samedi 2 juillet 2011

Che Guevara en Algérie : Pèlerinage à la « Mecque » des révolutions

.... la Bestialité de l'impérialisme...

Le Che effectua deux visites en Algérie, en 1963 puis en 1965 où il prononça son dernier discours. Sa première visite à Alger en juillet 1963 fut l’occasion pour Che Guevara de s’intéresser à un autre combat de libération, celui des Sahraouis qui, déjà, luttaient contre leur absorption par le colonialisme espagnol.


La deuxième visite du Che à Alger était à l’occasion de la tenue du Séminaire économique de solidarité afroasiatique, les 22 et 27 février 1965. En révolutionnaire sincère, son discours du 24 février 1965 à Alger reflétait ce que nombre de dirigeants et militants de gauche à l’époque ne pouvaient dire en public. En résumé, le Che en voulait au grand frère soviétique. Déjà qu’il partageait la fureur de Castro après le recul de Khrouchtchev lors de la crise des missiles soviétiques.
A Alger, clairement, il prend ses distances avec l’URSS qu’il accuse de complicité avec « l’exploitation impérialiste », et s’oppose à la « coexistence pacifique ». « Les pays socialistes ont le devoir moral d’arrêter leur complicité tacite avec les pays de l’Ouest exploiteurs », a-t-il lancé. Car Le Che voulait des Vietnam partout pour reprendre une de ses formules et non pas des compromis entre socialisme et capitalisme, entre lutte pour la libération et loi marchande. « L’aspect de la libération par les armes d’une puissance politique d’oppression doit être abordé suivant les règles de l’internationalisme prolétarien : s’il est absurde de penser qu’un directeur d’entreprise dans un pays socialiste en guerre puisse hésiter à envoyer les tanks qu’il produit sur un front ne pouvant présenter des garanties de paiement, il ne doit pas sembler moins absurde de vouloir vérifier la solvabilité d’un peuple qui lutte pour sa libération ou qui a besoin d’armes pour défendre sa liberté », a-t-il déclaré lors de ce discours à Alger, son dernier. Poussant plus loin, Guevara a estimé ce que l’hémisphère nord, mené par les Etats-Unis dans l’Ouest et l’URSS dans l’Est, exploite l’hémisphère sud. Moscou n’entendait pas laisser le « commandante » la critiquer ainsi. Le Che, soupçonné de « trotskisme » ou de « maoïsme » par Moscou, embarrasse Castro. Le 3 octobre 1965, « l’ami » Castro dévoile une lettre que lui a adressée Guevara dans laquelle il annonce sa démission de ses fonctions, renonce à sa citoyenneté cubaine octroyée en 1959 et son départ à l’étranger. Vers d’autres révolutions à rallumer. Jusqu’à sa propre extinction le 9 octobre 1967 en Bolivie.

En avril 1964,Vidéo de L'interview de Che Guevara par l'équipe de l'émission Point

En avril 1964, l'équipe de l'émission Point, conduite par le journaliste Jean Dumur, rencontre Ernesto "Che" Guevara à l'Hôtel Intercontinental, à Genève. Il occupe alors le poste de ministre de l'industrie et se trouve à Genève pour une conférence internationale. C'est pourquoi le "Che" s'exprime en français. A notre connaissance, c'est la seule interview faite en français de Guevara.

Avec décontraction, "Che" Guevara évoque les questions essentielles de la politique cubaine, notamment les conséquences du blocus américain, le rapprochement avec l'URSS et les perspectives d'une extension de la révolution en Amérique latine.
Une année après cette interview, il quitte ses fonctions ministérielles pour organiser la guerre révolutionnaire en Amérique latine. Le 8 octobre 1967, il est arrêté par l'armée bolivienne et exécuté le lendemain.

Comment l’armée israélienne kidnappe les enfants palestiniens (vidéos)

Plusieurs centaines d’enfants palestiniens sont détenus dans des prisons israéliennes, mais chaque jour, plusieurs dizaines d’entre eux sont arrêtés, sans qu’il y ait de caméra pour filmer, dans la rue, sur le chemin de l’école, en Cisjordanie et à Jérusalem Est. Kidnappés pour avoir jeté une pierre, pour les terroriser, eux et leurs familles, pour les dégoûter de rester sur leurs terres. C’est pourquoi, il est important d’agir, dans le monde entier, et de ne pas oublier cette partie de la Palestine sous occupation. C’est pourquoi nous avons répondu à l’appel des associations palestiniennes et que nous sommes plus de 500 femmes, hommes et enfants à partir la semaine prochaine, le vendredi 8 juillet * à leur rencontre, pour leur montrer que le monde ne les oublie pas.

Enlèvement de deux mineurs du quartier de Silwan à jérusalem Est, où les familles palestiniennes sont chassées de leurs maisons pour céder la place à des colons.


Enlèvement d’un enfant par l’armée israélienne dans les territoires palestiniens occupés


les sionistes torturent les enfants Palestiniens


GAZA : Laissez passer les bateaux !

Lettre de Ann Wright, actuellement en mer sur l’un des bateaux qui se rendent à Gaza. Elle écrit : "Briser le blocus ou bien être attaqués en mer et déportés dans des camps de détention ? Cela dépend aussi de vous".

"Nos deux bateaux sur lesquels flottent le drapeau américain s’apprêtent à rejoindre deux autres embarcations de passagers, l’un à bord duquel ont pris place 600 personnes depuis la Turquie, grâce au financement de l’organisation humanitaire Insani Yardim Vakfi (IHH), et l’autre avec 50 passagers partant d’Athènes et sponsorisé par la Campagne Européenne contre le blocus qui emprisonne 1,5 million de personnes dans la bande Gaza.*Ann Wright est une ancienne diplomate américaine qui a démissionné de ses fonctions en mars 2003, en raison de son opposition à la guerre en irak.
Quatre cargos d’Irlande, de Grèce, d’Algérie et de Turquie, transportent un total de 10 000 tonnes de matériel de construction pour permettre à 50.000 Gazaouis rendus sans abri par l’attaque israélienne qui a tué 1440 civils, de se loger.
Notre bateau pourrait être rebaptisé "l’audace de l’espoir" comme ce que nous aimerions trouver dans l’administration Obama : le courage d’affronter le gouvernement israélien concernant le blocus de Gaza. Ce serait un changement méritoire, car depuis 1948, tous les gouvernements américains ont signé un chèque en blanc à Israël pour l’ensemble de ses actions, y compris en totale violation du droit international. Ce qui a mis aussi bien en danger la sécurité israélienne que celle des Etats-Unis.
Dans moins de 48 H, l’armée israélienne va sans doute lancer des roquettes de fabrication américaine sur des bateaux américains naviguant dans des eaux internationales, et sur un bateau grec ayant à son bord des citoyens américains et de 13 autres pays. Tout comme ils s’apprêtent à attaquer le bateau turc avec ses 600 passagers.
Parmi ces passagers, se trouve Hedy Epstein, une rescapée de 85 ans du génocide nazi, des parlementaires allemands, et irlandais, deux anciens diplomates américains, un ancien colonel de l’armée américaine, des écrivains, des journalistes, des hommes d’affaires, des représentant s de l’église, ainsi que des militants.
Ironie de l’histoire, sur l’un des bateaux, se trouve par ailleurs Joe Meaders, citoyen américain, qui est un survivant des attaques israéliennes navales et par air d’un navire américain, le USS Liberty, en 1967, attaque qui a tué 34 marins américains et en a blessé 174 autres.
Le gouvernement israélien ne s’est jamais excusé pour la mort de ces marins ni pour la destruction du USS Liberty.

Selon les medias israéliens (http://www.jpost.com/Israel/Article...), la marine israélienne s’apprête à nous attaquer à l’approche de Gaza, à tirer sur les bateaux pour leur faire faire demi-tour, et à envoyer des escadrons armés monter sur nos bateaux.
Il est également indiqué qu’Israel prépare un camp de détention pour nos 8 bateaux et leurs 700 représentants de 20 pays, dans un entrepôt de la zone de Ashdod au nord de Gaza. On n’a aucun doute sur l’expertise israélienne en matière d’enfermement de dissidents, puisque plus de 10.000 Palestiniens, dont des enfants, sont dans les prisons israéliennes après avoir été victimes de raids israéliens nocturnes dans leurs foyers.
En mai 2009, 20 passagers à bord du Free Gaza, avaient été incarcérés pendant 10 jours en Israël avant d’en être expulsés. Parmi eux, le prix Nobel de la Paix, Mairead Maguire et l’ancienne sénatrice américaine Cynthia McKinney.

Souhaitez-nous bonne chance, alors que nous sommes confrontés au blocus inhumain et à la punition collective d’1,5 million d’être humains par Israël, l’Egypte, l’Union européenne et les Etats-Unis.
Réfléchissez aux manières dont vous pouvez nous venir en aide !
(Traduit par CAPJPO-EuroPalestine)
CAPJPO-EuroPalestine

Briser le siège de Gaza-Un voyage de solidarité (Socialist Worker)

Eric Ruder analyse l’effort des militants internationaux pour briser le siège de Gaza.
 Des centaines de militants solidaires de la Palestine se livrent aux derniers préparatifs dans les ports de la Méditerranée avant de prendre la mer pour défier le siège de Gaza en dépit des pressions et des sabotages des forces israéliennes déterminées à les arrêter.
La flottille transportera de l’aide humanitaire dont Gaza a un urgent besoin et les organisateurs espèrent aussi attirer l’attention internationale sur le calvaire des Palestiniens qui vivent sous le siège israélien. Parmi les personnes qui embarquent sur le bateau étasunien pour Gaza se trouve l’auteure et poète Alice Walker qui a reçu le prix Pulitze, la survivante de l’holocauste de 87 ans, Hedy Epstein, l’ancien officier de la CIA, Ray McGovern, la militante des droits de l’homme Kathy Kelly et l’ancienne officielle du département d’état et colonelle à la retraite, Ann Wright.
Mais quand le 28 juin, le jour fixé pour le départ est arrivé et a passé, la lumière s’est faite sur les agissements d’Israël pour empêcher la flottille de prendre la mer.
D’abord, une plainte "anonyme" qui s’est révélée être l’oeuvre du groupe israélien Shurat HaDin, a été déposée contre le bateau étasunien de la flottille, "l’audace de l’espoir" auprès du gouvernement grec sous le prétexte que le bateau n’était pas "apte à prendre la mer". Le 27 juin des officiels grecs ont inspecté le navire et n’ont pas encore rendu leur décision.
La flottille pour Gaza numéro 2, doit comporter 10 vaisseaux qui transportent des centaines de volontaires de plus d’une douzaine de pays. Cela fait des mois que des gens du monde entier s’organisent pour envoyer de l’aide humanitaire, des lettres de soutien et des participants au voyage -dans le but de faire valoir le droit des Palestiniens de contrôler leurs propres frontières.
Lundi cependant, le porte parole de l’armée israélienne, le Lt. Col. Avital Leibovitz, s’est ridiculisé en disant qu’il y "avait des éléments radicaux à bord du bateau américain qui affirmaient vouloir tuer des soldats israéliens." En fait, une grande partie des Américains embarqués sont des militants juifs et des militants non-violents. Leibovitz assure aussi qu’un des bateaux "transporte des produits chimiques incendiaires dangereux" destinés à être utilisés contre les soldats.

Le 27 juin, un bateau qui se trouvait dans un port grec et qui devait transporter des Norvégiens, des Suédois et des Grecs, a été saboté et l’arbre de l’hélice a été sectionné et le 30 juin des militants qui envoient un bateau irlandais à Gaza ont annoncé que leur bateau le Saoirse qui était à quai dans un port turc a aussi été saboté.
Les officiels israéliens ont aussi reconnu qu’ils avaient posté sur Internet une vidéo qui accusait faussement les organisateurs de la flottille d’avoir refusé la participation d’un militant gay à cause de son orientation sexuelle. La calomnie a vite été démasquée mais elle a absorbé les efforts des militants pendant un certain temps.

Mais l’arme la plus importante d’Israël jusqu’à maintenant semble être la menace d’annuler un contrat économique avec la Grèce qui comprend la construction d’un pipeline de gaz dans l’est de la Méditerranée à un moment où le gouvernement grec menace d’être mis en faillite.
"Israël fait le maximum pour essayer d’arrêter la flottille avant qu’elle ait pu partir en menaçant l’économie grec," dit All Wright. "La Grèce est prise en tenaille. Il y a un soutien public énorme pour la flottille mais le gouvernement est violemment pressuré par les Israéliens.... Israël va tenter de détruire l’économie grec s’ils laissent la flottille sortir des ports grecs."
Les militants étasuniens qui participent à la flottille font preuve d’une grande détermination.
"J’ai grandi dans le sud au temps de la ségrégation sous le terrorisme d’état de l’apartheid" dit Alice Walker pour expliquer sa décision de se joindre à la flottille de la liberté. "Quand je suis allée dernièrement en Cisjordanie et à Gaza, c’est comme si je me retrouvais à cette époque-là.... L’humanité ne peut pas laisser faire cela."
Hedy Epstein a fait remarquer que c’était de l’hypocrisie de la part d’Israël de prétendre qu’il s’était retiré de Gaza, car le peuple de Gaza n’avait aucun pouvoir sur les flux de marchandises et de personnes qui entraient et sortaient du territoire.

"Je veux aborder les choses du point de vue de la compassion" a-t-elle confié à un reporter. "Je suis juive, je suis née en Allemagne, je l’ai quitté à 14 ans. Mes parents sont morts dans l’holocauste.... |[Gaza] est la plus grande prison à ciel ouvert du monde... Israël dit qu’il est sorti de Gaza mais il contrôle l’espace aérien, la mer et la terre."
Israël a lancé une campagne internationale pour faire pression sur les gouvernements de la Méditerranée pour qu’ils interdisent aux bateaux de prendre la mer pour Gaza. Il a aussi proféré des menaces précises, jurant de recourir à tous les moyens nécessaires, y compris des tireurs d’élite et des chiens d’attaque pour arrêter les bateaux avant qu’ils n’atteignent Gaza.
Sans surprise les politiciens étasuniens de tout le spectre politique se sont alignés sur Israël et le soutiennent. Par exemple, le sénateur Mark Kirk a demandé à l’administration Obama de "fournir tout le soutien naval et l’aide des opérations spéciales à la marine israélienne pour qu’elle parvienne à arrêter la flottille avant qu’elle ne menace la sécurité des côtes israéliennes et ne mette la vie des Israéliens en danger."
La secrétaire d’état, Hillary Clinton, a exprimé l’entier soutien du département d’état des USA en reprenant l’argument malhonnête d’Israël comme quoi la flottille était contreproductive au but qu’elle s’était fixée à savoir améliorer les conditions de vie du million et demi de Gazaouis.
"Nous en croyons pas que la flottille soit une manière utile et nécessaire d’aider le peuple de Gaza" a affirmé Clinton le 23 juin dans un briefing du département d’état. "Justement, cette semaine, le gouvernement israélien a approuvé un important plan de reconstruction de Gaza. Du matériel de construction va entrer à Gaza et nous pensons que cela ne les aide pas qu’il y ait des flottilles qui font de la provocation en entrant dans les eaux israéliennes et en créant une situation qui donne aux Israéliens le droit de se défendre."
Les arguments de Clinton sont ridicules à plus d’un titre. D’abord l’idée que Israël a tout à coup décidé d’aider à la reconstruction de Gaza au lieu de l’assiéger, de l’étrangler et de le bombarder. Puis la suggestion qu’en navigant vers Gaza, la flottille entrerait dans "les eaux israéliennes". Clinton sait parfaitement que les militants de la flottille sont des adeptes de la non-violence et que leurs bateaux ne transportent que de l’aide humanitaire et ne menacent en aucune façon l’état d’Israël.
La vraie provocation est l’occupation et le siège israéliens illégaux de Gaza -et s’il y a un des deux camps du conflit qui a montré une préférence pour la violence et le mépris des lois, c’est Israël. Il y a une an, il a attaqué une importante flottille internationale qui allait à Gaza et choqué le monde entier en tuant neuf militants humanitaires turcs et en en blessant des dizaines d’autres.
Comme l’a dit l’écrivain palestinien Ali Abunimah, "Quand Clinton invoque le "droit" supposé d’Israël à "se défendre" contre les civils qui cherchent à rejoindre Gaza, cela signifie en fait qu’elle donne le feu vert à Israël pour une nouvelle attaque militaire."
La déclaration de Clinton à propos de la flottille fait suite à deux autres avertissements officiels y compris une recommandation de ne pas y aller en voyage, la veille, qui parlait des violences commises par Israël contre la dernière flottille sans les condamner.
"Nous déconseillons absolument aux citoyens étasuniens de se rendre à Gaza y compris par la mer" stipulait l’avertissement. "De précédentes tentatives d’entrer à Gaza par la mer ont été contrecarrées par la marine israélienne et des citoyens étasuniens ont été blessés, tués, arrêtés et déportés par le gouvernement israélien."

Ray McGovern a trouvé l’avertissement inquiétant. "Nous assistons à un effort conjoint des USA et d’Israël pour faire pression sur tout le monde et surtout maintenant sur les Grecs pour nous arrêter, nous empêcher d’exercer nos droits -et c’est notre droit car nous avons l’autorisation du consul général d’Athènes de prendre la mer pour Gaza," a dit McGovern.
"C’est la première fois depuis 48 ans que je suis à Washington, que trois avertissements, trois avertissements officiels, sont diffusés trois jours de suite sur le même sujet : les Américains ne doivent pas aller par la mer à Gaza et s’ils le font, ce qui arrivera sera de leur faute."

Partout dans le monde, les militants sont prêts a descendre dans la rue en solidarité avec la flottille si elle est attaquée ou empêchée d’aller à Gaza -et j’espère que vous en ferez autant.
Eric Ruder
http://socialistworker.org/2011/06/30/voyage-of-solidarity
Traduction : Dominique Muselet

France - L’immigration, une nécessité pour les capitalistes, un thème de démagogie pour leurs politiciens


L’action des trois cents « sans-papiers » qui ont occupé l’église Saint-Ambroise à Paris, puis, après avoir été invités à déguerpir par la hiérarchie catholique, l’église Saint-Bernard, ainsi que la grève de la faim de dix d’entre eux, ont fait connaître largement à l’opinion l’injustice, l’arbitraire, l’incohérence de la situation dont ils sont victimes, comme le sont avec eux des dizaines de milliers d’hommes et de femmes issus de l’immigration et qui vivent, clandestinement, dans l’irrégularité, tant bien que mal, en France.
En fait, cette situation n’est pas récente : des « sans-papiers » avaient déjà mené des actions de ce type pour en dénoncer les effets, sans toutefois que ces actions connaissent le même retentissement. Elle est antérieure à l’adoption, en 1993, des lois Pasqua, encore qu’incontestablement ces dernières soient venues couronner et codifier une même démarche politique de la part des gouvernements successifs relativement aux problèmes de l’immigration, démarche qui date maintenant de plus de vingt ans.
C’est en 1974, en effet, au début donc de cette crise qui toucha l’économie mondiale et dans laquelle nous sommes toujours, que Giscard d’Estaing décida que l’immigration serait « provisoirement arrêtée en France », assortissant cette décision de mesures d’« aide au retour » lesquelles furent pratiquement sans effet sur le nombre d’immigrés qui la mirent à profit pour quitter la France et encore moins, bien évidemment, sur l’évolution du chômage.
C’était la première fois dans l’après-guerre qu’un gouvernement établissait, officiellement, un rapport entre la crise et l’immigration.

UNE IMMIGRATION ORGANISEE PAR ET POUR LE PATRONAT

Les rythmes de cette immigration avaient jusqu’alors été donnés bien plus par les besoins de l’économie capitaliste que par les lois la réglementant. Cette législation était d’ailleurs restée floue et flexible jusqu’en 1945 et même au-delà. Sauf bien évidemment sous le régime de Vichy.
Durant la deuxième partie du 19e siècle, l’industrie française en plein développement avait fait appel à une main-d’ouvre qui fut, vers les années 1850, en majorité belge, mais aussi suisse, allemande, espagnole. Cela ne manqua pas déjà à l’époque de provoquer des flambées de xénophobie, ponctuées de déclarations politiciennes incendiaires qui n’avaient rien à envier à celles que l’on connaît aujourd’hui, à cette différence près qu’elles n’avaient pas les mêmes cibles.
Les « trous » provoqués par la Première Guerre mondiale, d’abord par l’envoi des travailleurs français mobilisés au front et ensuite par l’hécatombe qui s’en suivit, incitèrent le patronat français à chercher au-delà des frontières les bras qui faisaient défaut pour relancer sa « machine économique ». Du côté essentiellement de la Pologne et de l’Italie, cette fois. Les gouvernements qui avaient théoriquement la responsabilité de gérer cette immigration se déchargèrent de cette tâche sur des sociétés privées qui, en 1924, se regroupèrent dans une société unique, la Société générale de l’immigration, étroitement liée aux groupements patronaux tels que le Comité des houillères, l’Association des fabricants de sucre, etc. C’est dire que le patronat assurait directement le recrutement des travailleurs étrangers selon ses besoins immédiats. La « loi » qui régissait de fait cette immigration était la loi du marché du travail. A cet égard, la situation n’a guère changé aujourd’hui, par delà les apparences. Mais cela se faisait à cette époque sans fard et au grand jour...
Ce fut d’ailleurs cette même « loi » qui fonctionna, lorsque la crise des années trente réduisit les besoins de main-d’ouvre, mais cette fois en sens inverse, remplissant des trains entiers de travailleurs devenus inutiles (du point de vue de l’économie capitaliste) et qu’on renvoyait dans leur pays d’origine dans des conditions qui valaient celles, scandaleuses et inhumaines, utilisées par nos ministres actuels commanditaires de charters. Et, déjà alors, le zèle répressif de l’administration s’accompagnait de la propagation d’arguments xénophobes qui ne se limitaient pas à l’extrême droite fascisante.
Quant à l’immigration politique d’alors, Italiens fuyant le fascisme de Mussolini, Allemands fuyant la dictature hitlérienne, elle fut certes accueillie, quelque temps, sans trop de restrictions administratives. Mais, dès 1938, c’est-à-dire sous un gouvernement encore de Front populaire, des mesures fortement restrictives furent prises même à l’encontre des réfugiés politiques. Les mariages avec des étrangers étaient contrôlés, les droits des naturalisés eux- mêmes furent limités. Les premiers à en subir les effets furent les Espagnols fuyant l’Espagne franquiste, que les autorités françaises parquèrent dans des camps tristement fameux du sud de la France. Le terrain était préparé pour le régime de Vichy, qui retira la nationalité française à plusieurs milliers de naturalisés, en particulier juifs.
L’économie française ayant de nouveau besoin de bras au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, on alla une nouvelle fois en chercher hors des frontières, en particulier à partir des années soixante, années qui virent la relance de l’économie. Les grosses sociétés industrielles, en particulier les constructeurs automobiles mais pas seulement eux, envoyèrent des recruteurs dans les villages marocains, tunisiens ou portugais, pour y chercher des hommes qui se retrouvèrent sur les chaînes des usines Citroën, Peugeot ou Renault, dans les usines sidérurgiques de Lorraine, ou encore au fond des mines, où des Marocains prirent la relève des Polonais de la génération d’avant-guerre, qui avaient (pour ceux que l’on n’avait pas renvoyés dans leur pays d’origine) fait souche et étaient devenus entre temps des citoyens français bon teint. C’est dire que, durant cette période, tout comme entre les deux guerres, ce fut le patronat qui organisa l’immigration en fonction de ses besoins, sans que l’État s’en mêle directement, sauf pour avaliser ce qui se faisait, sans y faire obstacle, bien au contraire.
D’ailleurs, un chiffre traduit le bilan de cette période de l’histoire puisque les recensements officiels montrent qu’aujourd’hui onze millions de Français, près d’un sur cinq, ont un parent ou un grand- parent étranger. Un chiffre qui illustre bien la réalité du slogan : « première, deuxième, troisième génération, nous sommes tous des enfants d’immigrés ». Et qu’est-ce que cela serait, si on remontait au-delà !

DEPUIS 1974, UN ARSENAL DE MESURES CONTRE L’IMMIGRATION QUI ONT UNE FONCTION POLITIQUE MAIS AUCUN EFFET SUR LE CHOMAGE

L’interruption de l’immigration officielle en 1974 ne mit évidemment pas fin à la crise et n’empêcha pas le chômage d’augmenter. Mais ce fut, répétons-le, l’un des premiers gestes officiels qui annonçaient la mise en place d’une longue série de mesures, de lois, de droits et de passe-droits qui, par strates successives, aboutirent à la situation actuelle. C’est-à-dire cet enchevêtrement de dispositions qui, chacune à sa manière, ont rendu plus précaire la situation des immigrés vivant en France, sans résoudre aucun des problèmes qu’elles prétendent résoudre, et dont on peut dire que les lois Pasqua constituent en quelque sorte une synthèse.
Nous ne nous risquerons pas à en faire le catalogue ni l’histoire. Mais c’est un fait que la gauche au pouvoir à partir de 1981 ne fit rien pour s’opposer à cette évolution. Elle ajouta même sa pierre, ou plutôt un certain nombre de pierres, à l’édifice.

Certes, au lendemain de son élection en 1981, Mitterrand fit décider de régulariser la situation d’une partie des « sans-papiers ». Cela concerna environ 130 000 personnes. Cette mesure, évidemment bénéfique pour ceux qui y eurent droit, constituait de facto la reconnaissance d’un fait accompli, contre lequel un gouvernement, quel qu’il soit, ne peut pas grand-chose. Expulser plusieurs centaines de milliers de clandestins est politiquement et techniquement difficile, pour ne pas dire impossible. Reste donc la solution de régulariser périodiquement la situation de tout ou partie de ces clandestins. De plus, cela contribuait à entretenir l’image libérale qu’entendait se donner Mitterrand. D’ailleurs, récemment, le gouvernement espagnol, pourtant de droite, a décidé une mesure du même type. Cela dit, la mesure contribua à améliorer la situation d’un nombre important d’immigrés en situation irrégulière. Et c’est tant mieux.
Mais cette orientation ne connut pas de lendemain aussi favorable aux immigrés. C’est que, à mesure que la démagogie anti-immigrés prenait corps dans l’opinion et que ce phénomène commençait à s’exprimer à travers les scores recueillis par Le Pen et les candidats du Front national à partir de 1983 , la gauche alors au pouvoir et la droite classique alors dans l’opposition se lancèrent dans une surenchère sur le terrain de la lutte contre l’immigration en général, faisant l’amalgame pour mieux impressionner l’opinion avec « l’immigration clandestine », la seule que l’on pouvait invoquer puisque l’autre, l’immigration officielle, était formellement interrompue depuis la décision de 1974. (Même si, dans la réalité, entre un nombre d’entrées annoncé d’une centaine de milliers par an et un nombre de départs de l’ordre de 20 000, le solde de l’immigration officielle officieuse, si l’on veut représentait quelque 80 000 personnes par an...).
La surenchère politicienne s’accéléra à partir de 1986, avec le retour de la droite au gouvernement. S’engagea alors la discussion sur la réforme du code de la nationalité, qui s’effectuera en 1993-1994 dans le cadre des lois Pasqua. Le PS, repassé entre temps dans l’opposition, prit position contre ces projets, pas tant sur le fond que sur la forme. Mais lorsque, en 1988, il eut la charge de diriger de nouveau le gouvernement, loin de prendre le contre-pied de la démagogie de la droite, il lui emboîta au contraire le pas.
Ainsi, en 1989, Michel Rocard, alors Premier ministre, faisait cette déclaration, restée à juste titre fameuse, à l’émission télévisée 7/7 du 3 décembre : « Nous ne pouvons pas héberger en France toute la misère du monde... La France doit rester une terre d’asile mais pas plus ». Et « elle doit rester très ferme pour lutter contre l’immigration clandestine », ajoutant, pour s’en vanter, qu’en I988 « nous (La France) avons refoulé à nos frontières soixante-six mille personnes. A quoi s’ajoute une dizaine de milliers d’expulsions ». La droite ne se prive pas aujourd’hui de resservir ces propos aux socialistes, non sans un brin de malice et avec beaucoup d’hypocrisie. Mais cela n’en atténue pas la vilenie.
En dépit des dénégations actuelles de Rocard, ces déclarations illustrent parfaitement les choix des socialistes à l’époque. Derrière la banalité de l’affirmation, car la question n’était évidemment pas de savoir si la France ou n’importe quel pays à lui seul pouvait ou non « héberger toute la misère du monde », il y avait la claire intention de copier un discours destiné à sonner agréablement aux oreilles de l’électorat lepéniste. Edith Cresson, qui succéda à Rocard, s’inscrivit dans la même veine. Justifiant la reconduction des « clandestins » dans leur pays, elle déclara en juillet 1991 que la loi concernant les expulsions devait être appliquée sans faiblesse, ironisant grossièrement sur les charters de Pasqua : « Vous appelez cela charters. Les charters, ce sont des gens qui partent en vacances avec des prix inférieurs. Là ce sera totalement gratuit, et ce ne sera pas des vacances ».

LES LOIS PASQUA

Comme on peut voir, si les lois Pasqua représentaient un durcissement vis-à-vis des travailleurs immigrés, elles ne représentaient nullement un changement brutal de cap. Elles ajoutaient au dispositif visant à restreindre les possibilités pour les étrangers d’entrer en France.
Parallèlement aux lois Pasqua, les contrôles aux frontières sont devenus encore plus rigoureux, les visas d’entrée ont été rendus obligatoires pour les ressortissants d’un nombre toujours plus grand de pays et leurs conditions d’obtention plus difficiles. Les règles qui présidaient au regroupement familial ont été rendues plus sévères. Les enfants nés en France de parents étrangers n’ont plus eu automatiquement droit à la nationalité française. Le changement de statut des enfants mineurs nés de parents étrangers a rendu plus précaire le statut de leurs parents.
De manière plus générale, chacun de ces dispositifs s’est traduit par une précarité plus grande pour telle ou telle catégorie d’immigrés. D’autant plus que ces lois Pasqua ont été accompagnées de circulaires rendant les contrôles de police plus fréquents, encourageant l’administration à devenir encore plus tatillonne.
Ce qui ajoute à l’odieux et à l’arbitraire, c’est que, en revenant sur des statuts qui jusqu’alors permettaient à des hommes et des femmes de séjourner régulièrement en France, ces lois en ont fait des « irréguliers ». Cela revient à faire que ces lois ont un caractère rétroactif contredisant un des principes du droit français qui veut qu’aucune loi ne peut concerner des faits et des situations qui existaient antérieurement au vote de cette loi.
L’action récente des « sans-papiers » a mis en évidence les lacunes de la loi, ses contradictions, ses incohérences, au point que ses promoteurs, pris la main dans le sac, parlent aujourd’hui de la nécessité de la « perfectionner ». Mais naturellement pas de l’abroger ni même d’en adoucir les effets.
Cela ne fait que souligner que, pour le gouvernement actuel aussi bien que pour ceux qui l’ont précédé, l’important n’est pas tant la lettre de la loi, que la mise en place d’un climat, et par delà, la volonté de se donner une image destinée à une fraction de l’opinion, celle qui aujourd’hui se reconnaît dans les discours xénophobes du Front national.

LE LEURRE DE LA LUTTE CONTRE L’IMMIGRATION CLANDESTINE

Cette immigration clandestine est agitée comme un épouvantail et en même temps sert de diversion. Le Front national n’est pas seul à en faire un cheval de bataille. La droite au pouvoir le fait, mais aussi la gauche, y compris le PCF. Si on balaye les fantasmes qui alimentent les discours démagogiques sur cette question, on constate que cette immigration, si elle est par définition impossible à chiffrer, ne dépasse pas 200 000 à 300 000 personnes, sur les quatre millions cinq cent mille étrangers en situation régulière. Une partie de ces « clandestins » ne le sont d’ailleurs, comme on l’a vu, que par suite de l’évolution d’une législation de plus en plus restrictive qui les a fait glisser dans l’irrégularité.
Ces chiffres, mis en rapport avec les trois millions de chômeurs officiellement recensés, et les cinq millions de personnes réellement exclues du marché du travail, suffisent à récuser l’idée complaisamment répandue qu’ils seraient la cause du chômage des Français.
Quant au travail clandestin auquel est réduite une partie d’entre eux, c’est une des composantes de l’économie capitaliste. D’ailleurs, un ministre de Pompidou, Jeanneney, ne déclarait-il pas dans les années soixante, il est vrai, mais le propos reste valable : « l’immigration clandestine elle-même n’est pas inutile, car si on s’en tenait à l’application stricte des règlements et des accords internationaux nous manquerions peut-être de main-d’ouvre ». Le patronat en a pleinement conscience, d’ailleurs il y participe. Y compris dans les plus grosses entreprises. La plupart du temps indirectement, par l’utilisation d’entreprises sous-traitantes ou fournisseuses de produits ou de prestations. Les politiciens, qu’ils soient d’extrême droite, de droite ou de gauche, n’ignorent pas cette réalité- là (sauf dans leurs discours). Ils savent bien qu’ils sont totalement impuissants à maîtriser des phénomènes migratoires qui ne sont en fait que les conséquences de la disparité des situations économiques entre pays développés et pays dits sous- développés. Ils le savent d’autant mieux que ce sont les régimes de ces pays développés qui ont fabriqué cette disparité. C’est même en agissant de la sorte qu’ils se sont développés.
Ils savent parfaitement qu’aucune loi, qu’aucune frontière, aussi bien gardée soit-elle, ne peut arrêter ceux qui fuient la misère, parfois les massacres, sous-produits des antagonismes attisés de par le monde par les appétits des puissances impérialistes. Ces gens-là le savent d’autant mieux qu’ils en tirent profit. Economiquement pour ce qui concerne les patrons, politiquement pour ce qui concerne les politiciens.
L’affaire de l’église Saint-Bernard a poussé un certain nombre de bonnes âmes de gauche à s’interroger sur le remplacement des lois Pasqua par des lois « plus humaines » mais aussi, plus réalistes, au sens qu’elles reconnaîtraient qu’un courant d’immigration officieux existe, qu’il est nécessaire pour l’économie ; et à en définir les limites et les modalités. Ces bonnes âmes se recrutent en général dans la mouvance du Parti socialiste. Il faut préciser qu’elles sont loin de faire l’unanimité au sein du Parti socialiste, dont nombre de dirigeants à en croire le journal Le Monde, qui ne dissimule pourtant pas ses sentiments favorables à ce parti pensent comme ce proche conseiller de Jospin qui affirmait que « les événements de Saint-Bernard ont légitimé les lois Pasqua ». Ledit conseiller affirme d’ailleurs ouvertement qu’à son avis, si le PS veut reconquérir « les couches populaires » qui se trouvent être « les plus racistes », il faut « mettre fin à l’hypocrisie », c’est-à-dire prendre le parti d’une politique restrictive vis-à-vis des immigrés. Les propos dudit conseiller ne sont évidemment pas significatifs des sentiments des « couches populaires », mais ils le sont de la façon dont un grand nombre de dirigeants du PS, en particulier parmi ses élus, envisagent la question.
Mais parlons des « humanistes » du PS, de ceux qui ont été solidaires des occupants de Saint-Bernard et qui sont partisans d’un certain nombre de mesures, notamment en matière de regroupement familial, en effet, plus humaines que les lois Pasqua. Mais lorsque ces gens-là prônent une autre politique de l’immigration, une « politique positive » comme il est dit parfois, notamment en proposant que les autorités abandonnent le slogan de l’arrêt de l’immigration ou de l’immigration zéro et qu’elles fixent au contraire des quotas d’immigration, qu’elles les rendent publics, ils ne font que chercher à s’adapter aux besoins du capitalisme français.
Il n’y a pas de « politique positive » en matière d’immigration ; il n’y a pas de « bonne solution » dans le cadre du système capitaliste qui, d’un côté réduit à la misère, affame, pousse à une migration désespérée une partie de la population de la majorité sous- développée de la planète et qui, de l’autre, dresse des barbelés, au sens propre comme au sens figuré, autour des pays impérialistes riches, et qui entrouvrent ou referment ces barbelés en fonction des besoins économiques des bourgeoisies de ces pays riches. Ces barbelés n’arrêteront de toute façon pas « l’immigration sauvage ». Les États-Unis en savent quelque chose qui, malgré leur « mur de Berlin » à eux, édifié au long de la frontière avec le Mexique, ne parviennent pas à endiguer le flot incessant de travailleurs venus de toute l’Amérique latine. Quand on n’a le choix qu’entre crever de faim, soi-même et ses enfants, ou risquer la prison en vertu de quelque loi Pasqua que ce soit, voire même sa vie en traversant une frontière hérissée de barbelés électrifiés, il s’en trouvera toujours qui n’hésiteront pas.
Alors, les révolutionnaires devaient être évidemment solidaires des « sans- papiers » qui occupaient l’église Saint-Bernard, sans leur poser de conditions sur ce qu’ils revendiquaient, car leur place est du côté de ceux qui subissent l’ignominie de l’État des bourgeois. De façon plus générale, les révolutionnaires sont pour que tous les travailleurs, quelle que soit leur origine, « clandestine » ou pas, aient les mêmes droits.
Mais les révolutionnaires n’ont pas une « bonne politique » d’immigration dans le cadre du système capitaliste. Pas plus qu’ils n’ont de remèdes partiels et adaptés à chacun des nombreux méfaits que le système capitaliste engendre de par le monde. Car l’inhumain ne commence pas avec les lois écrites qui régissent les conditions d’entrée ou de séjour dans les pays dits riches. Il commence avec les lois économiques, non écrites, qui obligent sous la contrainte de la misère, des millions de femmes et d’hommes à prendre le chemin de l’émigration. Seule une société débarrassée de l’exploitation et de l’anarchie capitaliste et par là-même du pillage du tiers monde par les brigands impérialistes ; seule une société contrôlant son économie, planifiant sa production en fonction des besoins, pourrait sérieusement se poser le problème de savoir de quelle façon produire, où et avec qui. Car la question qui se pose devant l’humanité n’est pas de savoir si la France ou n’importe quel pays du monde peut accueillir « toute la misère du monde », mais de supprimer la misère, en supprimant une organisation économique et sociale qui l’engendre inévitablement.
Lutte Ouvriére

vendredi 1 juillet 2011

Cette saisissante immolation par le feu

Chaque jour ou presque, la même information tombe comme un couperet. Quelqu’un, quelque part dans le monde arabe, est mort ou a tenté de mettre fin à sa vie en s’aspergeant d’essence puis en se transformant en torche humaine...

La liste de ces tentatives de suicide par le feu ne cesse de s’allonger. C’est évident; ces actes terribles font écho à celui de Mohammed Bouazizi, vendeur de fruits de Sidi Bouzizi dont la mort tragique a provoqué le soulèvement des Tunisiens....

Des suicidés pas comme les autres

Dans nos pays, la jeunesse mais aussi ses aînés se tuent par manque d’espoir et de perspectives. Ils se tuent à cause de la hogra (le mépris), du népotisme et de la désinvolture avec laquelle leurs innombrables problèmes sont traités. Ils en finissent parce qu’ils sont au chômage, parce qu’on leur refuse un logement pour la centième fois, parce qu’il n’y a plus de pain pour leurs enfants ou parce que des policiers les ont humiliés.
Les uns se jettent des ponts en se jouant des grillages de protection, les autres succombent à des surdoses de médicaments ou à des mélanges de psychotropes et d’alcool.
Mais ce recours aux brûlures fatales est une nouveauté déstabilisante. Les musulmans ont un rapport ambigu au feu. Il incarne la géhenne, la punition éternelle pour les dénégateurs, les hypocrites et ceux qui ont refusé de croire. Mais il est aussi parfois purificateur....

Martyrs et sacrifices

Ces immolations par le feu me bouleversent et me désorientent. Elles me plongent dans un état de saisissement qu’il m’est difficile de décrire. Mélange de peine et d’effroi. De l’incompréhension aussi face à ce choix radical qui mène, lorsqu’on en réchappe, à une vie de souffrances atroces. Bien sûr, cela fait longtemps que le suicide est devenu un fait répandu dans le monde arabe en général et au Maghreb en particulier.
Ce qui est certain, c’est qu’il s’agit à la fois de sacrifices volontaires et d’actes politiques destinés à éveiller les consciences. Les agences de presse, la majorité des médias, les commentateurs et l’homme de la rue emploient tous ou presque la même formule: «immolation par le feu».
.... Immolation: quel terme terrifiant! Comment ne pas penser au Moloch, aux holocaustes carthaginois et autres. Je me tourne vers le dictionnaire. «Immolation: acte d’immoler. Immoler: Tuer quelqu’un, un animal pour l’offrir en sacrifice à une divinité. Faire périr. Effectuer un sacrifice pour satisfaire une exigence». Sacrifice, voilà le maître mot.
«Mais c’est comme Jan Palach», m’explique-t-on en faisant référence à cet étudiant tchèque qui s’est immolé par le feu en 1968 pour protester contre l’invasion soviétique de son pays. Je l’avoue, c’est une référence européenne qui ne me dit pas grand-chose. Pour moi, ce genre de sacrifice est plutôt lié aux moines bouddhistes vietnamiens qui protestaient au début des années 1960 contre le régime pro-américain.
Souvenir d’images en noir et blanc de documentaires commentées par la voix nasillarde d’Henri de Turenne… En tous les cas, et c’est ce qui me perturbe le plus, cela n’a jamais été un acte fréquent dans nos pays. Je me trompe peut-être, mais je ne pense pas que quelqu’un se soit immolé par le feu durant la Guerre d’Algérie ou même durant la Guerre civile des années 1990. D’où cela vient-il? Comment a-t-on pu en arriver là? C’est bien la preuve que nos sociétés ont atteint le stade ultime de la désespérance. C’est le signe d’une grave dégradation psychique sur laquelle il faudra bien se pencher un jour.
«C’est le culte du martyr», me dit-on aussi. Peut-être. Un martyr honorable, admirable alors. Un martyr qui décide de se sacrifier pour alerter sur son sort et celui des autres, mais sans tuer ni blesser son prochain. Un martyr qui accomplit un acte de violence extrême contre lui-même et contre le système mais jamais contre ses semblables. C’est admirable et cela accroît mon respect. ..... Car cette immolation par le feu, aussi horrible soit-elle, est peut-être un pas décisif vers la non-violence. Il semble que nous sommes en train d’apprendre que l’on peut protester sans exercer de violences contre les autres. Il nous faudra réussir à éviter de l’exercer contre nous-mêmes.

De l'indifférence au déshonneur

«Qu’il crève» aurait lancé Ben Ali en apprenant l’acte de Mohammed Bouazizi. Cela n’a rien d’étonnant, cela prouve à quel point le dictateur «aimait» son peuple. C’est une réaction qui résume bien le mépris dans lequel nos dirigeants nous tiennent. Prenez les harragas —les brûleurs de frontière, candidats à l’émigration clandestine—, ces gens qui embarquent pour le nord de la Méditerranée, ou pour les Canaries, et qui savent que la mort les guette dans les flots. Voilà une autre manière de se suicider.
Longtemps, cela s’est fait dans l’indifférence la plus totale de nos pouvoirs. Nos pouvoirs… «Qu’ils crèvent tous et qu’ils nourrissent les poissons», semblaient-ils dire. Et puis l’Europe a protesté et voilà que ces candidats à la noyade sont désormais jugés et emprisonnés lorsque les garde-côtes les arraisonnent. 
.... le cauchemar continue. «La mort plutôt que vous», disent les désespérés à nos maîtres bien repus. Le sort des harragas était déjà un déshonneur et une défaite pour les pays du sud de la Méditerranée. C’est aussi le cas du destin tragique de ceux qui s’immolent par le feu pour réclamer plus de dignité.
Akram Belkaïd
Source SlateAfrique