jeudi 18 décembre 2014

Egypte : « Ils ont innocenté l’assassin…! » Moubarak acquitté, démocrates emprisonnés..Al Sissi dégage !



Pendant ce temps des centaines de jeunes manifestants, de travailleurs arrêtés pour faits de grève, de syndicalistes, d’activistes étudiants, de jeunes opposés à l’interdiction de manifester.croupissent dans les geôles du régime !

« Ils ont innocenté l’assassin…! »
C’est par ces cris que, le soir même du procès, plusieurs milliers de manifestants ont accueilli le scandaleux verdict rendu par le tribunal qui avait à juger Moubarak pour ses crimes. Blanchi ! L’ex dictateur est ressorti « non coupable » de la mort des 850 victimes, tuées par ses forces de répression lors des manifestations qui avaient conduit à son renversement.
Innocent aussi des accusations de corruption et détournement de biens publics, pourtant avérées, avec la complicité de son ministre du pétrole. En effet, ces deux là, exportant clandestinement du gaz égyptien à destination d’Israël à un prix inférieur au cours du marché, engrangeaient de faramineuses sommes d’argent sale. Délit de détournement et de vol de richesses nationales, désormais annulé par la cour! Un jugement inique qui a révolté la jeunesse, les universités et le monde du travail.
Du côté de la présidence, le Maréchal Al Sissi, de retour d’un séjour officiel  en France où il fut reçu à l’Elysée, organisait le « silence radio » sur ce verdict.
Un « no comment » aisément explicable quand on sait qu’au moment des manifestations anti-Moubarak, des morts et des graves  violences qui les accompagnèrent, Al Sissi était tout bonnement le chef des renseignements militaires de…Moubarak!
De la même manière, on comprendra aussi que  l’actuel Premier ministre, Ibrahim Mahlab, cadre important du Parti de Moubarak, se soit, lui aussi, réfugié dans un silence e circonstance.
Ce qui ressort clairement de ces manipulations judiciaires, outre que la justice apparaisse encore une fois clairement « aux ordres », c’est bien que les militaires, aujourd’hui aux affaires, entendent mettre tout en oeuvre pour d’une part, se protéger de tout retour de bâton concernant leur propre passé, mais aussi pour assurer, d’autre part, la reprise à l’identique, de la politique menée par Moubarak. Politique, également par les frères, avant qu’ils ne soient renversés. La stratégie de ces « responsables » pourrait se résumer ainsi : « Tout recommencer comme si de rien n’était ».
Pendant ce temps des centaines de jeunes manifestants, de travailleurs arrêtés pour faits de grève, de syndicalistes, d’activistes étudiants, de jeunes opposés à l’interdiction de manifester…croupissent dans les geôles du régime !

La question des questions: le rapport à Israël
 S’agissant de cette question centrale, par les uns comme parles autres, se succédant de gouvernement en gouvernement, les grands équilibres régionaux ont toujours été, et sont toujours,  préservés.  Et c’est cela, et seulement ça, qui importe outre Atlantique.
Sur un plan immédiatement visible, la dureté de l’attitude du gouvernement à l’encontre des palestiniens, même aux moments les plus dramatiques de l’offensive israélienne sur Gaza n’a d’autre explication que sa soumission aux intérêts US et à leur stratégie régionale.
Ce positionnement brutal quant à la souffrance des palestiniens, symbole s’il en est de l’agression impérialiste dans la Région depuis des décennies, n’est que le fruit d’un positionnement pro-USA beaucoup plus large, par tous les gouvernants successifs, même durant la parenthèse des Frères.
Qu’il s’agisse en effet du gouvernement post Moubarak, du gouvernement des Frères comme de celui de Al Sissi, malgré quelques rodomontades de principe ici et là, histoire d’amuser la galerie « droitdelhommiste » internationale, jamais les USA n’ont cessé d’apporter leur aide. Que cette aide soit militaire, économique ou financière.
Au plan militaire, les manoeuvres communes annuelles, traditionnelles entre les armées des deux pays, ont été parfois repoussées, parfois reportées, jamais annulées; les livraisons de matériel militaire jamais interrompues et les aides financières, dites « soumises à conditions » n’ont jamais été, elles non plus, remises en question.
Pour bien comprendre le pourquoi de l’attitude Nord Américaine, il faut, comme toujours, chercher du côté de l’Etat d’Israël, de sa reconnaissance par l’Etat Egyptien et du respect, pérennisé par les uns et les autres, des accords de paix. Que cette Région, soit maintenue dans une situation de paix relative, importe au plus haut point à Washington, où les coûts démesurés, engagés depuis si longtemps, pour faire d’Israël le super gendarme régional commencent à peser dans les rapports.
En conséquence, tant qu’un gouvernement, quel qu’il soit et quelle que soit sa politique intérieure, ne remettra pas en cause la ligne capitulatrice imposée aux pays frontaliers d’Israël, initiée par Anouar El Sadate, il pourra être assuré d’une grande « tranquillité », du maintien du statu quo et du soutien inconditionnel des USA.

Un peuple toujours mobilisé
Par delà le dégoût provoqué par ce verdict honteux , c’est de la volonté affichée des militaires d’en « terminer » avec la révolution ouverte par le peuple d’Egypte depuis quatre ans dont il s’agit.
Il  conviendrait, pensent-ils, d’en revenir au calme, autrement dit, d’en revenir au « système d’avant » !  Ainsi raisonnent « bêtement », toujours et partout, qu’il s’agisse de la Tunisie, de l’Egypte et maintenant déjà, du Faso, les contre-révolutionnaires chargés de recoudre le fil de leur propre histoire. « Bêtement »,  parce que ce type de raisonnement montre les limites de l’intelligence politique, le flair, de ce personnel politique là.
Comment imaginer, en effet, en Tunisie, En Egypte, au Faso, que les populations, devenues actrices de leur destin, ayant affirmé leur pouvoir en abattant elles-mêmes, les tyrans, se soient désormais « suffisamment amusées » et rentrent au bercail, comme si de rien n’était ?
Déjà, malgré l’interdiction des manifestations, le jour même du rendu du verdict par la Cour, une manifestation s’est formée près de la Place Tahrir. On relèvera deux morts, de nombreux blessés et les forces de répression procéderont à de nombreuses arrestations. Cependant,  ces courageux manifestants auront montré, à Al Sissi et ses amis, que la plus draconienne des répressions ne contiendra jamais l’expression populaire.
Par ailleurs, tout le pays est aujourd’hui secoué par une vague ininterrompue de grèves et de conflits sociaux. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : Les grèves qui secouent l’Egypte ont été plus nombreuses ces deux dernières années que durant toute la décennie précédant le renversement révolutionnaire de Moubarak.
Certains conflits, de plus en plus durs sont révélateurs du climat politique et social. Qu’il s’agisse des travailleurs d’Aboud Spinning Company, toujours en grève après deux longs mois de lutte, à cause de leurs salaires impayés. Les formes empruntées par ces combats sont, elles aussi, révélatrices. En effet, non seulement mobilisés à l’intérieur, au sein de leur entreprise occupée, c’est aussi dehors, au mépris de la loi interdisant  manifestations et rassemblements, que manifestent régulièrement les ouvriers.
De la même manière, la grève, avec occupation, des 11 000 travailleurs de la plus ancienne entreprise de sidérurgie du pays, Egyptian Iron and Steel Company, demeure un évènement majeur. L’objet même du conflit montre le niveau de conscience et l’état d’esprit des ouvriers. Le mouvement a, en effet, commencé sur la question de primes non payées et s’est rapidement élargi à l’exigence de réintégrer des travailleurs licenciés lors d’une grève précédente datant de…décembre 2013 ! Voilà qui en dit plus que tout discours sur la mémoire longue des salariés.
La répression contre-révolutionnaire frappe lourdement les travailleurs, cherchant ouvertement à museler les organisations représentatives, les comités de grève et, en toile de fond, à liquider les syndicats ou, au mieux, les intégrer au dispositif étatique. Sur cet « os » pour l’instant, il est clair, que malgré tous ses efforts, le pouvoir de Al Sissi, s’est cassé les dents. Ce sont toujours les travailleurs qui, encore aujourd’hui, donnent le tempo. Par exemple, ne voulant pas être amalgamés aux menées des frères musulmans, appelées pour la fin novembre, ce sont eux qui, à l’entreprise EISCO (déjà citée) ont décidé de mettre un terme momentané au conflit. Les travailleurs, en Assemblée générale, pas les forces de répression !
L’université, elle aussi en butte à la répression et aux provocations des « groupes » contre révolutionnaires, demeure toujours un haut lieu de la mobilisation contre le régime. Aussitôt après l’annonce de l’acquittement de l’ex dictateur par ses « ex amis », on a vu circuler dans les campus un appel, bravant l’interdiction de rassemblements et manifestations, à se mobiliser le 25 janvier prochain, date anniversaire du soulèvement révolutionnaire.
Clairement, à l’inverse de ce que voudraient voir arriver les caciques du régime, le temps du « retour vers le passé » n’a pas encore sonné en Egypte, loin s’en faut. Le « calme » qui règne est celui de la répression, des prisons, des procès iniques et de l’état d’urgence, il n’est que trompeur. Et ce n’est pas le soutien ouvert des occidentaux qui changera quoique ce soit à la dynamique révolutionnaire enclenchée il y a quatre ans sur la place Tahrir .
De Tunis à Tahrir, de Tahrir à Ouaga, les jeunes, les populations, débarrassant eux-mêmes le paysage des dictatures, ont pris conscience de leur puissance, ont fait sortir le fleuve populaire de son lit, et les contre-révolutionnaires apprendront à leurs dépens combien il est difficile, voire impossible, de l’y faire rentrer.
Abla Merzougui Lahket
François Charles
Source : L’AUTRE AFRIQUE

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