samedi 4 août 2012

La révolte a raison...La ré­volte, c’est la victoire

Pour que s’achève le mou­ve­ment qui conduit à une connais­sance juste, il faut sou­vent maintes ré­pé­ti­tions du pro­cessus consis­tant à passer […] de la pra­tique à la connais­sance, puis de la connais­sance à la pra­tique. Telle est la théorie mar­xiste de la connais­sance, la théorie ma­té­ria­liste dia­lec­tique de la connais­sance.
 – Mao
Le mou­ve­ment de la connais­sance, c’est le pas­sage pratique-connaissance-pratique. La pra­tique est in­té­rieure au mou­ve­ment ra­tionnel de la vé­rité. Dans son op­po­si­tion à la théorie, elle fait partie de la connais­sance. C’est cette in­tui­tion qui en­thou­siasme Lé­nine dans la concep­tion hé­gé­lienne de l’Idée ab­solue, au point qu’il fait de Marx le simple conti­nua­teur de Hegel. La phrase de Mao Tsé-toung donne sa pré­ci­sion à l’enthousiasme de Lé­nine. Elle est le contenu his­to­rique gé­néral de l’énoncé dia­lec­tique de Hegel. Ce n’est pas n’importe quelle pra­tique qui est l’ancrage in­terne de la théorie, c’est la ré­volte contre les ré­ac­tion­naires. Et la théorie, en re­tour, ne lé­gi­fère pas ex­té­rieu­re­ment sur la pra­tique, sur la ré­volte : elle s’y in­cor­pore par le dé­ga­ge­ment mé­dia­teur de sa raison.
La sa­gesse de la révolte
On a raison de se ré­volter contre les ré­ac­tion­naires, cela veut dire, non pas d’abord : il faut se ré­volter contre les ré­ac­tion­naires, mais : on se ré­volte contre les ré­ac­tion­naires, c’est un fait, ce fait est raison. La phrase dit : primat de la pra­tique. La ré­volte n’attend pas sa raison, la ré­volte est ce qui est tou­jours déjà là, pour n’importe quelle raison pos­sible. Le mar­xisme dit seule­ment : la ré­volte est raison, la ré­volte est sujet. Le mar­xisme, c’est le ré­ca­pi­tu­latif de la sa­gesse de la ré­volte. Pour­quoi écrire Le Ca­pital, des cen­taines de pages de scru­pules mi­nu­tieux, d’intelligence la­bo­rieuse, des vo­lumes de dia­lec­tique aux li­sières par­fois de l’intelligible ? Parce que cela seul est à la me­sure de la pro­fonde sa­gesse de la ré­volte. L’épaisseur his­to­rique et l’opiniâtreté de la ré­volte pré­cèdent le mar­xisme, cu­mulent les condi­tions, et la né­ces­sité, de son ap­pa­ri­tion, parce qu’elles en­ra­cinent la convic­tion qu’au-delà des causes par­ti­cu­lières qui pro­voquent la levée pro­lé­taire, existe une pro­fonde et in­dé­ra­ci­nable raison. Le Ca­pital, de Marx, est la sys­té­ma­ti­sa­tion, en termes de raison gé­né­rale, de ce qui se donne dans la som­ma­tion his­to­rique des causes.
La ré­volte, c’est la victoire
« On a raison de se ré­volter contre les ré­ac­tion­naires » veut dire aussi : la ré­volte aura raison. Les ré­ac­tion­naires ren­dront raison au tri­bunal de l’histoire de tous les for­faits de l’exploitation et de l’oppression. L’obstination de la ré­volte pro­lé­taire, c’est certes, pre­mier sens du mot raison, le ca­rac­tère ob­jectif, ir­ré­duc­tible, de la contra­dic­tion qui op­pose ou­vriers et bour­geois, mais c’est aussi la cer­ti­tude pra­tique de la vic­toire fi­nale, c’est la cri­tique spon­tanée, sans cesse re­nais­sante, du dé­fai­tisme ou­vrier. Que l’état des choses soit in­ac­cep­table et di­visé, telle est la pre­mière raison de la ré­volte contre les ré­ac­tion­naires. La ré­volte est sa­gesse parce qu’elle est juste, parce qu’elle est fondée en raison, mais aussi parce que c’est elle qui lé­gi­fère sur l’avenir. Mais « raison » si­gnifie en­core autre chose, autre chose qui est la fu­sion scindée de ses deux pre­miers sens. La ré­volte peut se ren­forcer de la conscience de sa propre raison. L’énoncé lui-même « on a raison de se ré­volter contre les ré­ac­tion­naires » est à la fois le dé­ve­lop­pe­ment de noyaux de connais­sance in­ternes à la ré­volte elle-même, et le re­tour dans la ré­volte de ce dé­ve­lop­pe­ment. La ré­volte, qui a raison, trouve dans le mar­xisme de quoi dé­ve­lopper cette raison, de quoi as­surer sa raison vic­to­rieuse. Ce qui fait que la lé­gi­ti­mité de la ré­volte (pre­mier sens du mot raison) s’articule à sa vic­toire (deuxième sens du mot raison), c’est une fu­sion de type nou­veau entre la ré­volte comme pra­tique tou­jours là et la forme dé­ve­loppée de sa raison.
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Source ; Nouveaux cahiers de l'histoire

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