mardi 26 janvier 2016

Le Printemps arabe : une page d’histoire qui a mal tourné. La jeunesse arabe a découvert la vérité à propos de ses dictateurs, ses régimes n’ont aucun soutien public et ne devraient pas inspirer la crainte.


Ils sont au service de leurs maîtres de Washington, Londres, Tel-Aviv ou Moscou, et quand on n’a plus besoin d’eux, on les jette comme des déchets. La jeunesse arabe a découvert la vérité à propos de ses dictateurs, ses régimes n’ont aucun soutien public et ne devraient pas inspirer la crainte. Cela a presque certainement inspiré le désir de renverser les régimes dictatoriaux ainsi que la création d’institutions participatives et de réformes.
La jeunesse du Moyen-Orient a guidé le « Printemps arabe » qui débuta en 2010, réclamant la délivrance de gouvernements autoritaires et répressifs. Ils s’attendaient à ce que la chute des dictatures semi-laïques et pseudo-modernes de Tunisie, de Libye, d’Égypte, de Syrie et d’Irak mette fin à des régimes d’oppressive corruption, vieux d’un demi-siècle. Ils ont permis d’espérer que les forces autocratiques de la région seraient vaincues et remplacées par des principes démocratiques dont on ne pourrait permettre l’échec.
Mais après la chute de ces régimes, ils ont découvert que le chemin de la démocratie est tortueux et que les institutions en place ne peuvent être facilement réformées. Que les forces politiques et sociales en place sont incrustées dans des structures militaires soutenues depuis l’étranger et aussi que la religion, le sectarisme et le tribalisme sont plus forts et mieux organisés que les jeunes qui manifestent dans les rues et sur les places publiques pour des principes démocratiques.
L’appel à la création d’institutions démocratiques, politiques et économiques a tourné en une compétition entre l’autoritarisme soutenu par les militaires et l’idéologie islamiste, ou des guerres civiles sectaires, ethniques et tribales, engageant des puissances régionales ou internationales. Après tous les sacrifices et les grands espoirs, le Moyen-Orient vit aujourd’hui l’état de nature que Thomas Hobbes avait décrit il y a trois siècles. Il est intéressant de noter qu’alors que les monarchies arabes, les riches et les pauvres sont toujours debout et relativement stables, les États qui ont échoué et les mouvements extrémistes ne déchirent que les républiques arabes.
La grande victime de cet échec est la cause palestinienne. La préoccupation des États arabes avec leurs malaises internes ont affaibli leur efficacité à soutenir les Palestiniens dans leur lutte pour mettre fin à l’occupation israélienne, terminer le siège de Gaza et établir un État palestinien indépendant. Il ne déplairait pas à quelques États arabes qu’Israël les délivrent des éléments radicaux qui menacent leurs régimes.
Les pays arabes sont devenus inhospitaliers pour leur propre population, les forçant à risquer leur vie en allant rechercher la sécurité dans des pays étrangers ; les États sont devenus des monstres ; la violence et encore plus de violence est la seule loi et la vie est « déplorable, brutale et courte ».
La révolte du « Printemps arabe » a été considérée comme une nouvelle page dans l’histoire du Moyen-Orient mais, même cinq ans plus tard, cette page d’histoire n’a toujours pas tourné ! Au lieu de démocratie, d’horribles et répressifs modèles de gouvernement sont apparus ; des gouvernements assassinent les dissidents dans les rues et en prison, ils gazent leurs propres peuples à mort et invitent des puissances étrangères à venir massacrer leurs propres civils.
Les nouveaux régimes arabes qui sont apparus sont, à plusieurs égards, beaucoup plus odieux, plus brutaux et plus rebutants que les anciens régimes autocratiques que les révoltes du « Printemps arabe » voulaient remplacer. Ils ont concentré leurs moyens sur la violence envers leurs opposants politiques à une échelle telle qu’aucune personne sensée n’aurait pu l’imaginer au cours de ce siècle, alors que plus de peuples que jamais vivent dans des démocraties.
L’invasion américaine de l’Irak peut être considérée comme étant le catalyseur d’une plus grande transformation de la région, mais les racines du mécontentement au Moyen-Orient se retrouvent dans des décennies de pauvreté et de manque d’égalité des chances sous des régimes corrompus et oppressifs. Ce qui a bridé les peuples du Moyen-Orient comprend des États et des sociétés incompétents où les peuples ne peuvent mettre à profit leur talent, leur ambition, leur ingéniosité et le peu d’éducation qu’ils ont pu acquérir. Tous les blocages économiques auxquels ils doivent faire face proviennent de la façon dont le pouvoir politique est appliqué et contrôlé par une étroite élite.
Les institutions politiques d’une société déterminent le choix d’un gouvernement, qui tient les rênes du pouvoir dans la société et dans quels buts un tel pouvoir sera exercé. Sous des institutions politiques absolutistes, étroites et sans retenue, comme dans les régimes régnant à travers le Moyen-Orient, ceux qui sont au pouvoir peuvent instaurer des institutions économiques afin de s’enrichir, ainsi que leurs familles et leurs partisans et ainsi accroître leur pouvoir aux dépens de la société.
Les citoyens dans les sociétés démocratiques peuvent librement choisir leur métier, bénéficier d’enseignements et de spécialisations et encourager leurs employeurs à investir dans des technologies qui accroîtront leurs salaires. Ils ont accès à des institutions politiques qui leur donnent le pouvoir d’élire leurs représentants et de les remplacer aux urnes s’ils sont corrompus ou s’ils échouent à fournir les services essentiels et à créer un environnement qui va améliorer leur niveau de vie.
Les pays riches qui n’ont pas d’économies extractives sont devenus riches quand leurs citoyens ont créé une société où les droits politiques étaient beaucoup mieux distribués, où le gouvernement était responsable et sensible à ses citoyens et où la majorité d’entre eux pouvait bénéficier des opportunités économiques.
Le pétrole a été et restera la source principale de richesse et la cause d’interminables conflits au Moyen-Orient. La Nature a généreusement prodigué le pétrole à certains pays du Moyen-Orient et une partie de ses revenus a été utilisée pour construire de nouvelles cités, de nouvelles routes et de nouveaux aéroports et aussi améliorer le niveau de vie des pays producteurs.
C’était visiblement un progrès, mais une grande partie des revenus a enrichi une classe privilégiée, les membres des familles royales et les chefs tribaux. Des pays producteurs de pétrole comme le Qatar, le Koweït et l’Arabie saoudite sont riches et ont des niveaux de revenus par personne comparables à ceux des dix premiers dans le monde.
Le pétrole n’a de valeur que lorsqu’il est commercialisé, mais à l’heure actuelle il n’y a pas de pénurie de pétrole dans le monde et avec de nouvelles techniques d’extraction à partir de puits secs aux USA ainsi que le développement de nouvelles formes d’énergie économiques, le monopole virtuel des Arabes sur les sources d’énergie ne durera peut-être pas toujours.
La manne financière dans ces pays n’a pas fait grand-chose pour créer des économies modernes diversifiées. Ceux qui sont aux leviers de commande ont utilisé une grande partie de la richesse économique extractive pour soutenir leurs régimes autocratiques et il est douteux qu’une richesse extractive accrue puisse mener à une fondamentale transformation de ces régimes et à des institutions démocratiques plus ouvertes.
On ne peut pas éternellement acheter la loyauté des citoyens aux élites dirigeantes et à une plus ou moins longue échéance, un tel spectacle risque de déplaire aux jeunes éduqués ou à une classe moyenne qui aimerait jouer un rôle dans les affaires publiques de leur pays. Ce n’est qu’une question de temps pour que les citoyens des pays producteurs de pétrole réclament leurs droits civiques et la démocratie.
Les pays du Moyen-Orient possédant peu ou pas de pétrole se regroupent autour d’un niveau de revenus comparable à celui des pays pauvres d’Amérique centrale. Ils ne peuvent créer de la prospérité sans la participation des masses, avec des institutions démocratiques qui légitiment à la fois le gouvernement et son opposition, le respect des droits civiques et humains pour tous y compris les femmes, et assurent des marchés efficaces et l’égalité des chances.
* Dr Hasan Afif El-Hasan est analyste politique. Son dernier livre, Is The Two-State Solution Already Dead ? (Algora Publishing, New York), est disponible sur Amazon.com et Barnes & Noble. Il a écrit cet article pour PalestineChronicle.com

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