jeudi 8 octobre 2015

AIR FRANCE : la presse française se comporte en chien de garde des intérêts des classes dominantes, toujours prompte à condamner les « violences » des salariés et à cautionner la violence (invisible) du marché.



Lundi 5 octobre, le directeur des ressources humaines d’Air France a été pris à partie par les salariés en marge du comité central d’entreprise, qui a annoncé 2 900 licenciements d’ici 2017. Un spectacle qui a fait perdre aux éditorialistes leur sang-froid. Retour sur un « lynchage » médiatique : celui des résistances syndicales.
Une presse écrite (presque) unanimement scandalisée
L’occasion était trop belle et Le Figaro n’a pas manqué de s’en saisir. En « Une » de son édition du mardi 6 octobre, le quotidien de Serge Dassault s’interroge : « Les extrémistes d’Air France vont-ils tuer la compagnie ? »

Cette « Une » tonitruante s’accompagne d’un éditorial signé Gaëtan de Capèle qui donne le la de la couverture médiatique des incidents du 5 octobre. On aurait ainsi assisté au « lynchage en règle » du DRH d’Air France, qui ferait écho à de précédentes « prises d’otage de dirigeants ». Des actes criminels, donc, qui « doivent être réprimés avec la plus grande sévérité ».
Mais au-delà de ce seul événement, c’est bien le rôle des syndicats qui est pointé du doigt, responsables du « blocage social dont souffre la France ». Qu’il s’agisse des retraites, du droit du travail ou encore de l’assurance chômage, « il se trouve, à chaque fois, une opposition syndicale pour interdire de mettre en œuvre des solutions d’avenir ».
Le Monde emboîte le pas au Figaro. En « Une » figure l’image du directeur adjoint d’Air France qui escalade une grille avec l’aide de la police pour échapper à la colère des salariés.
Le quotidien « de référence » revient sur la crise d’Air France dans son supplément économie ; un supplément dont on a déjà évoqué le souci constant de pluralisme. Et logiquement, le seul témoignage que choisit de publier Le Monde pour faire la « chronique d’un crash devenu inévitable » est celui d’un cadre dirigeant pour qui « on en serait pas là si pendant vingt ans les directions de l’entreprise n’avaient pas acheté la paix sociale ».
Mais pour Le Monde la faute en revient à l’État français qui « a soutenu la politique d’achat de la paix sociale, afin d’éviter les grèves. » Autant dire qu’il était temps de taper du poing sur la table ! A la lecture du quotidien, le licenciement de 2 900 salariés pourrait presque sembler magnanime. Puisqu’il s’agit de « s’adapter ou disparaître »…
Ce journalisme pro-marché ne doit cependant pas surprendre de la part du quotidien du soir, devenu « l’accessoire préféré des classes dominantes ». Pas un dérapage, donc, mais bien une ligne éditoriale choisie et assumée.

Le Parisien en rajoute dans le sensationnalisme en figurant la photo, en pleine page, du DRH d’Air France qui semble revenir de l’enfer.
Là encore, une occasion de pester sur les mouvements syndicaux, et « la stratégie suicidaire de ses pilotes et plombée par des grèves indécentes aux conséquences financières désastreuses ».

Un refrain entonné par Les Échos qui dénoncent, en « Une », un « dérapage »
Les Échos dénoncent les violences des salariés qui « ont manqué de lyncher » les dirigeants d’Air France. Elles 
témoignent d’une « civilisation où prévaudrait la loi du plus fort ».

Mais surtout, elles sont représentatives des « dérapages » des syndicats « dans un pays où réformer est une mission quasi impossible ».
Et l’éditorialiste du quotidien économique de s’indigner : « Trop c’est trop ! Après les occupations d’usine, les dégradations d’outil de travail et les patrons séquestrés, voilà donc venu le temps de l’agression physique des dirigeants. Un degré de plus dans la litanie des dérapages qui ponctuent trop souvent les conflits sociaux dans notre pays […] Le pavillon national ne peut pas être prisonnier de pilotes assis sur leurs privilèges et de casseurs surexcités. » Là encore, ce parti-pris ne doit pas surprendre de la part d’un quotidien qui, à l’instar du Monde, a choisi une ligne éditoriale libérale assumée.

Côté presse écrite nationale, L’Opinion clôt le bal des outrés avec une délicatesse toute particulière : « Ce serait probablement beaucoup demander à ces quelques abrutis qui ont molesté les dirigeants d’Air France que de réfléchir aux conséquences de leurs actes ».
Notons enfin que les télévisions d’information en continu ne sont pas en reste : alors que BFM business revient gravement sur les maltraitances des patrons par leurs salariés (« Quand les patrons sont malmenés par leurs salariés »), I-télé s’interroge : « Après Air France, quelle vision des syndicats ont les Français ? ».
Acrimed a eu beau chercher, aucun « grand média » ne s’est interrogé sur l’image des patrons après l’annonce des licenciements à Air France. Si les violences à l’encontre de deux cadres d’Air France ont suscité les cris d’orfraie des éditorialistes, la violence d’un plan de licenciement touchant 2900 personnes a provoqué, quant à elle, au mieux un silence résigné, au pire des justifications enthousiastes.
Redisons-le encore et encore : le problème du traitement médiatique du cas Air France n’est pas un problème d’opinion. Que des journaux assument une ligne libérale n’est pas en soi un problème, c’est même leur droit le plus absolu. En revanche, l’unanimisme de la presse dominante, en particulier pour jeter l’opprobre sur les résistances sociales, pose un évident problème de pluralisme.
Et le cas Air France montre une fois de plus comment une partie de la presse française se comporte en chien de garde des intérêts des classes dominantes, toujours prompte à condamner les « violences » des salariés et à cautionner la violence (invisible) du marché.
Benjamin Lagues et Frédéric Lemaire (avec Julien Salingue)
Mercredi 7 Octobre 2015.








dimanche 27 septembre 2015

La bataille de Jérusalem a commencé : Jérusalem brule et Netanyahou jette de l’huile sur le feu.




Il y’a exactement quinze ans, Ehoud Barak, alors premier ministre émanant du Parti travailliste, autorisait [certains affirment poussaient] Ariel Sharon (chef du Likud) à parader sur l’Esplanade des Mosquées, provoquant ainsi une explosion de colère violente des jeunes Palestiniens de Jérusalem qui allait déboucher sur ce qu’on allait appeler la « Seconde Intifada » et la reconquête des territoires palestiniens autonomes par les forces armées israéliennes. Cette invasion avait alors fait des centaines de morts et des destructions colossales de quartiers entiers et de zones agricoles (qui prendront près de dix ans à être reconstruits et réhabilités).
Depuis quelques semaines, tout se passe comme si Benjamin Netanyahou rêve d’un remake de ce chapitre sanglant de la longue guerre coloniale menée contre les Palestiniens. En autorisant certains de ses ministres à organiser des visites musclées et des « prières » provocatrices sur cette même Esplanade, il ne peut pas ne pas savoir qu’il provoquera la colère des résidents palestiniens de Jérusalem. De fait, Jérusalem est devenu un véritable champ de bataille, avec un déploiement sans précédent de forces de police qui mènent la chasse aux jeunes palestiniens, et c’est un miracle si, jusqu’à aujourd’hui, il n’y a pas encore eu de morts.
La bataille de Jérusalem a commencé, c’est une évidence ; est-elle le résultat d’un choix stratégique de la part de Benjamin Netanyahou ? Rien n’est moins sûr. En effet, la politique d’ « israélisation » et de colonisation de la ville arabe se poursuit depuis longtemps sans entraves majeures, si ce n’est quelques confrontations limitées à des quartiers périphériques de la ville, et les rituelles et stériles déclarations de l’Union européenne sur l’illégalité de la mainmise israélienne sur Jérusalem-Est. Alors pourquoi réveiller la population locale et alerter une opinion publique internationale relativement indifférente au sort de Jérusalem ?
En réalité, cette bataille de Jérusalem, dont personne ne peut prédire les effets à moyen terme, n’est pas un choix stratégique, mais plutôt le résultat d’un jeu politicien entre les différents partis d’extrême-droite au pouvoir. C’est à qui sera le plus nationaliste, le plus radical dans ses manifestations de fidélité à « Jérusalem capitale une et indivisible du peuple juif pour l’éternité, halelouya ! ». Entre Naftali Benett, Moshe Yaalon, Benjamin Netayahou, Noemie Reguev et le reste de sa bande de voyous parés du titre de ministre, c’est la concurrence des déclarations et des initiatives provocatrices autour de l’enjeu que représente Jérusalem.
Netanyahou est loin d’être un idiot, et il sait pertinemment que de telles initiatives non seulement ne font pas progresser d’un pouce l’ « israélisation » de Jérusalem, mais, au contraire ont des effets contre-productifs à court et moyen terme, et sont lourdes de dangers à plus long terme. Mais s’il n’est pas idiot, le premier ministre israélien n’a pas l’envergure d’un vrai leader politique. Il reste le petit politicard qu’il a toujours été, plus préoccupé par les sondages et le risque de perdre une partie de son électorat à un autre parti d’extrême-droite, que par les effets sa politique – ou de sa passivité complice – sur plus d’un milliard de musulmans à travers le monde. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : El Aqsa est le troisième lieu saint de l’Islam, et le regard du monde musulman tout entier est tourne vers Jérusalem et reste extrêmement sensible à tout changement du statu quo négocié avec la Jordanie dès les premiers jours de l’occupation du Haram-el Sharif (c’est le périmètre dans la vieille ville qui abrite entre autres la Mosquée) par les forces armées israéliennes en 1967.
Netayahou ferait bien d’écouter les appels du Roi Abdallah II de Jordanie, qui est loin d’être un ennemi de l’État sioniste, quand celui-ci le met en garde contre les effets incalculables sur la région, à commencer par la stabilité de son propre royaume, que pourrait avoir tout changement du statu quo sur l’Esplanade des Mosquées. En particulier dans un contexte de montée spectaculaire de Daesh et de destruction de l’ensemble de l’ordre moyen-oriental mis en place il y a un siècle, par Messieurs Sykes et Picot1.
Il est pourtant douteux que de telles mises en garde aient de l’effet sur le chef du gouvernement israélien, pour qui l’éventualité d’un renforcement de la popularité du chef du parti Israël est notre maison [sic] est une menace beaucoup plus grave que la vague Daesh qui déferle sur l’Orient Arabe. Effarent, non ?

Le monde arabe se ligue contre Israël, pardon contre le Yémen….. Nous vous en supplions, mettez fin au silence du monde sur le génocide des civils yéménites innocents, dont le seul crime est de chercher une vie meilleure.



« Quand donc le monde sera-t-il solidaire du peuple du Yémen ? 
Comment les gens peuvent-ils dormir la conscience tranquille… sachant que des femmes et des enfants sont massacrés dans leur sommeil, enterrés sont les décombres de leurs maisons? C'est à Sanaa… 
Ces victimes sont des enfants… Des enfants comme ceux que vous aimez et sur lesquels vous veillez. Nous vous en supplions, mettez fin au silence du monde sur le génocide des civils yéménites innocents, dont le seul crime est de chercher une vie meilleure. »
«  Nous sommes maudits parce que nous avons du pétrole et du gaz. Chaque pays qui a des ressources naturelles est maudit et devient la cible d'une intervention impérialiste.  »
http://sayed7asan.blogspot.fr/

samedi 26 septembre 2015

Yémen : Pour une gorgée d’or noir……Nous avons laissé notre ami le Roi Salmane fabriquer une guerre sunnite/chiite au Yémen alors que la plupart des musulmans du Yémen prient ensemble dans des mosquées dépourvues d’étiquette confessionnelle.



Avions larguant des bombes sur des civils, population exsangue, assiégée et affamée, enfants déchiquetés, routes, ponts, écoles, hôpitaux, zones résidentielles, cimetières, aéroports détruits, patrimoine archéologique dévasté. Non, cette fois, ce n’est pas de la Syrie qu’il s’agit mais d’une nation oubliée, le Yémen.

Depuis le 25 mars dernier, le Yémen est agressé et envahi par l’Arabie saoudite, ce pays ami qui nous livre du pétrole et qui achète nos armes.
D’après l’ONU, en moins de 200 jours de guerre, le régime wahhabite a tué près de 5.000 fois au Yémen dont près de 500 enfants.
Le nombre de victimes civiles de la guerre du Yémen est proportionnellement supérieur au nombre de civils tués dans la guerre de Syrie.
En effet, la moitié des morts sont civils au Yémen pour moins d’un tiers de victimes civiles en Syrie.
Pourtant, personne parmi les humanistes professionnels conspuant Assad n’élève la voix contre le Roi Salmane.
La Syrie s’est vue imposer une guerre par terroristes interposés, une politique d’isolement et de sanctions économiques. En revanche, l’Arabie saoudite reçoit nos salamalecs et nos satisfecits.
"Notre ami le Roi" Salmane ne fait pas que détruire par ses bombes. Il impose un blocus terrestre, maritime et aérien qui selon Médecins Sans Frontières (MSF) tue autant les civils que la guerre. 20 millions de Yéménites risquent en effet de mourir de faim et de soif à cause de la guerre et de l’embargo saoudiens.
On a rarement vu une politique de deux poids deux mesures aussi contrastée entre une Syrie qui déchaîne les passions et un Yémen qui laisse de marbre.
Cette politique de deux poids de mesures ressemble à un match de boxe entre un poids lourd et un poids mouche où le poids lourd peut frapper le poids mouche sous la ceinture mais pas l’inverse.

Le pot de fer contre le pot de terre

L’agression saoudienne contre le Yémen revêt une dimension mythique.
C’est l’histoire du pays arabe le plus riche du monde en guerre contre le pays arabe le plus pauvre du monde.
Une fois encore, nous nous sommes soumis à la loi du plus fort.
Nous avons laissé notre ami le Roi Salmane fabriquer une guerre sunnite/chiite au Yémen alors que la plupart des musulmans du Yémen prient ensemble dans des mosquées dépourvues d’étiquette confessionnelle.
Nous avons diabolisé et interdit le mouvement rebelle Ansarullah en le qualifiant de "chiite" ou de "houthi" pour faire plaisir à notre ami le Roi Salmane alors qu’Ansarullah est une coalition patriotique qui compte de nombreuses personnalités sunnites comme le mufti Saad Ibn Aqeel ou des formations non religieuses comme le parti Baath arabe socialiste du Yémen.
Nous avons exclu Ansarullah des pourparlers de paix alors que le mouvement rebelle négociait avec ses adversaires politiques y compris avec Abderrabo Mansour al Hadi, agent saoudien qui était alors assigné à résidence.
Nous avons laissé le Yémen redevenir l’arrière-cour du Roi Salmane alors que cette nation rêvait d’indépendance.
Nous avons détourné le regard quand les hommes de main du Roi Salmane (Al Qaeda et Daech) ont brûlé l’église Saint-Joseph à Aden et bombardé la mosquée chiite d’Al Moayyad à Jarraf.
Nous n’avons pas versé une seule larme pour les enfants du Yémen brûlés vifs par les bombardiers de notre ami le Roi Salmane.
Le Yémen est un pays si lointain que ses réfugiés ne nous atteignent pas.
Le Yémen est un pays si méprisé que ses complaintes ne nous atteignent pas.
Si Jean de la Fontaine avait été témoin de la guerre du Roi d’Arabie saoudite contre son misérable voisin, il aurait peut-être repris l’extrait suivant de la fable du pot de fer contre le pot de terre :
"Que par son Compagnon il fut mis en éclats,
Sans qu’il eût lieu de se plaindre".
Voilà près de 200 jours que le mouvement international pour la paix laisse faire le pot de fer contre un pays fragile comme un pot de terre.
C’est comme si un pot de fer nous était tombé sur la tête.

Le Yémen d’aujourd’hui, c’est le Vietnam d’hier

Durant les années 60 et 70, le Vietnam connut à peu près le même scénario que le Yémen aujourd’hui.
Ngo Dinh Diem était l’homme de paille des USA à l’instar d’Abderrabo Mansour al Hadi.
Le Vietcong (FNL) d’hier, c’est Ansarullah aujourd’hui.
Que le premier ait une coloration communiste et le second soit d’inspiration chiite importe peu. Les mouvements nationalistes vietnamien et yéménite ont tous deux pour objectif l’unification de leur pays et son émancipation du joug étasunien.
A l’époque, le mouvement international pour la paix a défendu la résistance du peuple vietnamien sans pour autant être communiste et malgré le fait que le Vietcong était soutenu par l’URSS et la Chine.
Aujourd’hui, le mouvement international pour la paix refuse non seulement de défendre le droit du peuple yéménite à la résistance entre autres sous prétexte qu’il est soutenu par l’Iran et la Syrie mais en plus, il ne défend même plus ce qui constitue sa raison d’être, à savoir la paix.

Pas de sang pour du pétrole

Il n’y a pas si longtemps, en 1991 et en 2003, les USA ont utilisé le sol saoudien pour mener leur guerre contre l’Irak.
A l’époque, nous étions des millions à crier "Pas de sang pour du pétrole" (No Blood for Oil).
Aujourd’hui, ni l’Empire US, ni l’Arabie saoudite, ni les motifs de la guerre n’ont changé.
Qui plus est, le sang continue de couler pour du pétrole.
Seul le mouvement pour la paix a changé.
Il n’est même plus un mouvement, juste une masse inerte et silencieuse bercée par des illusions comme la "révolution arabe", le "droit d’ingérence" et la "responsabilité de protéger"... à coups de bombes de l’OTAN.
Entre-temps, le peuple du Yémen est victime d’une guerre, une guerre qui ne nous est pas étrangère, une guerre bien saignante à laquelle nos gouvernements ont donné leur feu vert pour une gorgée d’or noir.
Bahar Kimyongür, 23 septembre 2015
Source : Investig’Action