DAMAS/
BERLIN - Parallèlement au débat à l’OTAN sur l’éventualité d’une intervention
militaire en Syrie, le Bundestag (parlement allemand) votera demain vendredi 14
sur le déploiement de soldats (400 maximum) à la frontière syro-turque. Ils seraient chargés de servir des batteries
de missiles Patriot équipées de radars dernier cri ; en outre on envisage
l’emploi d’avions de surveillance Awacs.
À la frontière syrienne
Demain vendredi le Bundestag
votera sur l’envoi de soldats (400 maximum) à la frontière syro-turque. Ils seraient chargés de servir deux batteries
de missiles dernier cri (PAC-3) ainsi que d’intervenir à bord d’avions de
surveillance Awacs. Le lieu du stationnement des batteries, qui n’est pas précisé publiquement, offre selon
certains dires la possibilité de protéger des missiles la grande ville de
Kharamanmaras (plus de 1 400 000 habitants) dans le Sud de la Turquie. Ce lieu
serait le plus proche possible de la ville syrienne d’Alep, siège actuel de
combats acharnés. On dit que la Bundeswehr pourrait commencer à se déployer dès
les semaines qui viennent. Parallèlement les Pays-Bas installent de systèmes de
batteries Patriot pour protéger Adana et les USA pour protéger Malatya [1]. Les militaires devraient être à
pied d’oeuvre début février 2013 au plus tard. L’approbation du Bundestag,
incluant celle d’importantes fractions de l’opposition (SPD, Alliance 90/les
Verts) semble assurée après le débat d’hier au Bundestag.
Aussi pourris que le régime
L’envoi de troupes allemandes est
décidé à un moment où les évènements syriens prennent une tournure fâcheuse pour
l’Occident. En dehors du fait qu’une issue à la guerre civile n’est toujours pas
en vue, la grogne contre les dissidents croît même dans les pans de la
population initialement favorables à la rébellion. Des actions mal préparées qui
ont causé de graves torts à la population civile, un vandalisme absurde, des
procédés criminels et l’assassinat de
sang-froid de prisonniers ont érodé le capital de sympathie des rebelles, selon
la presse US-américaine du mois dernier.[2] Nombre de Syriens penseraient
désormais que les opposants sont aussi pourris que le régime qu’ils combattent
et leur retireraient leur soutien, capital dans une guerre civile. Les massacres
ont en outre monté contre eux un grand nombre de Syriens. Hier encore (mercredi
12/12) des médias ont rapporté qu’à Akrab, un village de la province de Hama
peuplé d’alaouites, une série d’explosions a détruit plusieurs maisons et tué ou
blessé plus de 120 personnes. L’Observatoire syrien des droits humains, basé à
Londres et qui d’ordinaire est cité pour apporter des preuves des violences
commises par les forces du régime est d’avis que ces attaques sont à porter au
compte des rebelles[3].
« Nous sommes tous Al-Nusra »
S’ajoute à tout cela l’influence
croissante acquise par des milices islamistes hostiles à l’Occident, par exemple
le tristement célèbre Front Al-Nusra. Cette évolution - prévisible[4] - a elle aussi été récemment
décrite dans la presse US-américaine.
Selon elle les milices en contact avec des réseaux comme Al-Qaida
profitent au moins en partie de leur
expérience du combat et d’un accès aux armes et aux explosifs, ce qui leur
assure à la longue des succès plus
importants qu’aux autres milices - et une position éminente chez les
rebelles. Leur influence sans cesse croissante - encore renforcée par les
livraisons d’armes en provenance d’alliés importants de l’Occident, notamment du
Qatar et l’Arabie saoudite, qui arment de préférence les milices islamistes -
pousse aussi un nombre croissant de francs-tireurs à se rallier aux pratiques
ordinaires des islamistes et d’une manière générale accroît le nombre de leurs
partisans. Washington a désormais classé Al-Nusra comme « organisation
terroriste » - un geste dont l’utilité est douteuse aux yeux des observateurs.
« Non à l’intervention des USA, nous sommes tous al-Nusra » proclamaient des
banderoles brandies par des manifestants dans plusieurs villes syriennes[5]. Selon des rapports émanant aussi
bien du gouvernement syrien que des rebelles, la milice s’est récemment emparée
d’une usine de production de chlore à l’Est d’Alep. Elle serait aussi en
possession de batteries de DCA[6]. La guerre civile en Syrie échappe
de plus en plus à tout contrôle.
Reconnue par l’Occident
Devant le désastre où a conduit
la fourniture d’armement aux rebelles par l’Occident, une dispute a désormais
éclaté au sein de l’OTAN : suffira-t-il de continuer à armer ces derniers ou des
forces armées occidentales doivent-elles intervenir en complément? C’est sûr,
l’aide aux milices va être intensifiée. La semaine dernière, dans la ville
turque d’Antalya, a été fondé un nouveau Conseil militaire suprême, composé de
30 commandants de milice. Il remplace la structure directrice de l’Armée
syrienne libre, créée elle aussi en Turquie en accord avec l’Occident et qui
n’a pas réussi à unir les milices syriennes, extrêmement disparates. Selon les
médias, trois membres de la CIA ainsi que des représentants de la
Grande-Bretagne et de la France ont participé à la réunion fondatrice du Supreme
Military Council ; on aurait promis de nouvelles livraisons d’armes. Elles
proviendraient au premier chef du Qatar, mais aussi d’Arabie saoudite, des
Émirats arabes unis, de Turquie et de Jordanie[7]. En complément l’Occident a créé il y a peu, en commun
avec les dictatures du Golfe, une nouvelle structure d’opposition, reconnue
depuis par l’UE (Allemagne comprise) , les USA et les dictatures du Golfe comme
« représentante légitime du peuple syrien », qui doit former un
contre-gouvernement. Cette structure remplace également un organe de
coopération avec l’Occident, le Conseil national syrien, qui s’est avéré
largement dépourvu d’influence. La nouvelle structure d’opposition (« Coalition
nationale des forces révolutionnaires et d’opposition ») reste largement sous
l’influence des islamistes (voir :german-foreign-policy[8]) - tout comme la nouvelle structure
militaire, dont les chefs sont à plus de 60% proches du milieu des Frères
musulmans.
Masquer l’intervention
Alors que la France a exprimé
récemment encore son scepticisme envers une intervention de l’OTAN en Syrie et
préfère une poursuite de la fourniture d’armement aux rebelles, les USA et la
Grande-Bretagne se prononceraient en faveur d’actions militaires, pour empêcher
de nouveaux succès de milices islamistes hostiles à l’Occident, comme le Front
al-Nusra et placer à la tête de révoltés des forces prêtes à coopérer. Le Ministre allemand des Affaires étrangères
se serait montré surtout irrité de voir le nouveau débat sur la guerre porté sur
la place publique avant le vote de demain 14 au Bundestag, ce qui selon lui rend
plus difficile au SPD et à l’Alliance 90/Les Verts d’approuver l’intervention :
ces deux partis doivent songer au petit reste de leur clientèle électorale
encore opposé à la guerre et donc prendre quelques précautions[9]. Un média britannique déclare que
quelques pays - USA, Grande-Bretagne, Arabie saoudite, Qatar entre autres- ont
déjà débattu il y a plusieurs semaines de plans d’intervention détaillés. Selon
cette source, on prévoirait, outre la formation de milices rebelles, des frappes
aériennes et un appui d'unités marines, le tout sans légitimation du Conseil de
sécurité de l'ONU. Le stationnement des Patriots, qui doit être décidé vendredi
par le Bundestag, est évoqué selon le journal dans le splans d'intervention :
l'argument selon lequel il s'agirait de défendre la souveraineté du terrritoire
turc contre des attaques aériennes ou de missiles syriennes fictives, dont Damas
n'a jamais brandi la menace et qui ne sont pas dans son intérêt, le serait "en
réalité" rien d'autre qu'un "camouflage de l'intervention"[10].
Traduit par Michèle Mialane
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Edité par Fausto Giudice فاوستو جيوديشي
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[1]Des systèmes de batteries "Patriot" pour protéger une grande ville turque , www.spiegel.de
12.12.2012
[2] Missteps by Rebels Erode Their Support Among Syrians;
www.nytimes.com 08.11.2012
[3] Zahlreiche Menschen in syrischem Dorf getötet (Un grand nombre de personnes tuées dans un
village syrien); www.zeit.de 12.12.2012
[4] voir Die Islamisierung der
Rebellion (l’islamisation de la
rébellion)
[5] Syrian Rebels Tied to Al Qaeda Play Key Role in War;
www.nytimes.com 08.12.2012
[6] Al-Qaida-Verbündete verfügen offenbar über chemische
Waffen (À l’évidence les alliés d’Al
Qaida disposent d’armes chimiques); www.faz.net 09.12.2012
[7] Rebel Groups in Syria Make Framework for Military;
www.nytimes.com 07.12.2012
[8]
Flugabwehr für die
Exilführung (Défense aérienne pour l’oppsition)
[9] Syrie: l'OTAN divisée sur la menace chimique; Le Monde
11.12.2012
[10] Exclusive:
UK military in talks to help Syria rebels; www.independent.co.uk
11.12.2012
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députés au Bundestag
Merci à Tlaxcala
Source: http://www.german-foreign-policy.com/de/fulltext/58490
Date de parution de l'article original: 13/12/2012
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=8774
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