26 juin 2015
Les créanciers internationaux de la Grèce ont jeté à la
poubelle hier les nouvelles propositions d’austérité d’Athènes, exigeant des
coupes bien plus profondes. Cette manœuvre a été exécutée avant la réunion
d’urgence de l’Eurogroupe la nuit précédente à Bruxelles, rassemblant les
ministres des Finances de la zone euro.
La réunion a duré à peine une heure avant de se
disperser. L’Eurogroupe va reprendre les négociations cet après-midi, avant un
sommet de deux jours des dirigeants de l’Union européenne (UE) à partir d’hier
soir.
Plus tôt mercredi, le Premier ministre grec et leader
de Syriza Alexis Tsipras était convoqué à des entretiens avec la directrice du
Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, le chef de la Banque
centrale européenne (BCE) Mario Draghi, et Jean-Claude Juncker le président de
la Commission européenne (CE).
Lundi Syriza a présenté une nouvelle liste de mesures
d’austérité totalisant 7,9 milliards d’euros, y compris des limitations sur la
retraite anticipée. Initialement l’UE, la BCE et le FMI ont accueilli
positivement mais avec prudence les dernières concessions de Syriza, les
qualifiant de base pour de nouvelles négociations. Mais dans les 24 heures, les
créanciers ont contré les propositions de Syriza avec un édit de cinq pages de
« Mesures Préalables » à être imposées « en consultation avec les équipes des CE
/ BCE / FMI. »
Ces trois institutions n’ont pas produit de document
séparé, mais ont utilisé la fonction de suivi des modifications dans Microsoft
Word. La plupart des propositions d’Athènes ont été barrées en rouge et
remplacées par des propositions plus sévères des créanciers soulignées en rouge
aussi – se moquant ainsi des « lignes rouges » que Syriza prétendait s’imposer.
Les représentants de Syriza à Athènes ont qualifié ce
qu’on exige maintenant d’eux d'« Armageddon » et de « napalm financier ».
Au centre des demandes des créanciers il y a des coupes
plus profondes et permanentes dans les retraites d’un montant de 1,8 milliard
(1 pour cent du PIB), qui doivent être imposées dès l’année prochaine et des
hausses de la TVA – la taxe à la vente.
Bien que Syriza ait proposé d’augmenter les revenus de
l’État, principalement en sabrant dans les dépenses sociales, ses propositions
de nouvelles recettes étaient une hérésie pour les institutions : elles
s’appuyaient largement sur des augmentations d’impôts, y compris des impôts sur
les bénéfices des sociétés, sans coupes immédiates dans les retraites.
Berlin, qui est à l’avant-garde des appels à faire un
exemple de la Grèce pour justifier des politiques d’austérité à travers toute
l’Europe, veut que toutes les « mesures préalables » soient approuvées par le
parlement grec ce mois-ci, avant même que d’autres parlements de la zone euro
vote sur tout accord qui pourrait se matérialiser.
La Grèce a proposé d’augmenter l’âge effectif de la
retraite à 67 ans d’ici 2025, après avoir proposé 2036. Les institutions
l’exigent d’ici 2022. Elles insistent également pour qu’un travailleur ne
puisse prendre sa retraite à 62 que s’il a payé ses cotisations pendant 40 ans.
Ces mesures devraient s’appliquer immédiatement.
Les institutions veulent aussi en finir avec la
proposition de Syriza d’une « allocation de solidarité » en 2017 – un
supplément exceptionnel pour les retraités les plus pauvres. Syriza a prévu de
le supprimer progressivement d’ici 2018, avec sa résiliation en 2020.
Ces exigences constituent une réfutation accablante des
déclarations de Syriza qui dit être engagé dans des négociations « honnêtes »
avec l’UE, visant à conclure un accord « mutuellement bénéfique ». En réalité,
les représentants du capital financier européen et mondial ont exigé que Syriza
revienne sur chaque engagement pris avant leur victoire électorale de janvier
de « mettre fin à l’austérité ».
Aucune barrière démocratique ou morale n’est admise à
entraver la mise en œuvre des coupes sauvages dans le niveau de vie de la
classe ouvrière. Ce mois-ci, le plus haut tribunal administratif de la Grèce,
le Conseil d’État, a jugé que les réductions des retraites du secteur privé
effectuées en 2012, sur l’insistance des UE / BCE / FMI, étaient inconstitutionnelles,
elles violaient la législation grecque et la Convention européenne des droits
de l’homme.
En réaction, le dernier document déclare que, « les
autorités feront adopter une législation pour compenser entièrement les effets
fiscaux des décisions de justice sur la réforme des retraites de 2012 ».
La crise grecque menace l’existence même de l’euro et
de l’UE. Mardi prochain, le 30 juin, le programme existant d’austérité pour la
Grèce expire. En février, Syriza s’est engagé à imposer de nouvelles mesures
d’austérité en échange de la tranche de prêt restante à verser de 7,2
milliards. Sans ce versement, la Grèce, avec sa dette de 315 milliards, est
risque la faillite et sera incapable de rembourser des milliards de prêts, dont
un paiement dû le 30 juin de 1,6 milliard au FMI.
Avant de quitter Athènes pour des entretiens à
Bruxelles hier, Tsipras a tweeté, « Le rejet répété des mesures équivalentes
par certaines institutions ne s’est jamais produit avant – ni en Irlande, ni au
Portugal. Cette position étrange semble indiquer que soit il n’y a aucun
intérêt à trouver un accord, soit des intérêts particuliers sont favorisés ».
Tsipras revenait sur ses commentaires qu’il avait faits
dans Le Monde le mois dernier. Après s’être plaint qu’une fois encore un autre
lot de « concessions sincères » d’Athènes avait été rejeté par l’UE, la BCE et
le FMI, Tsipras a déclaré que cela témoignait de l’existence d’une zone euro
fondée sur des décrets dictatoriaux.
Si cela continue, a déclaré Tsipras, « les élections
devraient être supprimés dans ces pays » assujettis aux programmes d’austérité.
« Notamment, nous devrions accepter que les institutions doivent nommer les
ministres et les premiers ministres, et que les citoyens soient privés du droit
de vote jusqu’à l’achèvement du programme [d’austérité] ». Cela signifiait «
l’abolition complète de la démocratie en Europe », a-t-il ajouté.
Notant les observations ultérieures de Tsipras qui
mettaient en garde contre la menace qui pèse sur la démocratie, ce mois-ci Business
Insipide a également cité une note de Mujtaba Rahman et Federico Santi de la
société de conseil Eurasia Group, qui a déclaré que les négociations entre
Athènes et ses créanciers ont été menées « dans l’espoir de provoquer un
changement de régime ».
Alors que la Commission européenne parle d’un « état
d’urgence » imminent en Grèce et de la nécessité de se préparer à des troubles
sociaux, le Daily Telegraph a indiqué que Tsipras a laissé entendre « que leur
véritable objectif est de détruire la crédibilité de son gouvernement Syriza de
gauche radicale et forcer à un changement de régime ».
L’histoire grecque démontre que le changement de régime
pour défendre les intérêts du capital financier international peut signifier un
retour au régime militaire. Aussi récemment qu’en 1974, le « régime des
colonels » fasciste était au pouvoir en Grèce, après avoir renversé le
gouvernement dans un coup d’État sanglant soutenu par la CIA en 1967.
Cette semaine, le journaliste Paul Mason de la chaîne
Channel 4 a commenté, en notant les tensions politiques croissantes, qu’il est
maintenant « devenu courant pour les gens de parler à tour de bras de “guerre
civile”, et plus pour rire comme avant ».
Depuis le début de l’austérité de masse en Grèce en
2010, il y a eu des rumeurs constantes de discussions autour d’un coup parmi
les militaires de haut rang. L’armée grecque, une grande armée de conscription
deux fois plus nombreuse que l’armée britannique, est en état d’alerte
haute.
Depuis l’élection de Syriza, les forces armées ont été
engagées dans une série de manœuvres militaires très médiatisées, y compris des
« jeux de guerre », sous couvert de la lutte contre le terrorisme et «
l’extrémisme ». Ceux-ci comprenaient des exercices avec les forces armées du
dictateur égyptien aux mains couvertes de sang Abdel Fattah al-Sissi.
(Article paru en anglais le 25 juin 2015)
Robert Stevens
Source : WSWS




