mercredi 6 juillet 2011

La Flottille de la Liberté transporte l’esprit du Printemps Arabe

Plus tôt cette année, nous avons contemplé avec étonnement des centaines de milliers d’Arabes remplissant les rues de leurs villes et réclamant des réformes.


Ces soulèvements ont entraîné le départ de plusieurs dirigeants qui avaient régné pendant des décennies, et ils continuent mettre à rude épreuve plusieurs autres dirigeants.
Mais ce qui a conduit à cette mobilisation, c’est sensiblement la même motivation que celle qui est à l’origine de l’initiative de la flotille qui cherche à briser le blocus israélien contre la bande de Gaza.
Lorsque des situations fondamentalement injustes sont laissées sans réponse par les Etats, les peuples doivent alors se lever. C’est précisément ce qui s’est passé sur la place Tahrir où des centaines de milliers, sinon des millions d’Egyptiens ont perdu toute foi dans la capacité du gouvernement égyptien à réformer quelque chose.
C’est précisément ce qui fait agir la flottille et les militants à son bord. Ils ont constaté que la punition collective imposée à 1,5 million de civils dure toujours, sans aucune objection de la part d’autres États qui pourraient changer la situation. En fait, le siège de Gaza a été soutenu par Israël, les Etats-Unis et l’Egypte de Moubarak (quoique l’Egypte de l’après-Moubarak puisse être différente).
Le blocus de Gaza n’est qu’une partie d’un siège à plusieurs niveaux sur la bande de Gaza. Ces niveaux comprennent le contrôle des entrée par voie terrestre et les points de passage des marchandises commerciales et humanitaires, le contrôle sur la quantité d’électricité et d’eau disponible pour la population de Gaza, le contrôle de l’espace aérien et des voies maritimes, et ainsi de suite.
La grande majorité de l’eau à Gaza n’est pas propre à la consommation. La grande majorité des habitants vivent avec moins de 2 dollars par jour et, à cause du chômage endémique, dépendent de la charité quotidienne des organisations humanitaires.
Les Israéliens essaient de masquer les effets dévastateurs du siège en ignorant la documentation tout à fait exhaustive des organisations d’aide et de défense des droits humains, et en prétendant qu’ils facilitent l’entrée de centaines de camions par jour à Gaza. Cela revient à justifier la mise en cage d’une personne innocente en affirmant que l’on pousse un peu de pain et d’eau à travers les barreaux au moins une fois par jour.
En réalité, le nombre de camions entrant dans Gaza est bien en dessous ce que l’ONU estime nécessaire pour respecter les normes minimales des conditions de vie de la population.
Les exportations, qui sont des biens commerciaux quittant Gaza, ont été largement entravées. En 2005, Israël avait accepté la sortie de 400 camions par jour pour les exportations de Gaza en 2006, mais moins de 200 camions d’exportations ont été autorisés tout au long des années 2008 à 2010 ! Aucune argumentation rationnelle de la part des Israéliens ne permet d’expliquer pourquoi ils empêchent les exportations de quitter Gaza, et la seule explication plausible est qu’ils veulent mettre à genoux l’économie palestinienne dans le territoire assiégé.
Ce ne devrait pas être une surprise que les Israéliens s’activent en permanence à diffamer les gens sur ces bateaux, tout comme le le régime de Moubarak a tenté de faire de même avec les Egyptiens qui contestaient son autorité.
Mais les passagers de la flottille se rendent compte que la désobéissance non-violente est la clé du succès de leur mission de sensibilisation sur ce blocus injuste. Les Israéliens ont même été pris sur le fait en train de difuser de fausses vidéos accusant les organisateurs de la flottille d’homophobie, d’alliances avec des terroristes et suggérant même que des passagers pourraient utiliser des armes chimiques.
Pour un Etat qui prétend être une « démocratie », leur réponse à la désobéissance non-violente est aussi irrationnel que celle de leurs voisins autocrates.
Le dénigrement est, bien sûr, la première étape pour justifier la violence, et la violence n’a pas manqué contre les militants non-violents au cours du printemps arabe. Il semble qu’Israël se prépare à appliquer des techniques répressives identiques contre les passagers de bonne volonté de ces bateaux.
Alors quelle sera la réaction ?
Tandis que la flottille se rapprochera de Gaza, un autre 25 janvier [date de la chute de Moubarak - N.d.T] apparaîtra. Vous pouvez soit vous tenir debout avec les membres de la société civile qui ont contesté les pratiques injustes des Etats, ou alors vous êtes du côté de ces Etats et de leurs injustices.
Environ 40 courageux Américains de la société civile ont tenté leur chance en prenant la mer sur le navire américain battant pavillon de Gaza, le « Audacity of Hope ». Parmi eux se trouvent des hommes et des femmes, des personnes âgées, et de nombreux Juifs américains aussi. Ils seront rejoints par une dizaine de navires et 300 autres militants. Ils refusent tout simplement de rester les bras croisés comme leurs gouvernements, alors que le crime du siège de Gaza se poursuit.
Comme la punition collective appliquée à 1,5 million de civils perdure, il est temps de vous demander : de quel côté êtes-vous ?
* Yousef Munayyer est un analyste, écrivain et militant politique basé à Washington, DC. Il est actuellement directeur exécutif du Jerusalem Fund for Education and Community Development.
4 juillet 2011
Traduction : Info-Palestine.net

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