jeudi 19 mai 2011

Le Printemps Espagnol serait-il en cours ? Les révoltes arabes ont passé le détroit de Gibraltar!

Alors que les Espagnols subissent durement la crise depuis 2007, des manifestations ont lieu dans tout le pays. Taux de chômage à 20%, surendettement qui poussent des familles à la rue, profits gigantesques des banques et impossibilité de sortir de l'alternance gauche-droite, tout ceci suscite un ras-le-bol général dans la société.

La plaza del sol à Madrid est occupée par des milliers de manifestants, malgré les interdictions. Les médias francophones en parlent dans quelques brèves vite oubliées entre l'affaire DSK ou le bébé de Carla Bruni. Ici Investig'Action reproduit le manifeste de « Democracia Real Ya ! » (La vraie démocratie maintenant). Dimanche, se joueront des élections auxquelles beaucoup d'Espagnols ne croient plus.

Manifeste de « Democracia Real Ya ! »
Nous sommes des per­son­nes cou­ran­tes et ordi­nai­res. Nous sommes comme toi : des gens qui se lèvent tous les matins pour étudier, pour tra­vailler ou pour cher­cher un boulot, des gens qui ont famille et amis. Des gens qui tra­vaillent dur tous les jours pour vivre et donner un futur meill­leur à celles et ceux qui les entou­rent.


Parmi nous, cer­tain-e-s se consi­dè­rent plus pro­gres­sis­tes, d’autres plus conser­va­teurs. Quelques un-e-s croyants, d’autres pas du tout. Quelques unEs ont des idéo­lo­gies très défi­nies, d’autres se consi­dè­rent apo­li­ti­ques. Mais nous sommes tous très préoc­cupé-e-s et indi­gnés par la situa­tion poli­ti­que, économique et social autour de nous. Par la cor­rup­tion des poli­ti­ciens, entre­pre­neurs, ban­quiers,... Par le manque de défense des hommes et femmes de la rue.

Cette situa­tion nous fait du mal quo­ti­dien­ne­ment ; mais, tous ensem­ble, nous pou­vons la ren­ver­ser. Le moment est venu de nous mettre au tra­vail, le moment de bâtir entre tous une societé meilleure. Dans ce but, nous sou­te­nons fer­me­ment les affir­ma­tions sui­van­tes :

 • L’égalité, le progrès, la solidarité, le libre accès a la culture, la développement écologique durable, le bien-être et le bonheur des personnes doivent être les priorités de chaque société avancée.

 • des droits basiques doivent être garantis au sein de ces sociétés : le droit au logement, au travail, à la culture, à la santé, à l’éducation, à la participation, au libre développement personnel et le droit à la consommation des biens nécessaires pour une vie saine et heurese.


 • Le fonctionnement actuel de notre système politique et gouvernemental ne répond pas à ces priorités et il devient un obstacle pour le progrès de l’humanité.


 • La démocratie part du peuple, par conséquent le gouvernement doit appartenir au peuple. Cependant, dans ce pays la plupart de la classe politique ne nous écoute même pas. Ses fonctions devraient être de porter nos voix aux institutions, en facilitant la participation politique des citoyens grâce à des voies directes de démocratie et aussi, procurant le plus de bienfait possible à la majorité de la société, et pas celle de s’enrichir et de prospérer à nos dépens, en suivant les ordres des pouvoirs économique et en s’accrochant au pouvoir grâce à une dictature partitocratique menée par les sigles inamovibles du PPSOE [1].


 • La soif de pouvoir et son accumulation entre les mains de quelques-uns crée inégalités, crispations et injustices, ce qui mène à la violence, que nous refusons. Le modèle économique en vigueur, obsolète et antinaturel, coince le système social dans une spirale, qui se consomme par elle-même, enrichissant une minorité et le reste tombant dans la pauvreté. Jusqu’au malaise.


 • La volonté et le but du système est l’accumulation d’argent, tout en la plaçant au-dessus de l’efficience et le bien-être de la société ; gaspillant nos ressources, détruisant la planète, générant du chômage et des consommateurs malheureux.


 • Nous, citoyens, faisons parti de l’engrenage d’une machine destinée à enrichir cette minorité qui ne connait même pas nos besoins. Nous sommes anonymes, mais, sans nous, rien de cela n’existerait, car nous faisons bouger le monde.



 • Si, en tant que société nous apprenons à ne pas confier notre avenir à une abstraite rentabilité économique qui ne tourne jamais à notre avantage, nous pourrons effacer les abus et les manques que nous endurons tous. Nous avons besoin d’une révolution éthique. On a placé l’argent au-dessus de l’Etre Humain, alors qu’il faut le mettre à notre service. Nous sommes des personnes, pas des produits du marché. Je ne suis pas que ce que j’achète, pourquoi je l’achète ou à qui je l’achète.
 


A la vue de cela, je suis indi­gné/e
Je crois que je peux le chan­ger.
Je crois que je peux aider.
Je sais que, tous ensem­ble, on le peut.
Sors avec nous. C’est ton droit.


Source : Investig’Action

Palestine : Espoir et Vigilance

Les « révolutions » du monde arabe ont atteint la Palestine. La division de la Palestine qui n’a pas d’Etat mais qui a deux gouvernements rivaux a toujours été une grande victoire de l’occupant. Cette division est probablement terminée par le double effet des changements intervenus dans le monde arabe (notamment en Egypte) et de la volonté d’unité du peuple palestinien. Les accords entre le Hamas et le Fatah et l’ouverture de la frontière de Rafah entre l’Egypte et Gaza ouvrent une nouvelle période. Il y a un grand espoir d’obtenir des avancées importantes pour la libération de la Palestine. En même temps, il faut garder en mémoire les raisons des échecs passés (en particulier les accords d’Oslo) et ne pas répéter des stratégies illusoires.

Une longue impasse

La Palestine subit depuis des années des moments terribles. Les accords d’Oslo sont aujourd’hui unanimement dénoncés comme un piège sans issue. La décision de l’OLP de 1988 de reconnaître Israël dans ses frontières de 1949 n’a pas rencontré la volonté des dirigeants israéliens de faire la paix sur la base de ce compromis incroyablement généreux qui supposait « la paix contre les territoires ». Au contraire, la colonisation s’est poursuivie à un rythme soutenu quel que soit le Premier ministre israélien. Cette colonisation économique, humaine et spatiale détruit méthodiquement la Palestine et la pille avec pour but de rendre impossible la création d’un Etat palestinien établi sur les 22% de la Palestine historique occupés depuis 1967.
Oslo a créé l’Autorité palestinienne. Loin d’être l’embryon d’un futur Etat palestinien, celle-ci a eu, dans les textes signés, la fonction essentielle d’assurer la « sécurité de l’occupant ». La division de la Cisjordanie en trois zones aux statuts juridiques très différents (A, B et C) portait déjà en germe l’annexion par Israël d’énormes parties de la Cisjordanie et le refus préalable de revenir aux frontières d’avant 1967.
Malgré la volonté affirmée de tous les gouvernements américains de soutenir inconditionnellement Israël politiquement, économiquement et militairement, l’Autorité Palestinienne a accepté de jouer la carte américaine. Le rapport de force sur la scène internationale ne peut pas justifier une telle décision, tant il est évident que politique américaine tourne le dos au droit et aux revendications légitimes. En tout cas, pour les Palestiniens, le bilan de cette stratégie a été désastreux. Ils ont subi depuis des années humiliations sur humiliations. La situation de la population n’a pas cessé de se dégrader.
L’incroyable impunité d’Israël est une insulte à la justice et au bon sens. Les Palestiniens ont eu les élections les plus démocratiques du monde, événement bien rare dans la région. La population de Gaza a été punie d’avoir « mal » voté. Le blocus de Gaza est un crime de guerre.
L’opération « plomb durci » au cours de laquelle 1400 Palestiniens ont été massacrés est un crime de guerre et certains actes sont des crimes contre l’Humanité comme le montre de façon magistrale le film « Gaza-strophe ». Jusqu’au bout l’Occident a approuvé ces crimes, a maintenu ou amplifié le soutien à Israël et a proclamé que le Hamas était une organisation terroriste qu’il fallait éradiquer.

Ce n’est pas par ignorance que l’Occident soutient inconditionnellement Israël. C’est parce que cet Etat surarmé, à l’avant-garde des technologies de pointe, morceau avancé d’Occident au Proche-Orient dépensant 60% de son PIB à l’armée, c’est l’Etat rêvé pour les dirigeants occidentaux qui ne souhaitent pas un Israël vivant en paix avec les Palestiniens sur la base du droit international. L’Etat d’Israël joue aujourd’hui un rôle-clé pour l’Occident permettant le contrôle du Proche-Orient et des ressources pétrolières.
C’est totalement consciemment que les gouvernements occidentaux, et en particulier celui des Etats-Unis, demandent aux Palestiniens de capituler sur leurs revendications essentielles : Jérusalem, les colonies, le droit au retour des réfugiés…
L’Autorité Palestinienne et même le gouvernement de Gaza ont géré un statu quo sans perspective, issu des accords d’Oslo et n’offrant aucune stratégie pour mettre fin à l’occupation et à la colonisation. De fait, ces deux structures ont contribué ces dernières années à la perpétuation d’une stratégie d’étouffement et de destruction de la société palestinienne.

Le réveil de la société palestinienne
Plusieurs changements fondamentaux sont à l’œuvre : L’émergence en Palestine d’une « société civile » indépendante des partis, l’importance croissante de la solidarité internationale et la situation en Egypte. Il est tout à fait faux de résumer le peuple palestinien à ses deux partis dominants, Fatah et Hamas. La Palestine, c’est une société civile d’une richesse incroyable, des syndicats, des associations de femmes, de producteurs, de résident-e-s des camps, de défense des droits fondamentaux, … En 2005, 172 associations palestiniennes ont appelé au BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) d’Israël. Cet appel insiste sur l’unité de la Palestine que l’occupation a fait éclater en plusieurs entités distinctes (Cisjordanie, Gaza, Jérusalem, Palestiniens ayant la nationalité israélienne, Réfugiés…). Depuis des années, le peuple palestinien manifeste, aussi bien à Ramallah qu’à Gaza contre la désunion. Ces manifestations ont été réprimées par les deux gouvernements.
En décembre 2010, la jeunesse de Gaza a publié un manifeste « Merde à Israël, merde au Hamas, merde au Fatah. Merde à l’ONU et à l’UNRWA. Merde à l’Amérique ! Nous les jeunes de Gaza, on en a marre d’Israël, du Hamas, de l’occupation, des violations permanentes des droits de l’homme et de l’indifférence de la communauté internationale ».

En Cisjordanie, l’Autorité Palestinienne est discréditée et accusée d’être un auxiliaire de l’occupant. Il est significatif que Mahmoud Abbas ait été (avec Nétanyahou) le seul dirigeant à regretter la chute de Moubarak.
L’opinion publique internationale a changé, à la différence des gouvernements. Après l’attaque de l’armée israélienne contre la flottille de l’an dernier et les 9 morts sur le Mavi Marmara, c’est une flottille beaucoup plus importante qui se prépare. Les sommes importantes collectées ou en voie de l’être montrent la popularité de la cause palestinienne et le refus de plus en plus massif face au blocus de Gaza.

Le boycott, la flottille et le mouvement de solidarité écornent sérieusement l’image d’Israël.
Enfin, les révoltes du monde arabe ont eu un grand écho en Palestine. Les deux gouvernements rivaux ont affronté la colère populaire. La chute de Moubarak ouvre une période nouvelle. Bien sûr la question palestinienne n’était pas à l’origine des « révolutions » en cours. Celles-ci ont essentiellement posé les questions de la liberté, du refus des dictatures et de la corruption. Mais historiquement, la question palestinienne est centrale dans le monde arabe. Depuis la guerre de 1967 et à cause de la défaite, un vent de réaction a balayé ces sociétés, les seuls modèles politiques s’imposant étant les monarchies féodales, patriarcales et esclavagistes du Golfe ou les dictatures corrompues à parti unique. Ces régimes arabes inféodés aux Etats-Unis étaient de fait extrêmement hostiles à la cause palestinienne et les dirigeants israéliens ont systématiquement cherché et trouvé des complices chez les dirigeants arabes. Moubarak était le prototype du collabo. Il a fidèlement garanti un blocus hermétique de Gaza. L’ouverture de la frontière entre l’Egypte et Gaza et le rôle joué par les nouveaux dirigeants égyptiens dans l’accord Hamas-Fatah montrent que tout va changer. D’autant que l’accord inclut tous les partis politiques palestiniens.


La stratégie israélienne
Le projet sioniste est vieux de plus d’un siècle et il a toujours su s’adapter à des contextes politiques ou stratégiques très différents. Depuis des années, le fait accompli avance à grande vitesse. L’annexion n’est plus rampante, elle se veut irréversible. Plus de 500000 colons sont installés à Jérusalem-Est et en Cisjordanie. Parmi eux, une extrême droite religieuse millénariste pour qui « Dieu a donné cette terre aux Juifs ». Une majorité de la population israélienne considère qu’Israël est un pays démocratique au milieu d’un océan barbare et qu’à terme, les Palestiniens seront, comme les Amérindiens, marginalisés et incapables de réclamer quoi que ce soit. Pour les Israéliens, l’Etat palestinien existe déjà en Jordanie. Un tel discours colonial et raciste aurait dû rencontrer l’hostilité de la communauté internationale. Au contraire, dans le cadre de la « guerre du bien contre le mal », les dirigeants israéliens ont pu tranquillement poursuivre l’occupation, la colonisation et la destruction de la Palestine. Ils ont tout fait pour ne jamais avoir un « partenaire pour la paix » qui les contraindrait à négocier. Malgré les concessions faites par l’Autorité Palestinienne, ils ont méthodiquement fermé toutes les possibilités d’issue pouvant mettre fin à l’occupation. Il est du coup normal qu’en Israël les révolutions arabes soient considérées comme une « catastrophe pour les Juifs », la réunification palestinienne comme une déclaration de guerre et l’ouverture de la frontière entre l’Egypte et Gaza comme une rupture des accords de paix Begin-Sadate.
Le gouvernement d’extrême droite au pouvoir en Israël va continuer ce qu’il sait faire : il va proclamer que les Palestiniens veulent « jeter les Juifs à la mer » (alors que, comme le montrent des films « Jaffa, la mécanique de l’Orange » d’Eyal Sivan ou « La terre parle arabe » de Maryse Gargour, ce sont les Palestiniens qui ont été jetés à la mer en 1948). Il va expliquer partout que le Hamas est une organisation criminelle et qu’il est légitime de tuer ses militants ou les habitants de Gaza. Or le Hamas a expliqué par la voix d’Ismaël Haniyeh qu’il était prêt à accepter Israël dans les frontières de 1967.
Le gouvernement Nétanyahou va activer ses réseaux de soutien pour essayer de contrer la flottille en préparation. Il va essayer de créer les conditions pour une attaque « préventive » contre l’Iran ou le Sud Liban. Il va affirmer que les révolutions arabes ont un caractère antijuif et intégriste. Déjà, il « coupe les vivres » de l’Autorité palestinienne.


Cette stratégie va échouer. Déjà le BDS a sérieusement écorné l’image d’Israël et il rencontre des succès croissants. Les révolutions tunisienne et égyptienne ont brisé le cercle vicieux qui condamnait ces peuples à subir des dictatures mafieuses censées les protéger de l’intégrisme. La soif de liberté et de dignité de ces peuples est un exemple pour la Palestine. La soumission à l’occupant et aux Etats-Unis n’offrait aucune perspective aux Palestiniens. Aujourd’hui, ils en ont enfin une.

En Israël, les dirigeants ont été pris de cours. Ils n’avaient pas anticipé une évolution aussi rapide. Une partie de l’opinion israélienne, peut-être un tiers (celle qui s’était exprimée après 1982 contre la fuite en avant guerrière), n’a quasiment plus de représentation politique et elle comprend que la politique du gouvernement Nétanyahou a un côté suicidaire. Pour cette partie de l’opinion, il faudrait revenir à la table de négociation.

Quelle paix ?
En Israël, tout le monde « est pour la paix », plus exactement, ils sont pour qu’on leur foute la paix. Une majorité de l’opinion se dit opposée aux colons, mais quand on pose la question du retrait de Maale Adoumim ou d’Ariel, la réponse quasi unanime est non. Ne parlons pas de Jérusalem Est.
L’Autorité Palestinienne envisage de demander la reconnaissance par l’ONU et par une majorité de pays d’un Etat Palestinien. Nétanyahou menace les Palestiniens de guerre si cette reconnaissance a lieu, mais en Israël des voix se font entendre pour accepter cette éventualité.

Que faut-il en penser ? Il faut se saisir de toutes les opportunités, mais ne pas répéter les erreurs tragiques d’Oslo. À Oslo, les Palestiniens ont plié devant le refus israélien de traiter la réalité : le crime fondateur (l’expulsion des Palestiniens de leur pays), l’occupation, la colonisation, l’apartheid que subissent les Palestiniens de 48, le droit au retour des réfugiés décidé par l’ONU en 1949 et jamais mis en œuvre.
Indépendamment de la question de deux Etats séparés (pourquoi un partage 78%-22% quand les deux populations, sans compter les réfugiés, sont en nombre sensiblement égal), demander un Etat palestinien sans évoquer la question des frontières ou des 500000 colons, c’est très dangereux. Les Israéliens ont montré dans le passé toute la dextérité qu’ils avaient pour découper le territoire palestinien en bantoustans non-viables et pour faire porter à la fin la responsabilité de l’échec des négociations aux Palestiniens.
Il n’est pas possible de mettre entre parenthèse la question du sionisme. Depuis un siècle, ce mouvement politique a colonisé la Palestine, a accaparé la terre et les richesses, a programmé et réalisé l’expulsion des Palestiniens ou leur enfermement. Le sionisme repose sur le double mythe de l’exil et du retour des Juifs et sur la volonté affichée de séparer les Juifs du reste du monde. Il prétend les rassembler tous dans un Etat qui se définit « Etat juif », prétend parler au nom de tous les Juifs et discrimine ouvertement les Non-juifs.

Dans le cadre du sionisme, il peut y avoir des stratégies différentes, mais il y a une finalité commune. Avec le sionisme, il n’y a aucun avenir pour les Palestiniens. Et c’est bien parce que l’idéologie sioniste est plus que jamais active que la grande majorité de l’opinion israélienne a approuvé l’invasion du Liban ou le massacre de Gaza et que les Palestiniens n’ont pas de « partenaire pour la paix ».
L’occupant a fait éclater la Palestine. Il n’est pas possible d’imaginer une paix qui oublierait le sort des Palestiniens d’Israël ou qui nierait le droit au retour des réfugiés. En Afrique du Sud, le processus de paix a été rendu possible par la reconnaissance du caractère criminel de l’Apartheid.

S’imaginer qu’un Etat palestinien viable puisse exister au côté d’un Etat surpuissant maintenant des institutions comme le Fonds national juif (le KKL) ou maintenant son caractère d’Etat juif est une illusion dangereuse.
Rappelons-nous qu’Itzhak Rabin lui-même avait installé 60000 nouveaux colons après la signature des accords d’Oslo et avait reculé, après la tuerie du Caveau des Patriarches, en continuant à protéger les colons intégristes d’Hébron. Il en est mort.

La paix sur la base de deux Etats suppose que les 500000 colons de Cisjordanie et de Jérusalem Est accepteront de devenir citoyens palestiniens ou partiront. Poser la question d’un Etat Palestinien, c’est avant tout poser cette question.
Pierre Stambul
Source : Picodent

mercredi 18 mai 2011

VOus les Pauvres....

Vous, les pauvres,
Dites-moi
Si la vie
N'est pas une garce!
          Ah! Dire que       
          Vous êtes les indispensables!...       

          Ouvriers, gens modestes
Pourquoi les gros
Vous étouffent-ils en leur graisse
Malsaine de profiteurs?


          Ouvriers,
Les premiers à la tâche,
Les premiers au combat,
Les premiers au sacrifice,
Et les premiers dans la détresse...


          Ouvriers,
Mes frères au front songeur,
Je voudrais tant
Mettre un juste laurier,


          A vos gloires posthumes
De sacrifiés.
- La grosse machine humaine
A beuglé sur leurs têtes,
Et vente à leurs oreilles
Le soupir gémissant des perclus !...


          Au foyer ingrat
D’une infernale société,
Vous rentrez exténués,
Sans un réconfort


          Pour vos cœurs de « bétail pensif »…
Et vos bras,
Vos bras sains et lourds de sueur,
Vos bras portent le calvaire
De vos existences de renoncement !
Kateb Yacine

samedi 14 mai 2011

Les évènements en Syrie - Quel camp avez-vous choisi ?

Quand l’impérialisme américain s’engage dans une agression contre l’un ou l’autre gouvernement ou mouvement, il est essentiel que les mouvements ouvriers et les mouvements politiques progressistes en faveur du changement puissent collecter le maximum d’informations disponibles et prendre position.

Il est lâche de rester neutre et c’est une trahison à l’égard de sa classe que de se ranger dans le même camp que celui de la pieuvre impérialiste qui cherche à dominer le monde.

C’est le b a ba des mouvements ouvriers depuis un siècle et demi de lutte des classes. C’est la base même du marxisme. Cela se retrouve dans les chants syndicaux qui posent la question : « Which side are you on ? » (De quel côté êtes-vous ?) et chez les organisateurs ouvriers qui ne cessent de répéter « En blesser un, c’est les blesser tous. »
Une explosion sociale ébranle le monde arabe. L’impérialisme américain et tous les anciens régimes qui lui sont liés dans la région tentent désespérément de gérer et de contenir ce soulèvement de masse incessant dans des voies qui ne mettent pas en péril la domination impérialiste sur le Proche et Moyen-Orient.
Les États-Unis et leurs collaborateurs essaient également de diviser et de saper les deux ailes de la résistance – les forces islamiques et les forces nationalistes laïques – qui, ensemble, ont renversé les dictatures soutenues par les États-Unis en Égypte et en Tunisie. On assiste actuellement à un effort américain concerté en vue de dresser ces mêmes forces politiques contre deux régimes de la région qui, dans le passé, se sont opposés à la domination américaine : en Libye et en Syrie.  
Ces derniers pays ont tous deux leurs propres problèmes de développement, lesquels sont exacerbés par la crise capitaliste mondiale en général et par des décennies de compromis qu’on leur a imposés du fait qu’ils tentaient de survivre dans un environnement hostile d’attaques incessantes – politiques et parfois militaires, le tout comprenant également des sanctions économiques.
Les bombardements de la Libye des œuvres des États-Unis et de l’Otan ont clairement montré où en est l’impérialisme vis-à-vis de ce pays. Les exploiteurs transnationaux sont bien décidés à s’emparer totalement des réserves pétrolières les plus riches de l’Afrique et de mettre un terme au flux de milliards de dollars par lequel la Libye contribuait au développement de pays africains beaucoup plus pauvres.
La Syrie est également visée par l’impérialisme – en raison de sa défense héroïque de la résistance palestinienne des décennies durant et de son refus de reconnaître l’occupation sioniste. L’aide de la Syrie au Hezbollah dans sa lutte pour mettre un terme à l’occupation israélienne du Liban et dans son alliance stratégique avec l’Iran ne peut être oubliée non plus.
Même si une grande partie de la situation interne de la Syrie est malaisée à comprendre, il convient de faire remarquer que, dans la lutte qui se déroule actuellement, des déclarations claires de soutien au gouvernement syrien et d’hostilité aux efforts américains de stabilisation ont été prononcées par Hugo Chávez au Venezuela, par le secrétaire général du Hezbollah, Seyyed Hassan Nasrallah, au Liban et par plusieurs dirigeants en exil du Hamas, l’organisation palestinienne élue par les habitants de Gaza. Ces dirigeants politiques ont vécu aux premières loges les campagnes américaines de déstabilisation, qui recouraient à l’invention de mythes par les médias traditionnels, à des groupes d’opposition financés de l’extérieur, à des assassinats bien ciblés, à des opérations spéciales de sabotage et se servaient d’agents bien entraînés travaillant sur Internet.
Du côté de ce qui est censé être « l’opposition démocratique », on trouve des réactionnaires comme le sénateur Joseph Lieberman, président de la puissante Commission sénatoriale pour la sécurité intérieure, qui a lancé un appel pour que les États-Unis bombardent la Syrie, après la Libye. Parmi les partisans déclarés de l’opposition en Syrie, on trouve également James Woolsey, ancien directeur de la CIA et conseiller de la campagne électorale du sénateur John McCain.Wikileaks dénonce le rôle des États-Unis

Un article intitulé « Les États-Unis ont soutenu secrètement les groupes d’opposition syriens » et rédigé par Craig Whitlock (Washington Post, 18 avril) décrivait par le menu les informations contenues dans les câbles diplomatiques américains que Wikileaks avait adressés aux agences d’information du monde entier et publiés sur son site Internet. L’article résume ce que ces câbles du ministère américain des Affaires étrangères révèlent à propos du financement secret des groupes syriens d’opposition politique, y compris la transmission dans le pays d’émissions antigouvernementales et ce, via la télévision par satellite.
L’article décrit les efforts financés par les États-Unis comme faisant partie d’une « campagne de longue haleine visant à renverser le dirigeant autocratique du pays, Bashar al-Assad », qui a fait ses débuts sous le président George W. Bush et a poursuivi sa carrière sous le président Barack Obama, même si ce dernier a prétendu qu’il reconstruisait les relations avec la Syrie et qu’il a installé un ambassadeur en Syrie pour la première fois depuis six ans.
Selon un câble d’avril 2009 signé par le diplomate le plus élevé en grade à Damas à l’époque, les autorités syriennes « considéraient sans aucun doute tout financement de groupes politiques illégaux comme équivalant à appuyer un changement de régime ». L’article du Washington Post décrit plus ou moins en détail les liens entre la chaîne de TV de l’opposition Barada, financée par les États-Unis, et le rôle de Malik al-Abdeh, qui fait partie de son conseil d’administration et diffuse des vidéos de protestation. Al-Abdeh fait également partie de la direction du Mouvement pour la justice et la démocratie, présidé par son propre frère, Anas Al-Abdeh. Les câbles secrets « font état de craintes persistantes, parmi les diplomates américains, que les agents de la sécurité d’État syrienne n’aient découvert que la piste de l’argent remontait jusqu’à Washington ».
  
Le rôle d’Al Jazeera 

Peut-être le défi de la campagne de déstabilisation en Syrie, ainsi que sa dénonciation, sont-ils venus avec la démission de Ghassan Ben Jeddo, le journaliste bien connu des nouvelles émissions de télévision d’Al Jazeera et le responsable de l’agence d’Al Jazeera à Beyrouth. Ben Jeddo a démissionné pour protester contre la partialité d’Al Jazeera, mettant tout spécialement en exergue une « campagne de diffamation contre le gouvernement syrien » qui a transformé la chaîne de TV en « vulgaire organe de propagande ».  

Al Jazeera a couvert favorablement l’incontrôlable soulèvement de masse de millions de personnes en Égypte et en Tunisie. Cependant, cette chaîne d’information par satellite a également fait état par le détail de toute revendication et accusation politique, sans égard pour la façon dont elles pouvaient n’être pas fondées, qui ont été exprimées par l’opposition politique, tant en Syrie qu’en Libye. Al Jazeera est devenue la voix la plus forte de la région – elle est captée par des millions de spectateurs – pour réclamer l’intervention « humanitaire » des États-Unis, des zones d’exclusion de vol et le bombardement de la Libye. Ainsi donc, il est important de bien comprendre la position d’Al Jazeera en tant que société

d’information, et tout particulièrement lorsqu’elle prétend s’exprimer en faveur des opprimés.
Al Jazeera, dont le siège est au Qatar, ne fait jamais état du fait que 94 pour 100 du travail au Qatar est effectué par des immigrés qui n’ont absolument aucun droit et qui survivent dans des conditions proches de l’esclavage. La répression brutale du mouvement de masse dans le royaume à monarchie absolutiste de Bahrein, voisin immédiat du Qatar et actuellement occupé par les troupes saoudiennes, ne reçoit que peu de couverture non plus de la part d’Al Jazeera.
Cette censure est-elle due au fait qu’Al Jazeera TV News a été fondé par le monarque absolu du Qatar, l’émir Sheikh Hamad bin Khalifa Al Thani ?
Il est particulièrement important de faire remarquer qu’Al Jazeera ne mentionne jamais l’énorme base aérienne militaire du Commandement central américain, installé au Qatar précisément. Des drones en mission secrète dans la région décollent régulièrement de cette base. Le Qatar a également envoyé des avions pour participer aux bombardements en Libye des États-Unis et de l’Otan.
Le Qatar travaille en étroite collaboration avec le ministère américain des Affaires étrangères pour appuyer à fond l’intervention des États-Unis dans la région. Le Qatar a été l’un des premiers États arabes, et le premier des États du Golfe, à établir des relations avec israël. Lors des bombardements de Gaza par Israël, en 2009, il a suspendu ces relations mais, depuis, a proposé de les renouer.

Facebook et la contre-révolution 

La CIA et le NED (National Endowment for Democracy – Fondation nationale en faveur de la démocratie) sont devenus des experts dans l’utilisation des barrages des médias sociaux tels que Facebook, Twitter et Youtube pour submerger les gouvernements visés de millions de messages fabriqués, de rumeurs et d’images incontrôlées.  
Les alertes fabriquées sur les luttes et les scissions entre les factions rivales de l’armée syrienne, lesquelles auraient abouti à des démissions, étaient fausses. Par exemple, le général de division al-Rifai (retraité) a nié comme dénuées de fondements les informations par TV satellite prétendant qu’il dirigeait une scission au sein de l’armée. Il a ajouté qu’il était retraité depuis dix ans.
Izzat al-Rashek, du Bureau politique du Hamas, et Ali Baraka, représentant du Hamas au Liban, ont infirmé publiquement des allégations prétendant que la direction de cette organisation palestinienne de résistance quittait Damas pour se réinstaller au Qatar. Ali Baraka a expliqué que c’était un bobard monté par les États-Unis pour exercer des pressions sur Mahmoud Abbas, du Fatah, et entraver la réconciliation palestinienne tout en attisant le conflit entre les mouvements de résistance et la Syrie.
Le gouvernement syrien a accusé des snipers d’avoir tiré sur des manifestations, sur l’armée et sur la police dans l’intention de voir la police ouvrir à son tour le feu sur les manifestants.
Les rumeurs, les messages anonymes sur Internet et les rapports émis par TV satellite dans l’intention d’exacerber les divergences sectaires font partie de la campagne de déstabilisation.
  
Le caractère dual de la Syrie 

Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi l’impérialisme américain et ses pions dans la région, y compris Israël et les monarchies corrompues et dépendantes que sont la Jordanie, le Qatar, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, aimeraient voir un « changement de régime » en Syrie.
La Syrie est l’un des rares pays arabes à n’entretenir aucune relation avec Israël. Plusieurs organisations de résistance palestinienne ont des « bureaux en exil » en Syrie, y compris le Hamas. La Syrie est alliée de façon étroite à l’Iran et au Liban. 
La Syrie aujourd’hui n’est ni un pays socialiste, ni un pays révolutionnaire. Le capitalisme - et l’inégalité qui en résulte - n’y a pas été renversé. Il existe une classe capitaliste, en Syrie : nombreux sont ceux qui, en sont sein, ont bénéficié des « réformes » au cours desquelles des industries anciennement aux mains de l’État ont été vendues à des capitaux privés.
Toutefois, l’État syrien représente des forces contradictoires. Le pays a été un bastion de protection des gains obtenus lors des luttes et soulèvements anticoloniaux des masses arabes dans les années 60 et 70. Au cours de cette période, de nombreux gains sociaux importants ont été réalisés, des industries et ressources majeures ayant appartenu au capital étranger ont été nationalisées et d’importants progrès ont été enregistrés dans la garantie des soins de santé, dans le niveau de vie et l’enseignement.
La Syrie sous le parti socialiste arabe Ba’ath est résolument laïque. Elle a maintenu la liberté religieuse pour tous tout en n’autorisant aucun groupement religieux à dominer l’État ou à être promu par ce dernier.  
Mais le régime syrien a également réprimé sévèrement les efforts des mouvements de masse basés au Liban et en Syrie et qui voulaient poursuivre la lutte. Il a justifié sa répression des mouvements passés en insistant sur sa position précaire à proximité d’Israël, sur l’impact des deux guerres contre Israël, en 1967 et 1973, et sur l’occupation et l’annexion par Israël de l’importante région syrienne que sont les hauteurs du Golan, et ce, depuis 44 ans.  
Les années de sanctions de la part des États-Unis et les efforts de déstabilisation du passé ont également eu un effet cumulatif. L’appareil d’État, craignant depuis longtemps les perpétuelles interventions de l’extérieur, craint désormais le changement.  
Il est essentiel de reconnaître ce caractère dual et de ne pas excuser ni d’ignorer tous les problèmes qui en découlent.  
La Syrie a assumé le fardeau supplémentaire de nourrir et d’héberger plus de 500.000 réfugiés palestiniens et leurs descendants ces 63 dernières années. Les conditions sont meilleures que dans n’importe quel pays avoisinant parce que, contrairement à ce qui se passe au Liban et en Jordanie, les soins de santé, l’éducation et le logement sont accessibles aux Palestiniens vivant en Syrie.
  
L’impact de la guerre en Irak 

L’invasion et la destruction massive par les États-Unis du pays voisin, l’Irak, la discussion entre Bush et Blair d’une semblable agression contre la Syrie en 2003 et les nouvelles sanctions très dures contre la Syrie ont encore accru l’intensité des pressions.  
Mais le facteur le plus destructeur n’a jamais été discuté dans les médias traditionnels : plus de 1.500.000 Irakiens ont afflué en Syrie afin d’échapper à l’occupation américaine de ces huit dernières années.  
Ceci a eu une importante influence sur un pays dont la population était de 18 millions d’habitants en 2006. Selon un rapport sorti en 2007 par le bureau du haut commissaire américain pour les Réfugiés, l’arrivée quotidienne de 2000 Irakiens désespérés a eu un impact extrême sur toutes les facettes de la vie en Syrie, particulièrement sur les services proposés par l’État à tous ses citoyens et à tous les réfugiés. La Syrie a le plus haut niveau de droits civiques et sociaux pour les réfugiés, dans toute la région. D’autres pays des alentours exigent un minimum de solvabilité bancaire et expulsent les réfugiés nécessiteux.  
L’arrivée inattendue de ces réfugiés irakiens a eu un impact dramatique sur les infrastructures, sur les écoles primaires et supérieures à la gratuité garantie, sur les soins de santé gratuits, sur la disponibilité des logements et sur les autres domaines de l’économie. Elle a provoqué une hausse des prix dans toute l’alimentation. Les prix des denrées alimentaires et des biens de première nécessité ont augmenté de 30 pour 100, les prix des propriétés de 40 pour 100 et les prix des loyers de 150 pour 100.  
Les réfugiés irakiens ont également bénéficié de la part de l’État syrien de subsides pour le carburant, la nourriture, l’eau et autres produits essentiels pour tout le monde. Une telle masse de personnes sans emploi a amené une baisse des salaires et a augmenté la concurrence autour des emplois. L’impact du ralentissement économique mondial durant cette période difficile a encore aggravé les problèmes. (Middle East Institute, 10 décembre 2010, rapport sur la Coopération au profit des réfugiés). 
Les États-Unis ont créé la crise des réfugiés, qui a amené le déplacement de plus de 25 pour 100 de la population irakienne en raison des violences sectaires. Pourtant, ils acceptent le nombre le plus bas de réfugiés et ils ont contribué aux frais des secours des Nations unies pour une somme moindre que le coût d’un seul jour de guerre en Irak. Les sanctions américaines contre la Syrie ont encore accru la désorganisation économique du pays.
Tout cela a accru la conscience du gouvernement et du peuple de Syrie à propos des dangers de l’occupation américaine et de la déstabilisation interne et du bain de sang qui pourraient venir de la violence sectaire attisée par les États-Unis.  
Washington prétend être ennuyé à propos de l’instabilité qui règne en Syrie. Mais l’impérialisme américain en tant que système est amené à créer l’instabilité. La domination et le pouvoir débordants de l’armée et des sociétés pétrolières sur l’économique américaine et les énormes profits résultant des contrats militaires renforcent cette motivation à rechercher des solutions militaires.
Chaque déclaration faite par le gouvernement syrien a reconnu l’importance de réaliser des réformes internes tout en maintenant en place l’unité nationale dans un pays extrêmement diversifié présentant des différences historiques sur le plan de la religion, des tribus et des régions, et qui héberge actuellement près de deux millions de réfugiés.
Les diverses nationalités, religions et groupes culturels en Syrie ont absolument le droit de faire partie de ce processus. Mais ce dont ils ont le plus besoin, c’est que soit mis un terme à l’intervention constante et sans relâche des États-Unis.
USA, bas les pattes ! 
Sara Flounders
Source : workers.org
Traduction : JMF / Investig'Action

vendredi 13 mai 2011

La France, boucher raciste de Haïti, du Vietnam, de la Syrie, de l’Algérie est le premier pays à bombarder la Libye

Les armes françaises de haute technologie qui tuent des Libyens par humanisme désintéressé, nous rappellent les massacres français perpétrés de 1954 à 1960 en Algérie, à une distance de seulement quelques kilomètres de l’endroit où les Français tuent depuis samedi dernier.


Le Mirage, ce magnifique avion de combat français aux lignes pures mais à la puissance mortelle qui largue des missiles pour imposer une "zone d’exclusion aérienne" à l’allure inoffensive, rappelle aux Arabes les avions meurtriers utilisés contre la population civile arabe du protectorat français de la Syrie.

Les Français qui bombardent fièrement "par mesure de protection" l’Afrique du Nord qu’ils ont jadis possédée et exploitée, nous rappellent le triple génocide en Indochine française. Le premier pendant l’occupation brutale et raciste du Vietnam, du Laos et du Cambodge ; le second quand l’armée coloniale de Vichy qui gérait les colonies de l’armée impériale japonaise a prêté son concours à la confiscation du riz pour l’exporter au Japon laissant un million de Vietnamiens mourir de faim ; le troisième, quand les troupes françaises, arrivées au Vietnam sur des navires étasuniens presque tout de suite après les joyeuses célébrations de la libération de l’occupation nazie dans les rues Paris, ont passé huit ans à assassiner des Vietnamiens.

On peut aussi se rendre compte du manque d’humanité passé de la France si on se rappelle la triste histoire des cinq génocides français perpétrés en Haïti. Le premier en réduisant les Africains à l’esclavage ; le second en les faisant travailler jusqu’à ce que mort s’ensuive en Haïti pour enrichir la France ; le troisième, en réprimant la rébellion des esclaves d’Haïti ; le quatrième en exigeant de Haïti des réparations financières qui ont coûté beaucoup de vies ; et le cinquième, en refusant de rendre à Haïti les sommes exorbitantes qui leur ont été extorquées alors que le pays a été détruit par un tremblement de terre, et souffre de la pauvreté, de l’exploitation des USA et de l’occupation étrangère.

La France opportuniste, CNN et la CIA ont encouragé et soutenu la rébellion de l’est de la Libye qui, jusqu’en 1951, a eu une histoire séparée sous le nom de Cyrénaïque* et la France a amené d’autres parangons d’hégémonie politique vertueuse à brandir la démocratie comme étant le droit légitime de ceux qui se rebellent en Libye.

Mais la démocratie, et ce qui est plus important encore, la liberté, a été pendant des siècles refusée à la population non blanche du globe.

Les milliards d’être humains qui ne sont pas blancs, qui étaient autrefois occupés par un pouvoir colonial et sont aujourd’hui encore exploités par des puissances néocoloniales, se souviennent que les Français et les Anglais, tout en pratiquant orgueilleusement la démocratie parlementaire chez eux, refusaient à la pointe du fusil toute espèce de démocratie et de liberté aux millions de sujets qu’ils colonisaient.

Pour quasiment toute la planète, il est évident que ce sont les dépôts de pétrole de la Libye qui ont besoin d’être libérés du contrôle africain. Libérer l’Afrique de ses richesses, voilà ce qui a toujours motivé l’intervention armée des nations industrialisées et déshumanisées.

Contrôler leurs propre richesse pétrolifères a permis aux Libyens et à leurs voisins algériens, de jouir du plus haut niveau de vie de l’Afrique (L’Afrique du Sud est plus riche mais les inégalités sont plus grandes).

Il n’y a pas grand monde que la France et les autres puissance néocoloniales actuelles (qui se trouvent toutes être blanches) parviennent à tromper aujourd’hui.

C’est le pétrole libyen qu’il faut libérer -libérer du contrôle africain. Et les objectifs humanitaires ne sont que le prétexte à cette "libération".

Note :
En 1934, l’Italie a adopté le nom "Libye" (utilisé par les anciens Grecs pour toute l’Afrique du nord sauf l’Egypte) pour ses colonies de la Cyrénaïque italienne et de la Tripolitaine italienne, les deux ayant été dirigées par des gouverneurs italiens différents. L’Italie avait pris les deux aux Turcs ottomans en 1911. De 1943 à 1951, la Tripolitaine et la Cyrénaïque ont été administrées par les Britanniques pendant que les Français contrôlaient Fezzan et les USA détenaient la grande base aérienne de Wheelus.

* Jay Janson a passé huit ans comme chef d’orchestre assistant de l’orchestre symphonique du Vietnam à Hanoi et a fait des tournées dans le pays, y compris avec Dan Tai-son qui répétait dans un abri anti-bombes.
L’orchestre a été fondé par Ho Chi Minh et il a donné la plupart de ses concerts à l’Opéra qui est une copie de l’Opéra de Paris en plus petit. En 1945 notre allié Ho, flanqué d’un major étasunien et d’un colonel anglais, a déclaré l’indépendance du Vietnam d’un balcon qui dominait la grande place. Tout le monde dans l’orchestre a perdu un membre de sa famille "tué par les américains" comme ils disent sobrement suivant l’habitude bouddhiste de ne pas porter d’accusation.

  
Source : Info-Palestine

Maghreb et Proche-Orient : de la révolte à la Révolution !

Au Maghreb et au Moyen-Orient les mobilisations populaires contestant l’ordre établi se poursuivent et la marée montante bouscule progressivement les différents pouvoirs en place sous son flot. Le monde change sous nos yeux : et d’une façon qu’aucun aurait prédit il y a seulement 6 mois.
Partie de la Tunisie, la révolte a gagné l’Egypte (les deux chefs de ces Etats sont tombés) : elle gagne progressivement l’Algérie, la Lybie, le Maroc, la Mauritanie, Djibouti, jusqu’au Proche-Orient et au Moyen-Orient pour toucher désormais le Bahreïn, la Jordanie, le Yémen. Ces mobilisations se consolident dans leur capacité de « questionnement » des systèmes étatiques au service des classes dominantes, elles-mêmes outils des grandes puissances impérialistes. Le départ des dictateurs en Tunisie et en Egypte n’a pas fait disparaître la contestation et les révoltes ; les grèves interrogent désormais les « systèmes », les pouvoirs d’état, etc. Ces aspects communs à tous les processus en cours ne doivent pas masquer des situations qui restent à chaque fois spécifiques. L’ampleur et les acquis des mouvements populaires restent non seulement incertains pour le moment, mais aussi hétérogènes en fonction des pays. L’histoire continue de se dessiner sous nos yeux au grès des rapports de forces et des complexités multiples en jeu dans chaque contexte national particulier, lui-même inscrit dans un cadre géopolitique international spécifique.
Analyser, distinguer les éléments, pour comprendre les raisons et les conséquences de ces révoltes
La distance aux faits est encore courte mais quelques observations peuvent néanmoins être dégagées. Si nous voulons les comprendre nous devons particulièrement distinguer les éléments déclencheurs, des causes et des révélateurs.
L’élément symbolique déclencheur des révoltes en Tunisie a été l’immolation par le feu le 17 décembre 2010 de Mohamed (Tarek) El Bouazizi à Sidi Bouzid. Travailleur diplômé mais précaire, âgé de 26 ans, il était marchant ambulant, et s’est immolé pour protester contre les humiliations et les violences policières quotidiennes, sa condition de pauvreté intenable et la surdité de plomb du régime face à la vie indigne du peuple tunisien. Cet acte a été l’étincelle qui a rallumé les braises brûlantes d’une situation prête à l’explosion sociale. En effet, les causes des révoltes préexistaient à cette étincelle. L’Afrique du Nord, comme l’Afrique Noire, Le Proche-Orient et bien d’autres pays dans le monde sont au bord de l’implosion et de l’explosion depuis de nombreuse années : le système capitaliste mondialisé y impose la nature politique et économique des régimes, les conditions d’existence déshumanisées pour le plus grand nombre (pauvreté, chômage, précarité, absence de perspective), absence de démocratie et de liberté, dépendance à l’impérialisme occidental (Européen et Etats-unien), bourgeoisies nationales compradores « vendues » à leurs intérêts et aux plus offrants. L’insoutenable caractérise la situation sociale de tous ces pays en révolte. Si l’immolation du jeune Bouazizi est le déclencheur, ce qui est révélé au travers de ces révoltes c’est la nature de notre monde : un monde inégal où la course au profit des différents impérialismes produit guerres, famines et misères.
Cette situation sociale inhumaine est en place depuis le tournant libéral mondial de la décennie 80, conséquence de l’offensive impérialiste après la chute des pays dit de « l’Est » et avec elle de la disparition des équilibres issus de la seconde guerre mondiale. Elle s’est encore brusquement aggravée avec la « crise mondiale » de ces deux dernières années. Si cette crise a signifié dans les pays capitalistes du Nord une aggravation de la pauvreté des classes populaires, elle a signifié pour les pays du Sud, capitalistes et dépendants, la misère à grande échelle et dans certains d’entre eux la perspective de la famine à court terme. Une des raisons de la cécité devant ces révoltes qui mûrissaient progressivement est le regard occidentalo-centré sur la crise, mais aussi le recul de la vision mondialisée des processus économiques et politiques, l’oubli que le capitalisme a unifié la planète tout en la structurant de manière inégale, et en conséquence l’abandon des perspectives internationalistes.
Que nous révèle dès lors la situation : d’une part que les peuples sont saignés depuis des années par les politiques nationales (choix des gouvernants) et internationales (FMI, Banque mondial, Union européenne, Françafrique, etc.), qui produisent leur existences quotidiennes limitées à la survie. Ensuite, que la dite « crise financière » internationale a été analysée à tort de manière occidentalo-centrée. Parce que les mouvements sociaux de révoltes sont des conséquences, par « effet domino », économiques et sociales de cette crise.
Dans un tel contexte, il convient de caractériser ces processus révolutionnaires en partant des intérêts matériels qui s’affrontent et des classes sociales que représentent ces intérêts. Plusieurs caractérisations ont été mises en avant par les médias dominants pour détourner de la conscientisation des enjeux réels. Elles ont en premier lieu été présentées comme de simples émeutes de la faim, comme les pays du Sud ont en connu depuis plusieurs décennies. Il y a bien sûr des causes économiques immédiates aux révoltes, liées à l’augmentation des prix de premières nécessités mais ces causes immédiates n’ont été que le dernier changement quantitatif qui a suscité un saut qualitatif dans les comportements et les consciences. En témoigne la nature politique des revendications : le départ des dictateurs et de leurs régimes. Si les révoltes ont une base économique, elles ne se réduisent pas à des « émeutes de la faim ».
La seconde caractérisation proposée par les médias dominants est exactement inverse. Les révoltes populaires ne seraient issues que d’une aspiration abstraite à la démocratie. Il s’agit ici de nier la base économique des révoltes dans l’espoir de changer de pions au sommet de l’état, pour que la calme revienne. On a ainsi mis en avant le rôle des couches moyennes pour sous-estimer celui des masses populaires ouvrières et paysannes, en emploi ou au chômage ; on a glosé sur le rôle de facebook, etc. En réalité il ne s’agit pas de révoltes pour la liberté. Si les révoltes ont mis en avant la question des droits démocratiques c’est parce que ceux-ci sont objectivement nécessaires (que les révoltés en aient conscience ou pas ne change pas la situation), tout comme ils sont indispensables pour mener les combats pour la défense des intérêts populaires. En témoigne la vague de grèves qui a suivit le départ de Moubarak. Il n’y a pas d’un côté le combat pour la liberté (droits démocratiques) et de l’autre celui pour l’égalité (revendications économiques) mais un seul processus dans lequel les droits démocratiques permettent de mener la lutte pour les revendications économiques d’une part et dans lequel ces revendications économiques renforcent le combat démocratique, d’autre part. Ni simple émeute de la faim, ni simple combat pour la liberté, ces révoltes sont des processus révolutionnaires justement parce qu’il y a articulation de l’infrastructure[1] et de la superstructure[2] dans les mouvements en cours.
Au-delà, si les acquis des processus révolutionnaires tunisien et égyptien, sont fragiles, s’est effectivement parce que rien n’est joué. Les forces en présence s’affrontent pour définir la suite. Le 11 février 2011 les tunisiens ont dû mettre en place un Congrès (comité) National de Sauvegarde de la Révolution. Hier est tombé, mais demain n’est pas encore dessiné. Des têtes sont tombées, mais les « systèmes » n’ont pas encore été changés. Aujourd’hui, rien ne garanti que les aspirations populaires vont pouvoir être confirmées à travers la mise en place de nouveaux systèmes politiques, sociaux et économiques. L’inverse reste également possible.
C’est justement pour cela qu’il n’est pas juste de parler de « révolution ». Dans une approche matérialiste une révolution se caractérise par un changement des rapports de production ce qui est loin d’être encore acquis. Une révolution c’est le passage d’un seuil qualitatif qui change durablement les structures et non seulement l’apparence. Cela n’enlève rien à l’importance des processus en cours. En témoigne la peur qui a saisie les grandes puissances impérialistes et leurs frénésies pour « accompagner le changement », c'est-à-dire le stopper et le contenir. Mais au-delà d’autres acquis doivent également être mis en évidence : le « redémarrage » en avant de l’histoire[3] !!

Le retour des peuples sur la scène de l’histoire… et des révolutions sur le devant de la scène.
Au moment de la chute du mur de Berlin et de l’URSS, les néo-libéraux (socio-libéraux et conservateurs) avaient proclamé la « fin de l’histoire », c'est-à-dire la victoire du capitalisme à l’échelle planétaire et les disparitions des hypothèses communistes. Pendant 20 ans, les peuples avaient été écartés de la scène historique et politique. Les « démocraties » et les dictatures célébraient ensemble la victoire du capitalisme à l’échelle planétaire. Les révoltes actuelles réaffirment pourtant que les peuples ne sont pas morts, qu’ils ne sont pas faibles, mais qu’ils ont été sans doute affaiblis, mais surtout invisibilisés et niés. Les peuples reprennent leur place d’acteur politique. Les premiers signes de cette marche en avant ont d’abord été perceptibles en Amérique Latine avec les processus révolutionnaires engagés au Venezuela, en Equateur, en Bolivie, tout en s’appuyant sur l’expérience Cubaine. Les révoltes du Maghreb et du Machrek[4] sont un élargissement du périmètre de ce mouvement historique. Au minimum il s’agit de la fin d’une période de reflux, les chapitres des défaites sont ainsi achevés, cassés et dépassés. Toutefois il ne faut pas nous laisser emporter par l’enthousiasme et risquer de déformer la réalité en prenant nos désirs pour celle-ci : les chapitres des victoires populaires ne sont ni assurés, ni encore écrits, l’essentiel reste à faire de ce point de vue.
Mais là encore les peuples en révolte là-bas nous donnent une leçon par la manière dont ils construisent réalistement ce processus révolutionnaire, sans demander l’impossible : ils s’assurent d’abord de créer les conditions en mettant en avant des revendications de changements démocratiques des systèmes étatiques et donc de libre expression, d’accès aux médias et l’expression du peuple. Cela passe par la reconnaissance des partis d’opposition, qui s’est traduite par exemple en Tunisie par la récente autorisation du Parti Communiste Tunisien (PCOT). En même temps que des revendications de changements des conditions de vie quotidienne et d’abord d’accès et de partage des richesses nationales (les fruits du tourisme, du pétrole ou des autres ressources), ou encore des revendications visant à redéfinir au service de qui sont l’état et l’économie ?
Par contre, il faut également savoir maîtriser son enthousiasme et encore une fois ne pas prendre ses désirs pour des réalités en faisant remarquer qu’il s’agit moins de « révolutions » auxquelles nous assistons que de processus révolutionnaires qui sont à l’œuvre. L’histoire nous dira ultérieurement si ce sont effectivement des révolutions, et ce parce que si deux têtes sont tombés, et que peut être d’autres tomberont, les systèmes ne sont pas encore pour autant remplacés. Parce que comme nous l’avons dit une révolution se caractérise par les changements des rapports de production et les rapports de force entre classes dominantes et classes dominées. Et donc que pour le moment, rien ne permet de dire qu’il s’agisse de révolutions, ce sont encore les classes dominantes qui se battent pour savoir qui va prendre la place des anciens dirigeants.
Nous avons dit précédemment que ces révoltes ne sont pas tombées du ciel, ni ne sont issues de ce qui en a été le déclencheur (en Tunisie, l’immolation de Mohamed El Bouazizi). Si ce ne sont pas des émeutes de la faim ce ne sont pas plus des révoltes spontanées, telles que les qualifient beaucoup de commentateurs. Si elles présentent un caractère de spontanéité, ou plutôt d’imprévu, elles n’ont rien qui relèverait d’une génération spontané, venue de « nulle part ». Des conditions économiques, sociales, et politiques étaient réunies qui en sont les racines profondes. Si aucune organisation n’a structuré, préparé, coordonné ces révoltes et mobilisations, c’est en cela qu’il y donc, dans une certaine mesure un caractère spontanée, non planifié. Pour autant cela n’était pas spontané dans le sens où ces mobilisations ont été précédées par une accumulation de faits (nombre, régularité, radicalité, secteur de la société en lutte) relevant du mécontentement, du ras-le-bol, du rejet, etc., mais aussi de grèves, de manifestations, de formes diverses de protestations. Ces faits se sont cumulés quantitativement et se sont traduits par des changements qualitatifs progressifs et aujourd’hui par un basculement qualitatif majeur.

Contre-offensive et organisation des classes dominantes
Au-delà, la situation actuelle ne peut être comprise sans intégrer à l’analyse le jeu des contradictions entre les grandes puissances impérialistes pour la redéfinition des « chasses gardés » et des zones d’influence. La fin des équilibres issus de la seconde guerre mondiale a signifié le retour à la logique pure du système impérialiste. Il n’y a désormais plus de « peur du rouge » pour contraindre cette logique pure. Concrètement cela se traduit entre autre par une aggravation de la lutte entre grandes puissances impérialistes pour le partage du monde et de ses richesses. L’impérialisme français hérite de son passé colonial une place particulière dans les pays en révolte. Il est considérablement affaibli aujourd’hui. L’impérialisme américain ne pouvait pas ne pas tenter de « tirer les marrons du feu » de cet affaiblissement d’un concurrent et derrière lui du bloc impérialiste auquel la France appartient, l’Europe impérialiste.
Aucun de ces deux blocs n’est donc inactif. Si la « diplomatie française » est officiellement silencieuse elle n’en est pas moins active pour maintenir ses intérêts stratégiques en Afrique. Si la « diplomatie américaine » et Obama sont bavards pour dénoncer la répression et inviter au « changement » ce n’est pas par progressisme, mais par intérêt. L’appareil américain et l’OTAN se prépare déjà à d’éventuelles interventions armées à commencer par la Lybie. N’oublions pas que ce n’est pas la première fois que l’impérialisme américain brandit le drapeau du soutien à « l’autodétermination » pour faire avancer ses pions contre ses concurrents et toujours au détriment des peuples. Après la seconde guerre mondiale cette stratégie a été employée pour tenter de profiter des luttes d’indépendance nationale. Plus récemment c’est le même discours idéologique qui a été utilisé pour démembrer la Yougoslavie et disloquer l’URSS. Les peuples n’ont bien sûr rien gagné à cette « libération » et pseudo « autodétermination ».
Il y a bien risque de récupération. Mais si la récupération est possible c’est aussi parce qu’il y a quelque chose à récupérer : récupérer et également à contenir. La question égyptienne est cruciale de ce point de vue. Sa proximité de l’Etat d’Israël fait de ce pays hier comme aujourd’hui un élément central. Quelles vont être alors les options des Etats-Unis et de l’Europe ? L’usage de pantins socio-démocrates (El Baradeï, etc.) à la solde de l’occident mais au visage progressiste, restant dans le cadre stricte de pensée du capitalisme mondial ? Le soutien aux intégristes « modérés » pour calmer les velléités d’émancipation trop étendue de ces peuples ? Il nous semble qu’il faut répondre « les deux » : dans une scène politique binaire empêchant les masses populaires de construire leur propre chemin.
La situation algérienne est à cet égard elle aussi éclairante. Rappelons-nous, les révoltes actuelles ressemblent fortement à ce qu’a connu l’Algérie en 1988 : une véritable révolte populaire noyée dans le sang et récupérée par l’organisation d’une terreur à grande échelle. Nous savons aujourd’hui quel a été le rôle des Etats-Unis d’abord puis de l’Europe ensuite dans l’émergence de groupes comme le GIA instrumentalisant l’Islam à des fins politiques et économiques ultralibérales. De l’Afghanistan à l’Algérie ces groupes ont été des alibis en or pour déclencher des guerres pour le pétrole (Afghanistan, Irak) ou privatiser en masse (Algérie). En Algérie ce sont des centaines d’entreprises publiques qui ont été ainsi sacrifiées pendant que les travailleurs étaient dans la difficulté de se protéger de la mort immédiate. Car au-delà de l’affrontement entre état et groupes armés, un point central d’accord subsiste entre eux : l’ultralibéralisme. Au final les deux adversaires ont finit d’ailleurs par s’entendre dans une « réconciliation » sur la base du libéralisme économique. Le tout s’est soldé par plusieurs dizaines de milliers de morts, un bilan qui forcément joue de tout son poids dans la prudence à se lancer à nouveau dans une révolte, au sein du peuple algérien.
Cela ne veut pas dire que l’Algérie sera préservée d’une nouvelle révolte mais que les conditions à réunir pour celles-ci sont plus complexes mais aussi plus fortes. En particulier la question de l’alternative économique et des revendications sociales sera un incontournable pour que s’enclenche un mouvement populaire massif. C’est d’ailleurs un des points de faiblesse des manifestations actuelles dont les organisateurs refusent d’inclure dans les revendications celles qui relèvent des intérêts matériels des masses populaires. Le peuple algérien observe ces manifestations sans y participer parce qu’il ne s’y reconnaît pas en dépit de sa colère contre le régime et la classe dominante qu’il représente.
Aujourd’hui, ici comme ailleurs les puissants tentent une nouvelle fois la carte de l’épouvantail des intégristes et du chaos. Pour le moment, cet épouvantail, cheval de Troie habituel de l’impérialisme occidental, semble ne pas fonctionner. Les intégristes sont isolés par les peuples. Au Maroc, en Algérie et ailleurs la crainte de vivre (ou revivre) ce que l’Algérie a connu dans la décennie noire des années 1990 est ancrée dans les esprits.
Si le processus révolutionnaire a été confisqué dans les années 1990 en Algérie, on peut se demander s’il le sera aujourd’hui pour la Tunisie et l’Egypte ou pour l’Algérie et le Maroc, si ces pays s’engagent plus avant dans la contestation des pouvoirs et des systèmes en place. Encore une fois les peuples « feront leur propre histoire, mais ils ne le feront pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux »[5]


[1] L’infrastructure est composée des forces productives (outils de production, forces de travail des hommes et des femmes, savoirs et techniques en vigueur, organisation du travail), et des rapports sociaux de production (rapports de pouvoir, d’inégalités et de domination entre classes sociales possédant les moyens de production et les classes sociales devant vendre leur force de travail).
[2] La superstructure renvoie aux formes politiques, institutionnelles et aux lois, aux idées et aux valeurs, aux idéologies, à la morale, et aux religions, etc.
[3] On fait bien entendu référence ici à la théorie de la fin de l’histoire qui pour nous n’a jamais existé et est une mystification idéologique.
[4] Le Machrek (ou Machreq, Mashreq ; en arabe : مشرق) désigne l'Orient arabe.
[5] K. Marx, Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, 1852.  

Libye : Nous refait-on le coup du Kosova ?

Moins de 12 ans après que l’OTAN ait mis la Yougoslavie en pièce sous les bombes, et détaché la province du Kosovo de la Serbie, il y a des signes que l’alliance militaire se prépare pour une autre petite « guerre humanitaire » victorieuse, cette fois contre la Libye. Les différences sont, bien entendu, énormes. Mais penchons-nous sur quelques-unes des similitudes troublantes.

Un chef de file diabolisé
En tant que "nouvel Hitler", l’homme que vous adorez détester et avez besoin de détruire, Slobodan Milosevic était en 1999 un néophyte par rapport à Mouammar Kadhafi aujourd’hui. Les médias avaient eu moins d’une décennie pour transformer Milosevic en un monstre, alors qu’avec Kadhafi, ils ont disposé de plusieurs décennies. Et Kadhafi est plus exotique, parle moins l’anglais et se présente devant le public dans des tenues qui pourraient avoir été créées par John Galliano (un autre monstre récemment démasqué). Cet aspect exotique suscite les moqueries et mépris ancestraux envers les cultures inférieures avec lesquels l’Occident a gagné sa place victorieuse, avec lesquels l’Afrique a été colonisée, et avec lesquels le Palais d’Eté de Beijing a été ravagé par les soldats occidentaux se battant pour rendre le monde sûr pour la dépendance à l’opium.

Le choeur des « nous devons faire quelque chose »
Comme avec le Kosovo, la crise en Libye est perçue par les faucons comme une opportunité pour affirmer la puissance. L’inénarable John Yoo, le conseiller juridique qui a coaché l’administration Bush II dans les avantages de la torture des prisonniers, a utilisé le Wall Street Journal pour conseiller à l’administration Obama d’ignorer la Charte des Nations Unies et de sauter dans la mêlée libyenne. « En mettant de côté les règles archaïques de l’ONU, les États-Unis peuvent sauver des vies, améliorer le bien-être global, et, en même temps, servir ses propres intérêts nationaux » a proclamé J.Yoo. Et un autre théoricien de l’impérialisme humanitaire, Geoffrey Robertson, a déclaré à The Independent que, malgré les apparences, violer le droit international est légal.

Le spectre des « crimes contre l’humanité » et du « génocide » est évoqué pour justifier la guerre
Comme avec le Kosovo, un conflit interne entre un gouvernement et des rebelles armés est présenté comme une « crise humanitaire » dans lequel un seul côté, le gouvernement, est supposé être « criminel ». Cette criminalisation a priori est exprimée en faisant appel à un organe judiciaire international pour examiner les crimes qui sont supposés avoir été commis, ou être sur le point d’être commis. Dans son éditorial, Geoffrey Robertson rend clair comme du cristal la manière dont la Cour pénale internationale est utilisée pour préparer le terrain à une intervention militaire éventuelle. La CPI peut être utilisé par l’Occident pour contourner le risque d’un veto du Conseil de sécurité à une action militaire, explique-t’il :
"Dans le cas de la Libye, le Conseil a au moins à un important précédent en endossant à l’unanimité une référence à la Cour pénale internationale. [...] Alors, qu’advient-il si les inculpés lybiens non-arrêtés aggravent leurs crimes - par exemple en pendant ou en fusillant de sang-froid leurs adversaires, des témoins potentiels, des civils, des journalistes ou des prisonniers de guerre ? [Notons que jusqu’à présent il n’y a pas d’"inculpés", et aucune preuve des "crimes" que ces inculpés pourraient "aggraver" de diverses façons imaginaires. Mais Robertson est désireux de trouver un moyen pour l’OTAN de "relever le gant", si le Conseil de sécurité décide de ne rien faire.]
"Les imperfections du Conseil de sécurité exigent la reconnaissance d’un droit limité, sans son mandat, pour une alliance comme l’OTAN d’utiliser la force pour empêcher la perpétration de crimes contre l’humanité. Ce droit se pose une fois que le Conseil a identifié une situation comme une menace à la paix mondiale (et c’est ainsi qu’il a identifié la Libye, en la déferrant, à l’unanimité, au procureur de la CPI). " 
Donc déferrer un pays au procureur de la CPI peut être un prétexte pour mener une guerre contre ce pays ! Soit dit en passant, la compétence de la CPI est censée s’appliquer aux Etats qui ont ratifié le traité l’instituant, ce qui, si je ne m’abuse, n’est pas le cas de la Libye - ni des États-Unis. Une grande différence, cependant, c’est que les États-Unis a été en mesure de convaincre, d’intimider ou de corrompre de nombreux Etats signataires afin qu’ils acceptent des accords selon lesquels jamais, en aucune circonstance, ils n’envoyeront aucun contrevenant américain à la CPI. C’est un privilège refusé à Kadhafi.
Robertson, membre du conseil de justice des Nations Unies, conclut que : « Le devoir d’arrêter un massacre d’innocents, comme étant le mieux que nous pouvons faire s’ils implorent notre aide, a "cristallisé" le fait que faire usage de la force par l’OTAN est non seulement "légitime", mais "légal". »

L’idiotie de gauche
Il ya douze ans, la plus grande partie de la gauche européenne a soutenu "la guerre du Kosovo" qui a mis l’OTAN sur le chemin sans fin qu’elle poursuit aujourd’hui en Afghanistan. N’ayant rien appris, beaucoup semblent prêts à une répétition. Une coalition de partis qui se fait appeler la Gauche Européenne a publié une déclaration « condamnant fermement la répression perpétrée par le régime criminel du colonel Kadhafi » et exhortant l’Union européenne à « condamner l’usage de la force et à agir rapidement pour protéger les personnes qui manifestent pacifiquement et luttent pour leur liberté ». Dans la mesure où l’opposition à Kadhafi n’est pas exactement en train de « manifester pacifiquement », mais a en partie pris les armes, cela revient à condamner l’usage de la force par certains et pas par d’autres - mais il est peu probable que les politiciens qui ont rédigé cette déclaration réalisent même ce qu’ils disent.
La vision bornée de la gauche est illustrée par la déclaration d’un document trotskyste selon laquelle : « De tous les crimes de Kadhafi, celui qui est sans doute la plus grave et le moins connu est sa complicité avec la politique migratoire de l’UE ... » Pour l’extrême gauche, le plus grand péché de Kadhafi est de coopérer avec l’Occident, de même que l’Occident doit être condamné pour avoir coopéré avec Kadhafi. C’est une gauche qui complète utilement le cortège pour la guerre".

Les réfugiés
La masse des réfugiés fuyant le Kosovo alors que l’OTAN commençait sa campagne de bombardement a été utilisée pour justifier ces bombardements, sans enquête indépendante sur les diverses causes de cet exode temporaire - une cause principale étant probablement les bombardemernts mêmes. Aujourd’hui, à la manière dont les médias rapportent sur le grand nombre de réfugiés qui quittent la Libye depuis que les troubles ont commencé, le public pourrait avoir l’impression qu’ils fuient la persécution faite par Kadhafi. Comme c’est souvent le cas, les médias se concentrent sur l’image superficielle sans rechercher des explications. Un peu de réflexion peut combler le déficit d’information. Il est très peu probable que Kadhafi chasse les travailleurs étrangers que son gouvernement a amené en Libye pour réaliser des projets d’infrastructure importants. Au contraire, il est assez clair que certains des rebelles « démocratiques » ont attaqué les travailleurs étrangers par pure xénophobie. L’ouverture de Kadhafi aux Africains Noirs en particulier, a contrarié un certain nombre d’Arabes. Mais il ne faut pas dire trop à ce sujet, puisqu’ils sont maintenant nos "Bons". C’est un peu la façon dont les attaques albanaises contre les Roms au Kosovo ont été négligés ou excusé par les occupants de l’OTAN au motif que « les Roms avaient collaboré avec les Serbes ».

Oussama ben Laden
Une autre ressemblance entre l’ex-Yougoslavie et la Libye, c’est que les États-Unis (et ses alliés de l’OTAN) se retrouvent une fois de plus du même côté que leur vieil ami du temps des moudjahidin afghans, Oussama ben Laden. Oussama ben Laden a été un allié discret du parti islamiste d’Alija Izetbegovic au cours de la guerre civile en Bosnie, un fait qui a été soigneusement négligé par les puissances de l’OTAN. Bien entendu, les médias occidentaux ont largement rejeté l’affirmation actuelle de Kadhafi selon laquelle il se bat contre Ben Laden comme les divagations d’un fou. Cependant, le combat entre Kadhafi et Ben Laden est très réel et antérieure au 11 Septembre 2001, les attentats contre les Twin Towers et le Pentagone. En effet, Kadhafi a été le premier à essayer d’alerte Interpol sur Ben Laden, mais n’a obtenu aucune coopération de la part des États-Unis. En Novembre 2007, l’AFP a rapporté que les dirigeants du "Groupe islamique combattant" en Libye avaient annoncé qu’ils se joignaient à Al-Qaïda. Comme les moudjahidin qui ont combattu en Bosnie, le groupe islamiste lybien a été créé en 1995 par des vétérans de la lutte contre les Soviétiques en Afghanistan dans les années 1980, lutte parrainée par les USA . Leur objectif déclaré était de renverser Kadhafi en vue d’établir un état islamiste radical. La base de l’Islam radical a toujours été la partie orientale de la Libye où la révolte en cours a éclaté. Puisque cette révolte ne ressemble en rien aux manifestations de masse pacifiques qui ont renversé les dictateurs en Tunisie et en Egypte, mais a visiblement une composante de militants armés, on peut raisonnablement supposer que les islamistes prennent part à la rébellion.

Le refus de négociations 
En 1999, les États-Unis était désireux d’utiliser la crise du Kosovo pour donner au nouveau rôle « hors zone » de l’OTAN son baptême du feu. La mascarade des pourparlers de paix à Rambouillet a été sabordée par Secrétaire d’Etat étatsunienne Madeleine Albright, qui a mis à l’écart les dirigeants albanais du Kosovo plus modéré en faveur de Hashim Thaci, le jeune chef de l’"Armée de Libération du Kosovo", un réseau notoirement lié aux activités criminelles. Il y avait un peu de tout dans les rebelles albanais du Kosovo, mais comme cela arrive souvent, les États-Unis sont arrivés et en ont pris le pire.

En Libye, la situation pourrait être encore pire
Mon impression, en partie en raison de la visite que j’ai faite à Tripoli il y a quatre ans, c’est que la rébellion actuelle est un ensemble beaucoup plus varié, avec de graves contradictions internes potentielles. Contrairement à l’Egypte, la Libye n’est pas un État fort peuplé, qui a des milliers d’années d’histoire, un fort sentiment d’identité nationale et une longue culture politique. Il y a un demi-siècle, c’était l’un des pays les plus pauvres de la planète, et il n’est pas encore complètement sorti de sa structure clannique. Kadhafi, à sa manière excentrique personnelle, a été un facteur de modernisation, utilisant les revenus du pétrole pour élever le niveau de vie à l’un des plus élevés sur le continent africain. L’opposition vient, paradoxalement, à la fois de réactionnaires islamistes traditionnels d’une part, qui le considèrent comme un hérétique pour ses opinions relativement progressistes, et d’autre part des bénéficiaires occidentalisé de la modernisation, qui sont gênés par l’image de Kadhafi et veulent encore plus de modernisation. Et il y a d’autres tensions qui peuvent conduire à la guerre civile et même à un éclatement du pays selon des critères géographiques. 
Jusqu’à présent, les chiens de guerre sont en train de renifler ici et là pour avoir d’avantage d’effusions de sang qu’il n’y en a déjà. Les États-Unis ont mené l’escalade du conflit au Kosovo dans le but « d’avoir à intervenir », et c’est c’est ce qui risque de se passer actuellement avec la Libye, où est encore plus grande l’ignorance de l’Occident sur ce qu'il y produira. 
La proposition de Chavez de médiation neutre pour éviter la catastrophe est la voie de la sagesse. Mais en Otanie, la notion même de résoudre les problèmes par la médiation pacifique plutôt que par la force, semble s’être évaporée.

DIANA JOHNSTONE 
Source : Jacques Tourtaux