six pieds sous terre est le dictionnaire des illusions et des tromperies avec ses célèbres entrées telles que « le processus de paix », « la seule démocratie du Moyen-Orient », « une nation éprise de paix », « parité et réciprocité » et « une solution humaine au problème des réfugiés ».
Le dictionnaire de remplacement est en voie d’élaboration depuis de nombreuses années et selon lui, le sionisme est du colonialisme, Israël est un État d’apartheid et la Nakba est un nettoyage ethnique. Il sera beaucoup plus facile d’en diffuser largement l’usage après septembre.
Les cartes de la solution morte seront également couchées près du cadavre. La carte de cette Palestine ramenée à un dixième de sa superficie historique, présentée comme la carte de la paix, aura nous l’espérons disparu à jamais.
Point n’est besoin de préparer une carte de rechange. Depuis 1967, la géographie du conflit n’a jamais vraiment changé ; elle a été constamment remodelée dans les discours des libéraux sionistes, politiciens,journalistes et universitaires, qui continuent encore à bénéficier d’un large appui international.
La Palestine a toujours été la terre située entre la rivière et la mer. C’est ce qu’elle est toujours. Ses changements de fortune sont caractérisés, non pas par la géographie, mais par la démographie. Les colons qui sont arrivés ici à la fin du XIXe siècle constituent à présent la moitié de la population et enferment l’autre moitié dans un carcan d’idéologies racistes et de politiques d’apartheid.
La paix n’est pas un changement démographique ni un nouveau tracé des cartes ; c’est l’élimination de ces idéologies et de ces politiques. Qui sait ? Ce sera peut-être plus facile à faire maintenant que jamais.

Dénonciation du mouvement de protestation israélien.

L’enterrement démontrera le caractère fallacieux de l’actuel mouvement de protestation israélien tout en mettant en lumière son potentiel. Depuis sept semaines, les Israéliens juifs appartenant principalement à la classe moyenne, protestent en grand nombre contre les politiques sociales et économiques de leur gouvernement.
Pour que le mouvement ratisse aussi large que possible, ses dirigeants et ses coordinateurs n’ont pas osé mentionner l’occupation, la colonisation ou l’apartheid. Selon eux, les politiques capitalistes brutales du gouvernement sont à l’origine de tout le mal.
A un certain niveau, ils ont raison. Ces politiques ont empêché la race supérieure d’Israël de pleinement jouir sur un pied d’égalité des fruits de la colonisation et de la dépossession de la Palestine. Mais une répartition plus équitable du butin n’assurera une vie normale, ni aux juifs, ni aux Palestiniens ; ce ne sera possible qu’avec la fin du pillage.
Et pourtant, les manifestants ont aussi fait preuve de scepticisme et de méfiance quant à ce que leurs médias et leurs politiciens leur disent au sujet de la réalité socio-économique ; ils arriveront peut-être à mieux comprendre les mensonges dont on les a gavés pendant de si longues années au sujet du « conflit » et de leur « sécurité nationale ».
L’enterrement devrait nous inciter tous à appliquer la même répartition du travail qu’avant. Les Palestiniens doivent d’urgence résoudre la question de leur représentation. Il nous faut rallier plus activement les forces progressistes juives du monde au boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) et à d’autres campagnes de solidarité.

Intifada aux concerts promenades

Récemment, lors des prestigieux concerts promenade de la BBC à Londres, les doux Israéliens ont été plus choqués de voir l’orchestre philharmonique d’Israël se faire houspiller, que par n’importe quel génocide de leur histoire.
Mais plus que tout le reste, ce qui a absolument atterré les grands journalistes israéliens présents a été le grand nombre de juifs parmi les protestataires. Il s’agissait des mêmes journalistes qui dépeignaient la campagne de solidarité avec la Palestine et les militants du BDS comme des groupes d’extrémistes terroristes de la pire espèce. Ils croyaient à leurs propres articles. Tout à leur honneur, la mini intifada au Royal Albert Hall a au moins jeté le doute dans leur esprit.

Mobiliser l’action politique pour la création d’un seul État

En Palestine même, le moment est venu de passer du discours sur l’État unique à l’action politique et peut-être d’adopter un nouveau dictionnaire. La dépossession est partout et par conséquent il doit en être de même pour la restitution et la réconciliation.
Si l’on veut reformuler la relation entre juifs et Palestiniens sur une base juste et démocratique, on ne peut accepter ni la vieille carte ensevelie de la solution des deux États, ni sa logique de partition. Cela signifie aussi que la distinction sacrée entre colonies juives près de Haifa et colonies proches de Naplouse doit également être enterrée.
Il faudrait faire la distinction entre les juifs qui sont disposés à discuter d’une reformulation des relations, du changement de régime et d’un statut égal d’une part, et d’autre part les juifs qui ne sont pas d’accord, peu importe où ils vivent actuellement. À cet égard, il y a des phénomènes surprenants si l’on étudie bien le tissu humain et politique de la Palestine historique de 2011 telle qu’elle est gouvernée par le régime israélien : le désir de dialogue est plus évident au-delà des frontières de 1967 qu’à l’intérieur de celles-ci.
Le dialogue intérieur sur un changement de régime, la question de la représentation et le mouvement BDS s’inscrivent tous dans le même effort visant à apporter la justice et la paix à la Palestine. Ce que nous enterrerons en septembre, je l’espère, sera l’un des principaux obstacles empêchant la réalisation de cette perspective.
Ilan Pappe - The Electronic Intifada

* Ilan Pappe est professeur d’histoire et directeur du Centre européen pour les études palestiniennes à l’Université d’Exeter. Son dernier ouvrage est intitulé Out of the Frame : The Struggle for Academic Freedom in Israel (Pluto Press, 2010).

Libye : Jackpot pour l'industrie française ?

Samedi 17 septembre 2011
 
Le Medef International et la Chambre de commerce franco-libyenne a organisé début septembre une réunion d’information sur la Libye en présence du secrétaire d’état au commerce extérieur Pierre Lellouche, de plusieurs centaines d’entreprises et de nombreux directeurs de groupes du Cac 40 comme Total, Alcatel ou Bouygues. Le marché de la reconstruction de la Libye est évalué à 200 milliards de dollars, estime Thierry Courtaigne, directeur général du Medef International, qui espère une place de choix pour les entreprises françaises dans ce vaste chantier. Dans cette guerre, la France, au avant poste du conflit a pris des "risques calculés" selon Alain Juppé et l’aprés Khadafi pourrait se révéler un véritable jackpot pour toute l’industrie française notamment tout le secteur aéronautique et militaire impliquée dans le conflit en Libye. Pas si sûr, Khadafi toujours vivant, le risque d’irakisation de la Libye et les menaces terroristes dans la région du Sahel pourrait compromettre les intérêts français dans la région.
Des dizaines d’entreprises françaises présentes en Libye sous Khadafi ont été sinistrées, dans leurs contrats, du fait des événements dont de nombreuses PME performantes. Autre facteur important, la divergence de vues sur le conflit libyen entre Paris et Alger. L’ Algérie a jusque là observé une stricte neutralité du conflit et ne reconnaît pas officiellement le CNT. Alors que les relations étaient au beau fixe avec l’ Algérie, le conflit libyen pourrait de nouveau crisper les relations entre Alger et Paris. Alger n’a pas apprécié l’attitude de la France dans ce conflit, jugée trop "interventionniste". Les relations économiques et les échanges franco -algériens risquent d’en pâtir dans les prochains mois et les entreprises françaises risquent de perdre de nombreux appels d’offres. Ajouter la concurrence féroce avec les entreprises chinoises, turques, britanniques, italiennes et américaines sur ce marché, on est donc très loin du tableau idyllique de l’eldorado libyen pour les PME françaises.
La chambre de commerce franco-libyenne va accompagner fin septembre une vingtaine d’entreprises françaises à Tripoli dont Vinci, Alcatel et Sanofi. Une autre délégation est attendue à Tripoli pour le mois d’octobre, emmenée par le par le secrétaire d’État au Commerce extérieur, Pierre Lellouche.
"Le marché est à gagner, pas à prendre", souligne Thierry Courtaigne et les secteurs où la demande est la plus forte sont les infrastructures, la santé, l’agro-alimentaire et la sécurité. Dans un premier temps, les nouvelles autorités libyennes vont s’attacher à la remise en état des infrastructures de base( télécommunications, écoles, hôpitaux, routes, approvisionnements en eau, infrastructures portuaires et aéroportuaires) en mauvaise état après de 6 mois de guerre. Les nouvelles autorités libyennes compte sur le rapatriement des avoirs libyens dans les banques internationales qui s’élèvent à près de 35 milliards d’euros dont 20 % de ces avoirs sont détenus par des banques françaises. Dans le secteur pétrolier, la Libye dispose des principales réserves de pétrole d’Afrique avec 44 milliards de barils, mais le pays est encore considéré comme sous-exploité au regard de ses réserves. Elle exportait environ 1,5 millions de baril/jour de pétrole, et le brut représente en temps normal 95% de ses revenus d’exportation. La Libye dispose également de réserves importantes de gaz naturel (1 548 milliards de m3) qui sont jusqu’à présent peu exploitées.
Il faudra au moins deux ans pour revenir au niveau initial de production car plusieurs installations pétrolières vitales de production et de transport ont été endommagées. Total gère 15 % du pétrole libyen et l’italien Eni 28% et la part du français pourrait grimper lors de la renégociation des contrats d’exploitations. Que les successeurs de Khadafi favorisent les pays qui les ont aidés semble logique. On se souvient qu’en Irak, les firmes américaines avaient raflé le gros des contrats, quand les autres n’ont ramassé que des miettes.

La Libye, vitrine commerciale du Rafale

Le Qatar et les Émirats Arabes Unis ont été les seuls pays arabes à participer aux opérations militaires engagées en Libye dans le cadre de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU. Ils ont été aussi parmi les premiers pays arabes à reconnaître le CNT comme autorité légitime en Libye. Les opérations militaires conjointes sur le porte-avion Charles De Gaulle ont permis d’étaler devant les forces armées qatari et émirati les prouesses technologiques et militaires du Rafale de l’avionneur Dassault. Ce succès du Rafale en Libye pourrait accélérer la vente par Dassault de 60 avions de combat à Abu Dhabi - un contrat mirobolant estimé entre 7 et 10 milliards de dollars dont les discussions ont commencé en 2008, pour remplacer et reprendre leur flotte de Mirage 2000 achetés en 1983. Les Émirats pourraient acheter des modèles proches du modèle français, avec un radar à la portée améliorée, et un moteur de 7,5 tonnes de poussée, et non de 9 tonnes. Côté armement, une offre est sur la table pour des missiles 2ASM et Meteor de MBDA.
D’après certaines sources, l’équipe de Dassault aurait bouclé une proposition technique et financière et celle-ci pourrait être remise d’ici à la mi-septembre à Abou Dhabi. À l’occasion du Dubai Air Show qui aura lieu du 13 au 17 novembre, le plus gros salon aéronautique du Moyen-Orient, les Émirats Arabes Unis pourrait faire une annonce.
Côté militaire, l’investissement de la France dans le conflit pourrait lui rapporter gros dans quelques années. L’aviation de l’OTAN ayant détruit la plupart des blindés des forces pro-khadafistes , les forces armées libyennes sont exangues où nombre de généraux fidèles à Khadafi ont fui vers le Niger . Une fois la Libye libérée, les nouvelles autorités vont devoir à court terme remettre de l’ordre dans le pays et éliminer la circulation d’armes dans le Sahel. C’est tout l’appareil sécuritaire( Polices, Armées) de l’état libyen géré depuis 42 ans par le clan Khadafi qui est à réorganiser.
Des secteurs entiers comme l’équipement militaire et policier, la surveillance aux frontières, la sécurité intérieure, les armes légères et les véhicules militaires sont des marchés à conquérir pour les PME françaises.
Source : France Moyent Orient.com