dimanche 12 avril 2015

Le Mossad et l’assassinat du célèbre opposant Marocain Mehdi Ben Barka


Les fantômes de la forêt de Saint-Germain

“ Un jour sombre et pluvieux dans une forêt des environs de Paris. Des hommes creusent un trou pour y jeter le corps d’un homme mort étranglé peu de temps auparavant." 


Près de cinquante ans après la mort de Mehdi Ben Barka, deux journalistes israéliens viennent de publier une longue enquête sur l’implication des services secrets israéliens dans l’assassinat de l’opposant marocain.
Au moment de son enlèvement près de la Brasserie Lipp à Paris, le 25 octobre 1965, le leader d’opposition en exil Mehdi Ben Barka présidait le comité préparatoire de la Conférence de solidarité des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine qui devait rassembler en janvier 1966 à La Havane de nombreuses organisations révolutionnaires du tiers monde, en lutte contre l’impérialisme américain au Vietnam, en République dominicaine et ailleurs. Il était donc une cible désignée non seulement des services secrets de son pays, mais aussi de ceux des pays du «  monde libre  » engagés dans la lutte contre les mouvements de libération.
Dans leur longue enquête publiée sur le site du quotidien israélien Yediot Aharonot, les deux journalistes Ronen Bergman et Shlomo Nakdimon dévoilent l’implication du Mossad dans l’élimination de l’opposant marocain. Nous reprenons ici des extraits de cette enquête fleuve qui repose sur des documents secrets du Mossad et du bureau du premier ministre israélien, ainsi que sur une série d’entretiens recueillis au fil des ans, notamment auprès d’un des principaux acteurs de cette épopée du renseignement israélien, le chef du Mossad Meir Amit.
Collaboration entre services secrets français et israéliens
Dès le début des années 1960, le Mossad installa ses quartiers européens à Paris.
Au début, le Mossad fournit aux Français des informations sur l’organisation clandestine (NDLT. Le Front de libération nationale - FLN). Par la suite, nos agents ont également transféré des armes — fusils d’assaut, pistolets et explosifs — pour exécuter un certain nombre d’opérations menées par le renseignement français contre l’organisation clandestine au Caire.
(…)
 “J’étais favorable à des liens personnels avec les chefs du renseignement français,” nous a affirmé l’ancien chef du Mossad Meir Amit, avant son décès. “Moi, le directeur du Mossad, j’allais les rencontrer en personne pour créer une alliance basée sur des intérêts communs.”
Tout le monde pensait que Paris était une voie d’accès à l’Afrique et à l’Asie, et le Mossad était devenu l’un des services les plus actifs dans ces régions. Les accords comprenaient généralement une aide militaire israélienne et une formation des services de renseignements locaux (et parfois leur création ex nihilo). En retour, le Mossad pouvait agir dans une liberté quasi totale dans ces pays, et collecter des informations sur les pays arabes et les activités du bloc soviétique (des informations partagées avec les États-Unis). Parmi toutes ces alliances, la plus importante fut l’alliance entre le Mossad et les services en Turquie, en Iran et en Ethiopie (…)
L’affaire «  Baba-Batra  »
Les deux journalistes israéliens affirment que la collaboration avec le renseignement marocain — l’affaire «  Batra-Batra  »1 aurait débuté en 1960, avant l’accession au trône de Hassan II. Aux yeux du Mossad, le Maroc constituait une cible «  désirable  » pour plusieurs raisons : le royaume chérifien était un pays arabe modéré, en contact étroit avec ses principaux ennemis arabes, et «  relativement pro-occidental  ». Mais le Maroc était aussi «  désirable  » pour sa communauté juive.
En 1961,  Israël demanda au roi de laisser les juifs de son pays émigrer en Israël. Mohammed Oufkir, responsable des services secrets marocains, finalisa l’accord avec les émissaires du Mossad : 250 dollars pour chaque juif. Des fonds pour les 80 000 Juifs furent ainsi transférés dans des sacs d’un quart de million de dollars, sur un compte secret en Europe.
(…)
 Oufkir et son fidèle lieutenant Ahmed Dlimi étaient préoccupés par plusieurs tentatives de l’Égypte et de l’Algérie de déstabiliser Hassan II. Les Égyptiens et les Algériens avaient aidé des éléments de l’opposition, et les ambassades marocaines dans ces pays avaient subi des intrusions répétées (…) «  Nous pouvons aider et nous voulons aider  », expliqua le chef du Mossad Meir Amit, lors d’une rencontre avec le roi Hassan II.
La proposition fut acceptée. Israël transmit des informations aux services de renseignement marocains, forma des pilotes et fournit de nombreuses armes à l’armée locale. En échange, Israël put accéder à des prisonniers égyptiens qui avaient aidé les Algériens et s’étaient retrouvés en captivité, puis à la possibilité de s’entraîner contre des avions et des tanks soviétiques, employés par les voisins ennemis d’Israël. Israël ouvrit également un quartier permanent dans la capitale Rabat.
(…)
 La coopération avec le Maroc connut son apogée en septembre 1965. Un sommet de la Ligue arabe était organisé à Casablanca pour débattre de la création d’un commandement arabe conjoint en vue d’une guerre future contre Israël. Le roi Hassan II, qui avait une confiance limitée en ses hôtes, permit au Mossad de surveiller étroitement la conférence.
Une équipe de l’unité Tziporim2 (…) se rendit à Casablanca, et les Marocains sécurisèrent pour eux toute la mezzanine de l’hôtel. Un jour avant la conférence, le roi ordonna au Mossad de quitter l’hôtel, de peur qu’ils ne tombent sur des invités arabes. “Mais immédiatement après la conférence, ils nous ont livré toutes les informations nécessaires et ils ne nous ont rien caché”, explique l’ancien agent du Mossad Rafi Eitan.
Lors de cette même rencontre, des commandants des armées arabes avaient reconnu que leurs forces n’étaient pas encore prêtes à gagner une nouvelle guerre contre Israël, des informations qui auraient permis à Israël de remporter une victoire écrasante contre ses ennemis durant la guerre surprise de 1967. Mais dans le monde de l’intelligence, on ne se fait jamais de cadeaux, expliquent les journalistes de Yediot Aharonot, et les Israéliens se virent contraints de rembourser rapidement leur dette. Cette fois, la cible des Marocains n’était autre que Mehdi Ben Barka. Après son exil, le général Oufkir et Ahmed Dlimi auraient demandé à Israël de les aider à le traquer :
 “Cette demande de les aider à se débarrasser de «  l’objet  » semblait naturelle”, nous confia plus tard Meir Amit. “Vous devez vous rappeler que leur système de valeur est totalement différent du nôtre. Nous étions face à un dilemme : les aider et se laisser embarquer dedans ou refuser et mettre en danger des réalisations nationales de la plus haute importance. La décision fut claire et nette : rester fidèle à nos principes et ne pas s’engager dans une aide directe, mais l’incorporer dans nos activités régulières conjointes”.
(…)
La première tâche du Mossad fut de rechercher l’homme que les Marocains avaient des difficultés à traquer. Des informations parvenues au Mossad indiquaient que Ben Barka était abonné à des magazines étrangers, dont l’hebdomadaire juif britannique, The Jewish Observer.
 Comme il voyageait beaucoup, Ben Barka avait l’habitude de recevoir son courrier dans un kiosque à Genève, et venait occasionnellement y relever ses lettres. Le Mossad donna l’adresse du kiosque à Dlimi. Tout ce qui restait à faire pour les agents marocains était de surveiller le kiosque 24 h sur 24 pendant deux semaines, jusqu’à ce que leur cible fasse son apparition.
Mais pour les Marocains, ce n’était pas suffisant. Le 1er octobre 1965, ils demandèrent aux agents parisiens du Mossad de louer une cachette et de leur fournir du matériel de camouflage, du maquillage et des faux passeports. De plus, ils voulaient qu’Israël suive leur cible pour eux et les conseille sur la meilleure manière d’envoyer Ben Barka dans l’autre monde.
Selon le protocole des rencontres entre Meir Amit et le président Lévi Eshkol, Amit n’informa pas le Premier ministre de la participation du Mossad avant le 4 octobre…Pour adoucir la pilule, Amit lui donna d’abord les bonnes nouvelles et lui décrivit les informations précieuses collectées au sommet de Casablanca.
(…)
Puis vinrent les moins bonnes nouvelles :
    — “Qu’est-ce qu’ils veulent ?”, demanda Eshkol.
    — “Une chose très simple : livrer Mehdi Ben Barka”, répondit Meir Amit.
Ils l’ont trouvé à Paris et le roi Hassan II a ordonné de l’éliminer. Ils sont venus nous voir et nous ont dit : “Vous êtes des professionnels – allez-y  ! On ne veut pas que vous le fassiez, mais aidez-nous.”
(…)
Le chef du Mossad envisagea la possibilité de «  laisser pisser  », c’est-à-dire de gagner du temps dans l’espoir que le problème se dissipe tout seul. Cela pouvait aussi signifier d’appeler Ben Barka pour lui dire de fuir.
(…)
Amit dit à Eshkol :
“Je ne prendrai aucune initiative sans te prévenir…Le problème est maintenant de trouver comment s’en sortir, pas de savoir comment je m’y suis mis. Les Marocains ne sauront pas le faire, ce n’est pas simple…Je voulais que tu le saches…En revanche, on ne peut pas non plus leur montrer qu’on se dérobe…”
Le 12 octobre, Dlimi aurait demandé à Israël de lui fournir de fausses plaques d’immatriculation et du poison. Mais le Mossad consentit à fournir les fausses plaques à condition que les Marocains utilisent des voitures de location.
Le matin du 29 octobre 1965, Ben Barka débarqua de Genève, muni d’un passeport diplomatique algérien, et se rendit directement à la Brasserie Lipp où il devait dîner avec un journaliste français. Bien évidemment, il ignorait que ce journaliste n’était qu’un appât pour l’attirer dans leur piège.
Selon les travaux du Dr Ben-Nun, c’était l’idée du Mossad. Non loin du restaurant, deux policiers français — deux mercenaires payés par Dlimi — lui demandèrent de les suivre. Ben Barka fut rapidement emmené dans un appartement de Fontenay-le-Vicomte, où Dlimi commença à le torturer sévèrement.
Le 1er novembre, alors que Ben Barka était encore vivant, Dlimi demanda à la délégation du Mossad à Paris de lui fournir le soir du 2 novembre un poison et deux faux passeports étrangers supplémentaires, des pelles et “quelque chose pour effacer les traces”.
(…)
 Eliezer Sharon3 nous a raconté avant son décès ce qu’il avait entendu de la bouche des Marocains après les faits : “Ils ont rempli une baignoire d’eau. Dlimi a saisi sa tête et voulait lui faire avouer certains détails. Chaque fois que Ben Barka sortait la tête de l’eau, il crachait et injuriait le roi. Ils lui ont mis la tête dans l’eau un peu trop longtemps, jusqu’à ce qu’il devienne complètement bleu”.
(…)
Quand Ben Barka ne s’est plus réveillé après sa dernière immersion, les Marocains ont paniqué : qu’est-ce qu’ils allaient faire du corps d’un leader arabe connu à Paris  ?… “Quand il est mort”, se souvient Eliezer Sharon, “les Marocains ont fait dans leur culotte.”
Après un appel effrayé de Dlimi, le Mossad envoya une équipe à l’appartement. Selon l’historien Yigal Ben-Nun, les agents du Mossad n’étaient pas préparés à cette situation. Il fallut attendre que d’autres agents arrivent de différents lieux en Europe.
Le groupe (…) enveloppa le corps et le mit dans le coffre de la voiture.
Les membres du groupe se souvinrent qu’il y avait une forêt à proximité ; ils décidèrent d’y enterrer le corps de Ben Barka. Ils arrivèrent à la forêt de Saint-Germain la nuit, accompagnés par les gardes, creusèrent un trou profond et enterrèrent le corps. Après quoi ils éparpillèrent sur toute la zone un produit chimique conçu pour dissoudre le corps et particulièrement actif au contact de l’eau. Une forte pluie commença à tomber aussitôt, de sorte qu’il ne resta bientôt plus grand-chose de Ben Barka.
Depuis, une autoroute a été construite à cet endroit, et ce qui reste du corps de Mehdi Ben Barka serait enterré sous l’un de ces îlots routiers.
Si l’on est en droit de se poser des questions sur la véracité totale des confessions recueillies par les journalistes israéliens, on peut en revanche affirmer que le mystère autour de la mort de Mehdi Ben Barka se dissipe peu à peu.
Idith Fontaine
Source : ORIENT XXI

samedi 11 avril 2015

Palestine : Comment la société Orange a prêté la main au massacre dans Gaza. En soutenant l’armée israélienne via sa filiale israélienne, Orange a aidé à accélérer la destruction de la société palestinienne et à tuer et blesser des milliers de gens.



La filiale israélienne d’Orange, multinationale française de télécommunications, a fourni un soutien matériel direct aux soldats israéliens participant l’été dernier à l’assaut meurtrier contre Gaza.

L’entreprise a aussi parrainé deux unités militaires israéliennes pendant plusieurs années, preuve d’une profonde complicité avec l’occupation militaire israélienne et avec les violations des droits humains.
L’une de ses unités, la compagnie de tank "Ezuz", a pris part aux attaques contre Gaza l’été dernier et était en activité dans des lieux précis ou des centaines de civils palestiniens ont été tués.
Orange, connu précédemment sous le nom de France Télécom, est un important fournisseur de téléphonie mobile, de réseaux et de services Internet en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient, y compris en Jordanie et en Égypte (via sa filiale Mobinil).
En Israël, Orange tire profit de l’octroi de sa marque à une compagnie israélienne détenue indépendamment, Partner Communications Ltd. et en lui vendant des équipements et d’autres services.

Une aide à l’attaque de Gaza

Les avions et l’artillerie israéliens ont fait tomber l’équivalent d’une bombe atomique sur Gaza pendant 51 jours en juillet et août dernier, détruisant de vastes zones et tuant plus de 2200 Palestiniens et parmi eux plus de 500 enfants.
D’après Amnesty International, les forces israéliennes ont opéré avec "une impitoyable indifférence envers le carnage causé" par leurs attaques.
Des familles entières ont été annihilées pendant que les forces israéliennes visaient les habitations civiles systématiquement et délibérément.
Au cours de cette horreur qu’Israël a qualifiée « opération Bordure protectrice », Orange a été sur la ligne de front, fournissant un soutien matériel et élevant le moral de ceux qui menaient l’assaut.
D’après Israel Hayom, Orange exonéra de frais de service les soldats « situés dans la zone autour de Gaza » pendant l’attaque.
Pendant l’attaque, Orange envoya quotidiennement « trois unités mobiles aux points rencontre des soldats autour de Gaza », d’après le site Web Frumline dans un article du 22 juillet 2014 intitulé « Orange en action à la frontière en raison de l’opération Bordure protectrice ».
« Les unités mobiles sont équipées de générateurs, de chargeurs pour tous les types d’appareils, de centaines de batteries préchargées et de portables pour permettre aux soldats d’être en contact avec chez eux », indiquait Frumline.
À Gaza, les Palestiniens qui ont survécu à l’attaque ont parlé de soldats israéliens exécutant leurs proches de sang-froid.
Dans le même temps, en Israël, des dizaines d’employés d’Orange se dispersaient dans le pays, rendant visite aux soldats israéliens “et distribuant des tablettes tactiles pour rendre plus agréable leur séjour à l’hôpital.”

« Adoptez un soldat »

Le soutien d’Orange à l’armée israélienne date de bien avant l’attaque contre Gaza l’été dernier.
« Notre lien actuel avec les troupes a commencé avec l’établissement du projet Adoptez un Soldat de l’Association pour le Bien-être des Soldats d’Israël », explique Orange dans la page “responsabilité de l’entreprise” de son site.
Dans le cadre de ce projet, la compagnie a « adopté » deux unités : la compagnie de chars "Ezuz" depuis 2005 et, depuis 2008, l’unité "Shachar" de recherches et sauvetage. Des dizaines d’entreprises, en grande majorité israéliennes, participent au projet Adopt A Soldier – “Ametz Lohem” en hébreu. Parmi les plus connues internationalement, on trouve la compagnie aérienne El Al et Strauss, le fabricant du houmous Sabra.
La participation d’une multinationale comme Orange se singularise – la seule autre firme internationale reconnaissable est le cabinet d’audits financiers Ernst & Young, qui parraine une unité de drones.
D’après le site Internet d’Orange, « l’adoption » consiste en « des activités conjointes de soldats avec des employés de la compagnie, par exemple : sports, utilisation des installations de la compagnie pour l’entraînement et des conférences, soutien aux soldats isolés, accompagnement des soldats démobilisés dans leur parcours vers la vie civile et financement d’activités de divertissement à l’échelle de bataillons : randos, journée d’athlétisme, cérémonies de décoration de soldats exemplaires, etc. ».
Un article du numéro de novembre 2014 du magazine militaire israélien Shiryon (hébreu pour "Armure") et révèle que l’unité Ezuz a participé directement à l’attaque de Gaza et était présente au moment et sur les lieux ou des centaines de civils ont été tués et des milliers de maisons détruites.
Le Lieutenant colonel commandant d’unité, Aryeh Berger, a déclaré à Shiryon qu’Ezuz faisait partie des forces qui ont envahi Deir al-Balah au centre de la bande de Gaza. Il a indiqué que là, ses hommes ont « attaqué des maisons des militants de Hamas » et « purifié » les immeubles.
Human Rights Watch a condamné et qualifié d’“illégal" le ciblage délibéré des maisons par Israël sous le prétexte qu’elles auraient appartenu aux familles de personnes associées à Hamas ou à d’autres organisations armées de résistance.
Berger a aussi révélé que son unité a été active dans la zone de Khan Younis au sud de Gaza dans la même période où la capture près de Rafah d’un soldat israélien, Hadar Goldin de la brigade Givati, a été annoncée. La capture s’est produite le 1er août 2014.
Ceci situe l’unité Ezuz dans deux zones spécifiques ou des tueries massives ont eu lieu. Berger révèle que dans la zone de Khan Younis, ses forces avaient pour tâche « d’isoler » un village – qu’il ne nomme pas. Une fois la capture de Goldin annoncée, dit Berger, "il fallut quitter notre tâche en urgence pour renforcer la brigade Givati, et nous y sommes arrivés en trois heures. »
Le Centre palestinien des droits de l’homme a rapporté que des dizaines de civils ont été tués dans et autour de Khan Younis par des bombardements aériens et de l’artillerie provenant de tanks et de navires de guerre.
Le 1er août, au cours d’un bref « cessez-le-feu humanitaire », des équipes médicales, des journalistes et des habitants sont entrés dans le village de Khuzaa, à l’est de Khan Younis, qui avait été assiégé par les forces israéliennes. Ils découvrirent les corps de dizaines de civils tués.
Certains avaient été tués alors qu’ils tentaient de fuir en agitant des drapeaux blancs. D’autres moururent quand leur maison fut détruite au-dessus d’eux.
La chaîne britannique Channel 4 documenta les scènes de destruction et de carnage quand les gens entrèrent dans le village le 1er août :
À Rafah – probablement là où Ezuz s’est redéployé pour renforcer la brigade Givati après l’annonce de la capture de Goldin – les forces israéliennes ont accompli ce qu’on appelle la “Directive Hannibal” : un bombardement en tapis de la ville par voie de terre, mer et air, tuant plus de 200 civils et détruisant plus de 2500 maisons.
Il y eut tant de morts que les hôpitaux furent obligés d’entreposer les corps et les membres dans des glacières pour ice-creams .
Le commandant Berger d’Ezuz déclara qu’à Gaza, il ordonna à ses hommes de ne pas rouler sur les routes ou par les carrefours. Quand les commandants de tanks demandèrent où ils devaient passer, Berger répondit : « Partout ailleurs ! »
Il considéra l’assaut sur Gaza comme une rare occasion d’entraînement : « J’ai affecté à un de mes commandants de compagnie de documenter cela par vidéo, pour qu’on puisse l’illustrer à l’entraînement, en leur montrant par exemple comment un tank roule dans un verger, parce qu’ils croient que ce n’est pas possible, ou comment les tanks tirent dans différentes situations. Parce qu’à l’entraînement, on ne dispose pas de zones de vergers sur lesquelles passer et repasser, ni d’une variété de maisons ’vivantes’ sur lesquelles tirer. »
Voilà l’unité qu’Orange a parrainée pendant une décennie.

"Responsabilité sociale d’entreprise"

Orange dit qu’il a un programme mondial complet de “responsabilité sociale d’entreprise.”
La compagnie prétend que "notre engagement d’entreprise citoyenne donne le même sens à toutes nos activités : faire du numérique un accélérateur de progrès pour la société et pour chacun."
Mais en soutenant l’armée israélienne via sa filiale israélienne, Orange a aidé à accélérer la destruction de la société palestinienne et à tuer et blesser des milliers de gens.
Malgré le fait qu’Orange ne possède pas Partner Communications Ltd., il reste responsable et doit rendre compte des activités de Partner menées en son nom et sous sa marque. Orange tire directement profit des activités de Partner via son accord de redevance, fournit Partner en équipements et est responsable de la gestion et de la réputation de la marque Orange dans le monde entier.

Promouvoir Israël

Circonstance aggravante, la compagnie mère semble être pleinement complice en aidant Israël à blanchir sa réputation. En mai 2014, son groupe de réflexion Orange Institute a sponsorisé une conférence à Tel-Aviv et à Jérusalem intitulée « Comment Israël est devenu un labo technologique pour le monde.”
Le matériel promotionnel déclarait qu’en 2014 « la formule d’ ’Israël nation start-up’ luit encore plus brillamment qu’à la première visite d’Orange Institute en 2011. »
Et Orange Institute de s’épancher : « De ce petit pays de 8 millions d’habitants, nous continuons de constater d’énormes retours [sur investissement]. »
La conférence fit la promotion de sujets tels que « l’emploi des drones civils » et « les innovations de cyber-sécurité dans le cyber-écosystème israélien. »
Orange veut s’attribuer le mérite d’initiatives « soutenant la culture numérique » et promouvant « des solutions écologiques. »
Il devrait être aussi tenu responsable de sa complicité dans les crimes de guerre d’Israël à Gaza. Les consommateurs pourraient le faire en refusant d’être des clients d’Orange.
Orange est déjà mis sous la pression de la société civile française à propos de la complicité dans la colonisation israélienne de la Cisjordanie occupée et du plateau du Golan de sa filiale israélienne. Une déclaration signée par des dizaines d’organisations françaises appelle Orange à mettre fin à son accord avec Partner Communications Ltd. à cause des opérations de ce dernier dans les territoires occupés.
L’an dernier, le gouvernement français a averti les entreprises françaises des risques de faire des affaires dans les colonies israéliennes des territoires occupés, qui sont illégales aux yeux du droit international.
Mais la possibilité existe aussi que des Palestiniens – individuellement ou au titre d’organisations des droits humains – cherchent à tenir Orange responsable de la fourniture d’un soutien matériel à des crimes de guerre – y compris sous la forme d’équipements fournis à Partner - dans le cadre de la doctrine émergente de la responsabilité d’entreprise pour les graves violations des droits humains.
Le bureau de presse du siège parisien d’Orange n’a pas répondu à des demandes réitérées de commenter.
Remerciements à Dena Shunra pour ses recherches et traductions
Ali Abunimah

Source : Info-Palestine.eu

lundi 6 avril 2015

YEMEN : L’Arabie Saoudite a mis le feu à l’Orient du Monde. L'incendie est allumé avec la bénédiction des Etats-Unis et de leurs alliés. L'embrasement commencé en Irak, en Libye puis en Syrie est désormais général.


Une invasion en règle.

Depuis le 26 mars de cette année, l'Arabie Saoudite, alliée à huit autres pays arabes et deux grandes "démocraties" islamiques non-arabes : le Pakistan et l'inévitable Turquie - toujours dans les "bons" coups – a envahi un état souverain : le Yémen.
Le prétexte avancé : l'Arabie Saoudite viendrait au secours de la moitié de la population yéménite sunnite en guerre contre l'autre moitié chiite.

Qui relance un conflit multi millénaire.

Comme toutes les guerres, celle-ci se dissimule sous la couverture idéologique du moment : celle d'une bataille entre deux idéologies ou deux religions en l'occurrence l'Islam chiite contre l'Islam Sunnite. En réalité l'enjeu est tout autre ordre. C'est une guerre multi-millénaires qui vient de raviver sous nos yeux, celle opposant les Perses aux Arabes.

Depuis 2500 ans l'Iran est la puissance dominante de la région. De Rome à Saddam Hussein, l'Iran depuis des temps immémoriaux a fait face aux envahisseurs d'où qu'ils viennent. Que ces envahisseurs soient Occidentaux ou armés par des Européens n'est pas une situation inédite.

Une nouvelle fois, des forces poussées par l'Occident s'en prennent à l'Iran via ses alliés.

Ça y est. C'est fait. Avec la bénédiction de l'Occident, l'Arabie Saoudite a mis le feu au Moyen Orient. En envahissant le Yémen, un pays plus grand la France, et peuplé comme la moitié de notre patrie, l'Arabie Saoudite a allumé un incendie qui ne s'éteindra pas de sitôt.

Contre un Empire et ses alliés.

Car l'Iran, comme tout grand empire qui se respecte, a des alliés.

Comme jadis, l'Union Soviétique instrumentalisait tous les Communistes de la planète au service des intérêts de la Russie, allant jusqu'à s'allier au III eme Reich, l'Iran a instrumentalisé, du Liban, à l’Irak, de la Syrie au Yémen, tous les Chiites du monde, au service du peuple iranien, au service de la Puissance Perse.

Ce sont ces Chiites qui sont frappés aujourd'hui au Yémen, comme ils le furent il y a quelques années à Bahreïn. Tout cela dans l'assourdissant silence des puissances occidentales, d'habitude si promptes à dénoncer les interventions étrangères, quand elles viennent ou viendraient(!) de Russie, par exemple !

Une guerre d'une nouvelle dimension.

Cette guerre, peu couverte par nos media, peut-être un peu honteux de voir les USA et leurs amis, habituels champions de la démocratie, allié de l'Arabie Saoudite qui n'est pas vraiment un modèle du genre, mais enfin après ce qu'on a vu en Ukraine ... est d'une importance qui dépasse celles déjà en cours en Syrie, en Iraq ou en Libye, car elle fait s'opposer directement plusieurs états dont la puissance arabe dominante de la péninsule du même nom.

Déclenchée par un irresponsable, mal calculée et mal préparée.

Cette guerre a été déclenchée par un roitelet saoudien mal dégrossis et sans expérience : Mohammed ben Salmane al-Saoud qui ne mesure visiblement pas les conséquences de ses actes. L'Arabie Saoudite est à peine plus peuplée que le Yémen (30 millions d'habitants contre 26 millions). Elle est elle-même un régime totalement vermoulu et au bord de l'implosion. Son armée, équipée, par des Occidentaux, selon des critères de guerres classiques occidentales, c'est à dire de guerres frontales comme on en vit entre 1939 et 1945 et comme on l'imagina pendant la Guerre Froide, n'est absolument pas pensée, entraînée et encore moins expérimentée pour une guérilla urbaine comme il s'en produit aujourd'hui au Yémen.

Le petit calcul pensant intelligent de placer cette guerre pendant les négociations finales sur le nucléaire iranien ne changera rien à l'affaire.

L'issue en est inscrite.

Dans cette guerre, on voit la première puissance arabe de la région directement impliquée, dans des batailles qu'elle ne peut pas gagner, parce que son armée n'est pas conçue pour et que la volonté de son peuple est inexistante (les Saoudiens ne luttent pas contre une invasion iranienne mais contre leurs frères Arabes, où est leur motivation ?). L'Arabie Saoudite va donc prendre les pires coups de face, sans qu'aucun pays tampon, aucune mer, aucun relief infranchissable ne la protège d'une contre-offensive ou d'une contagion du Yémen voisin.

La défaite est programmée avec en arrière plan l'effondrement d'un régime corrompu et... un embrasement possible de la région autour des Lieux Saints.

L'incendie est allumé, L'Arabie Saoudite avec la bénédiction des Etats-Unis et de leurs alliés a mis le feu au Moyen Orient. L'embrasement commencé en Irak, en Libye puis en Syrie est désormais général.
Source : SITE LE KERGOAT