J'ai reconnu, sur certains prisonniers, les traces profondes des sévices ou des tortures qu'il y a quatorze ans, je subissais personnellement dans les caves de la Gestapo de Nancy... Nous sommes engagés sur un chemin qui ne peut conduire qu'aux crimes de guerre... Je ne crois pas aux bénéfices à attendre de la torture... Ce qui est seul indispensable et efficace à long terme, c'est le respect de la personne humaine... »
Voilà ce qu'écrivait, le 1er octobre 1960, dans sa lettre de démission adressée à M. Lacoste, gouverneur d'Algérie, Paul Teitgen, secrétaire général à la préfecture d'Alger.
Aujourd'hui, en ce cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d'Algérie, de nombreux souvenirs, tus pendant de si longues années, remontent à la surface, posant de multiples questions. Il nous paraît donc indispensable de rappeler que, contre l'arbitraire, la torture, des citoyens français, des humanistes, des résistants, des chrétiens et des non-chrétiens se sont dressés, indignés, pour entreprendre un nouveau combat : celui des droits de l'homme et de la dignité de la personne, y compris de l'ennemi que l'on combat.
Les lettres qui nous parviennent nous montrent que ceux qui n'ont pas vécu ces événements peinent à comprendre ce qui s'est produit. Ce fut une guerre atroce, menée trop souvent de manière inhumaine. Notre démocratie se trouvait plongée en pleine contradiction : d'un côté, une volonté réelle d'améliorer les conditions de vie économiques et politiques des Algériens ; de l'autre, une répression qui usait de moyens inacceptables et ruinait de ce fait les efforts de rapprochement et de compréhension avec les Algériens musulmans.
Par ailleurs, il est encore des personnes qui, au nom de l'efficacité, affirment qu'il était légitime de recourir à ces moyens. C'est, en effet, au nom de l'efficacité que les gouvernants de l'époque, débordés, admettaient passivement le recours à ces moyens que la simple morale condamne.
Des méthodes déshonorantes
Il est à l'honneur de notre journal d'avoir toujours refusé cet effroyable engrenage, même au nom de l'efficacité qui, d'ailleurs, n'a jamais été prouvée. De très nombreux articles de ses dirigeants ont appelé à l'abandon de tels procédés et expliqué pourquoi : « On n'a jamais un droit illimité de nuire à l'ennemi (article 22 du règlement de La Haye)...Une guerre perd de son droit en perdant le contrôle de ses moyens... Une cause qui se servirait de l'injustice compromettrait la justice qu'elle proclame », écrivait Paul Hutin Desgrées, le 13 avril 1957.
« Si l'on peut excuser les violences de réflexe, on doit apprécier sévèrement les violences de réflexion. Nous visons en particulier les interrogatoires... Efficacité ? Nous pensons que rester humain est efficace... Si nous avions entendu, avant l'heure de la force, les appels à la justice sociale, au respect des personnes, à la promotion humaine lancés en faveur de nos frères d'Algérie par des hommes comme l'évêque d'Alger, nous ne serions pas jetés dans un tel drame. Nous préférons l'efficacité de Monseigneur Duval à l'efficacité qui pense tout sauver par les moyens de la force. » (P. H.-D., 25/07/1957.)
« Quelles qu'en soient les victimes, nous redisons que ces méthodes sont criminelles et déshonorantes. Elles doivent être officiellement condamnées et officiellement sanctionnées... La torture appliquée à un seul est une menace et un outrage fait à chaque citoyen. » (24/10/1961.)
Pourquoi ces rappels ? Parce qu'il est inconcevable d'entendre encore vanter la légitimité de tels moyens. Ces affirmations sont un encouragement aujourd'hui pour tous les tortionnaires et tous les dictateurs qui y recourent dans le monde. Qui veut donc justifier et soutenir ces gens-là ?
Voilà ce qu'écrivait, le 1er octobre 1960, dans sa lettre de démission adressée à M. Lacoste, gouverneur d'Algérie, Paul Teitgen, secrétaire général à la préfecture d'Alger.
Aujourd'hui, en ce cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d'Algérie, de nombreux souvenirs, tus pendant de si longues années, remontent à la surface, posant de multiples questions. Il nous paraît donc indispensable de rappeler que, contre l'arbitraire, la torture, des citoyens français, des humanistes, des résistants, des chrétiens et des non-chrétiens se sont dressés, indignés, pour entreprendre un nouveau combat : celui des droits de l'homme et de la dignité de la personne, y compris de l'ennemi que l'on combat.
Les lettres qui nous parviennent nous montrent que ceux qui n'ont pas vécu ces événements peinent à comprendre ce qui s'est produit. Ce fut une guerre atroce, menée trop souvent de manière inhumaine. Notre démocratie se trouvait plongée en pleine contradiction : d'un côté, une volonté réelle d'améliorer les conditions de vie économiques et politiques des Algériens ; de l'autre, une répression qui usait de moyens inacceptables et ruinait de ce fait les efforts de rapprochement et de compréhension avec les Algériens musulmans.
Par ailleurs, il est encore des personnes qui, au nom de l'efficacité, affirment qu'il était légitime de recourir à ces moyens. C'est, en effet, au nom de l'efficacité que les gouvernants de l'époque, débordés, admettaient passivement le recours à ces moyens que la simple morale condamne.
Des méthodes déshonorantes
Il est à l'honneur de notre journal d'avoir toujours refusé cet effroyable engrenage, même au nom de l'efficacité qui, d'ailleurs, n'a jamais été prouvée. De très nombreux articles de ses dirigeants ont appelé à l'abandon de tels procédés et expliqué pourquoi : « On n'a jamais un droit illimité de nuire à l'ennemi (article 22 du règlement de La Haye)...Une guerre perd de son droit en perdant le contrôle de ses moyens... Une cause qui se servirait de l'injustice compromettrait la justice qu'elle proclame », écrivait Paul Hutin Desgrées, le 13 avril 1957.
« Si l'on peut excuser les violences de réflexe, on doit apprécier sévèrement les violences de réflexion. Nous visons en particulier les interrogatoires... Efficacité ? Nous pensons que rester humain est efficace... Si nous avions entendu, avant l'heure de la force, les appels à la justice sociale, au respect des personnes, à la promotion humaine lancés en faveur de nos frères d'Algérie par des hommes comme l'évêque d'Alger, nous ne serions pas jetés dans un tel drame. Nous préférons l'efficacité de Monseigneur Duval à l'efficacité qui pense tout sauver par les moyens de la force. » (P. H.-D., 25/07/1957.)
« Quelles qu'en soient les victimes, nous redisons que ces méthodes sont criminelles et déshonorantes. Elles doivent être officiellement condamnées et officiellement sanctionnées... La torture appliquée à un seul est une menace et un outrage fait à chaque citoyen. » (24/10/1961.)
Pourquoi ces rappels ? Parce qu'il est inconcevable d'entendre encore vanter la légitimité de tels moyens. Ces affirmations sont un encouragement aujourd'hui pour tous les tortionnaires et tous les dictateurs qui y recourent dans le monde. Qui veut donc justifier et soutenir ces gens-là ?
François Régis Hutin
Source : ouest france.fr

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