jeudi 4 septembre 2014

Attention, madame Merkel ! Méfiez-vous des renseignements sur « l’invasion de l’Ukraine » : l'information sur l'invasion de troupes russes en Ukraine est fausse.



MÉMORANDUM POUR : Angela Merkel, Chancelière d’Allemagne.
DE : « Veteran Intelligence Professionals for Sanity (VIPS) » [Professionnels vétérans du renseignement, pour le bon sens]

Nous, soussignés, sommes de très anciens vétérans des services de renseignement U.S. Nous prenons l’initiative inhabituelle de vous écrire cette lettre ouverte afin de nous assurer que vous aurez eu l’opportunité d’être informée de nos vues avant la réunion du sommet de l’Otan des 4-5 septembre.
Vous devez savoir, par exemple, que l’accusation à propos d’une invasion russe majeure en Ukraine n’est étayée par aucun renseignement fiable. Bien plutôt, les renseignements semblent être de la même nature douteuse et politisée que ceux utilisés il y a 12 ans pour justifier l’attaque contre l’Irak menée par les U.S.A.
A cette époque, nous n’avons vu aucune preuve crédible de ce qu’il y avait des armes de destruction de masse (ADM) en Irak ; aujourd’hui nous ne voyons pas de preuve crédible de l’invasion russe. Il y a douze ans, l’ancien chancelier Gerhard Schroeder, conscient de la fragilité des preuves concernant les ADM en Irak, avait refusé de se joindre à l’attaque contre l’Irak. De notre point vue, vous devriez douter de façon appropriée des charges portées par les officiels du Département d’état U.S. [Ministère de affaires étrangères, NdT] et de l’OTAN à propos d’une invasion russe en Ukraine.
Le Président Obama a essayé, le 29 août, de calmer la rhétorique de ses propres diplomates de haut-rang et des médias système, lorsqu’il a publiquement déclaré que l’activité en Ukraine n’était que : « la continuation de ce qui se passe depuis des mois maintenant… » que « ce n’est pas vraiment un tournant. »
Obama, cependant, n’a qu’une influence mineure sur les décisionnaires politiques dans son administration, qui, malheureusement manquent totalement de sens de histoire, ne connaissent pas grand chose de la guerre, et remplacent un manque de politique par des invectives russophobes. Il y a un an, les officiels faucons des Affaires étrangères et leurs amis dans les médias ont été très prés de convaincre M. Obama de lancer une attaque majeure contre la Syrie, en s’appuyant, une fois de plus, sur des renseignements pour le moins douteux.
C’est largement suite à la forte augmentation, et apparemment à la forte confiance en des renseignements  que nous croyons faux, que nous envisageons la possibilité d’une escalade des hostilités au delà des frontières de l’Ukraine, possibilité qui s’est considérablement accrue au cours de ces derniers jours. Plus important, nous croyons que cette possibilité peut être évitée, selon le degré de scepticisme judicieux que vous pourrez manifester, vous-même et d’autres dirigeants européens, au prochain sommet de l’OTAN .
L’expérience du mensonge
Par chance, vos conseillers vous ont rappelé les dossiers douteux quant à la crédibilité du Secrétaire Général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen. Il nous apparaît que les discours de Rasmussen continuent à être écrits à Washington. Ceci était clairement visible la veille du jour de l’invasion de l’Irak par les U.S.A. lorsque, alors Premier ministre du Danemark, il déclara à son parlement : « L’Irak a des armes de destruction massive. Ce n’est pas seulement ce que nous croyons. Nous le savons. »
Certaines photos valent plus que des milliers de mots ; elles peuvent aussi tromper. Nous avons une expérience considérable de la collecte, de l’analyse, et du compte-rendu d’images provenant de tous les types de satellites, ainsi que d’autres formes d’imageries et d’autres types de renseignements. Ce n’est rien de dire que les images diffusées par l’OTAN le 28 août fournissent de bien piètres bases pour accuser la Russie d’avoir envahi l’Ukraine. Elle font tristement penser aux images montrées par Colin Powell à l’ONU le 5 février 2003, images qui, elles non plus, ne prouvaient rien.
Ce même jour, nous mettions en garde le Président Bush, lui représentant que nos anciens collègues étaient « de plus en plus affligés par la politisation du renseignement » et lui avons dit, catégoriquement, « la présentation de Powell n’est absolument pas suffisante » pour justifier une guerre. Nous avons exhorté M. Bush à « élargir la discussion… au delà du cercle de ses conseillers trop clairement inclinés à faire une guerre pour laquelle nous ne voyons aucune raison impérative et dont nous pensons que les conséquences imprévues seront probablement catastrophiques. »
Voyez l’Irak aujourd’hui. Pire que catastrophique.
Bien que le Président Vladimir Poutine ait fait montre, à ce jour, d’une réserve considérable sur le conflit en Ukraine, il nous appartient de ne pas oublier que la Russie peut, elle aussi, frapper et semer l’effroi [Ndt : allusion à l'opération  américaine en Irak du nom de code « Shock and Awe », choc et effroi]. Selon notre opinion, s’il y a le moindre risque qu’une telle chose puisse finalement se produire en Europe à cause de l’Ukraine, des dirigeants lucides doivent y penser très sérieusement.
Si les photos diffusées par l’OTAN et les U.S.A. sont la meilleure « preuve » valable d’une invasion par la Russie, notre doute se précise de ce qu’un effort majeur est en cours pour renforcer les arguments au sommet de l’OTAN, afin d’approuver des actions que la Russie verra sûrement comme des provocations. Caveat emptor [Que l'acheteur soit vigilant] est une expression avec laquelle vous êtes sans doute familière. Il est inutile d’ajouter qu’il faut être très prudent à propos de ce que M. Rasmussen, ou même le Secrétaire d’état John Kerry, sont en train de manigancer.
Nous croyons que vos conseillers vous ont tenue informée du déroulement de la crise en Ukraine depuis son origine, au début de l’année 2014, et qu’ils vous ont dit à quel point la possibilité que l’Ukraine entre dans l’OTAN est un anathème pour le Kremlin. Selon un câble du 1er février 2008 (publié par Wikileaks) de l’ambassade U.S. à Moscou destiné à la Secrétaire d’état Condoleeza Rice, l’ambassadeur U.S. William Burbs a été appelé par le ministre des Affaires étrangères russe Sergey Lavrov, qui lui a expliqué la forte opposition de la Russie à l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN.
Lavrov avertissait avec insistance de ses « peurs que le problème pourrait potentiellement partager le pays en deux, conduisant à la violence, et même, selon certains, à une guerre civile, qui obligerait la Russie à décider si elle doit intervenir. » Burns a donné à son câble un titre inhabituel : NIET c’est NIET : LA LIGNE ROUGE DE L’ÉLARGISSEMENT DE L’OTAN A L’UKRAINE, et l’a envoyé à Washington EN URGENCE. Deux mois plus tard, lors de leur sommet à Bucarest, les dirigeants de l’OTAN déclaraient formellement que « la Géorgie et l’Ukraine entreront dans l’Otan. »
Le 29 août, le Premier ministre ukrainien, Arseny Yatsenyuk, a utilisé sa page Facebook pour déclarer que, avec l’aval du Parlement, qu’il a demandé, le chemin vers l’OTAN était ouvert. Yatsenyuk était évidemment le favori de Washington pour devenir premier ministre après le coup d’état du 22 février à Kiev.
« Yats est le gars qu’il nous faut », a dit l’assistante au Secrétaire d’état Victoria Nuland, quelques semaines avant le coup d’état, au cours d’une conversation téléphonique avec l’ambassadeur U.S. en Ukraine Geoffrey Pyatt. Vous devez vous souvenir que c’est pendant cette conversation que Nuland a dit : « Fuck the EU » [Que l'UE aille se faire f...!].
Timing de l’invasion russe
Le narratif conventionnel de Kiev, il y a juste quelques semaines, était que les forces ukrainiennes avaient la supériorité dans les combats contre les fédéralistes d’Ukraine de l’Est opposés au coup d’état de Kiev, combats qui était largement présentés comme une opération de nettoyage. Mais cette image de l’offensive avait son origine presque uniquement chez les sources officielles du gouvernement. Il y avait très peu de rapports venant du terrain dans le sud-est de l’Ukraine. Il y en avait un, cependant, citant le président ukrainien Petro Poroschenko, qui émettait des doutes sur la fiabilité de ces descriptions par le gouvernement.
Selon le « service de presse du Président de l’Ukraine » le 18 août, Poroschenko a appelé « au regroupement des unités militaires déployées dans les opérations à l’est de l’Ukraine… aujourd’hui nous devons réorganiser nos forces, qui défendront notre territoire et continueront les offensives », ajoutant « nous devons envisager une nouvelle opération militaire dans ces nouvelles circonstances. »
Si le « nouvelles circonstances » signifiaient une avance victorieuse des forces du gouvernement ukrainien, pourquoi était-il nécessaire de les « regrouper pour réorganiser » les forces ? A ce moment là, à peu près, des sources sur le terrain commencèrent à parler d’une série d’attaques réussies par des fédéralistes anti-Kiev contre les forces du gouvernement, lesquelles supportaient de lourdes pertes et perdaient du terrain, largement à cause de l’incompétence et de la médiocrité du commandement.
Dix jours plus tard, lorsqu’ils se trouvèrent encerclés et/ou en retraite, une excuse toute faite pour la débâcle était « l’invasion » russe. C’est précisément à ce moment là que les photos floues de l’OTAN et de reporters comme Michael Gordon, du New-York Times, ont été diffusées pour inonder le monde du slogan :« Les Russes arrivent. » (Michael Gordon a été l’un des plus virulents propagandistes de la guerre en Irak)
Pas d’invasion, mais beaucoup d’autres aides.
Les anti-coup d’état fédéralistes dans le sud-est de l’Ukraine bénéficient d’un support local considérable, en partie à cause des bombardements de l’artillerie sur des zones peuplées. Et nous croyons que l’aide russe s’est probablement déversée par la frontière, incluant , de manière significative, un matériel sophistiqué de renseignement sur le champ de bataille. Mais il est loin d’être prouvé, au point où nous en sommes, que ce matériel inclut aussi des chars et de l’artillerie, principalement parce que les fédéralistes étaient mieux commandés et étonnamment efficaces en piégeant les forces du gouvernement.
En même temps, il nous semble qu’il y a peu de doutes que les chars russes viendront si les fédéralistes en ont besoin.
C’est pourquoi la situation demande un effort concerté pour obtenir un cessez-le-feu, que Kiev  a, comme vous le savez, refusé  jusqu’à ce jour. Que faut-il faire à ce point ? Selon notre opinion, il faut dire catégoriquement à Poroschenko et à Yatsenyuk que l’adhésion à l’OTAN n’est pas envisageable, et que l’OTAN n’a pas l’intention d’engager une guerre par procuration avec la Russie, et surtout pas en support à l’armée ukrainienne déguenillée . Il faut dire la même chose aux autres membres de l’OTAN.
Pour le Groupe de Direction, Veteran Intelligence Professionals for Sanity
William Binney, former Technical Director, World Geopolitical & Military Analysis, NSA; co-founder, SIGINT Automation Research Center (ret.)
David MacMichael, National Intelligence Council (ret.)
Ray McGovern, former US Army infantry/intelligence officer & CIA analyst (ret.)
Elizabeth Murray, Deputy National Intelligence Officer for Middle East (ret.)
Todd E. Pierce, MAJ, US Army Judge Advocate (Ret.)
Coleen Rowley, Division Counsel & Special Agent, FBI (ret.)
Ann Wright, Col., US Army (ret.); Foreign Service Officer (resigned)
Source : TLAXCALA

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