vendredi 24 juin 2011

Le printemps européen : l’agonie du capitalisme (Countercurrents)


Rome. C’est un processus d’accumulation, la fin du capitalisme mondial : d’abord le déclin et la dégénérescence, et maintenant le capitalisme cannibale, impitoyable et cupide qui se dévore lui-même avec la rapidité d’un tire-bouchon qui s’enfonce en spirale. Aujourd’hui on voit bien qu’il n’en a plus pour longtemps et c’est tant mieux.
Comme autrefois en Italie le parti communiste italien a fini par mourir et comme la révolution française a fini par perdre la force qui l’animait, les événements actuels prouvent que le capitalisme, le système capitaliste lui aussi, a perdu la force vitale dont il prétendait être animé. Aujourd’hui un nombre croissant de capitalistes sont arrivés à une situation de si salvi chi puo, chacun pour soi. Plus personne ne peut affirmer que le capitalisme est une idéologie politique, sociale et économique qui fait avancer la société.
Devant le désastre actuel du système capitaliste, on peut dire que l’idéologie capitaliste, sa promesse de bien-être social, était fausse depuis le début. On ne peut plus défendre le capitalisme de bonne foi. Marx avait raison, il y a plus d’un siècle et demi : le capitalisme s’est détruit à force d’excès et de cupidité sans limite.
A l’arrière-plan de ce que je préfère appeler le printemps méditerranéen plutôt que le printemps européen il y a de nombreux symptômes d’une épidémie de rejet du système capitaliste qui se propage à toute allure. La relation entre les mouvements de jeunes espagnols atteints de la maladie qui campent sur les places de leur pays est transversale. Son dénominateur commun est l’anti-système, ce qui à mon sens signifie anti-capitalisme, même s’ils n’en sont pas encore conscients.

Le rejet de ce qu’est et a été l’Europe. La fièvre a gagné toute l’Europe du sud, du Portugal à la Grèce. L’atmosphère au Portugal et en Espagne est presque identique à celle de la Grèce où les travailleurs, surtout les jeunes, refusent de payer pour la folle cupidité du capitalisme. Et il y a des similarités avec les renversement des systèmes en Tunisie et en Egypte. Et maintenant en Italie, la base -la jeunesse et les travailleurs, les chômeurs et les personnes sous-payées et sous-employées- exige les mêmes droits que ceux que réclament les manifestants d’Espagne, du Portugal et de la Grèce.
C’est devenu contagieux. Une fièvre. Le monde méditerranéen brûle : on revendique la démocratie économique, la justice politique et la paix. En Espagne, real democracia ya ! La démocratie tout de suite. Le temps de l’indifférence semble être loin derrière. La société s’est réveillée. Les Indignados espagnols, ces Don Quichotte modernes, ont occupé 60 places d’Espagne. Le mouvement des Indignés du Portugal est le même. Le mouvement est acclamé et imité par les Grecs et les Italiens. En France ils ont occupé brièvement la place de la Bastille. Le capitalisme devrait trembler. Car quand finit l’indifférence commence l’activisme social. De fait la révolution est déjà en route.
Il est clair que le capitalisme ne peut pas changer de nature. Le mot réforme est devenu obscène car aujourd’hui il signifie : tout changer pour que rien ne change. La réforme a pris le sens de changer de vitesse pour que le fardeau de la crise économique soit supporté toujours plus par les plus faibles et les moins protégés de la société.
Qui sont les plus faibles et les moins protégés ? Comme toujours dans l’histoire sociale depuis plus de cent ans de capitalisme rampant, déréglé et excessif, ce sont les classes laborieuses. Ironiquement aujourd’hui cette classe est plus importante que jamais. Elle comprend maintenant une grande partie de l’ancienne classe moyenne. En même temps cependant, la classe dirigeante capitaliste a rétréci jusqu’à atteindre le chiffre odieux de un pour cent de la population qui confisque la richesse produite par la société et s’en sert pour asservir et humilier les classes les plus faibles.
En Italie, les symptômes de la révolution socio-politique en marche ont fait tout à coup une entrée fracassante sur la scène. En Italie on a parlé de tout : les salaires qui diminuent, les prix qui montent, les retraites qui diminuent, les travailleurs qui travaillent de plus en plus dur, l’insécurité qui s’accroît, le chômage qui augmente ainsi que le nombre de travailleurs précaires et l’émigration croissante des diplômés Italiens des grandes universités vers des cieux plus cléments.
Où que vous tourniez le regard en Europe vous entendez les mêmes cris d’indignation. Alors que la déroute financière menace l’Europe méditerranéenne, les Indignés crient de plus en plus fort. Ce qui au début ressemblait juste à un autre mouvement de protestation comme mai 68, a changé de vitesse et est entré dans quelque chose qui fait penser au calme avant la tempête, une période encore non violente mais prégnante d’une dissidence opiniâtre et persistante qui est en train de se transformer rapidement en catastrophe socio-politique. En Espagne, au Portugal, en Italie, en Grèce, pendant que l’élite politique lutte pour relever l’économie du désastre où elle l’a plongée, la vie quotidienne devient de plus en plus dure ; que ce soit politiquement, socialement ou économiquement. Aujourd’hui les manifestations non violentes semblent être sur le point de basculer dans la violence.
Faillite de la dette, impossibilité de négocier les bonds d’état, plans de sauvetage sans effets et incapacité de restructurer les dettes nous menacent. Dans cette ambiance eschatologique les Indignés apparaissent tout à coup. Comme s’ils arrivaient de nulle part, les jeunes éduqués des universités reliés par Internet, notamment italiens et espagnols, dont beaucoup vivent encore chez leurs parents, sont tous parfaitement conscients que leur pays d’après la bulle, a peu à leur offrir si ce n’est rien du tout alors que le chômage atteint des records, que les emplois précaires deviennent la norme et que les services de la santé sont restreints.
Jusqu’à présent leurs revendications ont été modestes : ils demandent que l’élite politicienne rende des comptes et réclament de nouvelles lois électorales pour mettre fin au faux semblant de bi-partisme espagnol et aux systèmes politiques dénaturés de l’Italie et de la Grèce. Une réforme électorale est une exigence modeste de la part d’une génération habituellement qualifiée de génération perdue dans le sud de l’Europe.
Dans l’autre camp, en Eurolandia, comme aux USA, les politiciens et les banquiers font face à la crise économique main dans la main.
C’est pourquoi on est surpris d’entendre des manifestants dire : "Nous ne sommes pas contre le système mais nous voulons un changement dans le système. Nous voulons un changement mais pas plus tard ; nous voulons un changement tout de suite. Nous exigeons un changement et nous le voulons maintenant." Mais même cette voix du peuple n’est pas entendue.
Dans cette ambiance de désespoir socio-économique, la réforme semble suffisante pour le futur immédiat. Mais je pense que des revendications beaucoup plus fondamentales encore inconscientes dans la société vont apparaître et que la pression monte avec chaque jour qui passe. Nous savons qu’en principe les gens ne se rebellent pas facilement. Les gens font tout ce qu’ils peuvent pour éviter les vrais conflits et autres soulèvements sociaux ; ils vont même jusqu’à faire des compromis avec un état policier fasciste.
De l’autre côté de la barrière, les gouvernements d’aujourd’hui sont conscients qu’il y de la mutinerie dans l’air. C’est pourquoi il se sont armés de toute une série de lois illégales et anticonstitutionnelles pour l’écraser. Il est clair qu’à ce stade, l’alternative à un renversement du système corrompu d’aujourd’hui est un état policier permanent qui s’il parvient à améliorer encore son efficacité pourrait durer des milliers d’années.
L’acceptation de la légitimité du Pouvoir, l’indifférence aux écarts du Pouvoir et la passivité devant les menaces du Pouvoir contre des ennemis extérieurs semble avoir atteint son apogée. Tout le monde reconnaît qu’un Pouvoir qui est devenu fou doit être renversé. La fin prévisible de l’acceptation et de la passivité pourrait engendrer une sorte d’explosion du monde que nous n’avons jamais connue. Le choc entre le ,peuple et les systèmes corrompus semble logiquement inévitable.

En même temps et sur un autre front, de plus en plus de gens perdent la foi qu’ils avaient dans la non violence en dépit du fait que le capitalisme lui-même est extrêmement violent. Si on n’est pas poli et aimable, il y a des gens qui trouvent qu’on est violent. Mais la plus grande violence est dans business as usual (les affaires avant tout) et dans le capitalisme qui dévore tout, qui détruit les travailleurs, les forêts et les océans. Nous sommes entourés par une violence normalisée et nous ne la voyons plus. S’opposer frontalement à la violence normalisée n’est pas un acte violent ; c’est un acte nécessaire.
Pourtant beaucoup de gens disent qu’il faut travailler de l’intérieur du système, c’est à dire de l’intérieur du système capitaliste. Mais tout le monde sait qu’on ne peut pas tout avoir. On ne peut pas avoir l’air conditionné sans utiliser de l’énergie. Il ne faut pas être économiste pour comprendre que la croissance économique illimitée n’est pas viable. Le changement climatique est une réalité, de sorte que des changements drastiques vont se produire dans ce domaine qu’on le veuille ou non.
Le mot romantique "Révolution" terrifie la plupart des gens. Il y a en effet de bonnes raisons de s’en méfier. Depuis les temps héroïques des révolutions françaises et étasuniennes et de la grande révolution russe, le monde a dégénéré. La révolution des étudiants des années 1960, tout en ayant eu une influence durable à beaucoup d’égards, s’est désagrégée dans le contrecoup de la guerre du Vietnam. La soi-disant Révolution Orange en Ukraine était en fait un des exemples de l’abus du terme révolution par une classe politique.
Si nous écartons l’idée de révolution armée, nous ne devons pourtant pas confondre une révolution avec de simples réformes ou une insurrection armée. Une insurrection est une affaire locale, généralement spontanée et qui a un seul but. La réforme est un simple ajustement que font les dirigeants pour se maintenir au pouvoir comme on l’a vu encore et encore dans la Russie tsariste. Le plus souvent les réformes sont insuffisantes, arrivent trop tard, et sont neutralisées par des développements négatifs dans d’autres domaines.
La résistance à l’oppression entraîne une rupture entre les oppresseurs et les opprimés. C’est le début de la révolution. Ce qui caractérise la révolution c’est qu’elle est graduelle et insaisissable. On ne se rend pas compte qu’on est en révolution et pourtant on y est déjà.
L’acte de résistance et de rébellion contre un pouvoir injuste demeure un leitmotiv de l’histoire de l’humanité. Etant donné cette tradition, les dirigeants actuels de l’Europe doivent se demander quelle forme prendra la prochaine explosion et quand elle se produira. Car lorsque le fossé entre les dirigeants et le peuple devient insurmontable, que le peuple effrayé réapprend la solidarité sociale et qu’une résistance générale apparaît, la révolution se produit inévitablement. Lorsqu’un peuple est parvenu à maturité, le passage d’une étape à l’étape suivante de la chaîne dialectique est historiquement inéluctable. Une fois qu’il a commencé, on ne peut tout simplement pas arrêter un tel processus.
Les masses opprimées des USA et d’Europe ont jusqu’à présent semblé étonnamment peu concernées par la perte de leurs libertés. La plupart écarte l’idée de rébellion. De toutes formes de rébellion. Beaucoup voient encore les USA et l’Europe comme le berceau de la démocratie et de la liberté. Et si, par exemple aux USA -une super-puissance chancelante, décadente et au bord du désastre- le peuple se rebellait contre la longue et graduelle contre-révolution en Amérique sur laquelle les historiens ne se sont pas encore beaucoup penchés ? Et si une vraie révolution éclatait en Grèce et gagnait tout l’occident ? Est-ce de la science fiction, de s’imaginer le peuple descendant dans la rue ? L’idée d’une révolution est-elle si incongrue ?
La mondialisation a accéléré les crises des systèmes politiques nationaux traditionnels en réorganisant et transformant la nature du pouvoir et en le déléguant a des organisations politiques internationales. Les institutions de l’Union Européenne -La Commission européenne, le Conseil européen, la Banque Centrale européenne- ne sont pas des représentants démocratiques élus par des majorités populaires. Elles représentent au contraire des structures bureaucratiques et technocratiques destinées à favoriser l’hégémonie du capitalisme à une échelle continentale et planétaire. Pendant que le processus révolutionnaire s’amorce à l’arrière plan, l’Europe tente de se créer un espace vital personnel qui lui permette de s’approprier le plus possible de ressources planétaires. La taille de cet espace sera déterminée par la capacité de l’Union Européenne à développer un nouveau régime d’accumulation en intégrant des territoires, des capitaux et des travailleurs/consommateurs. En fait la vraie révolution de l’unification des marchés mondiaux n’est pas la révolution libérale tant vantée mais au contraire une révolution financière aux dépens de tous les peuples qui bordent la Méditerranée.
Les protestataires du monde entier n’ont pas encore réalisé que le facteur qui a accéléré la transformation des marchés et la dégradation de la situation des salariés enregistrés ces dernières années a été la dérégulation sauvage des mécanismes qui gouvernaient les transactions financières. Cette dérégulation a entraîné le passage d’une économie basée sur la productivité du système industriel à une économie droguée reposant sur les transactions financières et monétaires au seul profit de 1% de la population mondiale.


Gaither Stewart
Gaither Stewart est un éminent journaliste, ses écrits politiques, littéraires et culturels ont été publiés (et traduits) sur beaucoup de sites Internet et dans la presse écrite.
Traduction : Dominique Muselet pour LGS

Israël et la solution de deux états : L’agresseur est un lâche (Counterpunch)

Des membres éminents du parti du Likoud de Benjamin Netanyahu, dont certains sont ministres dans son gouvernement, font partie du Comité pour la terre d’Israël (Land of Israel Caucus) une formation politique qui s’oppose à ce qu’Israël rende les territoires occupés depuis 1967. C’est la plus grande formation de la Knesset. Pour sauver les apparences Netanyahu n’en est pas membre ; en effet cela fait partie de la fonction des premiers ministres israéliens de faire semblant de préconiser la "solution de deux états". Mais qui peut douter de ce que Netanyahu souhaite vraiment ? Et d’ailleurs qui peut douter que l’option du Grand Israël est celle qui a, et a toujours eu, la faveur des politiciens israéliens de tous bords ?
Les liens entre le bras principal du lobby israélien aux USA, le Comité des affaires publiques israélo-américaines (AIPAC), et la droite israélienne sont étroits. Et l’influence de l’AIPAC sur le Congrès et la Maison Blanche sont légendaires. Mais les opinions de l’AIPAC ne reflètent pas l’opinion publique étasunienne. Cela vient des chrétiens évangéliques réactionnaires qui en font partie, car en fait si la plupart des Juifs étasuniens, comme la plupart des Etasuniens soutiennent Israël, leur soutien est tiède et leur soutien pour un "Grand Israël" encore plus. Contrairement à ce que croit notre classe politique et à ce que nos médias voudraient nous faire croire, l’AIPAC est sans doute un tigre de papier. Mais à moins que quelqu’un en position de le faire -comme par exemple un président étasunien qui aurait des cojones- ne les mette au pied du mur, ils peuvent être aussi puissants qu’ils en ont l’air. Netanyahu s’est rendu compte avant même Mitch McConnell et John Boehner que notre président n’en a pas.
Mais les temps changent et pas seulement parce que l’éternel conflit israélo-palestinien est devenu un problème pour les machinations militaires et diplomatiques de l’empire. Le printemps arabe modifie des paramètres qui étaient restés stables pendant des dizaines d’année d’un manière qu’il est encore difficile d’appréhender mais qui a peu de chance de renforcer le statu quo. De sorte que, au moment même où Israël fait preuve d’une intransigeance plus grande que jamais, il serait en fait absolument nécessaire que ce pays fasse preuve de souplesse stratégique - s’il veut obtenir un "compromis historique" qui réponde aux ambitions territoriales sionistes.
C’est la raison pour laquelle on entend de plus en plus aux USA des appels à un nouveau départ des relations israélo-étasuniennes -et pas moins dans la communauté juive étasunienne qu’ailleurs. La main mise de l’AIPAC sur la classe politique étasunienne est toujours aussi forte mais il devient de plus en plus clair qu’il ne représente que la minorité de la minorité.
A l’évidence que de plus en plus de gens sont conscients qu’il faut repenser les présupposés sionistes s’ajoute le fait que beaucoup de partisans d’Israël sont de plus en plus préoccupés par le mépris d’Israël envers le droit international et par l’injustice sans fin de son régime d’occupation. Des nouvelles des flagrants délits israéliens ne pénètrent le brouillard médiatique étasunien que de temps en temps, notamment pendant les guerres d’Israël -qui dernièrement ont été menées non pas contre de vraies armées ni même contre des milices organisées mais, comme à Gaza en 2008, contre des populations civiles. Ces derniers jours, ce sont les manifestants désarmés du plateau du Golan qui ont été attaqués frontalement par l’armée israélienne en dehors des frontières reconnues internationalement. Dans de pareilles circonstances il est difficile de faire semblant de ne rien savoir malgré les efforts dans ce sens des médias défaillantes* comme NPR, le New York Times et les majorettes du parti démocrate le soir sur MSNBC. Les démocrates libéraux du Congrès sont encore pires ; par exemple, Anthony Weiner, qui est (ou était) un des plus remarquables du lot ! Comme c’est ironique qu’il se retrouve aujourd’hui mis à l’index pour des actions perpétrées pendant son adolescence plutôt que pour ce qu’il a réellement fait de honteux !

L’état d’Israël était supposé être "une lumière parmi les nations". Quelques défenseurs d’Israël croient qu’il l’est toujours. Mais tout le monde n’est pas capable du niveau de déni et d’autopersuasion nécessaires pour se maintenir dans cette illusion, surtout quand les faits matériels prouvent le contraire.
Toutefois le soutien étasunien pour Israël demeure fort parce que beaucoup d’aspects de la religion civile des USA concourent à le maintenir. Un en particulier doit être mentionné : c’est le rôle que joue l’Holocauste dans la vie des Etasuniens en général (et pas seulement des Juifs étasuniens). Entre autres choses, l’Holocauste - ou plutôt la manière dont il est décrit dans la religion civile - sert d’étalon en regard duquel les crimes américains passés et présents (même l’esclavage et l’annihilation des peuples indigènes et de leur culture) font pâle figure et peuvent donc être pardonnés.
[Le nom en lui-même est révélateur : "holocauste" est le terme biblique pour "sacrifice par le feu". Il suggère que le meurtre des Juifs par les Nazis de 1942 à 1945 était le mal absolu et qu’il n’a donc pas d’explication historique. Cette interprétation n’est d’aucune utilité mais elle est si répandue qu’elle est devenue incontournable.]
L’Holocauste est crucial pour comprendre comment Israël a été créé et pourquoi il a bénéficié de tant de complaisance -surtout de la part des Américains du nord, des Européens et de Allemands. Mais cela ne donne pas le droit à Israël de faire tout ce qu’il veut au Moyen Orient. Même si les peuples pouvaient accumuler une sorte de "capital moral" qu’ils pourraient transmettre aux générations futures, ce ne serait pas le cas. Le problème n’est pas seulement que seule une minorité d’Israéliens d’aujourd’hui ont des liens directs avec l’Holocauste, soit par expérience personnelle soit parce qu’ils sont des enfants de rescapés. Le problème est que lorsque le génocide a eu lieu il n’y avait pas d’état d’Israël - et personne en dehors des cercles sionistes "révisionnistes" n’a jamais défendu l’idée, absurde en elle-même, qu’un futur état juif en Palestine représenterait un jour d’une manière ou d’une autre les victimes de l’holocauste.
Et pourtant l’idée que l’Holocauste justifie l’usurpation des territoires palestiniens par les colons juifs s’est répandue dans notre culture politique -grâce en partie aux efforts des institutions sionistes laïques et religieuses et à l’empressement de tous - excepté les autorités religieuse les plus orthodoxes - à accepter l’idée que l’établissement d’un état juif en Palestine est l’accomplissement de 2000 ans d’histoire et d’espoirs juifs. En fait, ce que "l’année prochaine à Jérusalem" a signifié pendant la presque totalité de ces 2000 années n’était pas qu’il y aurait un état juif -l’idée même d’état est une invention moderne- mais que le Messie viendrait. Les derniers mots du Seder de Pâques exprimaient une conviction théologique, et non une conviction politique.

* * *

Même si le soutien à Israël perdure, la croyance qu’Israël est sur la "bonne voie" comme disent les sondages, a diminué. On craint de plus en plus que l’intransigeance d’Israël et le soutien que les USA lui accordent, ne mettent le caractère "juif et démocratique" d’Israël en danger.
Les Sionistes n’ont jamais exprimé clairement des vues anti-démocratiques mais, pour presque tous les Sionistes, le principal est qu’Israël soit juif, pas que ce soit une démocratie. Il y a eu des intellectuels en Palestine dans les premiers temps de la colonisation juive qui étaient des exceptions remarquables -comme Achad Ha’am (Asher Ginsberg), Judah Magnes et Martin Buber. Cependant ce courant minoritaire s’est tari à la création de l’état d’Israël.
Toutefois on trouve encore des traces de Sionisme humaniste, centré sur la culture plus que sur la politique, dans des groupes de gauches marginaux en Israël et dans des cercles de gauche et libéraux des communautés juives dans la diaspora. Paradoxalement, avec la droite au pouvoir en Israël et la capitulation de l’administration d’Obama, comme celle de ses prédécesseurs, devant l’AIPAC, l’intérêt pour la démocratie -et pour des relations respectueuses et de bon voisinage avec les Palestiniens- connaît une légère recrudescence. Il ne faut pas exagérer le phénomène mais il faut quand même dire qu’il y a des groupes sionistes organisés qui défient l’AIPAC et d’autres piliers du lobby israélien : J-Street est le plus connu et le plus représentatif d’entre eux. Pour ces groupes, il est capital qu’Israël soit (ou demeure) un état aussi (ou presque aussi) démocratique que juif.
C’est un sentiment honorable en comparaison du point de vue des représentants (autoproclamés) traditionnels des Juifs américains. Mais peut-il vraiment y avoir deux états dans le territoire de la Palestine qui était sous mandat britannique -un juif et un palestinien, et l’état juif peut-il au moins être (ou rester) démocratique ?

* * *

Cela fait quelque temps maintenant qu’il y a plus de Juifs israéliens qui quittent Israël que de Juifs de la diaspora qui viennent habiter en Israël ; ironiquement l’Allemagne est leur destination favorite. Mais même si le vieil esprit pionnier a fait long feu et même si le moral des Sionistes est bas (en dehors des cercles de religieux fanatiques), il n’y a aucune chance que les Israéliens qui parlent Hébreu renoncent à l’idée d’un état juif. C’est la raison pour laquelle, un état laïque et démocratique qui intègrerait tous les habitants actuels de la Palestine du Mandat sur une base égalitaire est irréalisable dans un futur proche. Il n’existe pas de courant significatif d’opinion en Israël qui envisagerait de renoncer au "caractère juif" de l’état. Et il n’existe pas non plus de force extérieure qui soit le moins du monde capable ni désireuse de promouvoir cette possibilité : surtout avec la propension d’Israël à considérer toute menace réelle ou imaginaire comme des défis "existentiels" qu’il faut résoudre par la guerre ; et pas tant qu’Israël est armé jusqu’aux dents et en possession de deux à quatre cents armes nucléaires.
Il est aussi significatif que l’opinion mondiale soit depuis longtemps en faveur de la "solution" de deux états et qu’un accord ait presque été conclu sur ses grandes lignes au sommet de Taba dans les dernières semaines de l’administration de Clinton. Cela fait plusieurs dizaines d’années aussi que les principaux pays arabes, les USA et même Israël ont donné leur accord de principe à cette solution.
Cependant la solution de deux états ne peut être mise en oeuvre que si les USA font à Israël une proposition qu’il ne peut refuser. Quand on voit avec quelle rapidité Obama envoie partout ses escadrons d’attaque (pas seulement les Navy Seals mais toute une panoplie de forces d’opérations) et quand on voit qu’il est aussi déterminé qu’un chef de gang a sauver la face et à manifester son pouvoir, on pourrait croire que gérer le style parrain de la maffia de Netanyahu serait dans ses cordes. Mais hélas, le despote est un lâche.
Ce n’est pas de chance : ce serait beaucoup mieux - dans le sens de plus humain et plus sympathique- que ce soit J-Street que l’AIPAC qui obtienne ce qu’il veut. Et tant qu’il n’y a pas d’alternative réalisable sur le plan politique à une prolongation indéfinie du statu quo, qui peut apporter la contradiction à ceux qui sont en faveur d’un état juif et démocratique ?

Qui, à part ceux qui aiment les shémas politiques simplistes, peut croire qu’un état puisse être à la fois juif et politique ? Il ne s’agit pas seulement de supprimer la séparation entre l’autorité religieuse et politique -entre la "synagogue" et l’état. Israël a ses théocrates ; tous les états qui ont des religions entachées de religiosité issue d’Abraham en ont. Mais ceux qui veulent qu’Israël soit (ou demeure) à la fois juif et démocratique ne veulent pas d’une théocratie. Beaucoup, sans doute le plus grand nombre, de Juifs israéliens ne sont même pas juifs au sens religieux du terme. Et les fondateurs d’Israël ne l’étaient certainement pas. Pour eux "Juif" désigne une ethnie pas une religion. Ils veulent un état juif pour des raisons ethniques et non religieuses.
Il est reconnu que les groupes ethniques et nationaux sont des "communautés imaginaires". L’ethnie juive ne fait pas exception. Cela a toujours posé problème aux Sionistes laïques. Depuis le début ils ont toujours trouvé difficile et parfois même impossible d’imaginer l’ethnie juive sans se référer à la religion partagée par les communautés juives à travers les siècles. Aucun des autres supports habituels n’existe : il n’y a pas de langue commune, pas de terre commune (s’il y en avait une on n’aurait pas besoin du Sionisme) et il devient de plus en plus clair que la revendication d’une descendance commune est problématique. On peut donc penser que l’ethnie juive est plus imaginaire encore que les autres.
Il n’y a probablement pas beaucoup de membres du Comité pour la terre d’Israël qui iraient jusqu’à admettre qu’ils veulent un régime ethnique et les Sionistes plus "modérés" ont toujours trouvé cette idée horrible ; c’est encore plus vrai de la gauche sioniste. Ce qu’ils ont toujours voulu c’est qu’Israël soit un état juif dans le sens où le Danemark est un état danois par exemple - pas un état de, par et pour des personnes de l’ethnie danoise (quoi que ça puisse être) mais un état dans lequel une vaste majorité de citoyens sont des Danois ethniques. Ils voyaient Israël comme le Danemark du Moyen Orient.
A notre époque de capitalisme néo-libéral et de mobilité de la main d’oeuvre, cette sorte d’état est devenue problématique partout, même au Danemark, mais en plus le modèle ne pouvait absolument pas être appliqué dans la Palestine du Mandat où il y avait déjà une population autochtone et où ce sont les Juifs qu’il a fallu importer.
Parce qu’on pouvait importer des Juifs -d’Europe centrale et d’Europe de l’est et ensuite des pays historiquement musulmans et de l’ancienne Union Soviétique - le problème a été ignoré pendant des dizaines d’années. Mais on ne peut pas l’occulter indéfiniment parce que tous les Juifs qui veulent vivre en Israël y vivent déjà et parce que se profile ce que les Sionistes appellent une "bombe démographique". Le taux des naissances juives n’est absolument pas suffisant pour maintenir la majorité juive dans la Palestine du Mandat. Le taux de natalité des Arabes est en revanche très élevé ; assez élevé pour que même un Israël qui se serait retranché derrière les frontières d’avant 1967 se trouve en danger de perdre sa majorité juive. Il y en a donc qui affirment que la seule solution possible pour qu’Israël reste juif, est de donner aux Arabes un état séparé (mais loin d’être égal en surface) sur une partie (22%) du territoire de la Palestine du Mandat -dans lequel beaucoup ou la plupart des Arabes israéliens iraient volontairement ou seraient déportés pas la force.
Le calcul est donc simple : les ambitions sionistes territoriales doivent être en partie abandonnées. La seule autre solution au dilemme du Sionisme serait d’étendre et d’approfondir le régime d’Apartheid qui existe déjà dans les territoires occupés -en renonçant à la prétention d’être à la fois un état juif et un état démocratique.
Maintenant, si "démocratie" signifie bien comme le nom l’indique que "le demos règne" (le peuple et non les élites) alors Israël comme beaucoup d’états de la terre a renoncé depuis longtemps à cette aspiration, sans parler de la réalité. C’est pourquoi la "démocratie" en pratique signifie souvent seulement la compétition aux élections et la protection libérale des droits politiques.
Les conceptions modernes de la démocratie, même des plus fragiles, ont coexisté avec la vision issue de la révolution américaine (bien qu’avortée là-bas largement à cause de l’esclavage) et pleinement articulée dans la révolution française, selon laquelle un état est composé de ses citoyens - et non d’une ethnie ou d’un groupe religieux particuliers. Donc la démocratie implique l’égalité des droits des citoyens. Même pour ceux qui considèrent que des élections libres suffisent pour considérer un régime comme démocratique, il est nécessaire que les groupes religieux et ethniques n’aient pas d’importance politique. Des élections compétitives, bien sûr ; mais sur un arrière-plan de droits politiques égaux !
C’est pourquoi la démocratie du Herrenvolk, une démocratie seulement à l’usage du groupe ethnique dominant, n’est pas une vraie démocratie, même pour les interprétations actuelles de la démocratie les moins exigeantes. Il y en a qui disent que la démocratie israélienne a toujours été une démocratie du Herrenvolk ; d’autres qu’il menace d’en devenir une. Donc soit Israël n’a jamais été juif et démocratique, soit il ne peut le rester indéfiniment -à moins de rallier le consensus international en faveur de la solution de deux états.
Alors applaudissons deux fois -pas trois !- la solution de deux états que J-Street et ceux qui pensent comme lui promeuvent. Un état vraiment démocratique sur toute la Palestine serait mieux bien sûr. Mais le monde étant ce qu’il est (et il le sera sans doute encore pour des générations) il n’y a malheureusement pas moyen d’y parvenir. C’est pourquoi, même s’il faut prendre en considération les inconvénients de la solution de deux états, il faut surtout faire en sorte que le mieux ne devienne pas l’ennemi du bien. Les Palestiniens ont assez souffert.
Andrew Levine
Andrew Levine est un membre éminent de the Institute for Policy Studies. Ses derniers livres sont : THE AMERICAN IDEOLOGY (Routledge) et POLITICAL KEY WORDS (Blackwell) et il a écrit beaucoup d’autres livres et articles sur la philosophie politique. Il a enseigné la philosophie à the University of Wisconsin-Madison et a été professeur en recherche philosophique à the University of Maryland-College Park.
Traduction : Dominique Muselet
http://www.legrandsoir.info/israel-et-la-solution-de-deux-etats-l-agresseur-est-un-lache-counterpunch.html

Les temps de la Révolution en Syrie

Cela fait trois mois, jour pour jour, que la révolution en Syrie a éclaté. Elle est toujours en marche et ne s’arrêtera pas demain. Pour essayer de saisir ses instances pratiques et théoriques rappelons-nous que les évènements historiques précèdent ses instances conceptuelles. Bien que la pratique forme, pour nous matérialistes, une union avec la théorie, la conscience des pratiques spontanées et des évènements socio-économiques viennent ultérieurement après le passage d’un certain temps. La dialectique est ce temps qui n’est autre que le temps des luttes, des contradictions, des transformations et évolutions, cad, le temps du passage nécessaire de la révolution en tant que pratique spontanée au travail organisé, conscient et théorisé. Ceci est le cas syrien par excellence. Limitons nous donc, à présent, à quelques propositions et hypothèses afin d’être près de cette révolution.
Les slogans les plus entendus dans la rue sont ceux qui scandent « le peuple veut la chute du régime », ou « que se vayan todos » (latino américain à l’origine et repris en arabe par les révolutions). Quatres situations substantielles ou dominantes apparaissent dans la pratique révolutionnaire en Syrie :
a) la spontanéité, même, après trois mois,
b) le temps cosmétique qui sépare les révolutionnaires dans la rue, des « élites intellectuelles » et des dirigeants des partis de gauche, dans la mesure où ces derniers réclament, comme ce fût le cas durant les dix dernières années, un dialogue national du « spectre de l’opposition » avec le régime pour aboutir, ensuite, à des réformes politiques. Remarquons que la révolution pour l’ancienne garde n’a pas eu lieu encore !,.
c) pour l’opposition de gauche officielle ou historique, l’évènements du 15 mars est tantôt un mouvement de protestation, tantôt un soulèvement populaire. Il n’est une révolution qu’uniquement pour les comités des jeunes et ceux d’anciens militants de la gauche. Ces comités se multiplient sans cesse en nombres. Ils essayent, non sans peine, de coordonner entre eux leurs luttes pour arriver à une direction centralisée.
d) l’évènement du 15 mars est une révolution pour les raisons suivantes :
1- idéologique : parce qu’elle réclame le changement de la constitution de fond en comble, l’élection d’une nouvelle assemblée du peuple, le changement des lois, des législations, le fondement d’un Etat « civil » pour les plus religieux, laïque pour les jeunes et la gauche, bref un Etat nationaliste et démocratique,
2 - économique : dans la mesure où les changements idéologiques, même s’ils n’apportent aucun changement au mode de production capitaliste, ils n’épargneront pas les forces du travail, les relations de production, car la révolution réclame avec force l’égalité, la justice, l’éradication de la corruption et la poursuite des grandes fortunes qui ont accumulé le capital sous le règne de l’idéologie de la violence. Les masses révolutionnaires sont bien conscientes des impératifs du développement économico-social et du rôle de l’Etat dans ce domaine,
3 - et, c’est le plus important, cette révolution à une portée sociale profonde et radicale. Après avoir brisé le mur de la peur, elle ne reviendra plus en arrière. Le temps du pouvoir du peuple pour le peuple a sonné. C’est une révolution et même une grande révolution, parce que les révolutionnaires ont dépassé de très loin l’ancienne garde qui avait accumulé, depuis l’indépendance acquise à la fin de la deuxième guerre mondiale, les échecs au niveaux politique et social. Des nouveaux dirigeants de gauche émanent de la révolution du 15 mars laissant derrière eux l’ancienne garde de la gauche. Là, réside une des instances les plus importantes de cette révolution : ce sont les relations socio-politiques qui s’engagent dans le changement.
Quel peut être l’avenir de la révolution en Syrie ? Pour la saisir, un retour au passé du régime est indispensable. Cette révolution qui dure depuis 90 jours ( !), avec 1200 martyrs ou plus, parmi eux une cinquantaine d’enfants morts pour la liberté, ainsi que quelques centaines d’adolescents, et qui a montré aux masses populaires les chemins des changements, ne s’arrêtera plus jamais. Elle est celle des banlieues, quartiers et villages pauvres, contre la bourgeoisie périphérique alliée des bourgeois du marché et de la mondialisation- néolibérale. Le « discours du serment » (plutôt du trône) de Bachar Assad en l’an 2000 prononcé à l’Assemblée du peuple lors de sa succession à son père le Général Hafez Assad, dans lequel, il s’engageait sur des promesses de réformes politiques et économiques à venir, c’est parce que la bourgeoisie au pouvoir, après avoir abolit et l’Etat de droit et l’Etat nation, pour la substituer par le pouvoir des appareils répressifs, faisait de la violence l’idéologie dominante . Il voulait bien des réformes qui régulariseraient au mieux les investissements et l’accumulation libre du capital, quitte à s’intégrer de plus près dans la mondialisation- néolibérale. En témoignent, l’amitié franco-syrienne, la demande syrienne de se lier à l’Union européenne par le biais d’un accord de partenariat, l’ouverture économique opéré par le régime syrien vers le libéralisme économique dans les domaines des banques, y compris étrangères, les investissements des multinationales et nationales et la bourse. Il en va de même pour les relations avec les Etats-Unis, avec qui Bachar n’a pas épargné ses efforts pour acquérir ses « amitiés ». Et pour couronner ses ouvertures néolibérales et aller dans le sens de la politique internationale dominée par l’impérialisme depuis la fin de la guerre froide, il s’engage dans des négociations tenues secrète avec Israël via la Turquie d’Ordogan efendi. Il a même intégrer l’Union pour la Méditerranée et salué à l’occasion la parade militaire du 14 juillet à côté de son ami Sarkozy. Quel avenir attend la révolution en Syrie ?
a) des menaces qu’elle soit volée, suivant les cas tunisien et égyptien, par la bourgeoisie locale alliée de la mondialisation et soumise à l’impérialisme, contre des miettes de réformes idéologiques formelles octroyées à la révolution. Mais, bien que le rapport de force reste toujours en faveur de la bourgeoise mondialisée et son armée, les alliés bourgeois mondialisés ne parviennent pas à soulever des obstacles devant les révolutionnaires de ces deux pays, et ceci, grâce aux changements socio-politiques profonds, amenés par/avec la révolution. Ce sera aussi le cas en Syrie.
b) les révolutions arabes sont énigmatiques à tous ceux qui ne font pas une approche matérialiste de notre histoire actuelle. Les communistes et leurs alliés savent que l’impérialisme en tête duquel se trouve les Etats-Unis et l’Union européenne, l’Otan et la Turquie des généraux, ont encouragé durant les dernières années les pays du sud, à commencer par les plus riches parmi eux, les Etats arabes, à opérer des réformes économiques et politiques afin de mieux s’adapter avec la mondialisation. Aujourd’hui même, il donne une porte de sortie pour sauver Bachar, à condition de faire les dites réformes. S’il s’avère demain qu’il en soit incapable, il finira, avec leur accord et encouragement, comme Ben Ali et Moubarak, afin de sauver leurs intérêts communs avec la bourgeoisie mondialisée en place, au Caire, à Tunis et à Damas.
c) la chronique de ce retournement du pouvoir suivant le modèle tunisien et égyptien se passe en haut lieu de la diplomatie devenue avec le néo-impérialisme (la mondialisation néolibérale) une arme sophistiquée de guerre, après avoir été un moyen politique pour éviter les conflits armés : l’ONU et ses support, FMI, OMC AIEA, et la Cour Pénale Internationale, etc. Désuète, après avoir léguée ses pouvoirs à l’OTAN, notamment avec le vol de la révolution libyenne, sans oublier le vol par la dynastie des Soueoud en accord avec UEA, UE et l’ONU, de la révolution bahrénie, elle commence déjà sa guerre, non contre la Syrie et son pouvoir, mais contre la révolution du 15 mars, quitte à sacrifier Bachar et sa clique tout en sauvent ses intérêts de la révolution populaire en Syrie.
d) le nouveau langage guerrier de la dite diplomatie consiste à préparer la guerre en recourant aux Droits de l’Homme, la catastrophe humanitaire et l’Intervention pour des raisons humanitaires. Il y a longtemps, l’idéologie impérialiste faisait admettre à l’opinion mondiale l’idée de l’universalité de la civilisation pour justifier le colonialisme. A présent, les droits de l’homme, excepte Israël, sont les moteurs qui poussent les armées de l’impérialisme pour écraser les révolutions arabes et faire intégrer, par la force et la violence, les pays arabes dans le marché de la mondialisation. L’OTAN, L’UE et L’EUA envahissent à nouveau, par le biais de L’ONU le monde arabe pour remédier à la crise du capitalisme, après avoir consacré la division du Balkan par l’intermédiaire de l’OTAN.
e) lorsqu’on entend de nos jours les diplomates sorciers parler d’une condamnation d’un pays pour des raisons humanitaire, il faut s’attendre à des bombes qui visent un peuple, à moins que ses dirigeant exécutent cette tâche avec succès à la place du néo-impérialisme. Plus grave encore est l’annonce, sous couvert de quelques 8000 refugiés syriens ayant fui la répression atroce du régime syrien vers la Turquie voisine, que la situation en Syrie « menace » la sécurité et « la stabilité » de la région toute entière. Or les grands généraux de l’armée turc qui ne cessent leurs guerres contre les kurdes de la Turquie, sont les agents confirmés de l’OTAN qui dispose d’une armada complète sur la terre de nos ancêtres Ottomans. Ordogan efendi (Monsieur en turc) aime rappeler, de temps à autre que syriens et turcs sont liés à travers l’histoire par des liens de parentés. De plus, la Turquie est un pays musulman dirigé par un parti issu de la confrérie des Frères musulmans. Inutile d’en dire plus. Une intervention militaire, même partielle, des généraux turcs au nord de la Syrie, pour « sécuriser la population et les civils », en concomitance avec un coup d’Etat, même sanglant à Damas, est le seul moyen de préserver les intérêts de la mondialisation néolibérale et du néo-impérialisme. .
Toutefois, la révolution en Syrie ne s’arrêtera plus jamais. Elle refuse toute intervention étrangère d’où qu’ elle vienne et de qui que ce soit. Elle préfère, malgré ses milliers de martyrs, à l’impérialisme, son propre anéantissement temporaire par le pouvoir ou par l’armée turc, quitte à reprendre plus tard, organisée et consciente dès le premiers jour des changements idéologiques et productifs à venir.
Pour commencer, ici et maintenant, c’est aux révolutionnaires arabes de prendre l’initiative avec leur contemporain à travers l’histoire, kurdes amazighs et autres nationalismes, pour substituer l’ONU par l’Organisation internationale des peuples unies.
Hassan Khaled Chatila
http://www.legrandsoir.info/les-temps-de-la-revolution-en-syrie.html

Ernesto CHE GUEVARA - Le discours d’Alger

Publication ci-dessous de larges extraits du discours prononcé par le Che au cours du Séminaire économique de solidarité afroasiatique, les 22 et 27 février 1965 à Alger.

Chers frères,
Cuba participe à cette Conférence, d'abord pour faire entendre à elle seule la voix des peuples d’Amérique, mais aussi en sa qualité de pays sous-développé qui, en même temps, construit le socialisme.
Ce n'est pas un hasard s'il est permis à notre représentation d'émettre son opinion parmi les peuples d’Asie et d’Afrique. Une aspiration commune nous unit dans notre marche vers l'avenir: la défaite de l'impérialisme. Un passé commun de lutte contre le même ennemi nous a unis tout au long du chemin.
Cette conférence est une assemblée de peuples en lutte ; cette lutte se développe sur deux fronts également importants et réclame tous nos efforts. La lutte contre l'impérialisme pour rompre les liens coloniaux et néo-coloniaux, qu'elle soit menée avec des armes politiques, des armes réelles ou avec les deux à la fois, n'est pas sans lien avec la lutte contre le retard et la misère ; toutes deux sont des étapes sur une même route menant à la création d'une société nouvelle, à la fois riche et juste.(...)

Chaque fois qu'un pays se détache de l'arbre impérialiste, ce n'est pas seulement une bataille partielle gagnée contre l'ennemi principal, c'est aussi une contribution à son affaiblissement réel et un pas de plus vers la victoire finale.
Il n'est pas de frontière dans cette lutte à mort. Nous ne pouvons rester indifférents devant ce qui se passe ailleurs dans le monde, car toute victoire d'un pays sur l'impérialisme est une victoire pour nous, de même que toute défaite d'une nation est défaite pour nous. La pratique de l'internationalisme prolétarien n'est pas seulement un devoir pour les peuples qui luttent pour un avenir meilleur, c'est aussi une nécessité inéluctable. (...)
Nous devons tirer une conclusion de tout cela: le développement des pays qui s'engagent sur la voie de la libération doit être payé par les pays socialistes. Nous le disons sans aucune intention de chantage ou d'effet spectaculaire, ni en cherchant un moyen facile de nous rapprocher de tous les peuples afro-asiatiques, mais bien parce que c'est notre conviction profonde. Le socialisme ne peut exister si ne s'opère dans les consciences une transformation qui provoque une nouvelle attitude fraternelle à l'égard de l'humanité, aussi bien sur le plan individuel dans la société qui construit ou qui a construit le socialisme que, sur le plan mondial, vis-à-vis de tous les peuples qui souffrent de l'oppression impérialiste.
Nous croyons que c'est dans cet esprit que doit être prise la responsabilité d'aider les pays dépendants et qu'il ne doit plus être question de développer un commerce pour le bénéfice mutuel sur la base de prix truqués aux dépens des pays sous-développés par la loi de la valeur et les rapports internationaux d'échange inégal qu’entraîne cette loi. (... )
Comment peut-on appeler " bénéfice mutuel " la vente à des prix de marché mondial de produits bruts qui coûtent aux pays sous-développés des efforts et des souffrances sans limites et l'achat à des prix de marché mondial de machines produites dans les grandes usines automatisées qui existent aujourd'hui ? (...)
Les pays socialistes ont le devoir moral de liquider leur complicité tacite avec les pays exploiteurs de l’Ouest. Le fait que le commerce est actuellement réduit ne signifie rien. En 1959 Cuba vendait du sucre occasionnellement à un pays du bloc socialiste par l'intermédiaire de courtiers anglais ou d'autres nationalités. (...)
Il n'est pas pour nous d'autre définition du socialisme que l'abolition de l'exploitation de l'homme par l'homme. Tant que cette abolition ne se réalise pas nous restons au stade de la construction de la société et si, au lieu que ce phénomène se produise, la tâche de la suppression de l'exploitation s'arrête, et même recule alors on ne peut plus parler de construction du socialisme.

Toutefois l'ensemble des mesures que nous proposons ne sauraient être prises unilatéralement. Il est entendu que les pays socialistes doivent payer le développement des pays sous-développés. Mais il faut aussi que les forces des pays sous-développés se tendent et prennent fermement la voie de la construction d'une société nouvelle – quels que soient les obstacles – où la machine, instrument de travail, ne soit pas un instrument d'exploitation pour l'homme. On ne peut pas non plus prétendre à la confiance des pays socialistes si l'on joue à garder l'équilibre entre capitalisme et socialisme en essayant d'utiliser les deux forces en compétition pour en tirer des avantages précis: une nouvelle politique de sérieux absolu doit gouverner les rapports entre les deux groupes de sociétés. Nous devons souligner encore que les moyens de production doivent être de préférence aux mains de l’État de façon à ce que les marques de l'exploitation disparaissent peu à peu. (... )
Le néocolonialisme a montré ses griffes au Congo. Ce n'est pas un signe de puissance mais bien de faiblesse; il a dû recourir à la force, son arme extrême, comme argument économique, ce qui engendre des réactions d'opposition d'une grande intensité. Cette pénétration s'exerce aussi dans d'autres pays et sous une forme beaucoup plus subtile qui crée rapidement ce qu'on a appelé la "sudaméricanisation" de ces continents, c'est-à-dire le développement d'une bourgeoisie parasitaire qui n’ajoute rien à la richesse nationale mais qui, au contraire, accumule hors du pays dans les banques capitalistes ses énormes profits malhonnêtes et traite avec l'étranger pour obtenir encore davantage de bénéfices, avec un mépris absolu pour le bien-être de son peuple. (... )
L'aspect de la libération par les armes d'une puissance politique d'oppression doit être abordé suivant les règles de l'internationalisme prolétarien: s'il est absurde de penser qu'un directeur d'entreprise dans un pays socialiste en guerre puisse hésiter à envoyer les tanks qu'il produit sur un front ne pouvant présenter de garanties de paiement, il ne doit pas sembler moins absurde de vouloir vérifier la solvabilité d'un peuple qui lutte pour sa libération ou qui a besoin d'armes pour défendre sa liberté.
Dans nos mondes, les armes ne sauraient être marchandises, elles doivent être livrées absolument gratuitement dans les quantités nécessaires – et possibles – aux peuple qui les demandent pour les utiliser contre l'ennemi commun. C'est dans cet esprit que l’Union soviétique et la République populaire de Chine nous ont accordé leur aide militaire. Nous sommes socialistes, nous constituons une garantie d'utilisation de ces armes, mais nous ne sommes pas les seuls et nous devons tous être traités de la même manière. (... )
Je ne voudrais pas terminer ces mots, ce rappel de principes que vous connaissez tous, sans attirer l'attention de cette assemblée sur le fait que Cuba n'est pas le seul pays d’Amérique latine, tout simplement c'est Cuba qui a la chance de parler aujourd'hui devant vous, je veux rappeler que d'autres peuples versent leur sang pour obtenir le droit que nous avons, et d'ici comme de toutes les conférences et partout où elles ont lieu, nous saluons les peuples héroïques du Vietnam, du Laos, de la Guinée dite portugaise, de l’Afrique du Sud et de la Palestine; à tous les pays exploités qui luttent pour leur émancipation nous devons faire entendre notre voix amie, nous devons tendre la main et offrir nos encouragements aux peuples frères du Venezuela, du Guatemala et de Colombie qui aujourd'hui, les armes à la main, disent définitivement " non " à l'ennemi impérialiste.
Che Guevara

Intervención en la Asamblea General de las Naciones Unidas en uso del derecho de replica

11 de diciembre de 1964
Ernesto CHE GUEVARA

Pido disculpas por tener que ocupar por segunda vez esta tribuna. Lo hago haciendo uso del derecho de réplica. Naturalmente, aunque no estamos interesados especialmente en ello, esto que podría llamarse ahora la contrarréplica, podríamos seguir extendiéndola haciendo la contrarréplica y así hasta el infinito.
Nosotros contestaremos una por una las afirmaciones de los delegados que impugnaron la intervención de Cuba, y lo hacemos en el espíritu en que cada uno de ellos lo hizo, aproximadamente.
Empezaré contestando al delegado de Costa Rica, quien lamentó que Cuba se haya dejado llevar por algunos infundios de la prensa sensacionalista, y manifestó que su Gobierno tomó inmediatamente algunas medidas de inspección cuando la prensa libre de Costa Rica, muy distinta a la prensa esclava de Cuba, hizo algunas denuncias.
Quizás el delegado de Costa Rica tenga razón. Nosotros no podemos hacer una afirmación absoluta basada en los reportajes que la prensa imperialista, sobre todo de los Estados Unidos, ha hecho repetidas veces a los contrarrevolucionarios cubanos. Pero si Artime fue jefe de la fracasada invasión de Playa Girón, lo fue con algún intermedio, porque fue jefe hasta llegar a las costas cubanas y sufrir las primeras caídas, volviendo a los Estados Unidos. En el intermedio, como la mayoría de los miembros de aquella «heroica expedición libertadora», fue «cocinero o sanitario», porque ésa fue la forma en que llegaron a Cuba después de estar presos, según sus declaraciones, todos los «libertadores» de Cuba. Artime, que ahora vuelve a ser jefe, se indignó contra la acusación. ¿De qué? De contrabando de whisky, porque en sus bases de Costa Rica y Nicaragua, según informó, no hay contrabando de whisky: «hay preparación de revolucionarios para liberar a Cuba.» Esas declaraciones han sido hechas a las agencias noticieras y han recorrido el mundo.
En Costa Rica se ha denunciado esto repetidas veces. Patriotas costarricenses nos han informado de la existencia de esas bases en la zona de Tortugueras y zonas aledañas, y el Gobierno de Costa Rica debe saber bien si esto es verdad o no.
Nosotros estamos absolutamente seguros de la certeza de estas informaciones, como también estamos seguros de que el señor Artime, entre sus múltiples ocupaciones «revolucionarias», tuvo tiempo también para contrabandear whisky, porque son cosas naturales en la clase de libertadores que el Gobierno de Costa Rica protege, aunque sea a medias.
Nosotros sostenemos, una y mil veces, que las revoluciones no se exportan. Las revoluciones nacen en el seno de los pueblos. Las revoluciones las engendran las explotaciones que los gobiernos -como el de Costa Rica, el de Nicaragua, el de Panamá o el de Venezuela- ejercen sobre sus pueblos. Después, puede ayudarse o no a los movimientos de liberación; sobre todo se les puede ayudar moralmente. Pero, la realidad es que no se pueden exportar revoluciones.
Lo decimos no como una justificación ante esta Asamblea; lo decimos simplemente como la expresión de un hecho científicamente conocido desde hace muchos años. Por eso, mal haríamos en pretender exportar revoluciones y menos, naturalmente, a Costa Rica, en donde en honor a la verdad existe un régimen con el cual no tenemos absolutamente comunión de ningún tipo y que no es de los que se distinguen en América por la opresión directa indiscriminada contra su pueblo.
Con respecto a Nicaragua queríamos decir a su representante, aunque no entendí bien con exactitud toda su argumentación en cuanto a los acentos -creo que se refirió a Cuba, a Argentina y quizás también a la Unión Soviética- espero en todo caso que el representante de Nicaragua no haya encontrado acento norteamericano en mi alocución porque eso sí que sería peligroso. Efectivamente, puede ser que en el acento y que utilizara al hablar se escapara algo de la Argentina. He nacido en la Argentina; no es un secreto para nadie. Soy cubano y también soy argentino y, si no se ofenden las ilustrísimas señorías de Latinoamérica, me siento tan patriota de Latinoamérica, de cualquier país de Latinoamérica, como el que más y, en el momento en que fuera necesario, estaría dispuesto a entregar mi vida por la liberación de cualquiera de los países de Latinoamérica, sin pedirle nada a nadie, sin exigir nada, sin explotar a nadie. Y así en esa disposición de ánimo, no está solamente este representante transitorio ante esta Asamblea. El pueblo de Cuba entero está con esa disposición. El pueblo de Cuba entero vibra cada vez que se comete una injusticia, no solamente en América, sino en el mundo entro. Nosotros podemos decir lo que tantas veces hemos dicho del apotegma maravilloso de Martí, de que todo hombre verdadero debe sentir en la mejilla el golpe dado a cualquier mejilla de hombre. Eso, el pueblo entero de Cuba, lo siente así, señores representantes.
Por si el representante de Nicaragua quiere hacer alguna pequeña revisión de su carta geográfica o inspeccionar ocularmente lugares de difícil acceso, puede ir además de a Puerto Cabezas -de donde creo que no negará salió parte, o gran parte, o toda la expedición de Playa Girón- a Blue Fields y Monkey Point, que creo que se debería llamar Punto Mono, y que no sé por qué extraño accidente histórico, estando en Nicaragua, figura como Monkey Point. Allí podrá encontrar algunos contrarrevolucionarios o revolucionarios cubanos, como ustedes prefieren llamarles, señores representantes de Nicaragua. Los hay de todos los colores. Hay también bastantes whisky, no sé si contrabandeado o si directamente importado. Conocemos de la existencia de esas bases. Y, naturalmente, no vamos a exigir que la OEA investigue si las hay o no. Conocemos la ceguera colectiva de la OEA demasiado bien para pedir tal absurdo.
Se dice que nosotros hemos reconocido tener armas atómicas. No hay tal. Creo que ha sido una pequeña equivocación del representante de Nicaragua. Nosotros solamente hemos defendido el derecho a tener las armas que pudiéramos conseguir para nuestra defensa, y hemos negado el derecho de ningún país a determinar qué tipos de armas vamos a tener.
El representante de Panamá, que ha tenido la gentileza de apodarme Che, como me apoda el pueblo de Cuba, empezó hablando de la Revolución mexicana. La delegación de Cuba hablaba de la masacre norteamericana contra el pueblo de Panamá, y la delegación de Panamá empieza hablando de la Revolución mexicana y siguió en este mismo estilo, sin referirse para nada a la masacre norteamericana por la que el Gobierno de Panamá rompió relaciones con los Estados Unidos. Tal vez en el lenguaje de la política entreguista, esto se llame táctica; en el lenguaje revolucionario, esto, señores, se llama abyección, con todas las letras. Se refirió a la invasión del año 1959. Un grupo de aventureros, encabezados por un barbudo de café, que nunca había estado en la Sierra Maestra y que ahora está en Miami, o en alguna base o en algún lugar, logró entusiasmar a un grupo de muchachos y realizar aquella aventura. Oficiales del Gobierno cubano trabajaron conjuntamente con el Gobierno panameño para liquidar aquello. Es verdad que salieron de puerto cubano, y también es verdad que discutimos en un plano amistoso en aquella oportunidad.
De todas las intervenciones que hay aquí contra la delegación de Cuba, la que parece inexcusable en todo sentido es la intervención de la delegación de Panamá. No tuvimos la menor intención de ofenderla ni de ofender a su Gobierno. Pero también es verdad otra cosa: no tuvimos tampoco la menor intención de defender al Gobierno de Panamá. Queríamos defender al pueblo de Panamá con una denuncia ante las Naciones Unidas, ya que su Gobierno no tiene el valor, no tiene la dignidad de plantear aquí las cosas con su verdadero nombre. No quisimos ofender al Gobierno de Panamá, ni tampoco lo quisimos defender. Para el pueblo de Panamá, nuestro pueblo hermano, va nuestra simpatía y tratamos de defenderlo con nuestra denuncia.
Entre las afirmaciones del representante de Panamá se encuentra una muy interesante. Dice que, a pesar de las bravatas cubanas, todavía está allí la base. En la intervención, que estará fresca en la memoria de los representantes, tiene que reconocerse que hemos denunciado más de 1.300 provocaciones de la base de todo tipo, que van de algunas nimias hasta disparos de armas de fuego. Hemos explicado cómo no queremos caer en provocaciones, porque conocemos las consecuencias que ellas pueden traer para nuestro pueblo; hemos planteado el problemas de la base de Guantánamo en todas las conferencias internacionales y siempre hemos reclamado el derecho del pueblo de Cuba a recobrar esa base por medios pacíficos. No hemos echado nunca bravatas, porque no las echamos, señor representante de Panamá, porque los hombres como nosotros, que están dispuestos a morir, que dirigen un pueblo entero dispuesto a morir por defender su causa, nunca necesitan echar bravatas.
No echamos bravatas en Playa Girón; no echamos bravatas cuando la Crisis de Octubre, cuando todo el pueblo estuvo enfrente del hongo atómico con el cual los norteamericanos amenazan a nuestra Isla, y todo el pueblo marchó a las trincheras, marchó a las fábricas, para aumentar la producción. No hubo un solo paso atrás; no hubo un solo quejido, y miles y miles de hombres que no pertenecían a nuestras milicias entraron voluntariamente a ellas en momentos en que el imperialismo norteamericano amenazaba con echar una bomba o varias bombas atómicas o un ataque atómico sobre Cuba. Ese es nuestro país. Y un país así, cuyos dirigentes y cuyo pueblo -lo puedo decir aquí con la frente muy alta- no tienen el más mínimo miedo a la muerte y conocen bien la responsabilidad de sus actos, nunca echa bravatas. Eso sí: lucha hasta la muerte, señor representante de Panamá, si es necesario, y luchará hasta la muerte, con su Gobierno, todo el pueblo de Cuba si es agredido.
El señor representante de Colombia manifiesta, en todo medido -yo también tengo que cambiar el tono- que hay dos aseveraciones inexactas: una, la invasión yanqui en 1948 a raíz del asesinato de Jorge Eliecer Gaitán; y, por el tono de voz del señor representante de Colombia, se advierte que siente muchísimo aquella muerte: está profundamente apenado.
Nosotros nos referimos, en nuestro discurso, a otra intervención anterior que, tal vez, el señor representante de Colombia olvidó: la intervención norteamericana sobre la segregación de Panamá. Después, manifestó que no hay tropas de liberación en Colombia, porque no hay nada que liberar. En Colombia, donde se habla con tanta naturalidad de la democracia representativa y sólo hay dos partidos políticos que se distribuyen el poder mitad y mitad durante años, de acuerdo con una democracia fantástica, la oligarquía colombiana ha llegado al summum de la democracia, podemos decir. Se divide en liberales y conservadores y en conservadores y liberales; cuatro años uno y cuatro años otros. Nada cambia. Esas son las democracias de elecciones; ésas son las democracias representativas que defiende, probablemente con todo entusiasmo, el señor representante de Colombia, en ese país donde se dice que hay 200.000 o 300.000 muertos a raíz de la guerra civil que incendiara a Colombia después de la muerte de Gaitán. Y, sin embargo, se dice que no hay nada que liberar. No habrá nada que vengar, tampoco; no habrá miles de muertos que vengar; no habrá habido ejércitos masacrando pueblos y no será ese mismo ejército el que masacra el pueblo desde el año 1948. Lo que está ahí lo han cambiado algo, o sus generales son distintos, o sus mandos son distintos u obedecen a otra clase distinta de la que masacró al pueblo durante cuatro años de una larga lucha y lo siguió masacrando intermitentemente durante varios años más. Y se dice que no hay que liberar nada. ¿No recuerda el señor representante de Colombia que en Marquetalia hay fuerzas a las cuales los propios periódicos colombianos han llamado «la República Independiente de Marquetalia» y a uno de cuyos dirigentes se le ha puesto el apodo de Tiro Fijo para tratar de convertirlo en un vulgar bandolero? ¿Y no sabe que allí se hizo una gran operación por parte de 16.000 hombres del ejército colombiano, asesorados por militares norteamericanos, y con la utilización de una serie de elementos, como helicópteros y, probablemente -aunque no puedo asegurarlo- con aviones, también del ejército norteamericano?
Parece que el señor representante de Colombia tiene mala información por estar alejado de su país o su memoria es un poco deficiente. Además, el señor representante de Colombia manifestó con toda soltura que si Cuba hubiera seguido en la órbita de los estados americanos otra cosa sería. Nosotros no sabemos bien a qué se referirá con esto de la órbita; pero órbita tienen los satélites y nosotros no somos satélites. No estamos en ninguna órbita; estamos fuera de órbita. Naturalmente que si hubiéramos hecho aquí un melifluo discurso de algunas cuartillas en un español naturalmente mucho más fino, mucho más sustancioso y adjetivado, y hubiéramos hablado de las bellezas del sistema interamericano y de nuestra defensa firme, inconmovible, del mundo libre dirigido por el centro de la órbita que todos ustedes saben quién es. No necesito nombrarlo.
El señor representante de Venezuela también empleó un tono moderado, aunque enfático. Manifestó que son infames las acusaciones de genocidio y que realmente era increíble que el Gobierno cubano se ocupara de estas cosas de Venezuela existiendo tal represión contra su pueblo. Nosotros tenemos que decir aquí lo que es una verdad conocida, que la hemos expresado siempre ante el mundo: fusilamientos, sí, hemos fusilado; fusilamos y seguiremos fusilando mientras sea necesario. Nuestra lucha es una lucha a muerte. Nosotros sabemos cuál sería el resultado de una batalla perdida y también tienen que saber los gusanos cuál es el resultado de la batalla perdida hoy en Cuba. En esas condiciones nosotros vivimos por la imposición del imperialismo norteamericano. Pero, eso sí: asesinatos no cometemos, como está cometiendo ahora en estos momentos, la policía venezolana que creo recibe el nombre de Digepol, si no estoy mal informado. Esa policía ha cometido una serie de actos de barbarie, de fusilamientos, es decir, asesinatos y después ha tirado los cadáveres en algunos lugares. Esto ha ocurrido contra la persona, por ejemplo, de estudiantes, etcétera.
La prensa libre de Venezuela fue suspendida varias veces en estos últimos tiempos por dar una serie de datos de este tipo. Los aviones militares venezolanos, con la asesoría yanqui, sí, bombardean zonas extensas de campesinos, matan campesinos; sí, crece la rebelión popular en Venezuela, y sí, veremos el resultado después de algún tiempo.
El señor representante de Venezuela está indignado. Yo recuerdo la indignación de los señores representantes de Venezuela cuando la delegación cubana en Punta del Este leyó los informes secretos que los voceros de los Estados Unidos de América tuvieron a bien hacernos llegar en una forma indirecta, naturalmente. En aquel momento leímos ante la asamblea de Punta del Este la opinión que tenían los señores representantes de los Estados Unidos del Gobierno venezolano. Anunciaban algo interesantísimo que -perdonen la inexactitud porque no puedo citar ahora textualmente- podría ser más o menos así: «O esta gente cambia o aquí todos van a ir al paredón.» El paredón es la forma en que se pretende definir la Revolución Cubana; el paredón de fusilamiento.
Los miembros de la embajada norteamericana anunciaban, en documentos irrefutables, que ése era el destino de la oligarquía venezolana si no cambiaba sus métodos, y así se le acusaba de latrocinio y, en fin, se le hacían toda una serie de terribles acusaciones de ese orden.
La delegación venezolana se indignó muchísimo; naturalmente, no se indignó con los Estados Unidos; se indignó con la representación cubana que tuvo a bien leerle las opiniones que los Estados Unidos tenían de su Gobierno y, también de su pueblo. Si, la única respuesta que hubo a todo esto es que el señor Moscoso, que fue quien graciosamente cedió documentos en forma indirecta, fue cambiado de cargo.
Le recordamos esto al señor representante de Venezuela porque las revoluciones no se exportan; las revoluciones actúan y la Revolución venezolana actuará en su momento, y los que no tengan avión listo -como hubo en Cuba- para huir hacia Miami o hacia otros lugares, tendrán que afrontar allí lo que el pueblo venezolano decida. No echen culpas a otros pueblos, a otros gobiernos, de lo que pueda suceder allí. Quiero recomendar al señor representante de Venezuela, que, si tiene interés, lea algunas interesantísimas opiniones sobre lo que es la guerra guerrillera y cómo combatirla, que algunos de los elementos más inteligentes del COPEI han escrito y publicado en la prensa de su país... Verá que no es con bombas y asesinatos como se puede combatir a un pueblo en armas. Precisamente, esto es lo que hace más revolucionarios a los pueblos. Lo conocemos bien. Está mal que a un enemigo declarado le hagamos el favor de mostrarle la estrategia contraguerrillera, pero lo hacemos porque sabemos que su ceguera es tanta que no la seguirá.
Queda el señor Stevenson. Lamentablemente no está aquí presente. Comprendemos perfectamente bien que el señor Stevenson no esté presente.
Hemos escuchado, una vez más, sus declaraciones medulares y serias, dignas de un intelectual de su categoría. Declaraciones iguales, enfáticas, medulares y serias fueron hechas en la primera comisión, el 15 de abril de 1961, durante la sesión 1.149, precisamente, el día en que aviones piratas norteamericanos con insignias cubanas -que salieron de Puerto Cabezas, según creo recordar, de Nicaragua o tal vez de Guatemala, no está bien precisado- bombardearon los aeropuertos cubanos y casi reducen a cero nuestra fuerza aérea. Los aviones, después de realizar su «hazaña» a mansalva, aterrizan en Estados Unidos. Frente a nuestra denuncia el señor Stevenson dice cosas muy interesantes.
Perdóneseme lo largo de esta intervención, pero creo que es digno recordar una vez más las frases medulares de un intelectual tan distinguido como el señor Stevenson, pronunciadas apenas cuatro o cinco días antes de que el señor Kennedy dijera tranquilamente, a la faz del mundo, que asumía toda responsabilidad de los hechos ocurridos en Cuba. Esta es, creo una simple reseña, porque dado el poco tiempo de que disponíamos no hemos podido recolectar actas precisas de cada una de las reuniones. Dicen así:
«Las acusaciones formuladas contra los Estados Unidos por el representante de Cuba, con respecto a los bombardeos, que, según se informa, se han realizado contra los aeropuertos de La Habana y Santiago y sobre el cuartel general de la fuerza aérea cubana en San Antonio de los Baños, son totalmente infundadas.»
Y el señor Stevenson las rechaza categóricamente.
«Como lo declaró el Presidente de los Estados Unidos, las fuerzas armadas de los Estados Unidos no intervendrán en circunstancia alguna en Cuba y los Estados Unidos harán todo lo que sea posible a fin de que ningún norteamericano participe en acción alguna contra Cuba.»
Un año y pico después tuvimos la gentileza de devolverle el cadáver de un piloto que cayó en tierras cubanas. No el del mayor Anderson; otro de aquella época.
«En cuanto a los acontecimientos que según se dice han ocurrido esta mañana y en el día de ayer, los Estados Unidos estudiarán las peticiones de asilo político de conformidad con los procedimientos habituales.»
Le iban a dar asilo político a la gente que ello habían mandado. «Quienes creen en la libertad y buscan asilo contra la tiranía y la opresión encontrarán siempre comprensión y acogida favorable de parte del pueblo norteamericano y del Gobierno de los Estados Unidos.»
Así sigue el señor Stevenson su larga perorata.
Dos días después, desembarcan en Playa Girón las huestes de la Brigada 2506 conocida por su heroísmo seguramente en los anales de la historia de América. Dos días después se rinde la brigada heroica sin perder casi ni un hombre y entonces empieza aquel torneo -que algunos de ustedes habrán conocido- de hombres vestidos con el uniforme de gusanos que tiene el ejército de los Estados Unidos, diciendo que eran cocineros y enfermeros o que habían venido de marineros en aquella expedición.
Fue entonces cuando el presidente Kennedy tuvo un gesto digno. No pretendió mantener una falsa política que nadie creía y dijo claramente que se responsabilizaba de todo aquello que había ocurrido en Cuba. Se responsabilizó, sí; pero la Organización de Estados Americanos no lo responsabilizó ni le exigió responsabilidades de ningún tipo que nosotros recordemos. Fue una responsabilidad ante su propia historia y ante la historia de los Estados Unidos, porque la Organización de Estados Americanos estaba en la órbita. No tenía tiempo de ocuparse de estas cosas.
Agradezco al señor Stevenson su referencia histórica a mi larga vida como comunista y revolucionario que culmina en Cuba. Como siempre, las agencias norteamericanas, no sólo en noticias, sino de espionaje, confunden las cosas. Mi historia de revolucionario es corta y realmente empieza en el Granma y sigue hasta este momento.
No pertenecía al Partido Comunista hasta ahora que estoy en Cuba y podemos proclamar todos ante esta Asamblea el marxismo-leninismo que sigue como teoría de acción la Revolución cubana. Lo importante no son las referencias personales; lo importante es que el señor Stevenson una vez más dice que no hoy violación de las leyes, que los aviones no salen de aquí, como tampoco los barcos, por supuesto; que los ataques piratas surgen de la nada, que todo surge de la nada. Utiliza él la misma voz, la misma seguridad, el mismo acento de intelectual serio y firme que usara en 1961 para sostener, enfáticamente, que aquellos aviones cubanos habían salido de territorio cubano y que se trataba de exilados políticos, antes de ser desmentido. Naturalmente, me explico, una vez más, que el distinguido colega, el señor Stevenson, haya tenido a bien retirarse de esta Asamblea.
Los Estados Unidos pretenden que pueden realizar los vuelos de vigilancia porque los aprobó la Organización de Estados Americanos. ¿Quién es la Organización de los Estados Americanos para aprobar vuelos de vigilancia sobre el territorio de un país? ¿Cuál es el papel que juegan las Naciones Unidas? ¿Para qué está la Organización si nuestro destino va a depender de la órbita, como tan bien ha definido el señor representante de Colombia, de la Organización de Estados Americanos? Esta es una pregunta muy seria y muy importante, que hay que hacer ante esta Asamblea. Porque nosotros, país pequeño, no podemos aceptar, de ninguna manera, el derecho de un país grande a violar nuestro espacio aéreo; muchísimo menos con la pretensión insólita de que sus actos tienen la juridicidad que le da la Organización de Estados Americanos, la que nos expulsó de su seno y con la cual no nos liga vínculo alguno. Son muy serias las afirmaciones del representante de los Estados Unidos.
Quiero decir únicamente dos pequeñas cosas. No pienso ocupar todo el tiempo de la Asamblea en estas réplicas y contrarréplicas.
Dice el señor representante de los Estados Unidos que Cuba echa la culpa de su desastre económico al bloqueo, cuando ése es un problema a consecuencia de la mala administración del Gobierno. Cuando nada de esto había ocurrido, cuando empezaron las primeras leyes nacionales en Cuba, los Estados Unidos comenzaron a tomar acciones económicas represivas tales como la supresión unilateral, sin distinción alguna, de la cuota de azúcar, que tradicionalmente vendíamos al mercado norteamericano. Asimismo, se negaron a refinar el petróleo que habíamos comprado a la Unión Soviética en uso de legítimo derecho y amparados en todas las leyes posibles.
No repetiré la larga historia de las agresiones económicas de los Estados Unidos. Sí diré, que a pesar de esas agresiones, con la ayuda fraterna de los países socialistas, sobre todo de la Unión Soviética, nosotros hemos salido adelante y continuaremos haciéndolo; que aun cuando condenamos el bloqueo económico, él no nos detendrá y, pase lo que pase, seguiremos constituyendo un pequeño dolor de cabeza cuando lleguemos a esta Asamblea o a cualquier otra, para llamar a las cosas por su nombre y a los representantes de los Estados Unidos gendarmes de la represión en el mundo entero.
Por último, sí hubo embargo de medicinas contra Cuba.
Pero sin no es así, nuestro Gobierno en los próximos meses pondrá un pedido de medicinas aquí en los Estados Unidos, y le mandará un telegrama al señor Stevenson, que nuestro representante leerá en la comisión o en el lugar que sea conveniente, para que sepa bien si son o no ciertas las imputaciones que Cuba hace. En todo caso, hasta ahora lo han sido. La última vez que pretendimos comprar medicinas por valor de 1.500.000 dólares, medicinas que no se fabrican en Cuba y que son necesarias únicamente para salvar vidas, el Gobierno norteamericano intervino e impidió esa venta.
Hace poco el Presidente de Bolivia le dijo a nuestros delegados, con lágrimas en los ojos, que tenía que romper con Cuba porque los Estados Unidos lo obligaban a ello. Así, despidieron de La Paz a nuestros delegados.
No puedo afirmar que esa aseveración del Presidente de Bolivia fuera cierta. Lo que sí es cierto, es que nosotros le dijimos que esa transacción con el enemigo no le valdría de nada, porque ya estaba condenado.
El Presidente de Bolivia, con el cual no teníamos ni tenemos ningún vínculo, con cuyo Gobierno no hicimos nada más que mantener las relaciones que se deben mantener con los pueblos de América, ha sido derrocado por un golpe militar. Ahora se ha establecido allí una Junta de Gobierno.
En todo caso, para gente como ésta, que no sabe caer con dignidad, vale la pena recordar lo que le dijo, creo que la madre del último califa de Granada a su hijo, que lloraba al perder la ciudad: «Haces bien en llorar como mujer lo que no supiste defender como hombre.»