Crise politique Plusieurs chaînes de télévision et journaux privés se
sont tus pour une journée. Ils protestent contre la déclaration
constitutionnelle, les atteintes à la liberté de la presse et la volonté des
Frères de soumettre les publications à leur contrôle.
Dans un contexte de crise, onze journaux privés se sont tus, mardi, en protestation contre la déclaration constitutionnelle élargissant les pouvoirs du président et face à une Constitution qui est loin de faire l’unanimité.
Dans un contexte de crise, onze journaux privés se sont tus, mardi, en protestation contre la déclaration constitutionnelle élargissant les pouvoirs du président et face à une Constitution qui est loin de faire l’unanimité.
La veille, plusieurs journaux égyptiens avaient
commencé à durcir le ton en exprimant avec véhémence leur rejet du projet de
Constitution qui, malgré la division qu’il provoque, sera soumis à référendum le
15 décembre. Ils titraient simultanément : « Non à la dictature ». Une
caricature montrant un journal sous des traits humains, menotté dans une
cellule, a été publiée à la une de plusieurs journaux dont Al-Watan, Al-Wafd
et Al-Masry Al-Youm, avec en légende « La Constitution qui
supprime des droits et menotte la liberté ».
Les chaînes CBC, Dream et
ONTV ont également décidé de ne pas diffuser de programmes mercredi 5
décembre.
Lors d’une réunion cette semaine, les rédacteurs
en chef des journaux et les représentants des chaînes télévisées ont dénoncé
d’un commun accord un « coup d’Etat » contre les objectifs de la
révolution. Ils ont affiché leur solidarité avec les juges et ont rejeté le
projet de Constitution et la déclaration constitutionnelle.
Parallèlement, le conseil du syndicat des
Journalistes a tenu une réunion en urgence, samedi dernier, lors de laquelle il
a apporté son soutien aux journaux en grève. Les membres du conseil ont, en
outre, décidé de déférer le président du syndicat, Mamdouh Al-Wali, réputé
proche des Frères, devant une commission disciplinaire, pour avoir enfreint la
décision syndicale, prise à l’unanimité le 20 novembre, de boycotter les séances
de l’assemblée constituante.
Cette décision visait à protester contre les
atteintes aux libertés publiques et à la liberté d’expression, inscrites dans le
projet de Constitution. Pour sa part, Al-Wali se défend en avançant que « le
quorum de l’assemblée générale convoquée la semaine dernière n’a pas été
atteint. Les résolutions prises par cette assemblée sont par conséquent
illégales ».
Les islamistes fortement
critiqués
Depuis l’arrivée au pouvoir du régime islamiste,
accusé de placer les siens dans les médias officiels, les journalistes
s’inquiètent de perdre la marge limitée de liberté chèrement acquise sous
l’ancien régime et souhaitent renforcer et étendre leurs acquis. Ils réclament
ainsi la levée de la tutelle exercée par le Conseil consultatif et le ministère
de l’Information, respectivement sur les journaux et les chaînes publiques, et
militent pour l’amendement des articles 215 et 49 qui compliquent les modalités
de création de nouveaux journaux.
Mais ce qui inquiète avant tout les journalistes,
c’est l’ambiguïté de certains articles dans la nouvelle Constitution, qui
prévoient leur incarcération ou la fermeture des journaux pour des délits de
presse.
Se taire pour protester
Pour Hicham Younès, membre du conseil du syndicat
des Journalistes, « suspendre la parution d’un journal est un mode de
pression efficace qui peut mettre le régime dans l’embarras tout en lui
adressant un message. Il s’agit de lui dire : nous rejetons vos politiques
».
Pour Mohsen Hosni, journaliste du quotidien
indépendant Al-Masry Al-Youm, « cette décision de grève est un
outil de pression à la double dimension intellectuelle et sociale. Il favorise,
auprès de la population, une prise de conscience des enjeux politiques majeurs
».
« C’est un mode de protestation civilisé qui
peut avoir un écho à l’intérieur comme hors des frontières », renchérit le
journaliste Saad Hagras. « Les journalistes sont unis, ils veulent se faire
entendre par tous les moyens contre la déclaration constitutionnelle et le
projet de Constitution qui détruit les fondations de l’Etat moderne ».
Réagissant à cette décision, le président de la
radiotélévision d’Etat, Ismaïl Al-Chechtaoui, estime que les considérations ne
sont pas les mêmes pour les chaînes publiques et privées. «
Celles-ci peuvent choisir d’exprimer leur mécontentement par une suspension
des programmes. Pour nous, c’est différent : les chaînes publiques appartiennent
au peuple et non à des individus qui peuvent agir à leur guise ».
Pour le secrétaire général adjoint du Conseil
suprême de la presse, Qotb Al-Arabi, cette décision de grève est prise sur la
base d’informations erronées. « Les journalistes ont acquis des droits
inédits dans la nouvelle Constitution. La liberté de la presse n’a pas reculé.
J’invite les dirigeants des chaînes et des journaux privés à relire le projet de
Constitution, où ils pourront constater des avancées concernant le libre accès à
l’information, l’interdiction de dissoudre les syndicats, le lancement de
nouveaux journaux et la création d’une autorité nationale pour la presse et les
médias permettant de sortir de la tutelle du Conseil consultatif ».
Mais comme c’est le cas pour de nombreuses autres
clauses relatives aux libertés publiques et à la démocratisation du système
politique, le nouveau texte est soupçonné de prendre d’une main ce qu’il donne
de l’autre.
Source : Hebdo El Ahram
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