samedi 14 avril 2012

Melenchon et Rafael Correa : ensemble pour la "Révolution Citoyenne"...."Ici comme en France a sonné l’heure de la Révolution citoyenne et de la marche vers un avenir fait de vie et de paix, fruits de la justice".

Dans une lettre de soutien au candidat du Front de Gauche, le président de l’Équateur déclare : "Ici comme en France a sonné l’heure de la Révolution citoyenne et de la marche vers un avenir fait de vie et de paix, fruits de la justice".
Dans une lettre datée du 9 avril dernier, le président équatorien Rafael Correa a exprimé sa "solidarité militante" au candidat du Front de Gauche à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon. Celui déclarait voici quelques jours "on a focalisé sur Chavez mon intérêt pour les révolutions qui ont eu lieu en Amérique du Sud" mais "je suis plus proche de Rafael Correa, de l’Equateur" à qui, a-t-il expliqué, il a emprunté le concept de "révolution citoyenne"

Rien d’étonnant donc à ce que le président équatorien lui ait "rendu la politesse" dans la lettre dont nous publions ci-dessous le texte intégral :

Cher Jean-Luc,
Les injustices et les inégalités générées par un système basé sur le pouvoir de quelques uns et l’exploitation de la majorité, ont poussé, en Amérique latine, les citoyennes et les citoyens à s’unir pour redéfinir notre destin. La vérité, l’honnêteté, la force, la créativité et la simplicité des grandes idées résident en nos compatriotes et avec eux nous construisons ce futur que nous appelons tous de nos vœux.
En Amérique latine, ce système qui mettait le capital au-dessus de l’humain et les intérêts corporatistes au-dessus des droits citoyens s’est définitivement éteint. En Équateur, cela s’est traduit par le mot d’ordre du peuple : « Qu’ils s’en aillent tous ! » Et c’est ainsi que nous avons débuté une révolution citoyenne destinée à changer les structures du pouvoir et à instaurer le bien vivre pour toutes et tous. Nos pas ne sont pas guidés par les recommandations du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, mais par une nouvelle Constitution, adoptée directement par le peuple, et dont les droits de l’homme constituent la colonne vertébrale.
Le nouveau Front de Gauche que tu mènes est une référence pour les mouvements progressistes de toute l’Europe, nous sommes sûrs que vous saurez affronter les défis posés par ce moment historique de la réalité européenne. Ce soutien populaire croissant est une preuve que l’Europe peut, elle aussi, surmonter le fondamentalisme néolibéral qui fait subir aux citoyens le coût de la crise, repoussant ainsi les aspirations sociales et enracinant les inégalités.
Les propositions sociales que tu fais ont d’ores et déjà commencé à être stigmatisées par les grands médias, lesquels te qualifient de « populiste » et « démagogue » : bienvenue dans la lutte, il s’agit là de la réaction du capital, lorsque se profilent les politiques et les mesures au bénéfice des travailleurs, des salariés, de la grande majorité.
Reçois, cher Jean-Luc, au nom du gouvernement de la Révolution citoyenne, de tous les révolutionnaires de l’Équateur, et de moi même, le soutien à ton projet de société au service de ton pays. Ici comme en France a sonné l’heure de la Révolution citoyenne et de la marche vers un avenir fait de vie et de paix, fruits de la justice.
Nous saluons ta reconnaissance envers le travail quotidien que des millions d’Équatoriennes et d’Équatoriens menons avec cohérence et volonté pour transformer radicalement et profondément les structures d’une réalité économique, sociale et politique qui nous avait plongés dans la pauvreté, la dépendance et le sous-développement.
Nous te souhaitons, compañero, le succès dans cette élection présidentielle. Compte sur notre solidarité militante.
Hasta la victoria Siempre,
Rafael Correa Delgado
Président Constitutionnel de la République
LAFRONCOLATINA

vendredi 13 avril 2012

Israel a assassiné plus d'opposants politiques que l'apartheid Sud-Africain avait éxècuté d'opposants judiciairement ....Israël pratique encore la peine de mort... Et sans procès !

Cette fin de semaine les Nations Unis ont tenu une réunion internationale à Genève, portant sur la question des prisonniers politiques palestiniens dans les prisons et centres de détentions israéliens. Le Professeur John Dugard a fait une présentation du statut des palestiniens engagés dans la résistance contre l’oppression israélienne. L'ancien envoyé spécial de la situation des droits de l'homme dans les territoires occupés, le Professeur Dugard, a tracé un parallèle entre le traitement des opposants et les militants politiques de l'Afrique du Sud, et mis en évidence les similarités entre les deux régimes.

Ci-dessous le sommaire de l'analyse du Professeur Dugard.
 
La délégitimisation des prisonniers politiques
 
Israël ne reconnait pas les Palestiniens engagés dans les activités résistantes contre la répression israélienne, comme combattants, opposants ou bien prisonniers "politiques". Afin d éviter de donner une quelconque légitimité a leur cause, ils sont traités en tant que "terroristes", criminels ordinaires ou bien comme détenus sécuritaires.
 
Le régime sud africain traita Nelson Mandela ainsi que les autres prisonniers politiques de son genre, de façon similaire. En outre, Israël refuse à ses prisonniers politiques ayant la qualification de combattants, le statut de prisonniers de guerre.
Il ne reconnait même pas qu'il y a un conflit entre l'Etat d'Israël et le peuple palestinien qui exerce son droit à l'auto-détermination et à l'indépendance. Les prisonniers de guerre ne peuvent pas être poursuivis et punis comme des criminels ordinaires. Bien au contraire, ils peuvent être retenus jusqu'à la fin des hostilités, après quoi ils doivent être libérés et rapatriés.
 
Le statut de prisonnier de guerre est applicable à un quelconque membre d'un groupe organisé dans le combat "contre la domination coloniale et l'occupation étrangère, et contre les régimes racistes empêchant l'exercice de leur droit à l'auto-détermination", selon l'article additionnel des Conventions de Genève de 1949, l'"article premier". Le peuple palestinien a le droit à l'auto-détermination, étant soumis à l'occupation étrangère et à une possible domination coloniale. La lutte entre l'OLP, en tant que mouvement de libération nationale et Israël, doit donc être reconnue comme un conflit armé international où les Conventions de Genève doivent s'appliquer.
 
Dans une déclaration, l'OLP s'était engagée à appliquer les Conventions de Genève ainsi que son 'article premier', tout comme l'avait fait l'ANC (Congrès national africain en Afrique du Sud). De nombreux combattants répondent aux exigences définies dans cet article. Ils sont membres d'une force organisée, soumis aux responsabilités d'une structure de commandement respectant les règles de droit humanitaire internationales.
 
Les combattants de la liberté palestiniens ne sont pas des criminels
 
Israël s'identifie à l'apartheid Sud africain en refusant de signer l'article premier des Conventions de Genève. Les clauses de l'article premier, et les avantages des Conventions de Genève pour l'OLP en tant que mouvement de libération nationale, ne sont donc pas contraignants pour Israël. Cependant, Dugard fait valoir que l'"article premier", est devenu partie intégrante du droit international conventionnel, parce-que 170 États l'ont ratifié. Israël est donc lié par le Protocole, en dépit du fait qu'il ne l'a pas signé.
 
Ainsi contrairement à leurs obligations en vertu du droit international conventionnel, les tribunaux israéliens ont rejeté l'argument que les combattants de la résistance palestinienne sont engagés dans une guerre d'auto-détermination et peuvent donc prétendre au statut de prisonnier de guerre. En outre, les tribunaux israéliens ont, ces dernières années, utilisé l'excuse que les combattants de la résistance palestinienne ne parviennent pas à se conformer aux lois des conflits armés et n'ont donc pas droit au statut de prisonnier de guerre.
 
Mais si les combattants palestiniens étaient détenus comme prisonniers de guerre, ils le seraient jusqu'à la fin de l'occupation, ce qui pourrait durer de nombreuses années. Ils seraient libérés en même temps que les personnes condamnées par les tribunaux militaires israéliens, et vus par Israël comme criminels. Ainsi, les implications pratiques du statut de prisonnier de guerre ne sont pas significatives.
 
Toutefois, les implications symboliques ou politiques de l'état de prisonnier de guerre sont importantes. Les prisonniers de guerre ne sont pas traités comme des criminels mais comme des adversaires dignes d'un conflit militaire, combattants de la liberté, engagés dans une guerre pour l'auto-détermination, dont les droits sont reconnus et déterminés par le droit international.
 
Les tribunaux militaires
 
Sous l'apartheid, les combattants de l'ANC étaient jugés selon la loi pénale. De tels procès avaient donné l'occasion aux militants de confronter leurs adversaires et d'exposer leur cause dans un procès politique. Dans l'apartheid d'Afrique du Sud, ainsi qu'en Namibie, les militants utilisaient le procès politique à bon escient. Habilement défendus par des avocats compétents et sympathisants de leur cause, dans des tribunaux civils ouverts au public et en présence de la presse et d'observateurs étrangers. Ils exploitèrent les règles de la procédure d'évidence à l'avantage de leur cause politique. L'histoire de l'apartheid est remplie de procès politiques, qui ont mis en évidence la stature des défendeurs en exposant la répression et la discrimination.
 
La plupart des combattants palestiniens sont jugés par des tribunaux militaires, malgré la préférence du droit international humanitaire pour l'impartialité des tribunaux civils. Les tribunaux militaires sont destinés à être l'exception et non la règle, selon la quatrième Convention de Genève. Ces tribunaux sont dirigés par des juges militaires sans indépendance, et siégeant à des hauteurs inaccessibles, parfois à huis clos, appliquant une loi militaire inaccessible, ayant peu d'égard pour les règles d'une procédure régulière.
 
En général, les militants palestiniens n'ont même pas la possibilité de confronter la puissance occupante, face a une audience publique et devant des juges impartiaux appliquant la loi régulière.
 
Le régime israélien assassine ses opposants politiques
 
Ceux qui refusent d'accepter la comparaison du régime répressif d'Israël dans les territoires occupés de Cisjordanie et de la bande de Gaza à celle de l'apartheid, proclament fièrement qu'au moins les prisonniers politiques palestiniens ne sont pas exécutés, et qu'Israël est un état qui a de facto aboli la peine de mort. Il est vrai que l'apartheid Sud africain exécutait des prisonniers politiques après qu’ils aient été jugés par des tribunaux civils et non militaires, dans des procès où étaient appliquées des procédures légales appropriées.
 
Mais beaucoup plus de Palestiniens ont été tués dans des assassinats ciblés de combattants, que d'hommes exécutés judiciairement pour crimes politiques en Afrique du Sud. Israël n'est pas un État abolitionniste. C'est un état qui pratique la peine capitale de manière arbitraire et capricieuse, sans aucun procès.
 
Bien que les conditions des prisonniers palestiniens sont cruelles et inhumaines, bien que les procès qui les ont envoyés en prison sont injustes, et bien que les appellations utilisées a leur encontre sont ô combien humiliantes, telles que « criminels » ou « terroristes », nous ne devrions pas oublier que les prisonniers palestiniens sont les plus chanceux. Ceux-là au moins n’ont pas été assassinés comme certains de leurs pairs par un régime qui élimine ses opposants politiques sous l'euphémisme "d'assassinats ciblés".
 
Traduit de l'anglais par Aladin pour Investig'Action

Venezuela en 1998 : Un coup d'Etat "made in USA"

Il y a dix ans, Hugo Chavez, élu président du Venezuela en 1998, était victime d’un coup d’Etat qui devait avorter en 48 heures grâce à l’intervention massive de la population des quartiers populaires de Caracas.
Tout commence le 11 avril lorsqu’une manifestation de l’opposition, guidée par les télévisions privées [1], se dirige vers le palais présidentiel devant lequel sont rassemblés en masse des partisans de Chavez. La police tente de s’interposer jusqu’à ce que de mystérieux « snippers » postés sur les édifices alentours ouvrent le feu et abattent 16 manifestants (surtout des pro-Chavez).

Les télévisions privées s’empressent d’accuser Chavez d’avoir ordonné d’ouvrir le feu. Une scène tronquée accréditant ce mensonge est diffusée en boucle par les télévisions vénézuéliennes et est reprise telle quelle par les médias occidentaux. Elle fournit le prétexte recherché par les putschistes.

Dans la nuit du 11 au 12, des militaires factieux exigent de Chavez qu’il démissionne sinon ils feront bombarder le palais présidentiel où il est réuni avec son gouvernement. Chavez refuse mais, afin d’éviter un bain de sang, il accepte de se constituer prisonnier. Il est arrêté et emmené dans un lieu secret.

Dans l’après-midi du 12, les instigateurs de putsch conduit par Pedro Carmona, dirigeant patronal, s’autoproclament « gouvernement de transition ». Ils décident immédiatement de dissoudre l’Assemblée nationale, d’annuler la Constitution et de renvoyer les juges de la Cour suprême.

Mais l’information de l’emprisonnement de Chavez parvient à circuler dans les quartiers populaires grâce au bouche à oreille, aux courriels sur Internet, aux téléphones portables...

De leur côté, les autorités cubaines, en relation avec des partisans de Chavez dans le pays, parviennent à alerter les diplomates et les médias internationaux sur la réalité de la situation vénézuélienne. Notamment sur le fait qu’une grande partie de l’armée est hostile au coup d’Etat.

Si bien que, dès la matinée du 13 avril, des centaines de milliers de Caraqueños venus majoritairement des quartiers populaires envahissent les rues de la capitale et entourent le palais présidentiel, exigeant le retour de Chavez. Finalement, les putschistes sont chassés du bâtiment grâce à l’intervention de la Garde présidentielle restée fidèle au président.

Au petit matin du 14, une unité héliportée rejoint le lieu de détention de Chavez, le libère et le reconduit à Caracas. Le coup d’Etat a échoué d'une manière lamentable.

Pedro Carmona se réfugiera en Colombie tandis que la plupart des généraux félons émigrent aux Etats-Unis.

LES COMPLICES

La préparation de ce coup d’Etat a été coordonnée avec l’administration des Etats-Unis, notamment avec la CIA et sa couverture publique, la National Endowment for Democracy (NED) qui, selon le New York Times du 25 avril, a financé les conspirateurs.
Dès le 13 avril, le Washington Post confirme que « ces dernières semaines, les visites de membres de divers groupes d'opposition se sont succédés à l'ambassade des Etats-Unis. Parmi eux figuraient des généraux en retraite, des patrons de médias et des politiciens de l'opposition ».

A la même date, trois navires américains pénètrent dans les eaux territoriales vénézuéliennes tandis que leurs hélicoptères survolent l'île de La Orchila, lieu de détention de Chavez. Quant à l'AFP, dans une dépêche du 22 avril, elle fait état de la présence de deux officiers américains au quartier général des putschistes.

Dès le premier jour des évènements, aucune réaction émanant de personnalités américaines ne condamne le renversement du gouvernement vénézuélien démocratiquement élu. Au contraire.

Ari Fleisher, porte-parole de la Maison-Blanche, justifie le coup d'Etat : « Chavez n'a jamais bénéficié du soutien de la population, des pays voisins et certainement pas du président Bush ».
Charles Shapiro, ambassadeur des États-Unis au Venezuela, légitime le fait accompli : « Nous soutenons l'intention annoncée par le gouvernement transitoire de renforcer les institutions et les processus démocratiques dans le cadre d'un respect des droits de l'Homme et de l'État de droit ».

Quant à l’Union européenne, elle se distingue par une déclaration de soutien ouvert aux putschistes :

« [L'Union européenne] fait confiance au gouvernement de transition pour respecter les valeurs et les institutions démocratiques afin de régler la crise actuelle dans le cadre de la concorde nationale et dans le respect des droits et libertés fondamentales ».

[1] Les médias privés vénézuéliens, entre les mains de riches propriétaires, détiennent 95% des fréquences radio et TV. Privilège qui leur a permis d’entretenir une campagne virulente de diffamation contre Hugo Chavez dès le lendemain de son élection.

Jean-Pierre Dubois - blanqui.29@orange.fr



jeudi 12 avril 2012

BIRMANIE : Le printemps birman...une vraie « révolution » printanière sans « Irhal » ni « Dégage »

Alors que la saison qui a vu déferler les foules dans les rues arabes n’avait rien à voir avec le printemps, voilà que la Birmanie nous offre une vraie « révolution » printanière sans « Irhal » ni « Dégage ». Plus encore, l’indéniable changement que connaît actuellement la vie politique birmane s’est opéré sans le concours de Facebook, Twitter et autres médias sociaux, outils de contestation par excellence du « printemps » arabe. Pourtant les « révolutions » arabe et birmane ont été étonnamment synchrones : la première a débuté avec le geste tragique de feu Mohamed Bouazizi le 17 décembre 2010 et la seconde avec la libération de la militante Aung San Suu Kyi par la junte militaire birmane le 13 novembre 2010, soit un mois auparavant. Comment alors expliquer la flagrante différence entre les modes opératoires des profondes transformations du paysage politique de ces deux régions du monde ?
Pour cela, il faut remonter vingt ans plus tôt, du temps où les dissidents birmans ont failli réaliser la première des révolutions colorées.
Les révolutions colorées
Les révolutions colorées réfèrent aux révoltes qui ont bouleversé certains pays de l’Est ou ex-Républiques soviétiques au début du 21e siècle. C’est le cas de Serbie (2000), de la Géorgie (2003), de l’Ukraine (2004) et du Kirghizstan (2005). Il est de notoriété publique que ces révolutions ont été financées, encadrées et soutenues par des organismes américains d’« exportation » de la démocratie tels que l’United States Agency for International Development (USAID), la National Endowment for Democracy (NED), l’International Republican Institute (IRI), le National Democratic Institute for International Affairs (NDI), la Freedom House (FH) ou l’Open Society Institute (OSI) [1].
Ces révolutions ont été menées par des mouvements regroupant de jeunes activistes locaux, pro-occidentaux, instruits, militant pour la démocratisation de leurs pays. Tous ces mouvements qui ont réussi à renverser les régimes autocratiques en place ont utilisé des méthodes d’actions non-violentes théorisées par le philosophe américain Gene Sharp et mises en application par Robert Helvey, un ancien colonel de l’armée américaine, spécialiste de l’action clandestine et doyen de l’École de formation des attachés militaires des ambassades américaines [2]. C’est ce militaire qui a formé les activistes serbes du mouvement « Otpor » qui, une fois le régime Milosevic balayé de la scène politique, ont fondé à leur tour le « Center for Applied Non Violent Action and Strategies » (CANVAS), sous la direction de Srdja Popovic. Ce centre, financé par les organismes américains d’« exportation » de la démocratie [3] s’est spécialisé dans la formation à la lutte non-violente. Il s’est aussi bien occupé de la formation des dissidents des autres révolutions colorées que des activistes tunisiens et égyptiens, ceux-là même qui ont eu un rôle déterminant dans la chute des régimes Ben Ali et Moubarak, respectivement [4].
Gene Sharp : clandestinement en Birmanie
Les méthodes d’actions non-violentes préconisées par Gene Sharp sont contenues dans son livre « De la dictature à la démocratie ». Téléchargeable gratuitement sur Internet, il est traduit en 25 langues dont l’arabe et le birman. En fait, pour être plus précis, ce livre n’a pas été écrit pour les activistes serbes, mais pour les dissidents birmans. La première version de cet ouvrage date en effet de 1993. À cette époque, Aung San Suu Kyi était assignée à résidence après les émeutes de 1988 qui firent près de 3000 victimes.
Robert Helvey, attaché militaire à l’ambassade américaine de Rangoon entre 1983 et 1985, rencontra Gene Sharp à Harvard, à l’occasion d’une bourse de recherche. Il s’y initia aux théories du philosophe et devint un adepte de la non-violence. En 1992, il prit sa retraite et se consacra à l’enseignement de la résistance pacifique à des révolutionnaires birmans. En 1992, il organisa l’entrée clandestine par bateau de Gene Sharp en Birmanie. « Ici, nous étions dans cette jungle, lisant les travaux de Gene Sharp aux chandelles », se rappelle-t-il [5, 6]. C’est à la suite de cette aventure que naquit la première version de « De la dictature à la démocratie ».
Entre 1992 et 1998, Helvey entreprit 15 voyages en Birmanie pendant lesquels il rencontra plus de 500 membres du Conseil national de l’Union de la Birmanie, un groupe d’organisations birmanes pro-démocratie, et y donna des cours sur la théorie de Gene Sharp [7].
Mais en vain. Tous les efforts déployés par les officines américaines de promotion de la démocratie et tous les financements des mouvements révolutionnaires birmans qui se sont échelonnés pendant de nombreuses années furent voués à l’échec. Questionné sur ce fiasco, Gene Sharp invoqua plusieurs raisons dont l’existence d’une mini-armée pour chacun des groupes d’opposition : « Tous les différents groupes armés pensaient qu’ils pouvaient vaincre l’armée, mais je pense que c’était un jugement stupide de leur part, que l’armée était plus grande et plus forte et avait plus d’armes » [8].
Au début des années 2000, l’attention « pro-démocratique » américaine se tourna vers les pays de l’Est et des ex-Républiques soviétiques et, contrairement au cas birman, le succès de l’approche non-violente « sharpienne » fut retentissant. Cela ne voulait en aucun cas dire que les États-Unis se sont désintéressés de la Birmanie, bien au contraire. En effet, un communiqué de presse publié par le Département d’état américain en 2003 soulignait que « Les États-Unis soutiennent des organisations telles que la National Endowment for Democracy (NED), l’Open Society Institute (OSI), et Internews, travaillant à l’intérieur et à l’extérieur de la région sur un large éventail d’activités de promotion de la démocratie ». Et d’ajouter : « La NED a été à la pointe de nos efforts pour promouvoir la démocratie et l’amélioration de droits de l’homme en Birmanie depuis 1996. Nous fournissons 2,5 millions de $ pour l’exercice 2003 […]. La NED utilisera ces fonds pour soutenir les organisations pro-démocratiques birmanes et celles des minorités ethniques » [9]. Les activités de ces organismes américains d’« exportation » de la démocratie cités par le Département d’état sont détaillées dans le rapport 2006 du « Burma Campaign UK » [10].
En 2007, la « révolution safran », du nom de la couleur de l’habit des moines bouddhistes qui se joignirent à la grogne sociale, est la plus grande manifestation populaire birmane depuis les émeutes de 1988. À ce propos, F. W. Engdahl écrit : « La « révolution safran » en Birmanie, comme la « révolution orange » en Ukraine ou la « révolution des roses » en Géorgie et les différentes révolutions colorées incitées ces dernières années contre des pays stratégiques entourant la Russie, est un exercice bien orchestré d’un changement de régime par Washington » [11].
La non-violence selon Aung San Suu Kyi
Aung San Suu Kyi, icône de la lutte contre la junte birmane et lauréate du prix Nobel de la Paix 1991, a passé environ 15 des 20 dernières années privée de liberté. Prônant elle aussi une approche authentiquement non-violente, elle ne cherche pas la confrontation avec les militaires. « Je ne souhaite pas la chute des militaires », a-t-elle déclaré à la suite de sa libération. « Je souhaite que les militaires se hissent sur les hauteurs pleines de dignité du professionnalisme et du patriotisme authentique » [12].
Il faut rappeler qu’en plus d’être un héros de l’indépendance de la Birmanie, son père, le général Aung San, est aussi considéré comme le fondateur de « Tatmadaw », la puissante armée birmane [13]. Mais cette « docilité » de la « Dame de Rangoon » tient probablement moins d’un hypothétique facteur héréditaire que d’une connaissance approfondie des forces en présence et des règles du jeu politique birman. Comment ne pas s’y résigner ? Des années d’activisme politique soutenu par des organismes américains pro-démocratie très puissants n’ont pas réussi à répéter en Birmanie ce qui a été aisément réalisé en Serbie, en Ukraine, en Géorgie, au Kirghizstan et, plus récemment, en Tunisie et en Égypte.
La libération d’Aung San Suu Kyi en novembre 2010 a été suivie par l’autodissolution de la junte militaire en mars 2011 et une libéralisation inespérée du champ politique birman par un pouvoir se qualifiant de « civil », mais en réalité largement entre les mains d’anciens caciques du régime. Néanmoins, les multiples signes d’ouverture du gouvernement [14], les réformes successives et le succès éclatant du parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), aux dernières élections printanières sont de très bons augures. Il faut se rendre à l’évidence que ravir 44 des 45 sièges à pourvoir relevait d’un miracle il y a à peine quelques mois.
« Printemps » arabe vs printemps birman
Il est important, à ce stade, de noter que l’approche non-violente de la « Dame de Rangoon », qu’elle soit idéologique ou circonstancielle, est très différente de celle théorisée par Gene Sharp et popularisée par Robert Helvey et CANVAS. En effet, non seulement Aung San Suu Kyi ne cherche pas à confronter les militaires ni à les juger [15], mais elle milite au sein d’un vrai parti avec des militants, des cadres et, surtout, un programme politique bien défini.
Dans l’absolu, la faiblesse du modus operandi de la vision « sharpienne » de la révolte non-violente vient du fait que les jeunes dissidents ou cyberactivistes formés à cette approche ne servent qu’à déstabiliser le régime et chasser les dirigeants en place. Une fois leur mission accomplie, leur rôle est terminé car ils n’ont pas d’assise politique ni de programme autre que celui d’étêter le gouvernement. À moins, bien sûr, que cela fasse réellement partie de la stratégie des organismes qui tirent les ficelles dans les coulisses.
Profitant de la vacance de pouvoir, ce sont les formations politiques les plus structurées, souvent très anciennes et persécutées par les régimes en place, qui comblent le vide laissé par des décennies de régime autocratique. Elles s’emparent alors des rennes du pouvoir au détriment des activistes qui ont donné leur jeunesse, leur fougue, leur engagement et parfois leurs vies pour une cause qu’ils pensaient être la leur. C’est ce qui est observable actuellement en Tunisie et en Égypte et qui donne un goût d’amertume et d’inachevé à ceux qui ont bravé tous les dangers et qui ont, des semaines durant, envahi l’avenue Bourguiba et la place Tahrir.
Commentant le rôle d’Aung San Suu Kyi dans sa lutte patiente, obstinée et persévérante contre les militaires birmans, Gene Sharp exprima, en mars 2011, une critique à peine voilée de son approche : « Aung San Suu Kyi, avec toutes ses merveilleuses qualités, son héroïsme et son inspiration pour ceux qui croient dans les droits démocratiques et les droits des personnes birmans, elle n’est pas un stratège, elle est un leader moral. Cela ne suffit pas de planifier une stratégie » [16].
Il faut reconnaitre que l’actualité politique birmane est en train de prouver le contraire au philosophe américain et de lui montrer que la stratégie de la pasionaria de Rangoon, même si elle est intrinsèquement plus lente et plus laborieuse, a l’avantage de positionner les vrais acteurs du changement dans le paysage politique et, surtout, d’épargner des vies. Et les chiffres sont éloquents à ce sujet : contrairement au décompte macabre qui a accompagné le « printemps arabe », aucune victime n’a été recensée en Birmanie depuis novembre 2010, date de la libération de la célèbre dissidente birmane.
En juin dernier, Aung San Suu Kyi a déclaré que « le « printemps arabe » est une « inspiration » pour le peuple birman » [17]. Au train où vont les choses en Birmanie et au vu de ce que le « printemps » arabe a enfanté, il est bien probable que, dans un avenir prochain, les peuples arabes prononcent une tirade analogue, mais sur le printemps birman. En attendant, un événement historique est prévu en Birmanie : Aung San Suu Kyi siègera au parlement pour la première fois le 23 avril 2012. Une vraie éclosion printanière.
Montréal, le 11 avril 2012
http://www.ahmedbensaada.com/
Ahmed BENSAADA
URL de cet article 16369 http://www.legrandsoir.info/le-printemps-birman.html

9 Avril 1948 - 9 Avril 2012 : Nous n’oublierons jamais Deir Yassin

Le 9 Avril 1948, un grand nombre [235] de civils palestiniens ont été massacrés dans le village de Deir Yassin dans une opération conjointe de différentes forces sionistes : l’Irgoun, le Lehi et la Haganah.
Le récit sioniste sur les événements de 1948 et la Nakba - le mot arabe pour le nettoyage ethnique de la Palestine - parle de la guerre comme d’une guerre défensive où il n’y avait pas d’intention de la part des forces israéliennes de changer par la force les données démographiques. Ce récit prétend même que les réfugiés ont été créés au cours des hostilités qui ont débuté lorsque cinq armées arabes sont entrées en Israël le lendemain de la ;proclamation de son indépendance le 15 mai 1948.
Trop souvent, les gens qui parlent de « faire la paix » recommandent d’oublier l’Histoire et d’aller de l’avant sans se perdre dans des « récits controversés » sur cette période. Mais la paix ne peut se faire sans redresser les injustices passées et cela n’est possible qu’en disant ce que sont ces injustices.
Le récit sioniste, sur la défensive, prétend que les injustices ne sont pas le fait d’Israël et c’est là que la discussion devient impossible.
Mais il existe des fait simples, indéniables, sur lesquels deux personnes saines d’esprit, sionistes ou non, devraient être en mesure de s’entendre. Par exemple, je pense que nous pouvons tous convenir que le 9 avril 1948 se situait avant le 15 mai 1948. Ce n’est pas une question de point de vue, mais de chronologie.
Lorsque vous considérez l’Histoire - même des versions documentées par les historiens israéliens exploitant des archives officielles israéliennes - ce que vous apprenez, c’est qu’une partie très significative de tous les réfugiés ont été créés bien avant le 15 mai 1948. S’il n’y avait pas eu ces centaines de milliers de réfugiés se précipitant vers les États arabes limitrophes et les massacres comme celui de Deir Yassin, les armées arabes n’auraient probablement pas été obligées d’intervenir.
De toute évidence, la narration sioniste laisse des trous importants dans une chronologie aux faits indiscutables. Mais la séquence n’est pas le seul problème. L’autre point de discorde est que les sionistes prétendent est que leurs actions pendant la guerre étaient défensives et ne visaient pas à vider la Palestine de ses habitants.
L’objectif du mouvement sioniste était d’établir un État juif sur la terre de la Palestine, laquelle disposait pourtant d’une très large majorité non-juive faite d’Arabes palestiniens. Grâce aux années d’immigration, les sionistes ont réussi à passer de 11 pour cent des habitants de la Palestine en 1922 à environ 30 pour cent en 1946.
La création des réfugiés
L’objectif sioniste, qui était irréalisable pendant des décennies, a porté ses fruits après 18 mois d’hostilités, lorsque les Juifs se transformèrent tout d’un coup en 85 pour cent de la population de l’Etat d’Israël. Ainsi, le récit sioniste veut vous faire croire que le rêve sioniste d’établir un État avec une majorité juive - irréalisable sans la guerre - ce serait réalisé complètement par hasard.
Accepter une telle version des faits serait faire preuve d’un incroyablement naïveté.
D’aussi radicaux changements en matière de démographie dans un territoire donné ne se produisent pas par accident. Dans l’ère moderne, ils sont invariablement le résultat d’​​initiatives volontaires.
Avant le 15 mai 1948, l’armée israélienne, ou la Haganah, a été engagée dans la conquête et la destruction d’un grand nombre de villages peuplés de civils - qui n’étaient en rien des installations militaires. Il n’y a pas vraiment d’explication « défensive » pour la démolition de dizaines de villages dans leur intégralité. Le seul objectif possible à l’origine de ces actions était d’empêcher les Arabes palestiniens d’avoir des maisons où continuer à vivre, et donc les forcer à partir ailleurs.
En mars 1948, les États-Unis - qui apparaissait comme la nouvelle superpuissance après la Seconde Guerre mondiale - ont décidé de retirer leur appui au plan de partage de 1947 des Nations Unies, car le vide du pouvoir créé par la fin imminente du mandat britannique provoquerait « le chaos , de violents combats et beaucoup de pertes de vies humaines en Palestine ».
Voyant cela, les sionistes savaient que leur chance de parvenir à un État juif par des moyens diplomatiques serait retardée, ou risquait même de devoir être totalement abandonnée. Ils ont décidé d’y parvenir par la force. C’est pourquoi le dépeuplement de la Palestine par la force s’en est trouvé accéléré.
En l’espace de 45 jours, avant le 15 mai 1948, près de 170 villes et villages ont été dépeuplés, ce qui représente environ 380 000 réfugiés. Cette période, avant l’entrée en Palestine des armées arabes, a vu le taux le plus élevé de création de réfugiés entre 1947 et 1949. L’usage de la force pour changer la démographie du pays était en plein essor.
Nous n’arriverons à aucune paix israélo-palestinienne si l’on ignore ce passé.
Alors que nous avons été nombreux à célébrer la Pâques ce week-end, nous devrions tourner notre attention aujourd’hui sur l’anniversaire d’un massacre et d’un exode au cours duquel ce massacre a eu lieu.
Israéliens et les Palestiniens n’iront nul part ensemble s’il n’est pas tenu compte des crimes qui ont permis l’édification de l’état d’Israël.
* Yousef Munayyer est directeur exécutif du Centre palestinien à Washington, DC.
Info-Palestine.net

mercredi 11 avril 2012

La guerre régionale au Moyen-Orient

Par Maxime Azadi
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 Le Moyen-Orient est bel et bien entré dans une guerre régionale, suite au conflit syrien. Au-delà des changements en Tunis, Égypte et en Libye,  la guerre syrienne a un caractère régional.  On constate que cette crise prend la forme d’une guerre allant de Méditerranée jusqu'en Afghanistan.
La réorganisation de la région selon les nouveaux intérêts de l’hégémonie occidentale s’annonce compliqué. Le facteur  Iran et Russie change le don. La Syrie tente de gagner du temps et la mission de l’émissaire spéciale de l’ONU et de la Ligue arabe, Kofi Annan, ne change rien au fond mais peut-être qu’elle a aussi pour objectif de faire gagner du temps, car les décisions ont été prises,  la guerre est déclarée. Une guerre dont l’avenir est incertaine.

En Syrie, il ne s’agit pas d’un conflit intérieur mais d’une guerre régionale et un conflit de caractère extérieur. Jusqu’ici, le principal objectif des États-Unis était la chute du régime pour l’isolement de l’Iran avant une attaque frontale. Mais tant que l’Iran reste un pays si fort, le conflit syrien risque d’aboutir à échec total pour les puissants occidentaux.

Selon, un spécialiste kurde du Moyen-Orient, les États-Unis ont considéré qu’une intervention contre la Syrie serait une erreur si l’Iran garde sa forte position, ce qui aurait conduit  les États-Unis à prendre la décision d’affaiblir le régime iranien d’abord, tout en maintenant sa politique visant la chute du régime Bachar al-Assad afin d’encercler l’Iran ensuite.

Ce qui veut dire que les intérêts économiques et militaires iraniens seront les prochaines cibles des attaques, ainsi la politique américaine coïncide avec celle de l’Israël.

Jusqu’aujourd’hui, c’était la position américaine qui reportait une éventuelle intervention militaire contre l’Iran, alors qu’aujourd’hui elle est devenue réelle plus que jamais.  Cependant, cette guerre peut être reportée après les élections présidentielles américaines.

Quant à la Turquie, il faut tout d’abord constater que le modèle turc tant vanté par les occidentaux s’est effondré et la politique de zéro-problème avec les voisins est un échec complet. L’ami proche de Bachar al-Assad, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan est pour une intervention de l’ONU contre la Syrie. Il critique aussi sévèrement le régime iranien avec qui son gouvernement menait des opérations conjointes contre les kurdes.

Le premier souci du régime turc en rapport avec la Syrie est le sort des kurdes qui font cavalier seul, en mettant en œuvre leur projet d’autonomie démocratique. Les kurdes sont à la fois contre le régime Assad et contre le Conseil National Syrien (CNS), soutenu par l’Occident et le duo qataro-turc, car la Syrie d’avenir préconisée par le CNS ne satisfait pas les kurdes, puisqu’elle n’est pas différant que le régime actuel concernant ce problème.

Le vrai visage du régime Erdogan (premier ministre turc) est plus que jamais dévoilé, tant à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur. Répressif et fascisant à l’intérieur contre toute opposition notamment contre les kurdes, et complice à l’extérieur, ce qui fait voir que son rôle est réduit à l’exécuteur des décisions prises par les États-Unis, soit le rôle d’un tâcheron.  C’est un rôle qui conduit la Turquie et la région vers une catastrophe.

Cette guerre régionale présente une situation sérieuse et dangereuse pour toutes les forces. Pour le spécialiste kurde, la situation rappelle la période de la Première Guerre Mondiale où les dirigeants turcs de l’époque ont provoqué un désastre humanitaire. Par contre, la situation n’est pas la même pour une répétition de la même politique toute en maintenant  l’intégrité territoriale et le régime actuel.

Ce qui se passe au Moyen-Orient est une guerre entre les méchants : les puissants occidentaux anti-sociaux avec ses alliés dictateurs déguisés en démocratie contre les régimes répressifs et cruels de la région.
Blog de Maxime Azadi avec ActuKurde

FRANCE : Les médias français dans le lit du pouvoir - (The Financial Times)

...Comme le journalisme français a atteint la classe moyenne supérieure, il s’est glissé encore plus près du pouvoir, indique Jean Quatremer....

Les liens de Nicolas Sarkozy avec les barons de la presse sont presque hilarants, avec des liaisons dignes d’un feuilleton brésilien. 
Il serait facile de faire l’erreur de penser que la France est un pays de gauche. Je vis à Paris sur le parcours des régulières marches de protestation – des manifestations, appelées affectueusement “manifs”. A la radio ce samedi matin, les gens se souhaitaient les uns aux autres : "Bonne manif !". Le socialiste François Hollande, favori pour remporter les élections présidentielles de ce printemps, déclare : “Mon adversaire est la finance." Il appelle à un taux d’imposition de 75% pour quiconque (sauf peut-être les footballeurs) gagne plus d’un million d’Euros.
Mais le socialisme n’est que le vernis français. En dessous, une cabale de milliardaires exerce une emprise surprenante. Le politologue français Patrick Weil déclare : "Vous avez un pays où l’idéologie est révolutionnaire et égalitaire. Alors, les détenteurs de fortunes se protègent par des moyens différents”. Un coup d’œil sur les médias français dissipe l’illusion que la France serait une république socialiste.
Quand je lis les journaux français, je suis généralement impressionné. Les journalistes ici ressemblent à des universitaires qui pourraient prendre la plume. Mais tandis que les journalistes américains et britanniques visent à vendre des journaux, et parfois même à rester honnêtes vis-à-vis du pouvoir, la France a une tradition différente. Les médias français ont toujours été au lit avec le pouvoir, écrit Jean Quatremer dans son excellent dernier livre “Sexe, mensonges et médias”. Le cardinal de Richelieu, ministre en chef du roi Louis XIII, a écrit sur lui-même sous un pseudonyme dans le seul journal de France de l’époque. Plus tard, Napoléon a fait la même chose.
Comme le journalisme français a atteint la classe moyenne supérieure, il s’est glissé encore plus près du pouvoir, indique Jean Quatremer. Les ministres et les journalistes chevronnés d’aujourd’hui ont souvent étudié ensembles à Sciences-Po, vivent dans les mêmes quartiers de Paris, mangent ensemble et parfois dorment ensemble. Dans un pays où les femmes de divers ministres se sont ancrées dans les journaux TV, et la petite amie de François Hollande est une journaliste, qui aurait besoin de métaphores à propos d’être au lit avec le pouvoir ?
Une façon qu’ont les Parisiens de se mettre en valeur est d’échanger des commérages sur les politiciens. Cela prouve qu’ils sont des initiés, parce que ce genre d’informations est rarement publié. Quand les journalistes français disent la vérité au pouvoir, c’est souvent au cours de conversations sur l’oreiller. Dans la presse écrite, ils sont généralement plus prudents. Ils ont couvert les habitudes sexuelles de Dominique Strauss-Kahn, jusqu’à ce qu’il ait rencontré des difficultés à l’étranger, note Jean Quatremer. Officiellement, leur silence aurait montré que les médias français ont respecté la vie privée.
Plus précisément, ils respectent la vie privée des politiciens puissants. Depuis que Strauss-Kahn a perdu son pouvoir, les journalistes ont sauté sur ses pratiques sexuelles comme l’a révélé “l’affaire du Carlton”.
Cette docilité rend les médias français attractifs pour les milliardaires. Les milliardaires français illustrent la pique prêtée à George W. Bush : « il n’existe pas de mot français pour “entrepreneur” ». Typiquement, les milliardaires français héritent de leurs fortunes. C’est probablement parce que la France dispose d’un secteur financier relativement peu développé : au lieu d’obtenir des capitaux auprès des banques, les capitalistes obtiennent des capitaux auprès de leurs familles. Les milliardaires héritiers Serge Dassault et Arnaud Lagardère possèdent entre eux la plupart des médias français de presse. Le milliardaire héritier Martin Bouygues est l’actionnaire principal de TF1, la principale chaîne de télévision. Leur contrôle est si parfait, qu’en 2001 Bouygues et Lagardère ont même contribué à sauver le journal communiste L’Humanité.
La France n’a pas de Rupert Murdoch, pas de magnat qui possède des médias pour faire de l’argent, précise Christophe Deloire, co-auteur de “Circus Politicus”. Plutôt que cela les milliardaires français possèdent en général des médias pour soutenir leurs entreprises lucratives principales. Comme le père de Arnaud Lagardère l’a déjà expliqué : “Vous voyez, un groupe de presse est un grand atout pour décrocher des contrats”. En France, les contrats viennent souvent de l’Etat. Inévitablement, les propriétaires de médias français courtisent plutôt les hommes politiques que les lecteurs ou les téléspectateurs ordinaires. Cela sied bien aux journalistes français : il y a une tendance parisienne à voir la France comme une sorte de lieu de villégiature, habité par des paysans qui puent qui votent pour l’extrême droite ou l’extrême gauche. Alors que les médias britanniques sont trop “populistes”, les médias français ne sont pas assez “populistes”.
L’étreinte médiatico-politique de la France a atteint son paroxysme sous le président Nicolas Sarkozy. Il se donna le droit de nommer les administrateurs de la télévision et de la radio d’Etat. Ses liens avec les barons des médias privés sont presque hilarants, avec les liaisons multiples d’un feuilleton brésilien ou d’un roman victorien. Bouygues est le parrain de l’un des fils de Nicolas Sarkozy. Sarkozy a appelé Lagardère "plus qu’un ami, un frère". Vincent Bolloré, autre milliardaire dans les médias, a prêté son yacht à Sarkozy. Dassault, dont la famille est fameuse dans les avions de chasse, est un sénateur du parti de Nicolas Sarkozy, même si, malheureusement il n’est plus Maire, ayant perdu son mandat, après qu’un tribunal ait constaté qu’il avait payé en espèces des électeurs.
Lors de la "nuit du Fouquet’s" en 2007, beaucoup de ces hommes se sont réunis avec Sarkozy pour célébrer son élection dans ce restaurant chic des Champs-Elysées. Pour ceux qui vivent au-delà des arrondissements les plus huppés de Paris, tout cela ressemble un peu à la Russie de Poutine. Pas étonnant que François Hollande ait bâti sa campagne autour de la défiance de la richesse et du capitalisme.
Pas étonnant aussi qu’en moyenne moins de 2% des Français achètent quotidiennement un journal national. Jean Quatremer note, qu’heureusement les gens se procurent de plus en plus leurs nouvelles à partir des sites Web indépendants. Eh bien, au moins quelques-uns des sites sont indépendants. Lorsque Arianna Huffington a récemment lancé un Huffington Post pour la France, elle hardiment divergé de la tradition française. Elle n’a pas nommé la femme d’un ministre en tant que directeur de rédaction. Elle a nommé la femme d’un ancien ministre : Anne Sinclair, madame Strauss-Kahn.
Source : The French media : in bed with power
URL de cet article 16361 http://www.legrandsoir.info/les-medias-francais-dans-le-lit-du-pouvoir-the-financial-times.html