mardi 30 décembre 2014

France - ERIC ZEMMOUR - Déportation des musulmans de France : son discours est calqué sur celui du Front National. Parfois, il va même plus loin que le parti de Marine Le Pen et n’hésite pas à le vanter.



Éric Zemmour est sans doute un journaliste et essayiste détestable. Immonde, diront certains. Cela fait des années, qu’il nage dans la controverse par des déclarations hostiles aux Noirs, aux Arabes et aux Musulmans. En 2011, il a été condamné par la justice pour incitation à la discrimination raciale. Plus récemment, en juin 2014, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA, France) a « mis fermement en garde » la chaine RTL après une chronique de Zemmour jugée de nature à encourager des « comportements discriminatoires vis-à-vis des populations expressément désignées, et de pouvoir inciter à la haine ou à la violence à l’encontre de celles-ci ».
À peu de choses près, son discours est calqué sur celui du Front National. Parfois, il va même plus loin que le parti de Marine Le Pen et n’hésite pas à le vanter.
Son livre « le suicide français », paru début octobre, est un Best-seller. Outre ses thèmes de prédilection, il y fait un pas de plus pour se rapprocher davantage des positions classiques de l’extrême droite dans son appréciation du régime de Vichy. Il défend la thèse selon laquelle le régime de Vichy aurait conclu « un pacte » avec l’Allemagne nazie préconisant de sacrifier les juifs étrangers afin de sauver les juifs français. Selon Zemmour, cet accord a permis de sauver les juifs français à 95%.
Indéniablement, Zemmour se positionne comme l’intellectuel du Front National et doit se projeter dans le rôle du « Buisson » de Marine Le Pen. Sinon de viser bien plus. Après tout, Zemmour bénéficie d’une popularité que Patrick Buisson n’a jamais eue, lui qui reste un illustre inconnu, en dehors des cercles médiatiques.
Le dernier scandale signé Zemmour est lié à une entrevue qu’il a accordée au quotidien italien Corriere della Sera, le 30 octobre dernier et qui est passée inaperçue. Du moins, jusqu’à ce que l’hebdomadaire franco-turc Zaman France traduise et publie l’entretien en lui collant le titre « Zemmour ne dit pas non à une déportation des musulmans de France ». Jean-Luc Mélenchon a aussi relayé l’information sur son blog. C’est le terme déportation qui a évidemment enflammé les réseaux sociaux et les médias.
Le fait est que Zemmour a réagi à une question du journaliste Stefan Montefiori qui lui demandait s’il suggérait de déporter 5 millions de musulmans français ? Zemmour a répondu qu’il savait que c’était irréaliste mais que l’histoire était surprenante, en citant notamment l’exemple du départ des Pieds-noirs d’Algérie pour retourner en France.
Zemmour prédit même un chaos, en France, en raison du « refus des musulmans de s’assimiler et de vivre à la française ». Vivre à la Française signifiant, selon lui, « donner à ses enfants des prénoms français, être monogame, s’habiller à la française, manger à la française, du fromage par exemple. S’assoir au café, faire la cour aux filles. Aimer l’Histoire de France et se sentir dépositaire de cette histoire et vouloir la continuer ».
Certes, on retrouve, dans ces réponses, les préjugés habituels que colporte Zemmour à propos des populations de confession et de culture musulmanes et comme à chaque fois il faut les condamner avec la plus grande force. Cependant, ce qu’il dit sur le chaos projeté pour la France et le risque – selon lui irréaliste mais à ne pas écarter – d’une déportation des musulmans est loin d’être une ineptie.
Il faut avoir la tête bien enfoncée dans le sable pour ne pas craindre des conséquences terribles à la grave montée de l’islamophobie en France et partout en Occident. Le chaos dont parle Zemmour est malheureusement envisageable. C’est un peu la barbarie crainte par Rosa Luxembourg, il y a 100 ans, dans sa célèbre formule « Socialisme ou Barbarie ». On sait que l’Allemagne et le monde ont connu cette barbarie vingt-ans après.
Aujourd’hui, plusieurs des économies européennes sont en crise, provoquant un chômage massif. Les politiques d’austérité mises en œuvre ont des impacts tragiques sur les conditions de vie des classes populaires et il n’y a pas de signe d’une sortie de cette crise, à l’horizon. L’Europe et l’Occident ne produisent plus grand-chose. L’industrie manufacturière occidentale est quasiment morte. Les États-Unis ne sont plus la première économie mondiale et sont désormais devancés par la Chine. Le Canada ne doit sa prospérité – du reste relative – ni à l’industrie manufacturière ni à l’industrie automobile mais surtout aux ressources naturelles dont il regorge et que les Européens n’ont pas.
Dans un tel contexte, désigner des boucs-émissaires permet aux classes dominantes de décharger la colère populaire sur les minorités les plus vulnérables. Le musulman a le profil idéal d’autant qu’en le désignant comme bouc-émissaire les classes dominantes et leurs représentants se défendent d’être racistes en prétendant vouloir simplement « freiner l’expansion de l’intégrisme religieux ».
Et même là où ça va plutôt bien sur le plan économique, les discours islamophobes se durcissent comme en Allemagne où les meetings du mouvement Pegida – pourtant né il y a à peine deux mois – réunissent des milliers de militants d’extrême droite et sont, selon les sondages, soutenues par près de la moitié de la population. Les décapitations de ressortissants de pays occidentaux orchestrées par DAESH et les actes commis, en Occident, au nom de l’islam contribuent à cultiver le mythe de l’islamisation du monde et aura inévitablement comme impact de faire monter la pression sur les communautés musulmanes qui sont de plus en plus harcelées et sommées de se justifier après chaque attentat attribué à des islamistes.
Le chaos dont parle Zemmour est possible mais il n’est pas inéluctable. Les peuples occidentaux doivent se rendre à l’évidence que le capitalisme européen n’est plus capable d’assurer la prospérité qu’il a pu réaliser après la guerre mondiale, avec les trente glorieuses. Ils ont par contre la possibilité de refuser le chaos et de construire une alternative à un système moribond. Une alternative plus juste, plus fraternelle et plus humaine que le système qui n’arrête plus de dresser les peuples les uns contre les autres.

Rabah Moulla
Source : PRESSE-TOI A GAUCHE
 

samedi 27 décembre 2014

Libye : un chaos français…la Libye serait-elle l’Irak des Français ?



Tandis que l’exécutif français prépare les esprits à une prochaine intervention en Libye, attardons-nous sur le bilan de la précédente aventure française dans ce pays.


La France « pompier pyromane »
Avant la mise sur pied de la coalition contre Daesh (Irak), c’était à une croisade libyenne que Hollande et Le Drian nous préparaient. Devant les ambassadeurs (28/08), Hollande a dressé le tableau bien sombre de la situation libyenne : « ma préoccupation majeure [...] c’est la Libye. La confusion est totale, des groupes djihadistes ont pris le contrôle de sites importants et pas simplement de sites pétroliers. Il y a deux parlements, deux gouvernements, même si, pour nous, il n’y en a qu’un seul de légitime. Il y a aujourd’hui des milices et il y a, au sud de la Libye, une formation de groupes terroristes qui attend d’intervenir. Si nous ne faisons rien [...] c’est le terrorisme qui se répandra dans toute cette région. Alors, la France demande aux Nations Unies, parce que ce sont elles qui doivent prendre leurs responsabilités, d’organiser un soutien exceptionnel aux autorités libyennes pour rétablir leur État. » Quel cynisme d’en appeler aujourd’hui à l’ONU, dont les résolutions ont été violées par la croisade franco-émirato-qatarienne de 2011 contre Kadhafi.

Le soutien français aux milices
S’ils n’étaient irrémédiablement irresponsables, ce serait à Sarkozy et Bernard-Henri Lévy (BHL) qu’il faudrait demander des comptes. Le premier pour avoir déclenché cette croisade qui a plongé la Libye dans le chaos. Le second pour avoir prétendu que les bébés naissent dans les choux et la démocratie dans les bombardements. La diplomatie française avait confessé en 2011 ses largages d’armes et « l’envoi en Libye d’une équipe restreinte de conseillers militaires français pour encadrer et conseiller le Conseil national de transition [CNT] sur la façon dont il pourrait organiser ses structures internes, gérer ses ressources et améliorer ses communications. »
Quand on connaît l’histoire de Touarga, on peut s’interroger sur la nature des conseils prodigués. Les bombardements de l’OTAN des 10 et 13 août 2011 permirent aux milices de Misrata de parvenir au centre de Touarga. La population de cette ville, majoritairement noire depuis l’époque pré-coloniale, fut accusée de crimes, commis aux côtés de l’armée fidèle à Kadhafi. Par vengeance raciste, les milices du CNT, cher à BHL, saccagèrent la ville, terrorisèrent ses 30 000 habitants et interdirent aux populations dispersées de revenir [1]. Amnesty International et Human Rights Watch ont rapporté les cas de tortures, de détentions arbitraires et de déplacements forcés subis par ces populations. Bien avant la prise de Touarga, le commandant rebelle qui menait les combats avait prévenu : « Touarga n’existe plus, seulement Misrata. » (Wall Street Journal, 21/06/2011). Fin août dernier, Me Ceccaldi a déposé auprès du Tribunal de grande instance de Paris une plainte au nom des habitants de Touarga, qui demandent réparation à l’État français pour les crimes subis.
Quant à l’équipement des milices, les rapports du groupe d’experts onusien chargé de surveiller l’embargo contre la Libye détaillent des livraisons d’armes clandestines, principalement par les Émirats Arabes Unis et le Qatar, citant notamment « une vingtaine de vols […] pour livrer aux révolutionnaires libyens, à partir du Qatar, du matériel militaire, dont des lance-missiles antichars MILAN de fabrication française » (S/2012/163).

Se payer sur la bête
Au-delà de l’opération militaire, la France et le Qatar se sont aussi intéressés aux caisses du régime Kadhafi. « Nous ferons payer la facture à ceux pour qui nous faisons ce travail difficile, douloureux, qu’est l’action militaire » déclarait Christophe Barbier (LCI, 5 avril 2011). C’est ainsi que le Mécanisme de financement temporaire du CNT, alimenté essentiellement par des fonds du régime Kadhafi saisis à l’étranger, était dirigé, en 2011, par trois Libyens, un représentant du gouvernement qatarien et un représentant du gouvernement français !
 Autre lien particulier entre le CNT et la France, les hydrocarbures, dont les fameux « 35 % » des réserves libyennes de pétrole qui auraient été promis à Total (Billets n°219, décembre 2012).
Embargo et bombardements occidentaux, renversement d’un autocrate assis sur une rente pétrolière, suivi d’un chaos : la Libye serait-elle l’Irak des Français ?

Drôles d’alliances
Les amis d’hier ne sont peut-être plus ceux d’aujourd’hui. Les liens étroits qui existaient entre l’Élysée et le Qatar sous Sarkozy ne sont plus de mise. Les socialistes préfèrent se rapprocher de l’Arabie Saoudite (comme sous Mitterrand) et des Émirats Arabes Unis. L’Arabie Saoudite est arrivée au premier rang des commandes d’armes françaises en 2013, tandis que la base militaire française d’Abou Dabi est la vitrine régionale pour l’armement tricolore. L’accord de défense qui lie la France aux Émirats depuis 1995 est cité comme étant le plus contraignant en terme d’engagement militaire en cas d’agression du pays partenaire – au point qu’il serait impossible pour la France de l’honorer.

Qui intervient en Libye ?
Pour en revenir à la Libye, depuis plusieurs mois, une rébellion nationaliste affronte des groupes islamistes soutenus par le Qatar. Pour stopper la progression de ces derniers, des frappes aériennes ont touché la région de Tripoli. Selon des propos d’officiels américains anonymes, elles auraient été opérées par l’aviation émirienne. Paris a démenti toute participation. Une semaine avant d’entamer une tournée aux Émirats et en Égypte, Le Drian confiait dans une interview au Figaro : « Nous devons agir en Libye ». Et plutôt que de revenir sur le fiasco de la précédente croisade, le ministre de la Défense a préféré évoquer la « réussite » de Serval : « Rappelons-nous ce que nous avons collectivement entrepris et réussi au Mali : une opération militaire de grande ampleur pour libérer ce pays de la menace djihadiste, et un processus politique démocratique. La dégradation de la situation sécuritaire en Libye pourrait entamer cet acquis. J’alerte aujourd’hui sur la gravité de la situation en Libye. Le Sud libyen est une sorte de « hub » où les groupes terroristes viennent s’approvisionner, y compris en armes, et se réorganiser » (Le Figaro, 9/09).
Emportés par la rhétorique anti-djihadiste, les faucons socialistes se sentent pousser des ailes.
Publié le 4 décembre 2014 (rédigé le 1er octobre 2014) par David Mauger
in billets d’Afrique et d’ailleurs (www.survie.org)

dimanche 21 décembre 2014

Maroc - Grèves de la faim dans les geôles de l’Etat réactionnaire marocain ! La solidarité est notre seule arme. Il faut en user.



Le mouvement communiste, au Maroc, subit, depuis plusieurs décennies, des coups durs portés par la réaction au pouvoir. Ces coups sont soit des enlèvements, soir des assassinats, soit emprisonnements à répétition et presque quotidien des militants d’extrême gauche qui militent pour la révolution démocratique populaire.
C’est dans ce cadre que s’inscrit l’arrestation d’un groupe de camarades marxistes-léninistes-maoïstes – camarades qui constituent aujourd’hui réellement un danger contre la classe réactionnaire au pouvoir par les luttes qu’ils mènent avec les masses populaires, avec les masses estudiantines et avec tous les prolétaires. Ce danger pour le pouvoir provient aussi du fait que ces camarades défendent et appliquent l’idéologie du prolétariat développé à son plus haut degré : à savoir le marxisme-léninisme-maoïsme.
Quelques-uns de ces camarades détenus (4 des 6 encore en détention) entament régulièrement des grèves de la faim comme arme à l’intérieur des prisons, afin de transformer ces dernières en bastion de lutte contre la réaction. Ces grèves sont principalement menées pour dénoncer les conditions de détention des camarades et pour arracher leurs droits bafoués.

Qui sont ces camarades ?
Aziz ElKHALFAOUI a été arrêté le 04.09.2014. Son affaire est toujours en cours : aucune condamnation n’a été prononcée à son encontre à ce jour. C’est un procès politique pur. Il a été la tête pensante du mouvement de masse du 20 février et des masses estudiantines de Marrakech. C’est un communiste authentique et il a été l’un des dirigeants du mouvement estudiantin marxiste – léniniste – maoïsme marocain. Il mène une grève de la faim depuis le 03.12.2014 à la prison de Marrakech.
 Rédouane ELHADIMI a été arrêté aussi le 04.09.2014. Son affaire est toujours en cours : aucune condamnation n’a été prononcée à son encontre. Il est l’un des militants de la tendance estudiantine de la voie démocratique basiste maoïste de Marrakech. Il a participé activement à la reconstruction de cette tendance sur le plan idéologique, politique et organisationnel - après que cette dernière ait reçu un coup dur durant l’année 2008.
Ces deux camarades mènent une grève de la faim pour plusieurs raisons :
1. pour lever l’isolement dans lequel ils se trouvent
2. pour rétablir le droit de visite de leur famille
3. pour l’accélération de leur procès
4. pour arracher l’autorisation à poursuivre leurs études
5. pour qu’ils puissent bénéficier de la bibliothèque de la prison
6. pour dénoncer le harcèlement quotidien des gardiens de prison
7. pour dénoncer l’interdiction qui leur est faite quant à l’utilisation des téléphones de la prison afin de pouvoir communiquer avec leur famille.
La santé de ces camarades s’aggrave de jour en jour. Le camarade ELKHALFAOUI a été transporté lundi dernier dans un hôpital, à l’extérieur de la prison, alors qu’il était dans le coma. Il souffre, de plus, de douleurs aiguës à l’estomac - douleurs accompagnées de diarrhées et de perte de sang. Par ailleurs, il ne parvient plus à parler, ni à bouger. Enfin, il faut signaler que le camarade est asthmatique.
Rédouane ELHADIMI, lui aussi, a entamé une grève de la faim depuis le 03.12.2014. Il souffre d’une douleur aiguë à la tête et ne peut plus non plus bouger ou s’exprimer.
Enfin, il faut signaler que ces deux camarades sont menacés d’être jetés au cachot s’ils s’entêtent dans leur grève de la faim.
Après plusieurs jours de grève de la faim, deux autres camarades emprisonnés à la prison de Tiznit, au sud du Maroc, les ont rejoints dans cette grève de la faim. Aziz ELBOUR est l’un d’eux. Ce camarade a – quant à lui - été arrêté le 15.02.2014 et condamné à 3 ans de prison ferme. Il était aussi militant au sein de la tendance estudiantine de la voie démocratique basiste maoïste de Marrakech. Il a entamé une grève de la faim ouverte depuis le 10.12.2014 en solidarité avec ses camarades de Marrakech et également pour réclamer son droit à poursuivre ses études.
Ce camarade avait déjà entamé avec ses camarades ELMOUDEN, ELMSKINI, TALHAOUI, plusieurs grèves de la faim : l’une en solidarité avec Georges Ibrahim Abdallah ; une autre en solidarité avec le soulèvement du peuple en Turquie l’année dernière ; une autre encore en solidarité avec le mouvement populaire et les détenus politiques au Maroc. Du fait de ces grèves de la faim répétées, son état de santé devient catastrophique et il a déjà été transféré à l’hôpital plusieurs fois.
Mohamed ELMOUDEN a été arrêté le 15.02.2013 ; il a été condamné à 3 ans de prison ferme. Il est l’un des dirigeants de la tendance estudiantine de la voie démocratique basiste maoïste de Marrakech. C’est la seconde fois qu’il se fait arrêter à cause de son activisme au sein de cette tendance et de son appartenance à l’UNEM. Il commencera une nouvelle grève de la faim vendredi 19.12.2014 en solidarité avec les camarades de Marrakech. Lui aussi a déjà entamé plusieurs grèves de la faim avec son groupe des 10.

Ces camarades constituent le noyau solide que le marteau du régime réactionnaire ne peut casser. Ce sont des militants marxistes-léninistes-maoïstes. Leur seul objectif est de faire avancer le processus révolutionnaire au point le plus élevé afin de résoudre la contradiction difficile qui existe entre l’alliance révolutionnaire contre l’alliance des classes dominantes. Ces militants sont parmi les meilleurs militants communistes au Maroc. C’est pour cela qu’il est du devoir de chacun et de tous de les soutenir par tous les moyens. La solidarité est notre seule arme. Il faut en user.

Vive la solidarité prolétarienne ! Vive la révolution marocaine et internationale ! Vive le marxisme-léninisme-maoïsme !

Source : Bella ciao

jeudi 18 décembre 2014

Egypte : « Ils ont innocenté l’assassin…! » Moubarak acquitté, démocrates emprisonnés..Al Sissi dégage !



Pendant ce temps des centaines de jeunes manifestants, de travailleurs arrêtés pour faits de grève, de syndicalistes, d’activistes étudiants, de jeunes opposés à l’interdiction de manifester.croupissent dans les geôles du régime !

« Ils ont innocenté l’assassin…! »
C’est par ces cris que, le soir même du procès, plusieurs milliers de manifestants ont accueilli le scandaleux verdict rendu par le tribunal qui avait à juger Moubarak pour ses crimes. Blanchi ! L’ex dictateur est ressorti « non coupable » de la mort des 850 victimes, tuées par ses forces de répression lors des manifestations qui avaient conduit à son renversement.
Innocent aussi des accusations de corruption et détournement de biens publics, pourtant avérées, avec la complicité de son ministre du pétrole. En effet, ces deux là, exportant clandestinement du gaz égyptien à destination d’Israël à un prix inférieur au cours du marché, engrangeaient de faramineuses sommes d’argent sale. Délit de détournement et de vol de richesses nationales, désormais annulé par la cour! Un jugement inique qui a révolté la jeunesse, les universités et le monde du travail.
Du côté de la présidence, le Maréchal Al Sissi, de retour d’un séjour officiel  en France où il fut reçu à l’Elysée, organisait le « silence radio » sur ce verdict.
Un « no comment » aisément explicable quand on sait qu’au moment des manifestations anti-Moubarak, des morts et des graves  violences qui les accompagnèrent, Al Sissi était tout bonnement le chef des renseignements militaires de…Moubarak!
De la même manière, on comprendra aussi que  l’actuel Premier ministre, Ibrahim Mahlab, cadre important du Parti de Moubarak, se soit, lui aussi, réfugié dans un silence e circonstance.
Ce qui ressort clairement de ces manipulations judiciaires, outre que la justice apparaisse encore une fois clairement « aux ordres », c’est bien que les militaires, aujourd’hui aux affaires, entendent mettre tout en oeuvre pour d’une part, se protéger de tout retour de bâton concernant leur propre passé, mais aussi pour assurer, d’autre part, la reprise à l’identique, de la politique menée par Moubarak. Politique, également par les frères, avant qu’ils ne soient renversés. La stratégie de ces « responsables » pourrait se résumer ainsi : « Tout recommencer comme si de rien n’était ».
Pendant ce temps des centaines de jeunes manifestants, de travailleurs arrêtés pour faits de grève, de syndicalistes, d’activistes étudiants, de jeunes opposés à l’interdiction de manifester…croupissent dans les geôles du régime !

La question des questions: le rapport à Israël
 S’agissant de cette question centrale, par les uns comme parles autres, se succédant de gouvernement en gouvernement, les grands équilibres régionaux ont toujours été, et sont toujours,  préservés.  Et c’est cela, et seulement ça, qui importe outre Atlantique.
Sur un plan immédiatement visible, la dureté de l’attitude du gouvernement à l’encontre des palestiniens, même aux moments les plus dramatiques de l’offensive israélienne sur Gaza n’a d’autre explication que sa soumission aux intérêts US et à leur stratégie régionale.
Ce positionnement brutal quant à la souffrance des palestiniens, symbole s’il en est de l’agression impérialiste dans la Région depuis des décennies, n’est que le fruit d’un positionnement pro-USA beaucoup plus large, par tous les gouvernants successifs, même durant la parenthèse des Frères.
Qu’il s’agisse en effet du gouvernement post Moubarak, du gouvernement des Frères comme de celui de Al Sissi, malgré quelques rodomontades de principe ici et là, histoire d’amuser la galerie « droitdelhommiste » internationale, jamais les USA n’ont cessé d’apporter leur aide. Que cette aide soit militaire, économique ou financière.
Au plan militaire, les manoeuvres communes annuelles, traditionnelles entre les armées des deux pays, ont été parfois repoussées, parfois reportées, jamais annulées; les livraisons de matériel militaire jamais interrompues et les aides financières, dites « soumises à conditions » n’ont jamais été, elles non plus, remises en question.
Pour bien comprendre le pourquoi de l’attitude Nord Américaine, il faut, comme toujours, chercher du côté de l’Etat d’Israël, de sa reconnaissance par l’Etat Egyptien et du respect, pérennisé par les uns et les autres, des accords de paix. Que cette Région, soit maintenue dans une situation de paix relative, importe au plus haut point à Washington, où les coûts démesurés, engagés depuis si longtemps, pour faire d’Israël le super gendarme régional commencent à peser dans les rapports.
En conséquence, tant qu’un gouvernement, quel qu’il soit et quelle que soit sa politique intérieure, ne remettra pas en cause la ligne capitulatrice imposée aux pays frontaliers d’Israël, initiée par Anouar El Sadate, il pourra être assuré d’une grande « tranquillité », du maintien du statu quo et du soutien inconditionnel des USA.

Un peuple toujours mobilisé
Par delà le dégoût provoqué par ce verdict honteux , c’est de la volonté affichée des militaires d’en « terminer » avec la révolution ouverte par le peuple d’Egypte depuis quatre ans dont il s’agit.
Il  conviendrait, pensent-ils, d’en revenir au calme, autrement dit, d’en revenir au « système d’avant » !  Ainsi raisonnent « bêtement », toujours et partout, qu’il s’agisse de la Tunisie, de l’Egypte et maintenant déjà, du Faso, les contre-révolutionnaires chargés de recoudre le fil de leur propre histoire. « Bêtement »,  parce que ce type de raisonnement montre les limites de l’intelligence politique, le flair, de ce personnel politique là.
Comment imaginer, en effet, en Tunisie, En Egypte, au Faso, que les populations, devenues actrices de leur destin, ayant affirmé leur pouvoir en abattant elles-mêmes, les tyrans, se soient désormais « suffisamment amusées » et rentrent au bercail, comme si de rien n’était ?
Déjà, malgré l’interdiction des manifestations, le jour même du rendu du verdict par la Cour, une manifestation s’est formée près de la Place Tahrir. On relèvera deux morts, de nombreux blessés et les forces de répression procéderont à de nombreuses arrestations. Cependant,  ces courageux manifestants auront montré, à Al Sissi et ses amis, que la plus draconienne des répressions ne contiendra jamais l’expression populaire.
Par ailleurs, tout le pays est aujourd’hui secoué par une vague ininterrompue de grèves et de conflits sociaux. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : Les grèves qui secouent l’Egypte ont été plus nombreuses ces deux dernières années que durant toute la décennie précédant le renversement révolutionnaire de Moubarak.
Certains conflits, de plus en plus durs sont révélateurs du climat politique et social. Qu’il s’agisse des travailleurs d’Aboud Spinning Company, toujours en grève après deux longs mois de lutte, à cause de leurs salaires impayés. Les formes empruntées par ces combats sont, elles aussi, révélatrices. En effet, non seulement mobilisés à l’intérieur, au sein de leur entreprise occupée, c’est aussi dehors, au mépris de la loi interdisant  manifestations et rassemblements, que manifestent régulièrement les ouvriers.
De la même manière, la grève, avec occupation, des 11 000 travailleurs de la plus ancienne entreprise de sidérurgie du pays, Egyptian Iron and Steel Company, demeure un évènement majeur. L’objet même du conflit montre le niveau de conscience et l’état d’esprit des ouvriers. Le mouvement a, en effet, commencé sur la question de primes non payées et s’est rapidement élargi à l’exigence de réintégrer des travailleurs licenciés lors d’une grève précédente datant de…décembre 2013 ! Voilà qui en dit plus que tout discours sur la mémoire longue des salariés.
La répression contre-révolutionnaire frappe lourdement les travailleurs, cherchant ouvertement à museler les organisations représentatives, les comités de grève et, en toile de fond, à liquider les syndicats ou, au mieux, les intégrer au dispositif étatique. Sur cet « os » pour l’instant, il est clair, que malgré tous ses efforts, le pouvoir de Al Sissi, s’est cassé les dents. Ce sont toujours les travailleurs qui, encore aujourd’hui, donnent le tempo. Par exemple, ne voulant pas être amalgamés aux menées des frères musulmans, appelées pour la fin novembre, ce sont eux qui, à l’entreprise EISCO (déjà citée) ont décidé de mettre un terme momentané au conflit. Les travailleurs, en Assemblée générale, pas les forces de répression !
L’université, elle aussi en butte à la répression et aux provocations des « groupes » contre révolutionnaires, demeure toujours un haut lieu de la mobilisation contre le régime. Aussitôt après l’annonce de l’acquittement de l’ex dictateur par ses « ex amis », on a vu circuler dans les campus un appel, bravant l’interdiction de rassemblements et manifestations, à se mobiliser le 25 janvier prochain, date anniversaire du soulèvement révolutionnaire.
Clairement, à l’inverse de ce que voudraient voir arriver les caciques du régime, le temps du « retour vers le passé » n’a pas encore sonné en Egypte, loin s’en faut. Le « calme » qui règne est celui de la répression, des prisons, des procès iniques et de l’état d’urgence, il n’est que trompeur. Et ce n’est pas le soutien ouvert des occidentaux qui changera quoique ce soit à la dynamique révolutionnaire enclenchée il y a quatre ans sur la place Tahrir .
De Tunis à Tahrir, de Tahrir à Ouaga, les jeunes, les populations, débarrassant eux-mêmes le paysage des dictatures, ont pris conscience de leur puissance, ont fait sortir le fleuve populaire de son lit, et les contre-révolutionnaires apprendront à leurs dépens combien il est difficile, voire impossible, de l’y faire rentrer.
Abla Merzougui Lahket
François Charles
Source : L’AUTRE AFRIQUE