dimanche 25 septembre 2011

Libye : “Mission Accomplie !” & Caricatures…

Mission Accomplie !

Dans ce cri, célébrant la destruction, la pulvérisation de l’Irak, l’instauration de la démocratie et des libertés dans un pays en cendres, Bush exultait. Enivré d’autosatisfaction, sur un porte-avions dans la baie de San Diego face à la plus grande base aéronavale des USA, en Californie du sud.
En Libye, le tyran a été renversé. Son bras droit, intronisé chef du gouvernement provisoire au milieu des ruines du pays. Avec abnégation, pétri d’émotion, il est venu quémander cette semaine, à la tribune de l’ONU, une “aide alimentaire et matérielle” internationale pour son pays. La Libye en voie de “Somalisation”… Hourrah ! Alléluia ! Youppie ! On a gagné !
Cameron et Sarkozy, maîtres d’œuvre de l’opération militaire par délégation de l’Empire, n’ont pas dérogé au rituel colonial. Mais, plus téméraires, ils sont allés célébrer leur victoire en Libye. Sur le terrain de leurs exploits narcissiques, encadrés de leurs gorilles, de leurs propagandistes et de leur claque applaudissante, figurants aux poches bourrées de dollars.
Par prudence, il est vrai, en des endroits bien balisés et sécurisés. Bien sûr, ne sont jamais montrés à ceux qui appuient sur le bouton de la mort et des massacres, en signent les ordres d’exécution, les effroyables effets. Que des médias pourraient, accidentellement, montrer au JT. “Aseptiser le contexte”, disent les communicants galonnés… Dans nos médias “dominants”, tambours, trompettes, cymbales de la désinformation et de la propagande, reprenant en fanfare la glorification des promoteurs des bombardements humanitaires et libérateurs.
Toutefois, au cœur de ces mêmes médias quelques irréductibles, déterminés, tenaces, tels des Astérix de l’info, ont pourfendu la stupidité, le mensonge, le cynisme des castes au pouvoir : les caricaturistes. En France, où ces talents existent (1), peu de dessinateurs ont accès à une grande visibilité lorsqu’ils prétendent contester l’ordre établi, le politiquement correct : « Nous sommes magnifiques, les autres sont des barbares. Ils n’ont que ce qu’ils méritent »
Bâillonnés (2) ou censurés (3)…
Réduits, que nous sommes, à visiter des médias étrangers pour voir illustrer en ridicule cette prétention civilisatrice aussi hypocrite que violente.
The Guardian, par exemple, qui laisse les dessinateurs s’exprimer (en couleurs, en plus !) dans une totale liberté de ton. S’opposant à la ligne éditoriale de leur propre journal qui, depuis la guerre d’Irak, s’est complètement alignée sur l’idéologie fanatique de l’extrême-droite US, pudiquement appelée « néoconservateurs ». Bel exemple de diversité d’opinions au sein d’un même média.
Parmi ces talents, Steve Bell et Martin Rowson, ne cessant de dénoncer l’irresponsabilité et la voyoucratie de la nomenklatura britannique. Tout particulièrement le monde de la Finance ou de la City : les fameux Fat Cats, les “chats grassouillets”, s’empiffrant dans la spéculation et les privilèges fiscaux !
Petit échantillon de ce festival de courage et d’humour. Courage, sous le déluge de la propagande, pour démonter, dénoncer, fustiger, mégalomanie et infantilisme des dirigeants de nos pays. Humour, noir aussi, dans le regard stoïque face à leur stupide folie sanguinaire anesthésiée de Bonne Conscience…
Un dessin de Steve Bell sur la “libération bombardée” de la Libye. Sarkozy s’étant arrogé la fonction de « boss » de l’expédition coloniale, il l’a caricaturé en Napoléon. Reprenant le surnom de Sarkozy, ou l’image, souvent utilisés à l’étranger pour le représenter. Son alter ego dans cette opération, le premier ministre britannique Cameron, en Napoléon aussi, par clonage !
Arborant l’un et l’autre le nouveau drapeau de la “Libye démocratique”, qui était antérieurement celui de la monarchie libyenne. Cameron jetant derrière les conquérants, d’un furtif coup de talonnette, le drapeau de la Libye de Kadhafi. Jetons vite dans l’oubli les plantureux contrats et accords signés avec lui !

Martin Rowson a choisi de présenter les conquérants dans la lignée des légendes de Lawrence d’Arabie flanqué de ses compagnons d’aventures, sur des dromadaires. Libérant, soi-disant à l’époque, les pays arabes de l’oppression de l’Empire Ottoman…
Sarkozy y est coiffé du shako avec son protège-nuque des armées d’Afrique et de la Légion, son coursier harnaché du drapeau français. A l’extrême gauche du dessin, esquissée, la chevelure blonde représentant Hillary Clinton, aussi férocement belliciste que celles qui l’ont précédée dans les mêmes fonctions de ministre des affaires étrangères US : Condolezza Rice ou la sinistre Madeleine Albright.
Avec chacun, en tandem sur son dromadaire, son “révolutionnaire libyen” brandissant le “nouveau” drapeau de la Libye démocratique, qui n’est, comme on l’a vu dans la précédente illustration, que “l’ancien” de la monarchie corrompue renversée par Kadhafi. Etendard, symbole, aveu : surtout ne rien changer, pas d’innovation, faire du neuf avec de l’ancien… Excellente illustration du rôle des services spéciaux occidentaux, sponsorisant chacun un clan ou un gang, servant de couverture aux prédations locales de leurs maîtres.

Notons le militaire britannique, en bas à droite du dessin, sous son casque colonial en uniforme rouge des années de gloire de l’empire Victorien, sollicitant les militants de demander à Cameron de s’occuper de son armée le week-end. Du fait des économies budgétaires, des licenciements d’hommes de troupe sont, en effet, programmés par le gouvernement britannique. Expliquant son geste distributeur des formulaires P45, qui sont ceux des demandeurs d’emploi…
Les smicards de la guerre deviennent de moins en moins nécessaires. La guerre de conquête est fondée, à présent, sur la haute technologie. Electronique, informatique et télécoms, drones et missiles de croisière, forces spéciales et mercenaires spécialisés, propagande et désinformation : finis gros bataillons et godillots !
Un autre caricaturiste britannique s’est mobilisé contre l’intervention des pays occidentaux. Exceptionnel militant de la paix et de la justice : Leon Kuhn. Ses dessins présentent la particularité de mêler photos et dessins.
Dans un impressionnant montage, il évoque les massacres d’innocents, victimes des bombardements aveugles de l’OTAN. Tout le monde se voilant la face. Mettant en scène l’hypocrisie des politiciens représentés par Cameron, (Whitehall désigne le Parlement et Downing Street, bureaux et résidence du premier ministre), dissimulant, sous des discours de prouesses militaires et d’aide humanitaire, la sauvagerie des massacres et destructions.
Rappelons que Cameron se veut un des plus fervents donneurs de leçons de droits de l’homme et de civilisation au reste du monde. Son dernier discours à l’ONU est une éclatante démonstration du cynisme sanguinaire de l’oligarchie occidentale (4).
Le drapeau britannique, totem de gloire et de panache, est ainsi utilisé pour cacher des cadavres d’hommes, de femmes et d’enfants. Recouvrir, étouffer, dissimuler, occulter… D’où le titre du dessin : The Cover Up.

Leon Kuhn décrit, dans un autre dessin, le nouveau gouvernement Libyen : Front Bench. Référence aux premiers rangs du Parlement britannique, de part et d’autre du pupitre du président de séance, occupés par les responsables gouvernementaux et, face à eux, les responsables de l’opposition (Shadow Cabinet).
En Libye, ceux qui vont diriger le pays : les soldats de l’OTAN avec leurs armes et uniformes. Exécuteurs des lobbies de l’armement, du pétrole et des BTP. Sur l’épaule droite des trois soldats au premier plan, les drapeaux de leur armée respective, de gauche à droite : France, USA et GB. L’un d’eux tient entre ses mains un dossier intitulé : « contrats pétroliers »…

Pour terminer, une illustration de ce que tout le monde a compris, l’Occident colonial veut s’en mettre plein les poches, du moins sa ploutocratie, quitte à plonger le pays dans la misère, la guerre civile. Le pomper jusqu’à extinction de ses ressources. Jeter l’écorce, après en avoir extrait tout le jus...
Victor Kremlev, de l’excellent média Russia Today (RT), a parfaitement résumé le véritable enjeu, la programmation du pillage, dans un dessin évoquant les partages coloniaux des siècles antérieurs.
Sur fond de puits de pétrole, grande bagarre entre compagnies pétrolières occidentales pour se partager le gâteau. Un “révolutionnaire libyen” stupéfait de voir les occidentaux rivaliser pour se partager les dépouilles du pays, sans un regard pour lui. Sans aucune considération pour le projet actuel de son peuple, son avenir. Essayant de rappeler à la réalité les prédateurs, du moins la sienne :
« Hé les gars, vous n’auriez pas vu Kadhafi, par hasard ? »

Dessins, caricatures, fulgurantes analyses en fait, décrivant l’immuable ordre du monde. Avec sa nouvelle sémantique, sa nouvelle rhétorique, que La Mère Pipe dans la pièce Tueur sans gages (5) d’Eugène Ionesco, avait clairement formulées dès 1958 (6) :
« Nous n’allons plus persécuter, mais nous punirons et ferons justice. Nous ne coloniserons pas les peuples, nous les occuperons pour les libérer. Nous n’exploiterons pas les hommes, nous les ferons produire.
La guerre s’appellera la paix…
La tyrannie restaurée s’appellera discipline et liberté. Le malheur de tous les hommes c’est le bonheur de l’humanité ! ».
(1) Exemple Emmanuel Chaunu (http://chaunu.fr/). Voir aussi le site collectif d’un groupement de professionnels du dessin de presse : http://www.caricartists.com/public/pages/caricaturistes_accueil.php
(2) En France, dans un grand quotidien matinal, propriété d’un richissime industriel, un caricaturiste est payé (le propriétaire actuel l’ayant “trouvé” dans les “actifs” du quotidien, au sens comptable et financier, lors de son rachat) avec interdiction de publier le moindre dessin. Motif invoqué : le propriétaire n’aime pas les caricatures…
(3) Pendant l’invasion et la destruction de l’Irak, même un journal satirique bien connu “s’autocensurait” en s’interdisant la publication de toute caricature mettant en cause comportements et carnages démesurés des forces de la coalition, notamment US…
(4) Cf. le discours du prince héritier d’Espagne lors du VII° Congrès International des Victimes du Terrorisme, tenu à Paris (15 – 17 septembre 2011) :
« Rien ne justifie la barbarie ».
Rien que l’édification et le maintien de l’Empire espagnol, du XV° au XX° siècle, a provoqué la mort de dizaines de millions de personnes. Une des plus violentes, cruelles, inhumaines, colonisations de l’Histoire de l’Humanité. Au minimum, rien qu’en Amérique latine plus de 200 millions de victimes, non compris les victimes du trafic d’esclaves à partir de l’Afrique… Quant à la ’barbarie occidentale’ actuelle... « La Bonne Conscience »…
(5) 1re version, Théâtre II, Gallimard, Coll. « Blanche », 1958, pp. 59–171.
(6) Eugène Ionesco, Tueurs sans gages, Editions Gallimard, Folio Théâtre, 1958/2003, Acte III, pp. 131-132.
Georges STANECHY
URL de cet article 14710 http://www.legrandsoir.info/libye-mission-accomplie-caricatures.html

Le piège du pouvoir en Afrique

L’exercice du pouvoir en Afrique, aujourd’hui plus qu’hier suscite l’intérêt de bon nombre d’intellectuels.  Le folklore qui entoure la fonction de Chef d’Etat en Afrique, laisse croire que ce dernier n’a pas de devoir. 
Mais des droits.

Le Président africain est « un demi dieu ». Il fait et défait, nomme aux postes importants, avec ou sans l’avis d’éventuels proches ou collaborateurs. Certains chefs d’Etat n’hésitent pas à amender la Constitution. La loi fondamentale de la nation, dans le seul but de se maintenir au pouvoir ou y faire accéder une progéniture. Presque la moitié des dirigeants africains ont plusieurs décennies d’exercice du pouvoir. De Mouammar Kadhafi, à Théodoro Obiang N’Guema, d’Eduardo Dos Santos à Blaise Compaoré, ce sont plusieurs décennies de présence à la tête de leur Etat respectif.
Du culte de la personnalité
Un chef d'Etat est une personne physique, qui représente symboliquement la continuité et la légitimité de l'Etat. Mais force est de reconnaître que dans certains Etats notamment africains, un vrai culte de la personnalité est fait au Président. Des portraits officiels de chefs d'État se retrouvent dans les bureaux du gouvernement, les cours de justice et même les aéroports, les bibliothèques et autres bâtiments publics. L’image du chef d'État devient l'unique représentation visuelle du pays, surpassant même d'autres symboles tels que le drapeau, la constitution, l'hymne national. La conséquence de cette pratique, c’est que le chef de l’Etat finit par croire qu’il est l’unique symbole de la nation. Et finit par ne plus entrevoir une vie après le pouvoir.
Le désir d’alternance
Les populations, exaspérées et souvent motivées par le désir profond d’alternance sortent de leur torpeur et se résolvent à mettre fin à cet état de fait. Un projet de loi du Président sénégalais Abdoulaye Wade, qui institue en particulier l'élection au suffrage universel d'un président et d'un vice-président, avait provoqué de violentes émeutes le jeudi 23 juin dernier à Dakar et sa banlieue. Des édifices administratifs publics ont été pillés puis incendiés. Des affrontements entre forces de sécurité et manifestants ont fait plusieurs dizaines de blessés. A la base, un projet de loi prévoyant : « En cas de démission, d'empêchement définitif ou de décès en cours de mandat, le président de la République est remplacé par le vice-président». L’opposition et la société civile ont vu dans ce projet de loi une « dévolution monarchique du pouvoir » d'Abdoulaye Wade, 85 ans, au profit de son fils Karim, 42 ans, actuellement à la tête de pas moins de quatre ministères. Au pouvoir, il y a dix ans, Abdoulaye Wade envisage se présenter pour un troisième mandat.
Ce ras-le-bol est aussi perceptible au Burkina Faso, où depuis février, le pays est en proie à des manifestations civiles et à des mutineries. Plusieurs régions du Burkina ont été secouées par des mouvements de protestation. Les manifestants ont pour principales revendications l’amélioration de leur condition de vie, par le régime du Président Blaise Compaoré, réélu pour un nouveau mandat en novembre dernier. Même s’il ne transparait pas officiellement dans les propos des frondeurs. Sous le cape de ces mouvements sociaux, se cache la volonté d’un changement. Cela fait 24 ans que Blaise Compaoré préside aux destinées du Burkina Faso, tout de même.
Mouammar Kadhafi, considéré jusqu’ici comme le doyen des Chefs d’Etat africains avec une durée au pouvoir de 42 ans, fait face à une insurrection politico-militaire, appuyée par l’Occident. Quoique l’intervention de l’Occident ne laisse pas sans commentaire, la volonté de changement des contestataires au régime du guide libyen, est justifiée.
Des révolutions populaires ont mis fin le 14 janvier à 23 ans de règne de Zine El Abidine Ben Ali en Tunisie et, à 31 ans d’exercice du pouvoir d’Hosni Moubarak en Egypte en mars dernier. Même si l’héritage au lendemain de ces révolutions, est pénible à assumer, cela n’enlève rien au soulagement que le changement apporte à ces peuples.
Source : Afreekelection.com

Libye - La révolution libyenne synonyme de peur pour les immigrés sub-sahariens

Dimanche, 25 Septembre 2011
Pour des centaines d'immigrés africains sub-sahariens survivant dans des abris de fortune aux abords de Tripoli, la révolution libyenne n'a apporté ni espérance ni liberté, mais la peur, la faim et le désespoir. 

Dans le port de pêche à l'abandon de Sidi Bilal, à environ 25 kilomètres de la capitale, plus de 600 travailleurs immigrés vivent à l'ombre de couvertures accrochées à des épaves de bateaux, se nourrissant de maigres portions de riz bouilli au feu de fois, dans l'attente d'aide alimentaire.
"On survit à peine ici", témoigne Bright Adams, ouvrier nigérian de 33 ans arrivé en Libye en 2008. "Il n'y a pas de nourriture, pas d'eau potable, pas de sécurité. Nous avons besoin d'aide".
Comme des milliers d'autres immigrés sub-sahariens, Bright Adams est venu en Libye pour occuper des emplois dont les Libyens ne voulaient pas. Et au racisme ordinaire des années Kadhafi s'ajoute désormais l'hostilité ouverte d'une partie de la population qui les assimile aux mercenaires ayant combattu dans les rangs des forces loyales au colonel déchu.
"Nous sommes venus ici pour travailler, faire les boulots dont les Libyens ne voulaient pas. Et maintenant, ils nous haïssent et nous attaquent", ajoute désabusé l'ouvrier nigérian, arrivé comme la plupart de ses compagnons d'infortune à Sidi Bilal après la prise de Tripoli par les forces du Conseil national de transition (CNT).
Le 13 septembre, Amnesty International avait pointé du doigt les combattants du CNT pour avoir commis des abus sur les immigrés sub-sahariens.
"Le CNT est confronté à la tâche difficile de contrôler les combattants de l'opposition et les groupes d'autodéfense responsables de graves atteintes aux droits de l'Homme, y compris d'éventuels crimes de guerre, mais se montre réticent à les tenir pour responsables", indiquait Amnesty.
Des pro-CNT "ont enlevé, détenu arbitrairement, torturé et tué d'anciens membres des forces de sécurité, soupçonnés de loyauté envers Kadhafi, et capturé des soldats et des ressortissants étrangers soupçonnés à tort d'être des mercenaires se battant pour Kadhafi", selon Amnesty.
Les nouvelles autorités libyennes ont également peu fait pour corriger l'affirmation erronée selon laquelle les hommes originaires d'Afrique sub-saharienne étaient des mercenaires, déplore Amnesty.
Plus récemment, une mission de l'ONU chargée d'enquêter sur les violations des droits de l'Homme a également fait part de son inquiètude sur des informations faisant état d'arrestations massives d'"Africains noirs soupçonnés d'être des mercenaires pro-Kadhafi".
Plusieurs travailleurs immigrés réfugiés dans l'ancien port de pêche assurent que des combattants du CNT ont pillé leurs logements, volé leurs biens et confisqué leurs passeports.
Bright Adams s'insurge qu'on puisse le prendre pour un mercenaire: "on n'a rien à voir avec ça. On est venu ici pour travailler, pas pour faire la guerre".
Selon des immigrés, les sévices se poursuivent jusque dans le camp. Des hommes armés débarquent de nuit, détruisent les abris, volent le peu qui reste à voler.
Les femmes sont, comme bien souvent, la cible de ces hommes armés. "Parfois les +rebelles+ viennent et prennent des filles pour les violer", raconte Loveth Olokhora, Nigériane de 23 ans qui travaillait auparavant comme femme de ménage à Benghazi (est). "Ils peuvent faire ce qu'ils veulent de nous", ajoute-t-elle.
Dans le camp, Simon Burroughs, de Médecins sans frontières (MSF) explique que son ONG fournit de la nourriture aux immigrés mais pas en quantité suffisante.
Pourtant, malgré la peur et la faim, nombre d'entre eux disent vouloir rester en Libye et retrouver un emploi.
Marvis Osayogie, mécanicien nigérian de 33 ans, raconte que des combattants du CNT ont pris son passeport et volé toutes ses économies. "J'ai laissé ma famille au Nigeria pour venir ici travailler pour elle. Maintenant, j'ai tout perdu. Comment rentrer les mains vides à la maison?".
© 1994-2011 Agence France-Presse
Source : Afreekelection.com

excellent documentaire sur la puissance du lobby pro-israélien aux Etats-Unis que vous ne risquez pas de voir sur les chaines de télévision française.


samedi 24 septembre 2011

Obama : le « premier Président juif » d’Amérique ?

samedi 24 septembre 2011
Marwan Bishara
Al Jazeera
Après le discours du Président US aux Nations-Unies, notre principal analyste se demande pourquoi les dirigeants américains continuent de plier devant les exigences d’une puissance étrangère. Al Jazeera.
Barack Obama est devenu plus pro-israélien que George W Bush,soutient l’analyste M. Bishara.
(Gallo/Getty)
Obama est « le premier Président juif ». Tel est le titre de l’édito du New York Magazine, écrit par John Heilemann et citant un important collecteur de fonds d’Obama.
En écoutant Obama aux Nations-Unies mercredi, beaucoup ont hoché la tête, et pas moins en Palestine et dans le monde arabe.
Le Président US a embrassé la position israélienne de rejet de la reconnaissance internationale d’un État palestinien indépendant.
Mais ce n’est pas une position juive. C’est une position sioniste radicale. Beaucoup de juifs, dont des juifs des États-Unis et d’Israël, n’adoptent pas de telles positions extrémistes.
Mais qu’Obama ait surpassé son prédécesseur, George W. Bush, qui fut le plus radical partisan d’Israël de tous les Présidents US, cela a laissé tout le monde pantois en Israël. En écoutant le Président US sioniste, on croyait entendre les pères fondateurs d’Israël eux-mêmes.
Jamais, on n’avait entendu un Président US lire directement les papiers du gouvernement israélien.
Une propagande passant pour de l’histoire
On aurait pu penser qu’après six décennies de dépossessions, quatre décennies d’occupation et deux décennies de processus de paix, le Président Obama reconnaisse quelque désaccord politique et morale qu’il fallait régler.
Qu’il rappelle, et non qu’il sape ses propres paroles prononcées au Caire il y a un an et demi, sur la nécessité pour Israël de cesser ses colonies illégales en Palestine.
Qu’il rappelle, et non qu’il sape sa propre vision - lire sa promesse - depuis la même scène, en septembre dernier, d’un État palestinien d’ici un an, c’est-à-dire cette semaine.
Qu’il rappelle, et non qu’il sape sa propre rhétorique à propos de la liberté dans la région arabe.
Ou qu’il rappelle, et non qu’il sape sa proclamation de l’importance d’une paix basée sur un retrait, pas davantage de la même logique de guerre.
Hélas, le Président a anéanti son slogan entier, « Le changement, nous pouvons y croire ».
Son intervention s’est inspirée de la pire propagande officielle d’Israël. De fait, une grande partie est le copier-coller de la stratégie d’Israël.
Il a parlé de « faits » historiques qui ont longtemps été réfutés par des historiens israéliens, et de vérités qui ne sont rien de plus qu’une interprétation unilatérale d’une situation politique.
Obama a prétendu que les Arabes avaient lancé des guerres contre Israël. Alors qu’en réalité, c’est Israël qui est l’agresseur, lançant ou instiguant des guerres, en 1956, 1967, 1982, 2006 et 2008. Seule, la guerre de 1973 a été déclenchée par des Arabes, mais seulement aux fins de récupérer des territoires occupés et après que les USA et Israël aient rejeté les ouvertures de paix d’Anwar el-Sadat.
Il a insisté sur le travail des Israéliens pour forger un État prospère dans leur « patrie historique ». Mais le monde dans sa grande majorité, et certainement le monde arabe, a considéré la création d’Israël comme un projet colonial sous des prétextes théologiques.
La Serbie croit aussi que le Kosovo est le lieu de naissance de sa nation ; doit-elle être autorisée à forger un État prospère de sa propre initiative, un État exclusivement serbe, sur ce territoire ?
Tous les peuples occupés doivent-ils chercher à s’arranger avec leurs occupants en dehors de l’intervention de la communauté internationale ? Est-ce ainsi que les nations d’Afrique et du Moyen-Orient ont obtenu leur indépendance des puissances coloniales européennes ?
Tout un peuple doit-il vivre sous occupation jusqu’à ce que son occupant soit satisfait des conditions de sa reddition ?
C’est de la politique, stupide
Tout commentateur en fonction vous rappellera qu’il ne faut pas vous attendre à beaucoup d’actes concernant Israël d’un Président US pendant une année électorale.
Comme Heilemann l’illustre dans son article, la carrière d’Obama s’est construite sur ses relations avec les généreux donateurs juifs de Chicago.
Effectivement, le type le plus fortuné du Parti démocrate de ces dernières décennies est devenu le chef de Cabinet d’Obama, Rahm Emmanuel. Aujourd’hui, il est le maire de Chicago.
Mais ce n’est pas juste qu’une question d’argent. Cela touche aussi au soutien déterminant du Congrès sur les questions nationales pressantes qui peuvent faire le succès ou l’échec de la présidence Obama. Et le lobby israélien, l’AIPAC, peut faire un enfer de la vie du Président tout au long de l’année qui vient.
Maintenant, je comprends tout cela. Mais ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi c’est accepté comme un fait accompli ! Cela tient de la politique ! A prendre ou à laisser !
Si c’est le cas, au moins appelons un chat un chat ; et l’administration(s) US pour ce qu’elle semble tant paraître : ni juive ni sioniste, plutôt hypocrite.
Elle parle de justice mais poursuit une politique inique ; elle parle de répressions mais promeut ses propres intérêts à tout prix. Elle prêche la liberté mais soutient l’occupation ; elle parle de droits humains mais elle insiste pour confier le poulailler au loup, et seulement au loup.
Tous des dindons de la farce
Pourquoi les Palestiniens ont-ils été tenus d’être les victimes de la politique US tout en étant les otages de la politique israélienne au cours des six dernières décennies ? Pourquoi la plupart des Israéliens doivent-ils continuer à vivre dans un État garnison incapable de normaliser ses relations avec ses voisins ?
Pourquoi les Américains doivent-ils voir leurs politiciens pris en otage par une puissance étrangère et ses partisans influents ?
Le lobby juif pro-israélien, J Street, a commenté la soumission alarmante à Israël non seulement de Démocrates mais aussi de Républicains, disant : « Il n’y a aucune limite, semble-t-il, dans la façon dont les politiciens américains sont tombé ces jours-ci dans la soumission à Israël pour obtenir des gains politiques ».
Même s’il y a eu une logique stratégique dans le soutien US à Israël dans le passé, l’obséquiosité actuelle de Washington n’a guère de sens.
Washington a longtemps usé de son influence sur Israël pour qu’il soit un levier stratégique de domination sur les dirigeants arabes. Seul Washington peut empêcher Israël de partir en guerre et obtenir des concessions en matière de diplomatie, estimaient autrefois les dirigeants arabes.
Mais les dictateurs qui ont exploité la Palestine pour capitaliser un soutien national, ou qui l’ont troquée contre des faveurs occidentales, appartiennent au passé.
Les Arabes d’aujourd’hui sont amers et furieux de la complicité américano-israélienne en Palestine et ils ne seront pas aussi facilement bridés ou achetés que leurs dictateurs déchus.

Marwan Bishara est un éminent analyste d’Al Jazeera. Il a été précédemment professeur de Relations internationales à l’université américaine de Paris. Il a beaucoup écrit sur la politique mondiale, et il fait largement autorité sur les questions moyen-orientales et internationales.

Mouvement étudiant et inégalités sociales au Chili (mai-septembre 2011) - Un document vidéo de 20 minutes


Le mouvement étudiant et inégalités sociales au Chili (mai-septembre 2011)
Le réveil des consciences ? Un document vidéo de 20 minutes pour expliquer à la fois le mouvement étudiant au Chili (mai-septembre 2011) et la question des inégalités d'accès à l'éducation.


Chili : Le mouvement étudiant actuel revêt un caractère radical dans la mesure où il cherche à remplacer le principe néolibéral de l’inégalité, sur lequel est construite la société actuelle, par le principe de l’égalité sociale.

Manifeste d’historiens

Nous publions ci-dessous le Manifeste, rendu public en août 2011, d’historiens chiliens. Ils analysent la signification historique du mouvement étudiant – universitaire et du secondaire – et lui apportent leur soutien. Un des membres fort actif du Comité d’initiative des historiens est Sergio Grez Toso. Il est professeur à l’Université du Chili et spécialiste, entre autres, de l’histoire des mouvements populaires. Les initiateurs de ce Manifeste sont : Karen Alfaro Monsalve, Fabián Almonacid Zapata, Pablo Artaza Barrios, Mario Garcés Durán, M. Angélica Illanes Oliva, Alexis Meza Sánchez, Ricardo Molina Verdejo, Julio Pinto Vallejos, Gabriel Salazar Vergara, Verónica Valdivia Ortiz de Zárate. Ce Manifeste a reçu un appui très large non seulement d’historiens et d’historiennes, mais d’enseignant•e•s d’autres disciplines.
Le gouvernement de Piñera a ouvert, le samedi 3 septembre 2011, des négociations avec des représentants du mouvement universitaire et du secondaire ; du moins une partie d’entre eux, représentée par la CONES (Coordination nationale des étudiants du secondaire). L’aile la plus radicale, l’Assemblée de Coordination des étudiants du secondaire (ACE), n’a pas participé à cette rencontre.
Elle la considérait comme non pertinente. Comme prévu, le gouvernement a présenté cette première négociation comme un grand succès. Toutefois, la représentante de la CONFECH (Confédération des étudiants du Chili) et figure emblématique du mouvement étudiant, Camilla Vallejos, a indiqué que les mobilisations devaient continuer, sans toutefois mettre fin à la négociation. Les questions décisives liées au changement du système d’éducation n’ont pas encore été discutées et sont loin d’être « résolues ». (Rédaction)
***** Partout au Chili, les rues, les places et les ponts de toutes les villes se sont transformés en artères où affluent et circulent des milliers d’étudiants et de citoyens entonnant et reprenant les revendications pour des changements structurels dans l’éducation, changements qui exigent des modifications substantielles du paradigme économique, du caractère et du rôle de l’Etat et, de façon générale, du pacte social constitutionnel du pays. Depuis des mois, les mobilisations n’ont pas cessé, reprenant à leur compte, en les adaptant parfois, des mots d’ordre d’autrefois qui touchent de façon critique au cœur du modèle néolibéral actuel : le marché, le crédit, l’endettement, le bénéfice, l’inégalité sociale et celle du système éducatif.
Au début, il a pu nous sembler qu’enfin les Alamedas [l’avenue centrale et symbolique de Santiago du Chili] s’étaient ouvertes, marquant l’arrivée de l’heure historique annoncée par le discours final d’Allende [dans son dernier discours, le 11 septembre 1973, à 9h10, Allende déclarait : « …de nouveau s’ouvriront les grandes avenues – alamedas – par où passe l’homme libre, afin de construire une société meilleure »]. Mais le développement des événements, avec la recrudescence de la répression policière, des menaces et des mesures prises contre les dirigeants et les dirigeantes du mouvement étudiant de la part des représentants du pouvoir ainsi que les provocations des policiers habillés en civil qui infiltrent les manifestations, nous rappellent que nous sommes dans un régime politique dirigé par la droite chilienne, qui est l’héritière des pratiques de la dictature militaire et la véritable fondatrice du régime néolibéral qu’elle cherche à imposer. Et alors que les jeunes prennent par surprise le corps social même du Chili et que la répression devient furieuse, le bruit des casseroles frappées par les citoyens qui les soutiennent se fait entendre, rappelant le temps des protestations.
Si le temps des alamedas n’est pas encore arrivé, la volonté de pouvoir de la jeune génération a poussé avec force pour exercer une pression sur ces allées afin qu’elles conduisent à une véritable « Ouverture historique ». ***** Nous qui avons le devoir d’écrire l’histoire, nous nous interrogeons sur le caractère de ce mouvement et sur la signification de son irruption historique. S’agit-il encore d’une phase du mouvement estudiantin post-dictature ? Ses revendications correspondent-elles à des revendications essentiellement sectorielles ? Quelle est la façon de faire de la politique dans ce mouvement ? Quelle relation ce mouvement a-t-il avec l’histoire du Chili et sa fracture provoquée par le coup militaire de 1973 ? Comment ce mouvement s’articule-t-il avec le chemin et l’orientation de l’histoire longue du Chili ? Quelle mémoire sociale et politique citoyenne a-t-elle activé l’irruption du discours estudiantin dans la rue ?
S’il est en effet risqué de répondre à ces questions lorsqu’il s’agit d’un mouvement en marche, nous qui signons ce manifeste éprouvons la nécessité de témoigner, avec la pleine conviction que nous nous trouvons face à un événement national qui exige notre prise de position, qui s’ajoute à tant d’autres qui sont exprimées quotidiennement depuis différents fronts, aussi bien institutionnels que civils. 1. En premier lieu, nous considérons que nous nous trouvons face à un mouvement de caractère révolutionnaire anti-néolibéral. Les revendications du mouvement estudiantin émergent de la situation spécifique que connaît la structure du système éducatif du pays, basée sur le principe de l’inégalité sociale. Une transformation de cette structure – comme l’expriment parfaitement les cris de la rue – exige un changement systémique du modèle néolibéral, qui fait du principe d’inégalité (fondé sur la marchandisation de tous les facteurs et sur la capacité d’achat de chacun) la clé de voûte des relations sociales et du « pacte social ». Au cœur de ce principe organisateur, la figure politique de l’Etat néolibéral se profile comme un appareil médiateur, neutralisateur et garant de ce principe d’inégalité à travers ses propres politiques sociales.
Ainsi, il ne faut pas s’étonner que le mouvement estudiantin actuel rencontre un appui citoyen si large : la majorité des Chiliens qui crient et frappent leurs casseroles pour manifester leur appui aux étudiants se trouve dans la catégorie dichotomique de « débiteurs » face à un groupe légalement abusif et corrompu de « créanciers ». En effet, les étudiants ne sont pas seulement des « étudiants », mais ils sont aussi des débiteurs [les études impliquent un endettement massif pour la large majorité]. Ce ne sont pas que les étudiants qui vivent dans le principe d’inégalité, mais la majorité sociale chilienne actuelle qui souffre de cette situation dans sa chair. Le social en particulier et le social en général s’auto-appartiennent et s’auto-identifient mutuellement dans une unité qui se construit et se conscientise dans la lutte.
Ainsi, le mouvement étudiant, apparemment sectoriel, constitue un « mouvement social » qui, en touchant au nerf central du système, irradie vers la société civile élargie qui s’identifie alors à lui, reproduisant socialement la force de manifestation de son pouvoir, « décongelant » la peur et agglutinant les discours et les pratiques fragmentés.
Le mouvement étudiant actuel revêt un caractère radical dans la mesure où il cherche à remplacer le principe néolibéral de l’inégalité, sur lequel est construite la société actuelle, par le principe de l’égalité sociale (basé sur le système de « droits sociaux citoyens »), promesse indispensable de la modernité, en dépit de toute post-modernité . C’est ce principe qui, depuis la sphère du monde de l’éducation chilien, se propage comme la fragrance d’un nouveau printemps vers toutes les couches de la société.
2. Ce mouvement a commencé à se réapproprier le politique pour le rendre à la société civile, en remettant en question la logique de la politique intra-muros [qui échappe au regard des non-politiciens], et avec elle le modèle de pseudo-démocratie et de légalité qui n’a pas encore coupé le cordon ombilical avec la dictature.
Il s’agit d’une politique délibérative, dans le sens le plus plein du mot, qui transcende les schémas partidaires (à part les engagements militants personnels de certains dirigeants). Le mouvement montre comment, à travers les bases mobilisées elles-mêmes, avec l’appui des réseaux sociaux de communication (« politique en réseau »), le pouvoir des masses s’exerce sur la scène publique, en faisant pression pour la transformation des structures. Ce fait est en train de réexaminer les fondements du changement social historique, en remettant en question les modalités verticalistes et représentatives, propres à la prémisse moderne, favorisant ainsi activement des formes de démocratie directe et décentralisée.
En ce qui concerne la relation du mouvement avec le système politique et le gouvernement actuellement aux commandes, ce mouvement correspond également à un nouveau moment de sa trajectoire historique post-dictature, moment dans lequel le lien avec l’institution se réalise essentiellement depuis la rue, puisque celui-ci [ce mouvement] n’est pas entré dans la négociation institutionnelle menée dans les enceintes gouvernementales. Dans cette perspective, l’aspect nouveau de ce mouvement est la « politique ouverte » ou « politique dans la rue », qui, en même temps qu’elle permet de maintenir le contrôle du territoire appartenant à la société civile, diffuse et rend transparent pour tous les citoyens son discours, son texte et ses pratiques. La politique classique des gouvernements concertationistes [la Concertation, alliance entre le PS et la démocratie chrétienne, a gouverné le Chili de 1990 – 2009] d’ « invitation au dialogue » est devenue un piège inefficace pour le mouvement social actuel qui conserve la force de ses propres pratiques.
Ainsi, les mobilisations estudiantines et sociales – qui aujourd’hui ont lieu à partir de revendications en faveur de l’éducation – non seulement rendent « citoyen » le domaine de l’éducation en l’établissant comme base fondamentale d’un projet de société, mais témoignent également de la crise du système politique en remettant en question et en transgressant la « démocratie des accords », considérée comme le principal outil permettant de neutraliser et de repousser les revendications sociales.
Cette nouvelle politique trouve son expression manifeste dans un type de protestation sociale qui rompt les barrières imposées tant par la culture de la terreur de la dictature que par celle du « bien supérieur » de la transition. A travers une infatigable appropriation de l’espace public et, en général, de pratiques de non-violence active, le mouvement a organisé de multiples manifestations culturelles où le langage riche, plastique, inclusif et audacieux qu’il utilise interpelle le cordon de la répression policière et des médias qui cherchent à criminaliser la protestation.
3. Si ce mouvement correspond effectivement à un moment nouveau de la politique et de l’histoire sociale post-dictature, cela peut seulement se comprendre depuis la perspective plus ample de l’histoire du vingtième siècle du Chili. Au cours de celui-ci, dans les années 1960 et 1970, l’égalité dans l’éducation avait atteint, grâce aux limitations légales imposées au capitalisme anarchique, une maturation structurelle. Mais le processus, alors en pleine phase de consolidation, avait été interrompu brusquement par le coup d’Etat de 1973. Le mouvement social étudiant actuel est l’expression de la volonté de récupérer ce fil cassé de notre histoire. C’est l’irruption du bourgeon de la semence qui fut piétinée et enterrée par la botte dictatoriale et le néolibéralisme. C’est la renaissance, avec la nouvelle génération, du rêve et de la volonté de ses pères de fonder une société basée sur la démocratie, la justice sociale et les droits humains fondamentaux, parmi lesquels l’éducation constitue l’un des champs les plus fertiles.
En effet, le pacte social pour l’éducation, abouti dans les années soixante et septante, fut le fruit d’une longue lutte menée par plusieurs générations depuis le milieu du XIXe siècle. Ce processus de lutte a consisté fondamentalement dans la volonté politique progressive d’arracher les enfants prolétarisés au monde du travail pour les scolariser, afin d’aller vers une société plus égalitaire à travers l’émancipation sociale et culturelle. Ce trajet historique, qui a concerné toute la société, a réussi à produire des graines qui ont fructifié dans les décennies de 1960 et 1970, lorsque l’Etat et la société civile ont fait du pacte social pour l’éducation un de leurs plus coûteux projets de construction d’une nouvelle société démocratique. C’est cela le processus qui aujourd’hui fait à nouveau irruption dans le discours et dans la pratique du mouvement des étudiants. Il s’agit d’une génération qui n’accepte pas de redevenir un objet de marché et de se prolétariser à nouveau, que ce soit par le chemin de l’endettement ou d’une éducation de mauvaise qualité. Ce qui est en jeu aujourd’hui s’incarne dans ce mouvement, à savoir le « projet et pacte social éducatif républicain/démocratique » chilien, en tant que principe éthico-politique d’égalité sociale.
C’est ici que s’enracine la densité historique de ce mouvement qui provoque, à son tour, une irruption de mémoire historique chez les citoyens. La mémoire des pères et des grands-pères qui marchent et manifestent au bruit des casseroles leur appui à la nouvelle génération est en train de retrouver et de tisser à sa manière le fil de notre histoire.
Ainsi, par son triple caractère d’événement révolutionnaire anti-néolibéral, de processus de récupération du politique par la société civile et de connexion avec l’histoire profonde du mouvement populaire du Chili contemporain, le mouvement citoyen actuel – dont les étudiants de notre pays sont en train de prendre la tête avec force, décision et claire vocation de pouvoir – se réapproprie et remet à l’ordre du jour des dimensions plus fondamentales que la transition frustrée vers la démocratie [la période de la Concertation] a sacrifiées. **** A travers ces brèves réflexions, le groupe d’historiens et d’historiennes chiliens que nous sommes, appuyé par de nombreuses personnes, nous saluons le mouvement étudiant et adhérons aux revendications essentielles qu’il avance. Nous saluons les revendications de l’Assemblée Constituante [la revendication d’Assemblée Nationale Constituante se combine avec celles de changement du Code du travail et de renationalisation du cuivre afin de financer une éducation publique, gratuite, laïque et de qualité] et y souscrivons. En même temps, nous appelons à ne pas considérer que ce mouvement agit uniquement dans la conjoncture de ce gouvernement de droite [celui du grand entrepreneur Piñera, élu en janvier 2010], mais à prendre conscience du fait que c’est un moment d’un processus historique déjà en marche, dont le fruit principal sera sans doute l’installation définitive de la revendication en faveur de réformes structurelles du néo-libéralisme et de la volonté irréductible des citoyens d’obtenir véritablement du pouvoir. Tout cela devant figurer à l’agenda des projets politiques immédiats et à venir. (Traduction A l’Encontre)
Source : le site Alencontre

Assemblée Nationale : PROPOSITION DE RÉSOLUTION tendant à la création d’une commission d’enquête afin d’évaluer la nature et les objectifs de l’intervention militaire en Libye.