Alors que la guerre continue au Mali,
les créanciers réclament le remboursement des dettes et instrumentalisent l’«
aide » pour leurs propres intérêts.
La guerre qui continue au Nord du Mali
n’a aucune incidence sur le comportement des créanciers qui continuent d’exiger
le remboursement de la dette malienne. Comble du cynisme : ces même créanciers
prétendent aider le Mali à se « reconstruire et se développer ». 3,25 milliards
d’euros (environ 2 128 milliards de FCFA) ont été ainsi promis en mai 2013 par
80 pays et 28 organisations internationales. Le 15 mai dernier, ils se sont
réunis à Bamako sous la coprésidence de la Commission européenne, de la France
et du Mali pour assurer le suivi de cette « aide ». Mais de quelle aide
parle-t-on ?
Sur les fonds déjà décaissés, les deux
tiers ont été utilisés au nom du Mali mais sans passer par le Trésor public
malien et sans qu’on connaisse sa destination ! De plus, cet argent utilisé
sans le consentement du peuple malien et qui a pu servir en partie des intérêts
privés constitue une dette à charge de la population. En effet, une partie de
cette prétendue « aide » est composée en partie de prêts qui augmentent donc la
dette du Mali. À titre d’exemple, 36% de l’ « aide » promise par la France
constitue des prêts sous conditions. Cette part s’élève même à 78% pour l’ «
aide » promise par la Banque mondiale et 100% pour le FMI !
La partie composée de dons est, quant à
elle, extrêmement critiquable puisque des dons ayant servi à financer des
projets déjà arrivés à leur terme comme la construction de la route
Tombouctou-Gomacoura, financée par l’Union européenne, sont comptabilisés une
deuxième fois dans ces 3,25 milliards d’euros d’« aide ».
Enfin, une partie de cette « aide »
repart directement dans les poches des créanciers étrangers car les autorités
maliennes se sont engagées en 2013 dans une lettre d’intention envoyée au FMI à
rembourser la dette en priorité. Soulignons que cette lettre d’intention a été
signée en pleine crise sécuritaire et qu’elle méprise les préoccupations de la
population. L’augmentation des revenus des travailleurs, la promotion des
industries nationales pour créer des emplois, l’accès aux services sociaux de
base de qualité, la promotion des énergies renouvelables devraient compter
parmi les priorités du gouvernement. Soulignons que l’obligation pour un État
de respecter des droits humains est une obligation supérieure à celle de
rembourser ses créanciers.
Pour le CADTM, cette lettre d’intention
dictée par le FMI est illégitime et ne doit pas donc pas être appliquée. D’une
part, elle viole les droits du peuple malien et d’autre part, elle ne repose
sur aucune légitimité démocratique puisqu’elle a été signée par un gouvernement
provisoire avec la complicité du FMI.
Rappelons que le FMI exerce une pression
constante sur le Gouvernement malien pour qu’il privatise l’énergie du Mali
(EDM) et augmente le coût de consommation pour les abonnés.
Épinglons également la schizophrénie de
cette organisation internationale qui, d’un côté, critique le fait que les
entreprises ne paient pas assez de taxes, et de l’autre, exigent du
gouvernement qu’il accorde des exonérations fiscales aux multinationales.
Enfin, il n’appartient pas au FMI
d’exiger la revente du nouvel avion présidentiel. Ce droit revient exclusivement
au peuple malien.
Le réseau CADTM exige :
• la fin des conditionnalités imposées
par les créanciers
• l’annulation sans condition de toutes
les dettes illégitimes comme celles qui ne servent pas les intérêts de
population et celles qui n’ont pas été approuvées par les élus ;
• que l’aide internationale soit
composée uniquement de dons
• la réelle implication des acteurs de
la société civile malienne dans la gestion des fonds
• que le budget de l’agriculture soit
consacré prioritairement aux besoins cruciaux des agricultures paysannes
vivrières occupant environ 95% des actifs agricoles. Ce modèle agricole
autonome reste le seul système agraire respectueux du climat et de
l’environnement et du droit à la vie pour tous – du vivre ensemble.
CADTM international

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire