Mardi 26 mai 2015
Pendant que l’Isis (Daesh) occupe Ramadi, la deuxième
ville d’Irak, et le jour suivant Palmyre dans le centre de la Syrie, en tuant
des milliers de civils et en en contraignant des dizaines de milliers d’autres
à la fuite, la Maison Blanche déclare « Nous ne pouvons pas nous arracher les
cheveux à chaque fois qu’il y a un obstacle dans la campagne contre l’Isis » (The
New York Times, 20 mai). La campagne militaire, « Inherent Resolve », a été
lancée en Irak et Syrie il y a plus de neuf mois, le 8 août 2014, par les USA
et leurs alliés : France, Grande-Bretagne, Canada, Australie, Arabie Saoudite,
Emirats Arabes Unis, Bahreïn et autres. S’ils avaient utilisé leurs
chasseurs-bombardiers comme ils l’avaient fait en Libye en 2011, les forces de
Daesh, opérant dans des espaces ouverts, auraient été une cible facile.
Celles-ci ont au contraire pu attaquer Ramadi avec des colonnes de véhicules
blindés chargés d’hommes et d’explosifs. Les USA sont-ils devenus impuissants ?
Non : si Daesh avance en Irak et en Syrie, c’est parce qu’à Washington on veut
justement cela.
C’est ce que
confirme un document officiel de l’Agence d’intelligence du Pentagone (DIA),
daté du 12 août 2012, déclassifié le 18 mai 2015 par initiative du groupe
conservateur « Judicial Watch » dans la compétition pour les présidentielles.
Il rapporte que « les pays occidentaux, les Etats du Golfe et la Turquie soutiennent
en Syrie les forces d’opposition qui tentent de contrôler les zones orientales,
adjacentes aux provinces iraniennes
occidentales », en les aidant à « créer des refuges sûrs sous protection
internationale ». Il existe « la possibilité d’établir une principauté
salafiste en Syrie orientale, et cela est exactement ce que veulent les
puissances qui soutiennent l’opposition, pour isoler le régime syrien, arrières
stratégiques de l’expansion chiite (Irak et Iran) ». Le document de 2012
confirme que l’Isis (Daesh), dont les premiers noyaux viennent de la guerre en
Libye, s’est formé en Syrie, en recrutant surtout des militants salafistes
sunnites qui, financés par l’Arabie Saoudite et d’autres monarchies, ont été
approvisionnés en armes à travers un réseau de la Cia (documenté, en plus du
New York Times, par un rapport de « Conflict Armament Research »).
Cela explique
la rencontre en mai 2013 (documentée photographiquement) entre le sénateur
étasunien John McCain, en mission en
Syrie pour le compte de la Maison Blanche, et Ibrahim Al-Badri, le «
calife » à la tête de Daesh. Cela explique aussi pourquoi Daesh a déclenché
l’offensive en Irak au moment où le gouvernement du chiite al-Maliki prenait
ses distances de Washington, en se rapprochant de Pékin et Moscou.
Washington, en
déchargeant la responsabilité de la chute de Ramadi sur l’armée irakienne,
annonce maintenant vouloir accélérer en Irak l’entraînement et l’armement des «
tribus sunnites ». L’Irak est en train d’aller dans la même direction que la
Yougoslavie, vers la désagrégation, commente l’ex-secrétaire à la défense
étasunien Robert Gates. Pareil en Syrie, où USA et alliés continuent à
entraîner et armer des miliciens pour renverser le gouvernement de Damas. Avec
la politique du « diviser pour régner », Washington continue ainsi à alimenter
la guerre qui, en 25 années, a provoqué massacres, exodes, pauvreté, au point
que de nombreux jeunes ont fait des armes leur métier. Un terrain social sur
lequel font prise les puissances occidentales, les monarchies qui sont leurs
alliés, les « califes » qui instrumentalisent l’islam et la division entre
sunnites et chiites. Un front de la guerre, à l’intérieur duquel il y a des
divergences sur la tactique (par exemple sur quand et comment attaquer l’Iran),
pas sur la stratégie. Front armé par les USA, qui annoncent la vente (pour 4
milliards de dollars) à l’Arabie Saoudite de 19 autres hélicoptères, pour la
guerre au Yémen, et à Israël de 7400 autres missiles et bombes, parmi
lesquelles celles anti-bunker pour l’attaque de l’Iran.
Edition de mardi 26 mai
2015 de il manifesto
http://ilmanifesto.info/il-califfato-voluto-dagli-usa/
Traduit de l’italien par
Marie-Ange Patrizio

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