mercredi 19 octobre 2011

Palestine « J’avais un seul jour quand mon père a été arrêté, et maintenant j’ai 22 ans...

mardi 18 octobre 2011
 ............« J’avais un seul jour quand mon père a été arrêté, et maintenant j’ai 22 ans. J’ai toujours su que j’avais un père en prison, mais ne l’ai jamais eu près de moi. Mais mon père va enfin être libre et il va occuper la place qui est la sienne, restée vide au cours des 22 années de ma vie. ».......

Un sentiment très déroutant m’a traversé après avoir entendu parler de l’échange de 1027 détenus palestiniens pour un seul soldat israélien, Gilad Shalit, qui avait été capturé par les combattants de la résistance palestinienne.

Je ne sais pas s’il faut se sentir heureux ou triste.
Contemplant les visages des familles des prisonniers dans la tente de solidarité dans la ville de Gaza, je vois des regards que je n’ai jamais vus auparavant : des yeux brillants d’espoir. Ces personnes ont assisté à chaque événement en solidarité avec nos détenus, n’ont jamais abandonné l’espoir que leur liberté était certaine un jour, et ils sont restés forts pendant toute la durée de l’absence de leurs proches, confinés dans les cellules israéliennes.
Penser à ces femmes dont les proches doivent être libérés et voir leurs grands sourires me rend heureuse. Mais dans le même temps, la pensée des 5000 autres prisonniers qui vont avec volonté poursuivre leurs résistance dans les prisons, fait que mon coeur se brise pour eux.

Des cœurs meurtris pour ceux toujours en prison

Quand je suis arrivée à la tente [de la solidarité avec les prionniers], le 12 Octobre, l’épouse du prisonnier Nafez Herz, qui a été condamné à l’emprisonnement à vie et est resté emprisonné depuis 26 ans, m’a serré la main et m’a dit son enthousiasme après avoir entendu dire que son mari serait libéré. Puis elle m’a dit : « Mais vous ne pouvez pas imaginer combien mon cœur saigne pour ces familles dont les prisonniers ne seront pas relâchés dans cette opération d’échange. Toutes les familles des prisonniers sont devenues comme une grande famille. Nous nous réunissons chaque semaine, sinon quotidiennement devant la Croix-Rouge, nous partageons nos tourments, et nous comprenons les souffrances des uns et des autres. » J’ai saisi ses mains et les ait pressées tout en disant, « Nous ne les oublierons jamais, et si Dieu le veut, ils vont bientôt gagner leur liberté. »
Pendant que j’écrivais cet article au milieu de la foule de gens dans le bâtiment de la Croix-Rouge, j’ai soudain entendu des personnes chanter et taper des mains et je pouvais voir une femme sautant de joie. Alors au téléphone, elle dit à haute voix : « Mon mari va être libre ! » Son mari est Abou Thaer Ghneem, qui a été condamné à la prison à vie et a passé 22 ans incarcéré. Comme je regardais les gens célébrer et chanter pour la libération des détenus palestiniens, j’ai rencontré son fils unique, Thaer. Il tenait sa mère serrée tout en adressant à Dieu des prières pour montrer leur reconnaissance. J’ai touché son épaule, en essayant d’attirer son attention. « Félicitations ! Comment vous sentez-vous ? » lui ais-je demandé. « J’avais un seul jour quand mon père a été arrêté, et maintenant j’ai 22 ans. J’ai toujours su que j’avais un père en prison, mais ne l’ai jamais eu près de moi. Mais mon père va enfin être libre et il va occuper la place qui est la sienne, restée vide au cours des 22 années de ma vie. »
Sa réponse a été très touchante et m’a laissé sous le choc et admirative. Alors qu’il me parlait, j’ai senti combien il ne pouvait pas trouver les mots pour décrire son bonheur à l’idée de la libération de son père.
La fête se poursuit depuis une heure. Puis je suis revenue à mon ancienne confusion, me sentant noyée dans un flot de pensées. Les familles des 1027 détenus fêteront la liberté de
leurs proches, mais que dire du sort du reste des prisonniers ?

Ne pas oublier la grève de la faim

J’ai entendu beaucoup d’informations depuis la nuit dernière concernant les noms des prisonniers bientôt libérés, mais il était difficile de trouver deux sources donnant les mêmes nouvelles, en particulier sur Ahmad Saadat et Marwan Barghouti, et s’ils étaient impliquées dans la opération d’échange. J’ai me suis toujours sentie spirituellement reliée à eux, surtout Saadat, car il est un ami de mon père. Je ne peux pas supporter l’idée qu’il puisse ne pas être concerné par cette opération d’échange. Il a subi suffisamment de tourments sans merci sous le régime d’isolement qu’Israël lui impose depuis plus de deux ans et demi.
N’oublions pas ceux qui sont encore dans les prisons de l’occupation israélienne et qui sont en grève de la faim, car cette grève n’a pas eu lieu pour un accord d’échange, mais pour que l’Administration pénitentiaire israélienne cède face aux demandes des prisonniers. Les personnes qui ont rejoint la grève de la faim dans la ville de Gaza se trouvent parmi ceux qui ont des proches en prison.
Nous devons parler haut et fort et dire au monde qu’Israël doit répondre aux demandes de nos martyrs vivants. Nous ne cesserons jamais de crier pour la libération des détenus palestiniens des prisons israéliennes, jusqu’à ce que celles-ci soient vides.

Shahd Abusalama - E.I
* Shahd Abusalam est artiste, blogueuse et étudiante en littérature anglaise dans la bande de Gaza. Son blog est appelé Palestine from my eyes.

N’oublions pas Thomas Sankara

......Le père de la révolution bukinabè avait fait « de la lutte contre toutes les formes d’oppression et d’injustice le combat de sa vie tant en Afrique que dans le monde ».......
 
Le 15 octobre 1987 Thomas Sankara, charismatique président du Burkina-Faso (anciennement Haute-Volta), est assassiné. Infatigable pourfendeur de l’impérialisme, orateur hors pair, il est pendant ses années de présidence un exemple du renouveau africain. Il reste, 24 ans après sa mort, un modèle pour tous ceux qui aspirent à une Afrique indépendante et son combat est toujours aussi actuel.
Vingt quatre ans après son assassinat, la mort de Thomas Sankara reste encore non élucidée, même si de forts soupçons portent sur son successeur, et toujours président, Blaise Compaoré qui aurait été appuyé par l’ex-puissance coloniale française et par les Etats-Unis. Ce que représentait Thomas Sankara dépassait tellement son pays que cela inquiétait plus ou moins les puissance occidentales qui ont donc poussé à sa disparition. Mais même après tout ce temps, son message continue de résonner dans le cœur et l’esprit de nombreux africains. Il a léguer sa verve, son dynamisme, son esprit d’indépendance et son espoir en une Afrique enfin libre aux générations actuelles qui bouleversent le continent. La jeunesse africaine et mondiale entend toujours le message de Thomas Sankara lors de sa déclaration historique à l’ONU :
« Je viens en ces lieux vous apporter le salut fraternel d’un pays de 274000 km², où sept millions d’enfants, de femmes et d’hommes, refusent désormais de mourir d’ignorance, de faim, de soif, tout en n’arrivant pas à vivre véritablement depuis un quart de siècle d’existence comme Etat souverain, siégeant à l’ONU.
Je viens à cette Trente-neuvième session vous parler au nom d’un peuple qui, sur la terre de ses ancêtres, a choisi, dorénavant de s’affirmer et d’assumer son histoire, dans ses aspects positifs, comme dans ses aspects négatifs, sans complexe aucun. » (Lire ici dans son intégralité le discours du 4 octobre 1984, où Thomas Sankara s’adresse à la Trente-neuvième session de l’Assemblée générale des Nations Unies.)
Le père de la révolution bukinabè avait fait « de la lutte contre toutes les formes d’oppression et d’injustice le combat de sa vie tant en Afrique que dans le monde ». Aujourd’hui, alors que des Indignés campent devant Wall-Street, que la Tunisie va prochainement connaître ses premières élections libres, que le Mali et le Niger ont connu des élections réussies et une alternance politique, que le Mouvement Y’en a Marre secoue le Sénégal, l’on retrouve l’esprit de Thomas Sankara dans cette jeunesse qui est en train de changer le monde. Le Burkina-Faso, seul, semble rester au bord du chemin de l’évolution, confirmant malheureusement pour l’instant le vieil adage qui dit que nul n’est prophète en son pays.
AFRIK.COM

La Revolution de 1969 en Libye

Mercredi 19 octobre
1970: Nasser, Nimeri et Kadhafi.
 
L'Égyptien Nasser , le Soudanais Nimeiri et le Libyen Kadhafi  décident d'unir leurs trois pays en un État fédéral et de soutenir la cause arabe en Palestine, lors d'un meeting le 8 juin 1970 à Khartoum, au Soudan.
 

En Libye : ni l’Islam puritain ni la manne du pétrole n’ont pu contenir le torrent du nationalisme réformiste

Contrairement aux bouleversements qui se sont produits dans d’autres pays arabes, le coup d’Etat en Libye, le 1er septembre dernier, a provoqué en Occident une surprise et une émotion toutes particulières. Par comparaison, les deux putschs d’Irak, en juillet 1968, et du Soudan, en mai cette année, ont été accueillis avec sang-froid, sinon dans l’indifférence générale. Pourtant l’Irak est l’un des principaux producteurs de pétrole, et le Soudan, désormais doté d’un gouvernement de type « front populaire », se situe à l’un des grands carrefours de l’Afrique.
par Eric Rouleau, octobre 1969

Cependant, à plus d’un égard, la Libye occupe une position de choix. Par sa situation géographique, elle servait d’écran, apparemment imperméable, entre un Moyen-Orient turbulent et largement tourné vers l’Est et un Maghreb, en majeure partie pro-occidental et bénéficiant d’une relative stabilité. Le royaume des Senoussis, dont la formation et l’accession à l’indépendance en 1951 avaient été patronnées par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, était considéré comme l’un des tout derniers bastions anglo-saxons dans le monde arabe.

Aux termes d’un traité signé le 29 juillet 1953, Londres s’était assuré des privilèges administratifs et militaires appréciables. Ses navires et ses avions, notamment, bénéficient de la liberté de déplacement en territoire libyen ; l’aéroport civil de Tripoli est placé sous le contrôle technique de la Royal Air Force, qui dispose sur un terrain adjacent de deux escadrilles. Plus important encore est le protocole d’accord signé le 9 septembre 1954 avec les Etats-Unis qui ont obtenu, outre les mêmes avantages que ceux accordés à Londres, la cession d’une base jouissant de l’exterritorialité. Située dans les faubourgs de Tripoli, Wheelus Field — qui porte le nom d’un pilote américain tué en Iran à la fin de la deuxième guerre mondiale — est la base la plus grande en dehors du territoire américain. Sorte d’Etat dans l’Etat, elle abrite plusieurs milliers de militaires et leurs familles, un poste émetteur, une station de télévision, deux salles de cinéma, des terrains de sport, des villas climatisées et un parc automobile de quelque deux mille véhicules. Elle est exclusivement ravitaillée par des produits importés de la métropole.


Wheelus Field, qui servirait d’escale aux appareils munis d’engins nucléaires, constitue l’un des principaux piliers du dispositif militaire américain en Méditerranée orientale. D’autant plus vital, semble-t-il, que l’effacement de la Grande-Bretagne à Suez et à Aden, son prochain retrait du golfe Persique (prévu pour 1971), la mise en veilleuse du CENTO (ex-pacte de Bagdad), le dynamisme croissant du nationalisme en Turquie (où les Américains entretiennent des bases) risquent de créer un « vide » dangereux dans ce secteur proche des frontières soviétiques.


Les intérêts économiques de Washington et de Londres en Libye sont peut-être encore plus importants que leurs préoccupations d’ordre stratégique. L’ancien royaume des Senoussis flotte pour ainsi dire sur une mer de pétrole, dont les réserves prouvées sont estimées à plus de quatre milliards de tonnes. Sur les 38 sociétés exploitantes, 24 sont américaines. Les 14 autres se répartissent comme suit : 6 ouest-allemandes, 3 françaises, 2 italiennes, 1 britannique, 1 anglo-hollandaise et 1 espagnole. Les capitaux américains qui fructifient dans ce pays — les plus élevés en Afrique après ceux investis en République sud-africaine — étaient en 1966 de 424 millions de dollars. Le pétrole libyen, de bonne qualité et peu onéreux en raison notamment de sa proximité du littoral, rapporte aux bailleurs de fonds près d’un milliard de dollars annuellement.  


L’avenir économique de la Libye parait encore plus brillant. La production du carburant a déjà doublé en quatre ans, atteignant l’année dernière le chiffre record de 125 millions de tonnes. Le pays est en passe de devenir le troisième producteur du monde de l’ « or noir », après les Etats-Unis et l’U.R.S.S. Un coup d’accélérateur a été donné après la fermeture du canal de Suez, le carburant libyen étant devenu plus accessible et encore moins cher que celui extrait au Moyen-Orient, désormais dérouté par le cap de Bonne-Espérance. C’est ainsi que certains experts ont prédit que le débit des champs de Cyrénaïque se gonflerait, avant 1971, à 200 millions de tonnes l’an pour atteindre le tiers de la production totale des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Telles étaient du moins les perspectives réjouissantes à la veille du coup d’Etat du 1er septembre dernier.  

Une surprise totale

L’ampleur du choc ressenti n’avait d’égal que l’effet de surprise qu’il a suscité. De toute évidence, les services de renseignements anglo-américains — qui passent pour être solidement implantés dans le pays — tout autant que les diverses polices du roi Idriss, ne s’attendaient guère à une insurrection armée, et encore moins à son succès. L’optimisme était de rigueur depuis fort longtemps. En octobre 1954, cinq ans avant la découverte du pétrole, la revue américaine « U.S. News and World Report » écrivait : « C’est l’extrême pauvreté de la Libye qui a fait qu’on a considéré qu’il n’y avait pas grand risque à lui octroyer son indépendance. Les stratèges américains comptent fermement sur la poursuite de l’aide anglaise et américaine pour que le calme politique continue à régner (...). »

Quinze ans plus tard, les « stratèges » de Washington et de Londres n’avaient pas changé d’avis mais pour des raisons inverses. Si la misère d’autrefois était une garantie de docilité, l’opulence actuelle inciterait à la sagesse et à la modération. Avec des redevances pétrolières s’élevant à quelque 900 millions de dollars l’an, disait-on, les Libyens se méfieraient des « convoitises » de l’Egypte nassérienne, du panarabisme qui les conduirait à partager leurs richesses avec les « pays frères », du socialisme qui remettrait en cause l’ordre islamique instauré par la dynastie des Senoussi.  


Le roi Idriss ne prodiguait-il pas le bien-être à ses suiets ? De 40 dollars en 1950, le revenu annuel par tête d’habitant dépasse le millier de dollars. Le plein emploi est assuré, les salaires sont substantiels (deux à trois fois plus élevés que ceux pratiqués en Egypte). Cent mille appartements à loyer modéré, sont en voie de construction pour fournir aux travailleurs un logement décent. La gratuité des soins et des médicaments dans les hôpitaux gouvernementaux s’étend à l’ensemble de la population. La Libye dispose d’un médecin pour 2 500 personnes, l’un des meilleurs taux de la région. Dans le domaine de l’instruction publique, les efforts déployés ne sont pas moins spectaculaires : le nombre des écoliers et des étudiants s’est accru de 45 000 (en 1951) à près de 300 000 en 1968, représentant 85 % des personnes en âge de scolarisation ; la proportion d’analphabètes a baissé de 81 % en 1954 à 60 % environ l’année dernière. D’importants investissements — toujours dans le cadre du plan quinquennal (1964-1968) — ont permis de réaliser d’appréciables travaux d’infrastructure : 5 000 kilomètres de routes ont été construites, la capacité d’énergie électrique a triplé, l’eau potable a été introduite dans une vingtaine de centres urbains, etc.


Malgré tout, la révolution du 1er septembre dernier a été accueillie, surtout dans les villes, dans la liesse populaire. Les tribus de Cyrénaïque, berceau de la dynastie senoussi, ne se sont pas soulevées et n’ont opposé, semble-t-il, aucune résistance aux putschistes. Ni l’islam puritain ni la manne pétrolière n’ont pu contenir le torrent du nationalisme réformiste que représentent les nouveaux dirigeants libyens.


L’envers de la richesse pétrolière

Un examen plus minutieux des structures de la société libyenne permet d’expliquer pourquoi les réalités ne correspondent pas au tableau idyllique que l’on présentait naguère. Les redevances pétrolières ont, certes, enrichi le pays et favorisé des progrès dans divers domaines. Mais, en même temps, elles ont créé ou accentué des disparités sociales qui, à leur tour, ont suscité des tensions qui allaient grandissant.


L’industrie pétrolière n’emploie que 2 % de la main-d’oeuvre nationale et, dans la meilleure des hypothèses, ne pourra à l’avenir absorber que 5 %. Elle entretient la prospérité, directement ou indirectement, de 10 % seulement de la population totale tandis que 70 % des habitants continuent à tirer leur maigre subsistance d’une agriculture en décadence. L’évaluation du revenu moyen par tête d’habitant, en confondant le bénéfice du privilégié avec le salaire du pauvre, peut dès lors induire en erreur.
 
Les rentrées annuelles du paysan, par exemple, s’élèvent en moyenne à moins de 45 dollars. De même, le niveau relativement élevé des salaires n’est pas nécessairement synonyme d’aisance. L’afflux des capitaux, les dépenses engagées par les sociétés pétrolières et l’Etat, l’importation massive des produits de consommation courante, avaient mis en mouvement un processus inflationniste. Plutôt que de taxer les riches, le gouvernement préférait multiplier les impôts indirects, ce qui contribuait à accroître le coût de la vie. Celui-ci avait augmenté de 17 % en l’espace d’une année (1966-1967). Tripoli et Benghazi s’étaient acquise ia triste réputation d’être parmi les dix villes les plus « chères » du monde. Or, les deux métropoles de Tripolitaine et de Cyrénaïque, envahies par des ruraux plus ou moins faméliques en quête de travail, abritent environ un tiers de la population totale de la Libye...  


Les gros bénéficiaires du boom pétrolier — financiers, industriels, entrepreneurs, courtiers, spéculateurs et aventuriers — ne sont, certes, pas nombreux. Mais ils sont ostensiblement présents. Ils occupent de fastueuses demeures, roulent en Cadillac ou en Mercedes, fréquentent les boites de nuit, vident des bouteilles de champagne au prix de 200 francs l’unité. Les mois d’été on les retrouve en Floride ou sur la Côte d’Azur, où ils se font remarquer par des dépenses spectaculaires.


Au mécontentement des travailleurs venait s’ajouter celui d’une petite-bourgeoisie qui avait le sentiment d’être vouée à la disparition. Les paysans pauvres ne parvenaient pas toujours à tenir tête aux grands propriétaires fonciers, héritiers des colons italiens ; l’industrie locale ne s’épanouissait pas, faute d’une politique protectionniste ; l’artisanat s’affaissait sous le poids des produits importés des Etats-Unis ou de Grande-Bretagne ; le petit négoce s’effaçait devant les géants du commerce international. 


Le boom pétrolier serait-il, en dernière analyse, générateur de nationalisme et de militantisme politique ? En 1948, une commission constituée par les Quatre Grands avait été envoyée en Libye pour s’enquérir des vœux des populations. Partagées entre la Cyrénaïque, la Tripolitaine et le Fezzan — qui n’avaient jamais appartenu à un Etat unitaire et indépendant — en majorité vivant à l’état de nomades, elles n’avaient pas d’idées bien arrêtées sur leur destin, constatait la commission. La plupart confondaient indépendance avec prospérité. « Uniquement préoccupées d’assurer leur subsistance, elles n’attachent guère d’importance à la forme que prendra le gouvernement, ajoutait la commission dans son rapport. Un nombre bien plus restreint souhaite l’unité de la Libye. D’autres accepteraient tout gouvernement qui leur donnerait du travail, du pain et des vêtements (...). »  


Celui qui devait être placé sur le trône du royaume de Libye par les Anglo-Américains, l’émir Idriss, n’était alors que le leader de la Cyrénaïque. Son grand-père, d’origine algérienne, le cheikh Mohamed ben Ali El Senoussi, quarante-deuxième descendant du prophète Mahomet, y avait fondé, en 1843, une confrérie mystico-religieuse qui prêchait le contact direct avec Dieu par l’amour et la contemplation. Comme le Mahdi au Soudan, les Senoussis résistèrent aux envahisseurs successifs : aux Ottomans, aux Italiens, aux Français, avant de devenir les loyaux alliés des Anglais pendant la deuxième guerre mondiale. Mais leur influence ne s’étendait pas au-delà des limites de la Cyrénaïque, et on pouvait constater, à la veille de l’indépendance, que peu de gens à Tripoli songeaient que l’émir Idriss régnerait sur les trois provinces regroupées au sein d’un Etat. Le « Larousse mensuel » pouvait encore écrire en mai 1952 : « Ce royaume sans traditions historiques, éthiques ni culturelles, création artificielle fondée sur des considérations stratégiques à l’image de la Jordanie, représente pour les nations occidentales un relais de choix en Méditerranée. » Le sentiment d’appartenance nationale était à un tel point faible que l’on avait chargé un compositeur égyptien bien connu — Mohamed Abdel Wohab — de mettre en musique les paroles de l’hymne national...  


La désagrégation de la société traditionnelle :

Conscient de cette lacune fondamentale, le roi Idriss s’abstient d’abord de heurter de front les particularismes tribaux et régionaux de ses nouveaux sujets. Il dote le pays d’un système fédéral, calqué sur le modèle américain, et qui laisse une large autonomie à chacune des trois provinces du royaume. Mais les exigences de l’exploitation pétrolière, ainsi que du développement économique qui en découle, sont tyranniques. On peut difficilement, en effet, traiter avec des sociétés étrangères, extraire l’ « or noir », le transporter, gérer les fonds considérables reçus, en dehors d’un Etat hautement centralisé. C’est ainsi qu’en avril 1963 — deux ans à peine après le départ du premier chargement de carburant — un décret royal annulait la Constitution de type fédéral.

L’Etat unitaire, la mise en place d’un réseau routier soudant davantage les provinces les unes aux autres l’urbanisation, la naissance d’un prolétariat, le recul du nomadisme, devaient accélérer la formation d’une nation libyenne, suscitant, par la même occasion, la désagrégation de la société traditionnelle et l’affaiblissement des loyautés tribales et religieuses. Du coup, la base populaire de la dynastie senoussi se rétrécissait en Cyrénaïque, et l’impopularité du roi Idriss — monarque absolu, gouvernant avec le concours d’une coterie de partisans inconditionnels pour la plupart corrompus — ne cessait de grandir dans le reste du pays, en particulier à Tripoli, devenu le centre du nationalisme libyen.

A vrai dire, le roi Idriss avait tout entrepris pour reculer la date de l’échéance révolutionnaire. Il impose au pays une sorte de cordon sanitaire pour prévenir la « contagion » d’un nationalisme virulent qui avait déjà fait des ravages en Orient, et pour empêcher que l’opposition naissante n’établisse des liens avec les pays voisins. Pendant longtemps, les déplacements à l’étranger d’éléments suspects furent interdits ; les agences de presse étaient soumises à un stricte contrôle ainsi que la presse locale, qui se distinguait par la publication de communiqués officiels, d’articles sur des sujets tout autant anodins qu’ennuyeux, et la profusion de placards publicitaires ventant les mérites des produits importés. Les représentants de la presse internationale étaient rarement admis dans le pays et seulement encore, quand ils offraient des garanties suffisantes d’ « objectivité ».
 
Mais grâce aux transistors, aux étudiants envoyés à l’étranger pour poursuivre leurs études, à l’embauche de techniciens et d’instituteurs arabes, rendus indispensables par l’essor économique et culturel, les Libyens ne vivaient plus en vase clos. La population écoutait les réquisitoires antiimpérialistes de la « Voix des Arabes », suivait avec intérêt, par le truchement de la radio de Bagdad, les conséquences de la révolution antimonarchiste en Irak, s’imprégnait de « socialisme arabe » ou « scientifique » prêché par Damas, Le Caire ou Khartoum. Le problème palestinien, auquel ils auraient pu rester largement étrangers, se trouvait, bien entendu, imbriqué aux aspirations nationales et sociales. La Palestine et le pétrole devinrent, selon le mot d’un observateur avisé des affaires arabes, « les deux mamelles de la révolution en gestation ».  


Comme il se doit, le nationalisme militant, teinté de socialisme, trouva son terrain de culture parmi les mécontents de tous bords : dans un prolétariat qui s’est révélé être d’une combativité exceptionnelle, mais aussi chez les petits possédants, les fonctionnaires, les étudiants et dans l’intelligentsia. Leurs principales revendications étaient la suppression des bases anglo–américaines — qui servaient, selon eux, de force d’appoint à l’ « agression israélienne », — la conquête d’une « véritable indépendance » qui libérerait l’économie locale de la mainmise étrangère, l’exercice de toutes les libertés civiques et individuelles. En somme, ils remettaient en cause, implicitement, le régime des Senoussis.  


La carotte et le bâton

Pour écraser cette opposition, essentiellement urbaine, le roi Idriss fit alterner la carotte et le bâton. Il constitua des milices recrutées dans les tribus pour faire contrepoids à l’armée, épura l’administration et l’Université, et chargea sa puissante police d’étouffer dans l’œuf toute menée subversive. Parallèlement, il multiplia les gestes de bonne volonté à l’égard de l’Egypte nassérienne, lui servit une rente annuelle après la guerre de juin 1967, versa des subsides aux organisations de commandos palestiniens et promettait, à intervalles réguliers, de « reviser » les accords militaires avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.  


Mais ni la force ni les concessions, souvent verbales, ne parvinrent à réduire l’opposition intérieure. Celle-ci trouva matière pour dénoncer la « duplicité » du souverain, qu’elle accusait d’avoir partie liée avec l’ « impérialisme ». Il fallait dès lors passer à l’action pour le renverser. Mais comment ? Les partis politiques, les réunions publiques, les grèves, étaient interdits ; la presse était bâillonnée, le Parlement croupion paralysé, la police locale et les services de renseignements étrangers veillaient à la sécurité du trône ; le territoire est trop grand et la population trop dispersée pour qu’une révolution populaire ait la moindre chance de l’emporter. Les manifestations d’étudiants de janvier 1964 contre les bases étrangères avaient été réprimées dans le sang ; la grève déclenchée par la Fédération des syndicats le 3 juillet 1967, au lendemain de la guerre de six jours, pour empêcher l’exportation du pétrole aux « complices d’Israël », avait, elle aussi, suscité une répression féroce.  


Que faire dès lors, sinon se tourner vers l’armée, la seule force organisée du pays ? Les officiers supérieurs sont, certes, triés sur le volet. Mais dans une société où les privilèges de l’argent sont exorbitants, les familles fortunées ou appartenant à l’oligarchie régnante se détournent du métier des armes pour s’orienter vers des entités plus lucratives. Les jeunes officiers sont dès lors, dans la plupart des cas, issus des classes modestes. Frustrés par une société qui ne leur offre que peu de débouchés, ils s’engagent dans l’armée pour s’assurer tout à la fois un emploi stable et rémunérateur, l’autorité et le prestige de l’uniforme. Comme on a pu le constater dans divers pays du « tiers monde », beaucoup d’entre eux se nourrissent progressivement d’idées « subversives » et passent à la contestation. Serviteurs du pouvoir, auquel ils ne s’identifient pas, ils ne tardent pas à le convoiter. Un proverbe libyen recommande : « Celui qui te donne une corde, attache-le avec... »
 
C’est ce qu’ont entrepris le colonel Kadhafi et ses amis. Le président du conseil révolutionnaire, bien qu’âgé de vingt-sept ans seulement, a fait preuve d’une prudence à toute épreuve. Mesurant avec acuité l’ampleur de l’enjeu de la partie engagée, tant sur le plan local qu’international, son comportement était sans doute dicté par le souci de prévenir toute réaction violente de la part de ses adversaires. En déclenchant le coup d’Etat pendant l’absence du roi, il se dispensa de prendre des mesures à l’encontre du souverain qui auraient pu susciter la colère de ses partisans. Il priva de même les Anglais et les Américains de tout prétexte d’intervention, dans le cas où ils auraient été tentés de le faire, en garantissant la sécurité des personnes et des biens étrangers et en proclamant aussitôt que les compagnies pétrolières ne seront pas nationalisées. Et ce n’est que dix-neuf jours après la réussite du coup d’Etat que le nouveau régime annonça son intention de ne pas renouveler les accords militaires conclus avec les Etats–Unis et la Grande–Bretagne Tout s’étant passé dans la légalité la plus stricte, le coup d’Etat du 1er septembre a été réduit par ses auteurs à une simple opération intérieure.

Celle-ci n’en modifie pas moins l’équilibre politique et stratégique dans la région, Américains et Anglais y perdent des bases militaires même si l’importance de celles-ci se trouve réduite par l’évolution de l’armement non conventionnel. Par voie de conséquence, les Russes y gagnent dans la mesure où les Anglo-Saxons sont privés d’un point d’appui en Méditerranée orientale. Moscou est en droit de nourrir des espoirs plus ambitieux. Le renversement de la dynastie senoussi ne va-t-il pas servir d’exemple aux révolutionnaires dans d’autres pays arabes, dotés de monarchies conservatrices et alliées, elles aussi, aux Anglo-Américains ?  


L’enjeu n’est pas seulement d’ordre stratégique et politique, mais aussi pétrolier. Sans aller jusqu’à la nationalisation-entreprise périlleuse entre toutes, si l’on se souvient de l’expérience du Dr Mossadegh en Iran, — le régime libyen se montrera sans doute plus sourcilleux quant aux conditions d’exploitation de l’ « or noir » et cherchera. en outre, à élargir l’éventail de sa clientèle. Précisément, l’Union soviétique deviendra, avant longtemps, une grande importatrice de pétrole. Le bulletin Orient–Pétrole (1) écrivait en janvier dernier : « Pour faire face à sa consommation intérieure et à ses engagements d’exportation, Moscou a besoin d’un appoint croissant des pays arabes. Importer du pétrole arabe tout en exportant du pétrole russe est une excellente affaire, aussi bien sur le plan économique que politique. »


Sur un autre plan, le nouveau régime de Tripoli remet en cause le rapport des forces au sein du monde arabe. « Coincée » entre l’Algérie et la Libye « progressistes », la Tunisie « bourguibiste » et, par extension, le Maroc du roi Hassan II, se trouvent placés dans une situation inconfortable. En revanche, l’Egypte nassérienne, désormais flanquée par des Etats amis, au sud par le Soudan et à l’ouest par la Libye, peut compter sur un surcroit d’assistance dans sa lutte contre Israël. La richissime Libye, en particulier, peut lui fournir une précieuse aide financière. D’autant plus que le nouveau premier ministre, le Dr Mahmoud Soliman Maghreby, est Palestinien de naissance.


D’où les inquiétudes qui se sont manifestées à Tel-Aviv, ainsi que la brusque poussée de fièvre enregistrée au Moyen-Orient au lendemain du coup d’Etat du colonel Kadhafi. La presse israélienne a accusé le président Nasser d’intensifier la guerre d’usure, à la faveur des nouveaux appuis qu’il a pu s’assurer. Les journaux de la R.A.U. au contraire, soutiennent que la radicalisation accélérée du monde arabe incite les stratèges de Jérusalem, avec le discret appui de Washington, à provoquer la chute du régime égyptien, « centre de gravité » du camp progressiste.


Quoi qu’il en soit, le bouleversement qui vient de se produire en Libye constitue, à n’en pas douter, un événement capital dans la région. Il n’est pas démesurément exagéré de le comparer au coup d’Etat qui renversa, en 1952, la monarchie égyptienne.
 
Eric Rouleau
Journaliste, ancien ambassadeur de France.
Le Monde Diplomatique octobre 1969

Libye : Syrte assiégée - Un massacre à huis clos.

Mercredi 19 octobre 2011
....les Occidentaux hériteront du pétrole libyen, pendant que les pays du Sud hériteront d’Al-Qaïda. Et du symbole de Syrte : les Américains ont détruit Falloudja pour briser la résistance irakienne ; ils ont créé une ville martyre. Dans quelques années, Syrte risque, à son tour, de devenir un lieu de pèlerinage......
 
Syrte est sur le point de tomber. Assiégée de toutes parts, bom bardée, soumise à un feu continu des forces du Conseil National de Transition et de l’OTAN, cette ville, à mi-chemin entre Tripoli et Benghazi, considérée comme le fief de Maammar Kadhafi, a été transformée en un immense champ de ruines.

Malgré les alertes à répétition, rien ne semble devoir épargner à Syrte un immense drame qui se déroule sous la surveillance de l’OTAN.
Les groupes restés loyaux à Kadhafi se sont repliés dans la ville natale de l’ancien dirigeant libyen, où ils pensaient trouver refuge et appui auprès de la population, de la tribu, du clan, seules survivances de l’ère Kadhafi. Ils ont vu juste. La population a montré une certaine solidarité avec le dirigeant déchu, ce qui a accentué la colère des assiégeants. De plus, les derniers carrés de fidèles de Kadhafi ont fait preuve d’une capacité de résistance étonnante, s’appuyant sur un professionnalisme évident.
Et au moment où le CNT annonçait la prise imminente de la ville, affirmant que les forces de Kadhafi ne contrôlaient plus que deux pâtés de maisons, cellesci ont lancé une contre-attaque, repoussant au loin les forces du CNT. Cela signifie que l’agonie va encore durer : plus les uns résistent, plus les autres s’acharnent. Et plus les jours passent, plus le drame prend de l’ampleur, plus le symbole devient puissant.
Pour Kadhafi et les siens, c’est une question de survie et un symbole de la résistance contre des forces qui ont pris le pouvoir grâce aux avions de l’OTAN. Le guide libyen se voit bien en un nouveau Omar El-Mokhtar combattant une invasion étrangère. Pour le CNT, Syrte est le berceau de l’ancien pouvoir. A ce titre, elle doit payer. Le prix sera d’autant plus élevé que la résistance aura été rude. Et le temps qui passe n’arrange pas les choses.
Le CNT en a fait le symbole : il attend de conquérir cette ville pour proclamer officiellement la «libération » totale du pays». Alors, quand Syrte résiste, les éléments du CNT s’acharnent. De manière méthodique, ils détruisent la ville, pour tenter de la prendre avec un minimum de pertes dans leurs rangs. Bombardements aveugles, tirs d’artillerie dans des zones urbaines, destruction systématique de constructions pouvant abriter des éléments pro-Kadhafi, etc.
Le schéma est connu, comme est connue la traditionnelle propagande qui accompagne ce genre d’opération : ce sont les assiégés qui sont fautifs, car ils refusent de se rendre ; de plus, ils utilisent les civils comme otages, et mènent de terribles opérations de représailles contre ceux qui ne leur sont pas soumis. Ce discours ne peut cependant occulter la réalité qui commence à percer à travers trois voies différentes. Il y a d’abord eu quelques ONG, puis le CICR, qui a fait état d’une situation désespérée des civils à Syrte.
Les bombardements opérés par les troupes du CNT ont provoqué d’immenses dégâts, selon des délégués du CICR qui font état d’un exode massif de populations: la ville a perdu un à deux tiers de ses 100.000 habitants. Ensuite, sont venus des témoignages, encore rares, de personnes ayant fui la ville ou y ayant séjourné. Elles décrivent l’horreur du siège de la ville au quotidien, avec un hôpital dont le toit de la salle d’opération s’est effondré, des blessés restés sans soins parce qu’il n’y a ni médicaments ni personnel
Enfin, il y a ces vidéos qui montrent une ville en ruine, avec des pâtés de maisons entiers détruits par les bombardements et les flammes. Pour l’heure, toutefois, ces informations n’ont pas eu d’effet significatif sur les humanistes de l’OTAN et sur les faiseurs d’opinion. Nicolas Sarkozy, ses philosophes, son ami David Cameron, les commandants de l’OTAN et Al-Jazeera ne sont pas au courant que Syrte est réduite à des ruines.
Cette situation se poursuivra tant que restera en vigueur cette fetwa occidentale : les insurgés du CNT sont les «bons», et les forces favorables à Kadhafi constituent les «méchants» du scénario libyen. Ce qui se passe à Syrte fait donc des victimes parmi les méchants. Après tout, c’est une guerre qui se déroule en Libye, avec ses horreurs. Il sera toujours temps de faire les comptes quand la guerre sera finie. Au pire, les pays occidentaux pourront dire que les horreurs ont été commises par des Libyens contre des Libyens.
La morale occidentale sera sauve. Il ne restera plus qu’à gérer les suites du drame qui se joue aujourd’hui à Syrte : des ruines, des destructions, des blessures, mais aussi des mythes qui vont se créer, des armes qui vont être distribuées, des haines qui vont s’accumuler.
Et quand les avions de l’OTAN se seront retirés, les Occidentaux hériteront du pétrole libyen, pendant que les pays du Sud hériteront d’Al-Qaïda. Et du symbole de Syrte : les Américains ont détruit Falloudja pour briser la résistance irakienne ; ils ont créé une ville martyre. Dans quelques années, Syrte risque, à son tour, de devenir un lieu de pèlerinage.

Abed Charef
ALGERIE 360

Le soulèvement shiite en Arabie Saoudite inquiète les monarchies du Golfe

.......Les Saoudiens réclament une monarchie constitutionnelle, un parlement élu, un système judiciaire indépendant, un pouvoir exécutif transparent et redevable et la guerre contre la corruption.
Les autorités saoudiennes ont beaucoup de mal à empêcher la vague de protestation qui submerge plusieurs pays arabes d’envahir l’Arabie Saoudite.

Les monarchies du Golfe - faites de vieillards cacochymes et de prédateurs mis en place
par le colonialisme britannique et depuis lors soutenus activement par les Etats-Unis -
exploitent, dilapident et vivent au détriment des rentes pétrolières nationales.
 
Pour éviter l’effondrement de la monarchie ou l’affaiblissement de sa légitimité, elles ont recours à deux méthodes : améliorer les conditions de vie des citoyens ou faire d’énormes cadeaux financiers aux pays voisins comme la Jordanie (1,4 milliards de dollars).
Cependant, il semble que ces efforts, malgré leur importance, n’ont servi qu’à "retarder" les évènements ; de fait, les manifestations populaires qui ont éclaté dans la ville shiite d’Al-Awwamiyah (le gouvernorat d’Al-Qatif) ces deux derniers jours et ont mené à de violentes confrontations avec la police, ont pris tout le monde par surprise et ont confirmé que les barricades édifiées par le régime saoudien contre le printemps arabe n’étaient pas assez solides.
Le monarque saoudien, Abdallah Bin-Abd-al-Aziz, a pris conscience du danger que représente la vague de protestation qui a démarré en Tunisie et a déjà renversé deux régimes arabes (le régime du président tunisien Zine El Abidine Ben Ali et celui du président égyptien Housni Moubarak) et s’est hâté d’adopter des mesures préventives. La première de ces mesures est économique : il a débloqué 120 milliards de dollars pour augmenter les salaires, financer la construction de maisons pour les jeunes, éponger des dettes privées et accorder des cadeaux financiers et des indemnités de chômage. La seconde mesure est sociale et politique : il a fait passer une loi qui permet aux femmes de participer aux prochaines élections municipales en tant qu’électrices ou candidates.
Ces mesures ont contribué à calmer le peuple saoudien ou du moins une bonne partie de ce peuple. Il n’y a plus de déclarations ni de pétitions réclamant des réformes politiques et signées par de nombreux militants, ou plutôt il y en a moins. Cependant, l’effet de ces mesures est temporaire parce que les revendications des Saoudiens dépassent la simple possibilité pour les femmes de participer à des demi-élections municipales pour élire des conseils qui n’ont qu’un pouvoir limité à cause de la présence des gouverneurs régionaux, les Amirs, qui ont le dernier mot en tout.
Les Saoudiens réclament une monarchie constitutionnelle, un parlement élu, un système judiciaire indépendant, un pouvoir exécutif transparent et redevable et la guerre contre la corruption.
Les citoyens saoudiens shiites de la région de l’est (la province d’Al-Ihsa), où se trouvent les réserves en pétrole les plus importantes et la plus grande partie de l’industrie, réclament en plus de ce que demandent les autres citoyens saoudiens et qui vient d’être cité la suppression des discriminations dont ils souffrent et l’accès aux postes de responsabilité de l’état, de l’armée, du corps diplomatique et aux portfolios ministériels proportionnellement à leur nombre dans la population qui est évalué à environ 10 % des 19 millions d’habitants.
En accusant un pays étranger d’être à l’origine des manifestations dans la région d’Al-Qatif, les autorités saoudiennes faisaient référence à l’Iran. Les autorités saoudiennes ont dit à propos de l’Iran : "Ils veulent nuire à la sécurité et à la stabilité de notre pays" en incitant à la violence et "en s’ingérant ouvertement" dans les affaires du royaume. Les autorités saoudiennes ajoutent à cette accusation la demande que les Shiites saoudiens choisissent entre la loyauté à leur pays et la loyauté à l’Iran et ses autorités religieuses. Les autorités saoudiennes cependant précisent, selon un communiqué du ministère de l’Intérieur, que ceux qui auraient l’idée de le faire (choisir l’Iran) le paieraient très cher.
La menace saoudienne rappelle des menaces similaires proférées par des régimes arabes qui ont été le lieu de manifestations semblables comme la Tunisie, l’Egypte, le Yémen et la Libye. Ces menaces, qui ont été suivies d’une répression sanglante des services de sécurité, n’ont pas empêché l’effondrement de régimes ni la déstabilisation d’autres qui se battent toujours pour se maintenir au pouvoir.
Ce qu’il faut noter c’est que, selon une déclaration officielle saoudienne, les manifestants de Al -Qatif ont utilisé des armes à feu au cours des confrontations avec les policiers venus les disperser et ont blessé 11 policiers.
On se sait pas si cela est vrai ; cependant on peut se rappeler ce qui est arrivé au Barhein pendant les manifestations shiites similaires ; les manifestations au Barhein ont été pacifiques et aucune arme à feu n’a été utilisée ; au contraire, ce sont les forces de sécurité du Barhein qui ont tiré sur les manifestants et tué des dizaines d’entre eux en les expulsant de force du square Al-Lu’lu’ah.
L’ironie c’est que l’étincelle qui a allumé le feu de la protestation dans la région orientale shiite d’Arabie Saoudite est la même que celle qui a déclenché le soulèvement en Syrie à peu de choses près. En Syrie, les pères des enfants qui ont écrit des slogans anti-régimes sur les murs de leurs écoles ont été arrêtés et humiliés, et dans la région Al-Qatif de l’Arabie Saoudite la police a pris en otage deux hommes âgés pour forcer leurs deux fils à se rendre à la police.
La gestion du régime syrien de la crise de Dar’a s’est révélée mauvaise, arrogante et hautaine et il semble que la gestion des autorités saoudiennes de la crise shiite et des manifestations ait suivi le même schéma. Cependant, on ne peut pas prédire le développement de la situation saoudienne ni dire si la sécurité saoudienne réussira à contenir la crise et à y mettre fin ou si la crise va s’étendre et durer des mois comme en Syrie.
Les autorités saoudiennes ont envoyé des troupes pour aider les autorités du Barhein à écraser les manifestations shiites au Barhein. Il est certain que les autorités iraniennes qu’on accuse d’être derrière les manifestations en Arabie Saoudite hésiteront beaucoup à envoyer des troupes et même des armes mais ils manifesteront aux manifestants saoudiens la même sympathie qu’ils ont manifesté à ceux du Barhein et peut-être plus encore.
Les autres petits pays du Golfe ressentent peut-être une inquiétude sans précédent en assistant aux développements des manifestations en Arabie Saoudite. C’est parce qu’ils ont peur que la minorité shiite, qui souffre de discrimination dans presque tous ces pays, ne se soulève pour soutenir ses frères d’Arabie Saoudite et du Barhein, et que cette protestation communautaire ne fasse boule de neige et ne se transforme ensuite en une boule de feu avec l’aide de l’Iran.
Abdel Bari Atwan

* Abdel Bari Atwan est palestinien et rédacteur en chef du quotidien al-Quds al-Arabi, grand quotidien en langue arabe édité à Londres. Abdel Bari Atwan est considéré comme l’un des analystes les plus pertinents de toute la presse arabe.

mardi 18 octobre 2011

la sexualisation des femmes violentes

Les femmes qui se livrent à des violences sont souvent l’objets de récits sexualisés dans lesquels leur conduite est décrite comme une déviation des traits féminins normaux (’pacifiques’). Ces récits sexualisés nient la capacité de violence des femmes en excluant celles qui s’y livrent du royaume de la rationalité et en les considérant comme des non-femmes.
A cet égard, la couverture médiatique du procès en appel d’Amanda Knox et de sa libération de la prison de Perugia en Italie qui s’est ensuivie, a défié toute concurrence. Knox, qui a été reconnue coupable d’avoir tué sa colocataire et a été condamnée à 26 ans de prison, a été régulièrement décrite par les médias et l’accusation comme un "démon femelle" hyper-sexualisé. Dès son arrestation après le meurtre, les motivations attribués à Knox ont été mélangées à des histoires de "jeux sexuels qui auraient mal tourné" au cours desquels elle aurait réussi à "persuader" deux hommes de devenir ses complices du meurtre. A l’aide de bribes de sa vie et de photos soigneusement sélectionnés, Knox a été peinte comme une "séductrice diabolique" qui n’avait pas hésité à recourir à la violence et au meurtre dans son obsession pour le sexe et le pouvoir sexuel.
Le cas de Knox n’est pas isolé. Les discours concernant les femmes violentes décrivent souvent les femmes comme ’intrinsèquement’ passives et ’par essence’ nourricières et opposées à la violence. Les femmes qui se livrent à des violences sont donc souvent considérées comme irrationnelles et leurs actes sont qualifiés d’anomalie par rapport ’à la manière dont les femmes sont supposées se conduire’. Pour maintenir des idéaux normalisés sur les hommes et les femmes (gender), les femmes violentes sont donc qualifiées de ’femmes maléfiques’ dont les actes ne sont pas conformes au comportement naturel des femmes et doivent donc avoir des ’causes particulières’. La sexualité est utilisée pour expliquer la violence des femmes depuis toujours. Les femmes violentes sont représentées comme des femmes sexuellement déviantes et dépravées. Elles se livrent à des violences à cause de leur appétit insatiable pour le sexe et le pouvoir qu’on peut en retirer. Les femmes ’normales’ ont des relations sexuelles ’privées et contrôlées’, tandis que les femmes violentes sont ’obsédées’ par le sexe au point de devenir violentes.
Il y a aussi le cas de la comtesse Elizabeth Báthory de Ecsed (1560-1614), "la comtesse sanglante" qui est considérée comme une des "femmes serial killer les plus meurtrières". On a dit d’elle qu’elle avait tué des centaines de jeunes et jolies vierges pour se baigner dans leur sang afin de garder sa jeunesse et sa beauté. Sa violence a été ’expliquée’ par son besoin de rester jeune pour garder son pouvoir sexuel. De même Katherine Knight, la serial killer australienne, qui a été condamnée en 2001, a été décrite comme une femme hyper-sexualisée. Sa violence a été ’expliquée’ par son insatisfaction sexuelle alors même que ses partenaires affirmaient qu’ils entretenaient avec elle des relations sexuelles qui "auraient satisfaites une personne normale."
Comme le dit Kietnar dans son article "Victimes ou vamps ? l’image des femmes violentes dans le système judiciaire criminel", attribuer la violence des femmes à leur sexualité déviée ou maléfique revient à dire que les femmes violentes, en plus d’avoir commis des crimes bien réels, sont sorties du cadre naturel de leur sexe (gender). Les hommes violents sont des hommes qui n’ont pas réussi à contrôler ’l’agressivité naturelle de leur nature masculine’ ; les femmes violentes quant à elles, sont des femmes qui ont trahi leur nature fondamentale. Les hommes ont une prédisposition au mal et doivent s’efforcer de contrôler leurs instincts tandis que les femmes sexuellement dépravées et déviantes se transforment en des êtres maléfiques non féminins qui se livrent à la violence.
Les criminelles ne sont pas les seules femmes dont la violence soit sexualisée, les femmes qui se livrent à des violences politiques, les militantes, les insurgées, les nationalistes et même les soldates sont soumises aux mêmes représentations. Les insurgées tchétchènes qu’on appelle souvent "les veuves noires" sont décrites comme des femmes exotiques, mystérieuses, voilées (donc sans visage) et dangereuses. On refuse à ces militantes le bénéfice de leurs actions en en faisant les pions des leaders rebelles tchétchènes (mâles) qui les auraient convaincues d’utiliser leurs corps pour venger la mort des combattants tchétchènes. L’image qu’on en donne sexualise et fétichise leurs actions. Les femmes qui commettent des attentats suicides ou des génocides sont représentées de la même manière. Actuellement, en Inde, le gouvernement décrit les insurgées maoïstes, comme des femmes "sexuellement impures et contaminées". Dans ce cas précis, sexualiser les militantes et les décrire comme ’déviantes’ non seulement explique leur participation à la dissidence mais justifie aussi la mission ’civilisatrice’ du gouvernement indien.
La sexualisation des femmes violentes permet de les cataloguer comme des non-femmes, des erreurs biologiques, des anomalies de la nature. Les femmes violentes seraient des exceptions par rapport "au reste des femmes" et leur violence viendrait de leur féminité défectueuse. Ces représentations viennent renforcer les stéréotypes et normes sexuels (gender) qui déterminent la conduite appropriée et les limites que les femmes doivent respecter et qui les subordonnent aux hommes. Par exemple, les femmes dont les vêtements sont considérés comme ’inappropriés’ sont accusées de ’provoquer’ les hommes et de ’séduire’ leurs violeurs ou agresseurs sexuels. De plus, la sexualisation des femmes coupables de violences politiques en fait des femmes incapables de choix indépendants et rationnels. Elle prive les femmes violentes du bénéfice de leurs actes en les cataloguant comme des non-femmes dont les actes sont irrationnels. Cette manière de décrire et d’expliquer la violence des femmes les exclut, elles et la manière spécifique dont ces femmes modèlent et remodèlent la politique mondiale en passant du personnel au politique et vice versa.
Cela fait des dizaines d’années que les femmes violentes, des exceptions déviantes et dénuées de signification, sont exclues de la politique mondiale. Cette exclusion a aussi conduit à un dangereux corollaire selon lequel une femme dont la sexualité serait jugée ’anormale’ serait encline à la violence. Après tout, malgré l’absence de preuves matérielles, Amanda Knox a passé quatre ans en prison en partie parce que la description sexualisée qui en faisait une femme fatale revenait à fournir un motif de meurtre là où il n’y en avait pas
Akanksha Mehta
Akanksha Mehta est chercheur à S. Rajaratnam School of International Studies (RSIS) de Singapour, spécialiste de la violence politique et entre les sexes (gender). On peut la joindre à www.twitter.com/aknksha et www.akankshamehta.com.
Pour consulter l’original : http://countercurrents.org/mehta161011.htm
Traduction : Dominique Muselet pour LGS
URL de cet article 14874 http://www.legrandsoir.info/ni-rationnelles-ni-feminines-la-sexualisation-des-femmes-violentes-countercurrents.html

Iran : le FBI devenu voyou ? (Consortiumnews)

...« il est indéniable que le [Département de Justice] obtient d’excellents résultats pour déjouer les complots terroristes qu’il fabrique lui-même ».....
Le 1er septembre j’avais rédigé un article intitulé « le FBI devient voyou ». Il s’agissait de montrer que l’unité antiterroriste du FBI était devenue un instigateur de crimes. Le mode opératoire de l’Agence nous rappelle ces plantes carnivores qui adoptent des formes sophistiquées pour attirer leurs proies.
De la même manière, la « prévention du terrorisme » au FBI consiste à monter des scénarios afin de leurrer des « terroristes » dans un piège.
L’annonce récente de l’arrestation de l’américano-iranien, Mansor Arbabsiar, ancien vendeur de voitures d’occasion converti au trafic de drogue (et qui a un cousin qui travaille dans la force Quds iranienne, l’unité des opérations spéciales de Gardiens de la Révolution), cadre parfaitement avec ce mode opératoire.
Le Département de Justice (US) affirme qu’Arbabsiar planifiait l’assassinat de l’ambassadeur saoudien à Washington. Dans le même temps le Département assure que, selon le procureur US Preet Bharara, « pour toute l’opération, les sources confidentielles du gouvernement étaient supervisées et pilotées par des agents fédéraux ».
Dans ce cas précis, la source confidentielle était lui-même un ancien agent de la DEA (Drug Enforcement Agency – police anti-drogue US – NdT) et un criminel condamné. Selon Gareth Porter, on entend l’agent dans un des enregistrements clandestins du FBI, « induire Arbabsiar à accepter d’assassiner l’ambassadeur saoudien. » Ce qui constitue un piège et c’est illégal.
Les « pilotes » sont des agents du FBI impliqués eux-mêmes dans la fabrication d’un crime. Ce ainsi que le gouvernement garantit une arrestation.
Comme l’a relevé Glenn Greenwald, « il est indéniable que le [Département de Justice] obtient d’excellents résultats pour déjouer les complots terroristes qu’il fabrique lui-même ». De plus, sans surprise, Bharara a rappelé que pendant toute l’opération « terroriste », « personne n’était réellement en danger. »
La frontière entre criminels et policiers a toujours été poreuse. Et c’est pour cela que tous les grands départements de police ont une unité d’affaires intérieures (une « police des polices » - NdT). A l’évidence, l’unité anti-terroriste du FBI a franchi cette frontière.
Le précédent ainsi crée est en soi assez lugubre, mais dans ce cas précis, ceux du Département de Justice ont fait bien pire : ils ont accusé un pays étranger, l’Iran, de complicité.
Arbabsiar aurait été recruté par son propre cousin pour contacter un cartel de drogue mexicain pour l’assister dans son projet. Ce qui a provoqué une volée de menaces émises par le gouvernement des Etats-Unis à l’encontre de l’Iran. Le président Obama lui-même a mené l’assaut.
« Ceci n’est pas uniquement une escalade dangereuse, ceci fait partie d’un comportement inconscient et dangereux de la part du gouvernement iranien, » a dit Obama. « Même si les dirigeants iraniens n’avaient pas une connaissance détaillée du dossier, tous ceux au sein du gouvernement iranien impliqués dans ce genre d’activité devront rendre des comptes ».
L’Hypocrisie
Puisque le Département de Justice et le FBI ont un tel goût pour imaginer des scénarios criminels, peut-être pourrions-nous faire de même. Imaginons ceci :
- Quelqu’un au sein d’un des nombreux services de renseignement US, peut-être en collaboration avec un pays allié, décide d’assassiner les experts nucléaires iraniens. Ils décident de faire appel à des intermédiaires et partent à la recherche de tueurs à gages. Ils ne vont pas chercher au Mexique, mais plutôt parmi les groupes d’exilés iraniens qui ont les contacts appropriés à l’intérieur de l’Iran.
Peu après, un nombre de scientifiques et d’ingénieurs nucléaires iraniens sont retrouvés morts. Dans la foulée, le président Mahmoud Amadinejad tient une conférence de presse et dit : « Ceci n’est pas uniquement une escalade dangereuse, ceci fait partie d’un comportement inconscient et dangereux de la part du gouvernement étatsunien... Même si les dirigeants étatsuniens n’avaient pas une connaissance détaillée du dossier, tous ceux au sein du gouvernement étatsunien impliqués dans ce genre d’activité devront rendre des comptes ».
- A présent, nous nous retrouvons dans les entrailles du Pentagone où quelqu’un a dressé une liste de personnes supposément liées à Al Qaeda. Certains noms y figurent à cause de rapports de « renseignement » qui citent eux-même des informations de seconde et même de troisième main. Certains sont plus fondés.
Un nom est choisi et la localisation approximative de la personne est confiée aux petits génies militaires qui programment un avion sans pilote au-dessus du Golfe Persique. Ensuite, un génie informatique quelconque lance une bombe ailée, à l’aide d’une simple manette de jeu, sur la cible qui se trouve être la maison de quelqu’un. Peut-être tuent-ils la personne visée, peut-être pas. Dans tous les cas, bon nombre d’innocents qui étaient au mauvais endroit au mauvais moment trouvent la mort, eux.
Après quelques dizaines d’attaques de ce genre, le président de l’Afghanistan ou peut-être du Pakistan tient une conférence de presse et déclare : « Ceci n’est pas uniquement une escalade dangereuse, ceci fait partie d’un comportement inconscient et dangereux de la part du gouvernement étatsunien... Même si les dirigeants étatsuniens n’avaient pas une connaissance détaillée du dossier, tous ceux au sein du gouvernement étatsunien impliqués dans ce genre d’activité devront rendre des comptes ».
On pourrait continuer ainsi longtemps. Le fait est que le Président Obama et toute la flopée de politiciens et officiels US qui ont publiquement exprimé leur indignation devant l’implication supposée de l’Iran dans un complot visant à pénétrer un territoire étranger dans le but d’assassiner quelqu’un, entreront dans l’histoire comme une belle bande d’hypocrites. Chose qui n’a pas vraiment l’air de les préoccuper.
Petits Mondes
Pourquoi nos dirigeants politiques agissent-ils avec autant de duplicité et d’hypocrisie ? Pour tenter d’y répondre il faut se souvenir qu’ils vivent dans un monde restreint et clos.
Leur monde à eux n’est pas un monde fait de débats publics et vigoureux entre différents points de vue. Leur monde est celui d’exigences et d’opinions exprimées par des groupes d’intérêt qui sont eux-mêmes auto-centrés sur leurs objectifs et indifférents à la morale et même à la vérité en dehors de leur propre sphère d’action. Voici deux exemples :
- Un de ces groupes auto-centrés est celui de la communauté des forces de l’ordre qui, si on leur donne l’occasion, se comporteront d’une manière autoritaire sans égards pour les règlements et procédures qui limitent leur pouvoir.
Les attaques du 11 Septembre a crée justement une de ces occasions pour ce groupe pour pouvoir justifier ses actions en violation de la Constitution. Ce comportement a été de fait encouragé par un grand nombre de politiciens impatients de complaire à une population dont la majorité se soucie peu de ses droits qui sont rarement exercés dans la vie quotidienne – une majorité qui commet donc l’erreur de croire que le sacrifice de ces droits renforce sa sécurité.
- Un autre de ces groupes est celui des Sionistes et leurs partisans qui sont instinctivement autoritaires dans leur comportement et donc parfaitement disposés à violer la Constitution pour atteindre leurs objectifs. Et un des ces objectifs est la destruction de l’Iran.
C’est avec leurs encouragements que de plus en plus de membres du Congrès se joignent à la meute anti-iranienne. C’est avec leurs encouragements qu’on trouve, en arrière-plan des dénonciations télévisées contre l’Iran, des officiels du Trésor US connus pour leur soutien à Israël.
Ces officiels sont chargés d’instaurer des sanctions contre la banque centrale iranienne dans l’espoir de détruire l’économie du pays. Les justifications avancées pour ces mesures relèvent d’une mauvaise plaisanterie mais cela ne les dérange nullement.
Derrière tout ceci se trouve le problème général de réussir, d’un côté, à faire comprendre au public, tout occupé à ses activités quotidiennes, que ce que racontent les médias et le gouvernement n’est pas forcément vrai. En fait, c’est même le plus souvent faux.
Et, d’un autre côté, que les conséquences de suivre aveuglément ces joueurs de flûte peut provoquer de nombreux morts et d’immenses destructions. Il suffit de se souvenir du Vietnam et de l’Irak. Mais beaucoup ne se souviennent pas et on pourrait être amené à penser que ce comportement autodestructeur se poursuivra pendant des générations.
Lawrence Davidson
Professeur d’histoire à West Chester University en Pennsylvanie. Auteur de « Foreign Policy Inc. : Privatizing America’s National Interest » ; « America’s Palestine : Popular and Offical Perceptions from Balfour to Israeli Statehood » ; et « Islamic Fundamentalism. »