jeudi 13 octobre 2011

"YES WE CAMP" les indignés italiens veulent occuper la capitale !

12 Octobre 2011 ..."Nous faisons comme en Espagne, en Grèce, à New York, dans les pays arabes : nous ne rentrerons pas à la maison !" ...
....."Occupation des places publiques par les millions de personnes qui ne veulent plus payer l'énorme crise économique et sociale à la place de ceux qui l'ont causée : pouvoirs politiques industriels, économiques et financiers, qui ont imposé un néo-libéralisme catastrophique au monde occidentale quelque soit les partis politiques des gouvernements....

AGI News, Le Corriere Di Bologna publient à 16 H 50 les derniers évènements qui ont lieu à Rome, à Bologne. Les articles sous droits réservés font l’objet d’un condensé d’informations traduit de l’italien.
A Rome, un manifestant déclare à AGI : "nous faisons comme en Espagne, en Grèce, à New York, dans les pays arabes : nous ne rentrerons pas à la maison !" En effet, les indignés veulent "occuper Rome" bien après le 15 octobre prochain. Pour samedi, ils en appellent à une manifestation nationale munis de tente afin de camper dans la capitale sous le slogan : "Yes we camp"
Ils reprennent l’appel à un rassemblement européen et mondial : "Occupation des places publiques par les millions de personnes qui ne veulent plus payer l’énorme crise économique et sociale à la place de ceux qui l’ont causée : pouvoirs politiques industriels, économiques et financiers, qui ont imposé un néo-libéralisme catastrophique au monde occidentale quelque soit les partis politiques des gouvernements.
Le rendez-vous mondial du samedi 15 octobre se réclame de la journée du 15 février 2003, quand le mouvement antimondialisation manifestait dans le monde entier contre l’imminente guerre USA/IRAQ.
Les organisateurs ont prévu 500 bus, des trains, des véhicules privés qui vont converger samedi de tous les coins de l’Italie vers Rome.
Les étudiants universitaires soulignent le caractère précaire de leur situation qui reste indissociable du monde du travail mis à mal par la crise. Ils veulent une vie décente et un avenir.
Pour eux, le moment du changement global est arrivé. A la maison, ils ne reviendront pas !
A Bologne, ce 12 octobre, des affrontements ont eu lieu entre les manifestants qui essayaient de pénétrer dans la banque d’Italie, Piazza Cavour et les policiers anti-émeutes. Une jeune fille de 23 ans a eu les dents cassées et la lèvre coupée.
Les garçons brandissaient des banderoles "Non à la dette ! "A vous la dette, à nous la bourse et la vie"
Puis, à l’aide d’un poteau de métal en guise de bélier, ils pénètrent dans les bureaux de l’Unep (Office des notifications, des exécutions et des protestations) au virage de Monticelli. Ils ont remis au chef de l’établissement, Giorgio Napolitano, une lettre de protestation adressée à Mario Draghi, prochain président de la BCE.
Une procession de manifestants remonte le long de l’avenue de Castiglione vers le centre. Les garçons portent sur leurs épaules une statue religieuse "Sainte insolvabilité"
Ils condamnent la gestion de l’ordre public pendant les évènements : "Nous allons essayer de savoir qui a frappé Martina, à travers les photos et les vidéos, dit De Pieri, leader du groupe étudiants OPT. Nous déposons une plainte auprès de notre avocat. La personne responsable ne devrait plus faire partie de la police de Bologne"....
MARIE THERESE FERRISI
Edition : De la parole aux actes

CHILI : Pénaliser la protestation sociale...La Loi illégitime de Piñera

Mais qui est donc Tawakkol Karman, la première femme arabe nobélisée ?

mercredi 12 octobre 2011

Vendre sa personne ou vendre son âme

allocution à Liberty Place / Occupy Wall Street (Impose Magazine) : Slavoj Zizek

Ils disent que nous sommes des perdants, mais les véritables perdants sont là-bas à Wall Street. Ils ont été sauvés avec des milliards de notre argent.
Ils nous appellent des socialistes, mais il y a toujours du socialisme pour les riches.
Ils disent que nous ne respectons pas la propriété privée, mais lors de la crise financière de 2008, plus de propriété privée durement acquise a été détruite que tout ce que nous aurions pu détruire nous mêmes en nous y consacrant jour et nuit pendant des semaines.
Ils disent que nous sommes des rêveurs. Mais les véritables rêveurs sont ceux qui pensent que les choses peuvent continuer ainsi indéfiniment. Nous ne sommes pas des rêveurs. Nous sommes en train de nous réveiller d’un rêve qui se transforme en cauchemar.
Nous ne détruisons rien. Nous ne faisons que constater comment le système se détruit lui-même.
Nous connaissons tous cette scène classique dans les dessins animés. La chat arrive au bord d’un précipice mais continue de marcher, en ignorant qu’il n’y a rien en dessous. Ce n’est que lorsqu’il regarde vers le bas, et qu’il s’en rend compte, qu’il tombe. C’est ce qui nous arrive ici. Nous disons à ces types à Wall Street : « hé, regardez en bas ! »
Au milieu du mois d’avril 2011, le gouvernement chinois a interdit à la télé, au cinéma et dans les livres toutes les histoires qui parlent d’une réalité alternative ou de voyage dans le temps. C’est bon signe pour la Chine. Ces gens rêvent encore d’alternatives, alors il faut interdire ces rêves. Ici, nous n’avons pas besoin d’une prohibition parce que le système dirigeant a réprimé même notre capacité de rêver. Regardez ces films que nous voyons tout le temps. Il vous est facile d’imaginer la fin du monde. Une astéroïde détruit toute vie sur terre et ainsi de suite. Par contre, vous n’arrivez pas à imaginer la fin du capitalisme.
Alors que faisons-nous ici ? Laissez-moi vous raconter une merveilleuse vieille blague de l’époque communiste. Un Allemand de l’Est est envoyé travailler en Sibérie. Il sait que son courrier serait ouvert par les censeurs, alors il dit à ses amis : « Mettons-nous d’accord sur un code. Si ma lettre est rédigée à l’encre bleue, ce qu’elle raconte est vraie. Si elle est rédigée à l’encre rouge, elle est fausse. » Au bout d’un mois, ses amis reçoivent leur première lettre, écrite à l’encre bleue. La lettre dit ceci : « Tout est merveilleux ici. Les magasins sont pleins de bons produits. Les cinémas passent de bons films occidentaux. Les appartements sont grands et luxueux. La seule chose qui manque ici c’est l’encre rouge. » C’est ainsi que nous vivons. Nous avons toutes les libertés que nous voulons. Mais ce qui nous manque c’est l’encre rouge : le langage pour exprimer notre non-liberté. La manière que nous avons appris à parler de la liberté – la guerre contre le terrorisme et ainsi de suite – falsifie la liberté. Et c’est cela que vous êtes en train de faire ici. Vous nous donnez à tous de l’encre rouge.
Il y a un danger. Ne tombez pas amoureux de vous-mêmes. Nous passons un bon moment ici. Mais rappelez-vous, les carnavals ne coûtent pas très cher. Ce qui compte, c’est le lendemain, lorsque nous serons tous retournés à nos vies quotidiennes. Est-ce que quelque chose aura changé ? Je ne veux pas que vous-vous souveniez de ces journées comme, vous savez, du genre « Oh, nous étions jeunes et c’était merveilleux. » Souvenez-vous que notre message essentiel est « nous avons le droit de réfléchir aux alternatives. » Si la règle est brisée, nous ne vivons pas dans le meilleur des mondes. Mais le chemin est long. Il a de véritables problèmes à résoudre. Nous savons ce que nous ne voulons pas. Mais que voulons-nous ? Quelle organisation sociale pourrait remplacer le capitalisme ? Quel genre de nouveaux dirigeants voulons-nous ?
Rappelez-vous : ce n’est pas la corruption ou la cupidité qui est le problème. C’est le système qui est le problème. C’est lui qui vous oblige à être corrompu. Méfiez-vous non seulement de vos ennemis, mais aussi de vos faux amis qui sont déjà à l’oeuvre pour diluer le processus en cours. De même qu’on vous offre du café sans caféine, de la bière sans alcool, de la crème glacée sans matière grasse, ils vont tenter de transformer ceci en une protestation inoffensive, morale. Une processus décaféiné. Mais la raison de notre présence ici est que nous en avons assez d’un monde où, pour recycler des cannettes de Coca, vous donnez quelques dollars à la charité, ou vous achetez un cappuccino à Starbucks où les 1% reversés à des enfants affamés du tiers-monde suffisent pour s’acheter une bonne conscience. Après avoir sous-traité le travail et la torture, et que nous sommes en train de sous-traiter nos vies amoureuses aux agences matrimoniales, nous avons sous-traité aussi notre engagement politique. Nous voulons le reprendre.
Nous ne sommes pas des Communistes si le communisme désigne un système qui s’est effondré en 1990. Rappelez-vous que ces communistes là sont aujourd’hui les capitalistes les plus efficaces et impitoyables. En Chine, il y a un capitalisme encore plus dynamique que votre capitalisme américain, et il n’a pas besoin de démocratie. Cela signifie que lorsque vous critiquez le capitalisme, ne cédez pas au chantage que vous seriez contre la démocratie. Le mariage entre démocratie et capitalisme est brisé Le changement est possible.
Qu’est-ce qui nous paraît possible, aujourd’hui ? Observez les médias. D’un côté, en matière de technologie et de sexualité, tout paraît possible. On peut aller sur la lune, devenir immortel grâce à la biogénétique, avoir du sexe avec n’importe qui et n’importe quoi. Mais regardez du côté de la société et de l’économie. Là, presque tout devient impossible. Vous voulez augmenter un peu les impôts pour les riches ? Ils vous répondent que c’est impossible, que nous perdrions notre compétitivité. Vous voulez plus d’argent pour la santé ? Ils répondent « impossible, cela nous entraînerait vers un état totalitaire. » Il y a quelque chose qui ne va pas dans le monde, où on nous promet l’immortalité mais où on vous interdit de dépenser plus pour la santé. Il faudrait peut-être redéfinir nos priorités. Nous ne voulons pas un meilleur niveau de vie, nous voulons une meilleure qualité de vie. Si nous sommes Communistes, c’est uniquement dans le sens que le peuple nous importe. Le peuple de la nature. Le peuple des privatisés par la propriété intellectuelle. Le peuple de la biogénétique. C’est pour cela, et uniquement pour cela, que nous devrions nous battre.
Le communisme a totalement échoué, mais les problèmes du peuple demeurent. Il nous disent que nous ne sommes pas des Américains. Mais il faut rappeler quelque chose à ces fondamentalistes conservateurs qui prétendent être les véritables Américains : qu’est-ce que Christianisme ? C’est le saint esprit. Qu’est-ce le saint esprit ? C’est une communauté égalitaire de croyants reliés par leur amour des uns pour les autres, et qui n’ont que leur liberté et leur responsabilité pour y parvenir. Dans ce sens, le saint esprit est présent ici. Et là-bas à Wall Street, ce sont des païens qui vénèrent leurs idoles blasphématoires.
Il vous suffit d’avoir de la patience. La seule chose que je crains, c’est qu’un jour nous rentrions tous chez nous pour nous réunir ensuite une fois par an, pour boire des bières et pour nous remémorer avec nostalgie « ah, quel bon moment nous avons passé là-bas ». Promettez-vous que ça ne sera pas le cas. Nous savons que souvent les gens désirent quelque chose sans vraiment le vouloir. N’ayez pas peur de vraiment vouloir ce que vous désirez.
Merci beaucoup.
Slavoj Žižek
SOURCE : http://www.imposemagazine.com/bytes/slavoj-zizek-at-occupy-w... 
URL de cet article 14832 http://www.legrandsoir.info/slavoj-zizek-allocution-a-liberty-place-occupy-wall-street-impose-mag

L’art de la guerre : Que le colonialisme était beau - A Rome on a ignoré le centenaire de l’occupation coloniale italienne de la Libye. En revanche il a été célébré le 8 octobre à Tripoli,…

Mercredi 12 octobre 2011
A Rome, on a ignoré le centenaire de l’occupation coloniale italienne de la Libye. En revanche il a été célébré le 8 octobre à Tripoli, par le président du Cnt Mustapha Abdel Jalil et par le ministre de la défense Ignazio La Russa (ex dirigeant néofasciste, à présent un des dirigeants du parti du gouvernement présidé par S. Berlusconi, NdT).
L’ère du colonialisme italien, a déclaré Jalil, a été pour la Libye « une ère de développement ». En effet, « le colonialisme italien apporta des routes et des édifices très beaux aujourd’hui encore à Tripoli, Derna et Benghazi ; il apporta le développement agricole, des lois justes et des procès justes : tout cela, les Libyens le savent très bien ». « Relecture historique » hautement appréciée par le ministre La Russa : « L’histoire coloniale européenne, nous la connaissons bien, y compris avec ses ombres, mais l’Italie a laissé derrière elle un signe d’amitié ». Il s’agit, à ce point, de réécrire nos livres d’histoire.

Si en 1911 l’Italie occupa la Libye avec un corps expéditionnaire de 100mille hommes, elle le fit non pas avec des objectifs expansionnistes mais parce que, en tant que nation civilisée, elle voulait ouvrir au pays africain « une ère de développement ».Si, peu après le débarquement, l’armée italienne fusilla et pendit 5mille Libyens et en déporta des milliers, en étouffant dans le sang la première révolte populaire, elle le fit pour appliquer « des lois justes ». Pour imposer la légalité, et non pas pour écraser la résistance libyenne, la moitié de la population de Cyrénaïque, 100mille personnes environ, fut déportée en 1930 dans une quinzaine de camps de concentration, tandis que l’aviation italienne bombardait les villages restants avec des armes chimiques, et que la région était enfermée avec un barrage de barbelés long de 270 Kms.

Et quand le chef de la résistance, Omar Al Mukhtar, fut capturé en 1931, il fut soumis à un « procès juste » : la condamnation à la pendaison fut donc légitime. Selon Jalil, « les routes et les très beaux édifices » furent construits par l’Italie fasciste non pas pour la colonisation démographique de la Libye, mais pour que les Libyens vivent mieux. Et si les terres les plus fertiles, environ 900mille hectares, furent confisquées par les autorités coloniales, en reléguant les populations dans des terres arides, on ne le fit pas pour les donner aux colons italiens, mais pour « le développement agricole » de la Libye.
« Kadhafi par contre a été à l’exact opposé, il n’a apporté aucun développement, il n’a pas utilisé les richesses de la Libye pour son peuple », conclut Jalil, en ignorant qu’il a lui-même fait partie du gouvernement à qui il attribue la faute d’avoir bloqué le « développement » apporté par le colonialisme italien en Libye.
En ignorant que, selon les données de la Banque mondiale même, la Libye, avant d’être attaquée par l’OTAN, avait atteint « des indicateurs élevés de développement humain », avec une croissance annuelle moyenne du PIB de 7,5%, un revenu par habitant moyen-haut, un accès à 100% à l’instruction de niveau primaire, à 98% en secondaire, et à 46% à l’université. Mais, selon Jalil, on vivait mieux avant, quand la Libye était sous le colonialisme italien, et quand succéda à celui-ci, avec le roi Idris, la domination néocoloniale britannique et étasunienne. Le message politique est clair : le gouvernement qu’il préside assurera à la Libye une « nouvelle ère de développement ».
Comme celle que célébra Mussolini en 1937 quand, sur son cheval blanc du haut d’une dune, il leva vers le ciel l’épée à la garde d’or, en se proclamant « protecteur de l’Islam ». Un souvenir qui émeut La Russa aux larmes.
par Manlio Dinucci
envoi Marie Ange Patrizio
Edition de mardi 11 octobre 2011 de il manifesto
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio  

mardi 11 octobre 2011

Amalgame entre terrorisme et combat des peuples

Parce que vous avez violé nos lois ancestrales, nos insurrections et notre révolution de 54 étaient pour nous le plus sacré et le plus indispensable des devoirs.

J’ai lu avec grand intérêt l’article de la correspondante d’El Watan relatif à l’organisation du Congrès international des victimes du terrorisme (CIVT). C’est une initiative louable à plus d’un titre.
Cependant, car il y a toujours un de ces adverbes qui ponctuent ce genre de sujet, ma stupéfaction était d’autant plus grande quand j’ai parcouru l’interview de Guillaume Denoix de Saint-Marc, D.G. de l’AFVT (Association française des victimes du terrorisme). A travers cet entretien, M. Denoix de Saint-Marc se penche beaucoup plus sur les victimes et non sur les causes. En partant du principe qui veut que la victime soit le résultat d’une cause (une action qui entraîne une réaction), nous pouvons déduire, par exemple, que le nombre de morts dans les enfumages du Dahra et de l’Ouarsenis n’ont pas été victimes du typhus ni du choléra, ils ont été les victimes d’un Pélissier, d’un Saint-Arnaud et autres Cavaignac.
Cette contribution donne à réfléchir sur les tenants et les aboutissants de la politique des pays, qu’on dit développés, à l’égard des pays du tiers-monde qu’on a pris l’habitude de prendre pour des demeurés. M. Denoix de Saint-Marc ne s’intéresse pas aux causes, mais aux victimes du terrorisme. C’est donc son droit le plus absolu, mais de notre part, n’en lui déplaise, nous nous intéressons plutôt aux causes qui ont fait des centaines et des centaines de milliers de victimes à travers le monde et particulièrement chez nous.
Quelle a été la cause des centaines de morts par enfumage dans les monts du Dahra ainsi que ceux du colonel de Saint-Arnaud qui s’est rendu tristement célèbre après les enfumages dans des grottes où s’est réfugiée toute une population de l’Ouarsenis. Il y eut plus de 500 morts. Comment peut-on qualifier ce massacre, sinon comme une extermination d’un peuple, un génocide qui est connu maintenant sous le vocable « crime contre l’humanité ». Dans un rapport adressé à Bugeaud, alors nouveau gouverneur général d’Algérie ayant remplacé le Maréchal Valée, Saint-Arnaud se vanta d’avoir réalisé le crime parfait, expéditif. Dans une correspondance datée du 18 janvier 1844, il avait révélé qu’« il ne faisait qu’exécuter avec zèle et détermination les ordres reçus de ses chefs hiérarchiques ». « Je ne laisserais pas un seul Arabe debout dans les montagnes et les plaines, ni une tête sur les épaules de ses misérables Arabes... Ce sont les ordres que j’ai reçus du général Changarnier, ils seront ponctuellement exécutés. Je brûlerais tout, je les brûlerais tous. »
Pélissier fut responsable du massacre collectif de la tribu des Ouled Rieh le 19 juin 1845, au cours duquel plus de 1000 personnes (hommes, femmes, enfants et vieillards) ont été asphyxiées dans les grottes Frachich dans le Dahra.
Piochons encore et encore pour nous remémorer le génocide commis dans la tribu des Hadjout, à l’issue duquel le responsable militaire a eu l’horrible idée de recenser le nombre de victimes en exigeant de ses hommes de troupe de ramener autant de paires d’oreilles.
Souvenez-vous des causes ayant endeuillé des familles entières dans les révoltes des Ouled Sidi Cheikh, particulièrement durant la bataille de Makouda du 17 avril 1871, où les résistants firent face à un rouleau compresseur, une importante armada qui fit plus de 200 morts. Je ne m’étalerai pas sur le sujet, dont plusieurs écrits ne pourront jamais décrire l’horreur commise dans les nombreuses batailles qui ont fait des milliers de victimes du terrorisme de la France coloniale, car cette France n’a jamais été celle des Montesquieu, Pasteur, Voltaire, Ravel ou Saint- Saëns. Je citerai, pour la mémoire collective, la révolte de Aïn Torki (Miliana) racontée dans le livre de Laïdi Flici Vous souvenez-vous de Marguerite, qui rapportait, dans les détails et avec une vive émotion, le massacre commis à l’actuelle Aïn Torki (Miliana) suivi de dommages collatéraux.
A Théniet El Had (wilaya de Tissemsilt) 80 jeunes des Beni Hayane ont été assassinés par le chef du Bureau arabe de Théniet El Had, le sanguinaire commandant Marguerite. Ils ont été enterrés dans une fosse commune, à l’intérieur de la caserne dont ils avaient participé à sa construction (1).Pour écraser les révoltes des tribus (400 tentes) du sud-ouest de Aïn Toukria (actuellement Khemisti), l’armée coloniale n’a pas lésiné sur les moyens humains et matériels pour venir à bout des révoltés. Au mois de septembre 1845, le lieutenant-colonel Laforêt a pris la décision de marcher, à partir de la forteresse de Théniet El Had, sur les révoltés de Aïn Toukria commandés par un certain Ben Benghriaoua dans l’intention de les anéantir (2).
On dénombra un grand nombre de tués dans les rangs des indigènes. Laforêt a été « sévèrement sanctionné » par le Maréchal Duc D’Isly (Bugeaud) en lui faisant une... remontrance (excusez du peu). L’affaire de Aïn Toukria fut vite oubliée alors qu’un massacre venait d’être commis. Comme l’a écrit Bugeaud : « ... Peut-on courir partout à la fois ? Peut-on parer à tous les coups d’aiguillon ? Peut-on mettre 100 000 hommes à la poursuite de l’Emir Abdelkader ? Evidemment non ! Mais on peut poursuivre et atteindre les populations qui lui fournissent des cavaliers et des ressources... Une guerre de cette nature ne peut se terminer que par une action incessante de toutes nos colonnes et, disons-le, car il faut que la nation le sache, en ruinant les Arabes... » (3)
Les causes et les victimes, puisque vous vous intéressez beaucoup plus à ces dernières qu’à leurs causes, Monsieur, vous en aurez à profusion. Je citerai pour cela les premières qui me viennent à l’esprit : la résistance des Beni Chougrane (1914), des Aurès (30 mai 1879) 562 massacrés à l’arme blanche, du cheikh Amoud (16 février 1881), du Djurdjura (1842/1847), l’insurrection des spahis et d’El Keblouti (1871), de cheikh Bouaâmama (1881/1908) où des pertes humaines furent parmi les conséquences les plus notables de la révolte. Plus vous ruinez et persécutez un peuple, plus vous développez en lui la culture de la révolte, le rejet de l’assujettissement.
Plus près dans le temps chez nous, vous semblez adopter la politique de l’autruche qui fait que « je n’ai rien vu, je n’ai rien entendu et je n’ai rien dit », en passant l’éponge sur les moyens qui ont été utilisés par les colons et les militaires français en commettant le massacre de 45 000 Algériens lors de la manifestation pacifique du 8 Mai 45, dont certains ont été balancés du haut des falaises de Kherata. Je vous rappelle pour votre gouverne les opérations militaires du plan Challe au nombre de 16, dont notamment l’opération Courroie, véritable rouleau compresseur qui a tenté d’écraser d’ouest en est les Wilayas V, IV et III.
Guillaume Denoix de Saint-Marc n’y a-t-il pas une sélection entre les victimes du terrorisme ? La réalité de l’heure nous force à opter pour l’affirmatif, sinon pourquoi alors taire les récents massacres commis par Israël à Ghaza, les morts de Sarajevo, du Kosovo, des victimes de l’OTAN en Lybie, de Tchétchénie, etc. Pourquoi ne pas dire un mot sur le curieux ticket aller sans retour des Américains vers l’Afghanistan qu’est le 11 Septembre (dixit Eric Laurent et Thierry Meyssen).
Manifestement, vous semblez sinon éclipser du moins adopter une fuite en avant devant les causes qui vous poursuivent et vous poursuivront comme l’œil de Caïn, causes qui ont été à l’origine de milliers d’Algériens victimes des généraux et maréchaux français du début du IXe siècle et leurs rejetons, tels Le Pen, Godard, Massu et son Bigeard de colonel. Le comble de l’ironie, c’est que vous êtes en train de défendre l’âme des victimes massacrées de vos propres mains en criant au scandale. Comme dit un proverbe bien de chez nous : « Après m’avoir frappé, il pleura et m’a devancé pour se plaindre. » (Drabni oua bka, fatni oua echteka).
Vous voulez mettre toutes ces innocentes et nombreuses victimes du terrorisme colonial sur un plateau et crier comme des vierges effarouchées en mettant sur l’autre une victime, et une seule, du Casino de la Pointe Pescade. Mais Bon Dieu, c’est vous qui étiez les indésirables un matin du 19 juin 1830, et c’est tout à notre honneur de nous être révoltés. La répression a été telle, qu’après ces massacres, la population a subi des dommages collatéraux très importants (destruction de maisons et de douars en entier, incendie de leurs biens et jugements de nombre d’entre eux par les cours martiales et leur condamnation à de lourdes peines, notamment aux travaux forcés et de déportation.
Les SAS (Section administrative spécialisée) ont été la réplique d’un fort séisme ressenti douloureusement par les Algériens lors du débarquement à Sidi Fredj. Les SAS ont par la suite tenté de briser la personnalité algérienne, détruisant le tissu social, les fondements de la personnalité nationale, éradiquer les repères ancestraux, séculariser le peuple, ou à la limite, l’éloigner de sa religion et de ses références et valeurs historiques. Mais notre peuple était aguerri dans les combats, avait appris aussi bien à lancer les défis qu’à repousser les offensives. A la différence des défenseurs zélés de l’Algérie française, notre peuple avait un idéal pour lequel il aimait mourir.
Vous accusez pour cela le FLN comme étant une organisation criminelle. A travers cette logique qui vous est très chère, nous déduisons, par extrapolation, à tort d’ailleurs, que le FLN de Larbi Ben M’hidi et Amirouche au même titre que le Front national de Jean Moulin ou de l’ANC de Mandela, ces trois partis étaient donc des nids de criminels !!! Et toujours par déduction que l’innocent français a été traumatisé par le FLN où le gentil petit schleu était une victime des méchants du FFL ou alors les tenants de la politique d’apartheid ont été empêchés de dormir tranquillement par les Bantous en révolte ? Dans l’ordre politique, un peuple se soulève quand il est victime des maux physiques qu’on lui fait subir.
Les souffrances morales lui font faire la révolution. Nous nous sommes révoltés parce que nous avons une conscience révolutionnaire cultivée (dixit général Massu Le torrent et la digue). Parce que vous avez violé nos lois ancestrales, nos insurrections et notre révolution de 54 étaient pour nous le plus sacré et le plus indispensable des devoirs. Votre association fait dans l’amalgame entre terrorisme et combat d’un peuple qui s’est révolté pour s’autodéterminer et être libre du joug colonial. Un tel peuple, valeureux, à plus d’un titre, qui a donné 1 500 000 chahids, est-il un terroriste ?
Nous tirons tout notre honneur et notre fierté en ayant appartenu au FLN/ALN qui nous a collé notre ex-libris qui veut que tout peuple opprimé aspire à son droit de disposer de lui-même et à recouvrer sa liberté par la voix des urnes sinon en faisant parler les armes quand cela fut nécessaire. Vous appelez ce dernier moyen « terrorisme ». Il a raison l’auteur du site de la LDH française, quand il se pose la question de savoir, si l’AFVT va-t-elle condamner au sein de l’OCIVT l’utilisation des bombes à fragmentation et au phosphore utilisées au Vietnam et à Ghaza ? Va-t-elle inviter les familles des victimes de l’attentat commis par l’OAS au port d’Alger ou à la rue de Thèbes ?
Nous avons été assez dupes un certain temps pour croire, dur comme fer, le transfert de la technologie du Nord vers le Sud comme l’a été l’usurpation par le Nord de ce savoir pendant le rayonnement de Grenade et après sa déliquescence. Si la bonne intention a peut-être germé dans les esprits malintentionnés d’outre-Méditerranée, ils ont tenté en premier lieu de nous vendre en concomitances avec ce vaporeux transfert l’idée qu’une de leurs victimes est égale à autant de nos morts. Alors permettez-moi de vous dire que nous doutons à plus d’un titre sur la neutralité de votre association ni celle du Congrès dont la rhétorique n’est pas leur fort. Si vous continuez à vous prendre au sérieux en continuant sur cette lancée, la psychiatrie lourde sera vivement conseillée au tenant d’une telle idée qui veut que quand l’Occident entreprend, tout le monde est forcé de taper des mains, et quand l’occupé fait, il tombe sous le coup de l’action terroriste.
Nonobstant, nous continuerons à nous intéresser mordicus aux causes pour concrétiser notre grand espoir d’arrêter les bains de sang partout dans le monde. Nous vous remercions d’avoir tiré sur vos pieds, c’est une occasion pour nous de dire ce qu’on a sur le cœur.
Renvois :
1- Xavier Yakono - La colonisation dans la plaine du Cheliff
2 - Rapport relatif à cette affaire adressé par le Maréchal duc D’Isly à Soult alors ministre de la Guerre.
3- Écrit de Bugeaud au ministre de la Guerre le 24 novembre 1849 (Citée par le colonnel Churchill dans : La vie d’Abdelkader (SNED 1970).
8 octobre 2011 - El Watan