vendredi 4 mars 2016

Hezbollah : résistant et non terroriste, symbole de la résistance contre l’occupant israélien.



La 33eme session du Conseil des ministres arabes de l’Intérieur sera retenue par l’Histoire comme la session de la honte.

Car enfin, voilà que les ministres arabes de l’Intérieur, censés veiller à la sécurité de leurs pays et de la région, prennent la grave décision d’accoler l’adjectif « terroriste » au principal parti de la résistance libanaise, le Hezbollah. Cette décision, qui équivaut à verser de l’huile sur le feu dans une région déjà en flammes, risque de réveiller les vieux démons de la guerre civile qui avait déchiré le Liban entre 1975 et 1990.
Il serait intéressant de suivre le parallèle établi entre l’évolution de la situation sur le terrain en Syrie et la montée de la pression de l’Arabie saoudite sur le Liban. En Janvier dernier, en pleine progression de l’armée syrienne et de recul des forces de l’opposition soutenues par l’Arabie saoudite, les pays du Conseil de Coopération du Golfe, sous la pression du Royaume wahhabite, ont pris la décision de classer le Hezbollah comme un parti « terroriste ».
Un mois plus tard, alors que l’opposition syrienne continue d’encaisser des revers, l’Arabie saoudite, qui avait promis une aide de trois milliards de dollars à l’armée libanaise, annule cette aide sous le prétexte que cette armée est dominée par le Hezbollah.
Le 2 Mars, alors que la trêve en Syrie tient toujours et que les frappes syro-russes se concentrent sur les bastions de Daech et d’Annosra, le Conseil des ministres arabes de l’Intérieur, réuni à Tunis, a entériné, sous la forte pression des Saoudiens, la décision prise en janvier par les six pays du Conseil de Coopération du Golfe.
Ces vaines gesticulations saoudiennes à l’égard du Liban visent un seul objectif : obliger le pays du Cèdre à faire pression sur le Hezbollah et le forcer à quitter la Syrie où, depuis cinq ans, il combat vaillamment les hordes terroristes à côté de l’armée syrienne. Et ici l’Arabie saoudite a un double problème. D’abord, le Hezbollah est en train de combattre les groupes de l’opposition syrienne, généreusement armés et financés par les pétrodollars saoudiens. Ensuite, et c’est plus grave pour le Royaume wahhabite, en combattant côte à côte avec les sunnites, les chrétiens et les Kurdes syriens, le Hezbollah réfute de manière spectaculaire l’idée fallacieuse sur laquelle est bâtie la propagande saoudienne et qui consiste à persuader le monde arabe que le danger mortel qui le guette vient de l’Iran chiite et de ses représentants au Liban, en Irak, au Yémen et ailleurs.
La décision du Conseil des ministres arabes de l’Intérieur démontre encore une fois, si besoin est, l’immense hiatus qui existe entre les classes politiques arabes et leurs peuples. On n’a pas besoin de mener une enquête géante dans le monde arabe pour nous persuader que l’écrasante majorité des citoyens arabes, y compris ceux du Golfe, considère le Hezbollah libanais comme le symbole de la résistance contre l’occupant israélien. Qui a expulsé cet intrus la queue entre les pattes du Sud-Liban après dix-huit ans d’occupation ? Le Hezbollah. Qui a résisté héroïquement durant plus d’un mois aux bombardements israéliens en été 2006 pendant la deuxième guerre du Liban ? Le Hezbollah. C’est cela qui intéresse l’écrasante majorité des citoyens arabes du Golfe à l’Atlantique et non les querelles politiques et doctrinales ou les soucis sécuritaires des monarchies du Golfe avec l’Iran.
La propagande saoudienne ne cesse de nous mettre en garde contre les menaces mortelles qui nous proviennent de l’Iran chiite ! Prenons le cas de la Tunisie et de ses voisins de l’est et de l’ouest. Par qui ces pays sont-ils menacés ? Par les Gardiens de la révolution de l’Iran chiite ou par les hordes de terroristes imbus de l’idéologie takfiriste du wahhabisme et financés par les pétrodollars ? Par le Hezbollah libanais ou par les adorateurs du terroriste en chef, le Saoudien Oussama Ben Laden ? On connaît les réponses diamétralement opposées des citoyens arabes et des ministres arabes de l’Intérieur.
Le régime saoudien, tout comme Israël, a un problème avec l’Iran, et le trône des Al Saoud, tout comme la classe politique israélienne, se sent menacé par « l’expansionnisme » de l’Iran chiite. C’est loin d’être une raison valable pour que les Arabes du Golfe à l’Atlantique se retroussent les manches et se préparent de pied ferme pour combattre, à côté d’Israël et des Al Saoud, « le danger chiite ».
Ce problème qu’ont le régime saoudien et Israël avec l’Iran a pris des proportions catastrophiques depuis que les Etats-Unis ont normalisé leurs relations avec l’Iran, après un tiers de siècle de rupture. Pour l’écrasante majorité des citoyens arabes, cette normalisation irano-américaine, loin d’être une catastrophe, c’est l’une des rares lueurs d’espoir dans une région enfoncée jusqu’au cou dans le désordre et l’anarchie.
Maintenant, revenons en Tunisie, le pays qui a accueilli cette fameuse 33e session du Conseil des ministres arabes de l’Intérieur.  La classe politique qui dirige ce pays n’a rien trouvé de mieux à faire que de s’aligner derrière l’Arabie saoudite pour considérer le Hezbollah comme une organisation « terroriste ». Cet alignement n’est pas dicté par la conviction, car la classe politique tunisienne n’est pas stupide au point de considérer comme terroriste un parti aussi résistant et aussi honorable que le Hezbollah libanais. Cet alignement est dicté plutôt par l’absence de courage de dire non à l’Arabie saoudite. Il est dicté par cette attente illusoire de très hypothétiques aides ou investissements saoudiens, un peu comme cet assoiffé qui poursuit un mirage pour se désaltérer…
On aurait souhaité que notre ministre de l’Intérieur adopte au moins la position de son collègue libanais, Nohad Machnouk, qui, bien qu’appartenant au « Courant de l’Avenir » (parti libanais pro-saoudien), a refusé d’entériner le diktat de Ryadh.
Cela dit, nous sommes en démocratie, et si ce que nous croyons est vrai, nos gouvernants ne peuvent pas prendre de si graves décisions sans en expliquer les raisons au peuple. Si nous sommes réellement en démocratie, le Parlement qui nous représente a l’obligation de convoquer les deux ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères pour nous expliquer pourquoi ont-ils classé le Hezbollah comme une organisation terroriste alors que ni eux ni les citoyens tunisiens ne croient à une telle baliverne ?
Par Hmida Ben Romdhane
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