Peu de gens auront autant marqué l'histoire révolutionnaire et humaniste que Ernesto Guevara, Son courage, ses luttes, ses idéaux restent un exemple pour tous ceux qui continuent à lutter aujourd'hui pour un monde plus juste, définitivement débarrassé de la pauvreté, des injustices sociales, du racisme, de l’exploitation et de l'impérialisme, en bref du système de domination capitaliste.
De l’Argentine, son pays natal à la Grèce, en passant
par la place Tahrir du Caire, son portrait est omniprésent pour symboliser les
différentes manifestations contre l’austérité, le néolibéralisme, les
dictatures... Il est de ces personnes qui ont marqué éternellement l’Histoire
avec un grand « H ». Sa soif de justice et de liberté qui le conduira à la
lutte armée à Cuba, au Congo et en Bolivie aura raison de lui. Il sera
assassiné le 9 octobre 1967 par l’armée bolivienne et la CIA à la Higuera en
Bolivie, alors qu’il tentait une énième insurrection révolutionnaire dans ce
pays rongé par les injustices et la misère.
Mais, malgré les années de dictature fasciste et de
politique néolibérale, sa mémoire reste vive et continue d’alimenter les luttes
sociales qui ont porté au pouvoir des gouvernements progressistes et
révolutionnaires en Amérique Latine.
Début 1950, après avoir lu et relu Don Quichotte, il
part découvrir son continent avec son ami Alberto Granado à bord d’une simple
moto. Ce voyage constituera pour lui un premier tournant décisif dans sa vie de
révolutionnaire. En sillonnant les terres de ce qu’il appellera sa « véritable
grande patrie », il découvre la violence sociale et la misère. Les
multinationales états-uniennes tel que la United Fruit, surnommée la pieuvre
verte, fleurissent et s’enrichissent pendant que l’immense majorité du peuple
ne mange pas à sa faim. Face à cette réalité injuste et cruelle, il déclare en
paraphrasant Simon Bolivar, El Libertador : « J’ai juré de ne pas prendre de
repos tant que ne seront pas annihilés ces poulpes capitalistes »
Début 1952, il rentre à Buenos Aires pour terminer ses
études : quinze examens réussis en trois mois et le voilà médecin. Mais, nomade
infatigable et insatiable, il repart sur les routes sans savoir qu’il quitte
son pays pour toujours.
L’Amérique Latine est alors en pleine effervescence et,
en septembre 1952, il assiste en Bolivie à la Révolution Nationale qui
nationalise les grandes mines et déclare la réforme agraire. En 1954, il est au
Guatemala lorsque survient le coup d’État organisé et soutenu par la CIA et le
gouvernement états-unien contre le président Jacobo Arbenz élu démocratiquement
quatre ans plus tôt. Son tort ? Avoir osé s’attaquer aux intérêts économiques
de la United Fruit en proposant une réforme agraire dans le but de redistribuer
aux paysans pauvres les terres qui leur avaient été volées par l’oligarchie
nationale et les multinationales. Cet événement tragique dans l’histoire de
l’Amérique centrale constitua un deuxième tournant dans le destin de Che
Guevara. Ce dernier est contraint de fuir et se rend à Mexico, alors la Mecque
des exilés politiques latino américains. Il fait la rencontre de Raul Castro qui
le présente immédiatement à son grand frère Fidel. Et lors d’une nuit de
juillet 1955, après d’intenses discussions et échanges, il décide de s’engager
aux côtés des révolutionnaires cubains qui tentent de débarrasser le pays du
dictateur Fulgencio Batista. Pour le Che, cet engagement est une évidence : «
Après ma longue marche à travers l’Amérique Latine, il n’en fallait pas
beaucoup plus pour me persuader de rejoindre n’importe quelle révolution contre
un tyran »
Durant cette lutte acharnée contre l’armée de Batista
soutenue par les Etats-Unis, Guevara laissera sa trousse de médecin et prendra
les armes. Il sera un artisan majeur de la victoire des « barbudos », notamment
grâce à la prise de la ville de Santa Clara qu’il libère fin 1958. Fidel Castro
l’élèvera même au rang de « Commandante » et il recevra la nationalité cubaine.
Il sera nommé Président de la Banque Centrale puis Ministre de l’Industrie mais
son combat révolutionnaire pour l’émancipation des peuples le poussera hors des
frontières de Cuba. Au Congo, tout d’abord, où il combattra avec des insurgés
qui tentent de mettre fin à la tyrannie de Joseph Désiré Mobutu arrivé au
pouvoir en 1965 grâce au soutien des Etats-Unis et de l’ancienne puissance
coloniale belge, après le coup d’Etat fomenté contre le Chavez congolais,
Patrice Lumumba. Le Che sera durement marqué par ce coup de force des
puissances occidentales qui a pour but d’empêcher la libération du Congo et de
piller les immenses ressources minières du pays (or, argent, diamants.. ). Devant
l’Assemblée Générale des Nations Unies, le Che déclare : « le cas douloureux du
Congo, unique dans l’histoire du monde moderne, qui montre de quelle manière on
se moque du droit des peuples dans la plus grande impunité. Les énormes
richesses que détient le Congo et que les nations impérialistes veulent
maintenir sous leur contrôle » Ce discours d’une grande clairvoyance serait
tout à fait approprié au contexte actuel : guerre pour le pétrole en Irak, en
Libye, au Venezuela, pour le gaz en Bolivie et pour les ressources minières en
Afrique. L’Histoire continue et l’impérialisme avec elle. Au cours de son
périple en Afrique, il rencontre le charismatique président égyptien Gamal
Abdel Nasser ou encore l’Algérien Houari Boumediene. Lors de son célèbre discours
d’Alger, il condamnera avec force l’impérialisme non seulement occidental mais
aussi soviétique pour lequel il sera accusé de « dérive idéologique » par
Moscou. Dans la lignée de la conférence de Bandung en 1955 et de la création du
mouvement des non-alignés en 1961, Guevara a pour but de fédérer les peuples du
tiers-monde qui luttent contre l’impérialisme, notamment états-unien, etpour
leur indépendance. Il tentera tout au long de sa courte vie (il mourra à 39 ans)
de créer un internationalisme prolétarien, du Vietnam de Ho Chi Minh au Chili
de Salavador Allende en passant par l’Algérie de Boumediene. Car pour lui,
latino américain de naissance mais combattant universel, les luttes n’ont pas
de frontières. Vu que l’impérialisme et le colonialisme sont partout, les
résistances doivent être partout. Sa mort le 9 octobre 1967 met fin a plus de
quinze de lutte acharnée. L’humanité perd un de ses plus grands défenseurs. Les
peuples en lutte rendent hommage à cet homme qui donna sa vie pour celle des
autres. Le Che est mort, oui, mais seulement physiquement car ses idées
émancipatrices, son esprit de révolte et de solidarité, sa haine de l’injustice
continuent à planer au dessus des millions de personnes qui poursuivent leurs
luttes vers la libération et la justice sociale.
Les révoltes populaires qui ont ébranlé l’Amérique
Latine au cours de ces vingt dernières années, que ce soit celle du Caracazo
vénézuelien le 27 février 1989 qui fit 3000 morts, que ce soit la violente
protestation contre la privatisation de l’eau en 2000 en Bolivie ou encore les
soulèvements qu’a connu l’Argentine en 2001 après que les recettes du Fonds
Monétaire International (FMI) et de la Banque Mondiale (BM) aient envoyé 50% de
la population sous le seuil de pauvreté, tout cela, ainsi que l’arrivée au
pouvoir de présidents de gauche, montre que la figure du Che reste ancrée dans
la tête de millions de latino américains.
En Amérique du Sud, les luttes d’hier sont les luttes
d’aujourd’hui. Les révolutions démocratiques qui ont secoué le continent ont
prouvé que les luttes populaires pour la justice et l’égalité finissaient
toujours par l’emporter face aux défenseurs de la cupidité et de la loi du
profit. Les nationalisations, les programmes sociaux, l’adoption d’une nouvelle
constitution en Bolivie, au Venezuela et en Equateur ont redonné aux classes
opprimées un rôle majeur dans la construction de nouvelles sociétés. De plus,
les politiques d’intégration régionale comme l’ALBA ou internationale telle que
l’ASA (Amérique du Sud-Afrique) vont dans le sens d’une mondialisation des
luttes, d’une solidarité internationale entre peuples du Sud partageant un
passé commun et sans aucun doute un avenir commun.
Alors, aux puissants de ce monde qui tentent de
détruire les figures émancipatrices d’hier et d’aujourd’hui, à ceux qui tentent
de décrédibiliser les grands libérateurs à coups de média-mensonges et de
propagandes fallacieuses, à ces carriéristes politiciens qui hier, en mai 1968
portaient la figure du Che et qui aujourd’hui dénoncent sans relâche la «
dictature chaviste », à ceux qui seraient tentés par la résignation étant donné
qu’ ’il « n’y a pas d’alternative », les combats d’Ernesto Guevara, de Hugo
Chavez, de Mohammad Mossadegh, Thomas Sankara, de Rafael Correa, d’Evo
Morales...nous servent pour penser et imaginer un monde plus juste car
aujourd’hui plus que jamais nous n’avons plus à rien perdre. Alors « Soyons
réalistes, demandons l’impossible !! »
Source :
INVESTIG’ACTION






